‹ La Grèce avant AlexandreChapitre 4 sur 44 · Petersen. Hausgottesdicnst der alten Griechen · texte numérisé non relu

Petersen. Hausgottesdicnst der alten Griechen

toutes les familles, comme les divinités du mariage ou de la propriété ; les autres reçoivent un culte dans tel ou tel logis pour des raisons spéciales, qui varient avec le métier, le rang

ou la fantaisie du maître.

Pénétrons dans une maison grecque du v^ ou du iv^ siècle. Nous allons y rencontrer à chaque pas des autels et des niches. Dans le vestibule extérieur, devant la porte d'entrée, voici une colonne conique, symbole d'Apollon Agyieus ; tout à côté, dans un petit meuble, se montre à demi une image d'Hécate ; dans une armoire voisine de la porte veille Hermès Strophaios, gardien des gonds.

Nous arrivons dans le péristyle. Au milieu de la cour, on aperçoit l'autel de Zeus Herkeios. Au fond, à droite et à gauche, dans les coins ou dans les pièces latérales, suivant la distribution, du logis, se cachent les dieux de la propriété (0coi 7-r,(7tot) elles dieux paternels {Qtol r.cLTpSioi) . Au bout de la cour, dans la grande pièce oii se tient la famille, se dresse le foyer, l'autel d'Hestia, souvent protégé par une petite chapelle

OflVande aux morts-^héroisés.

Bas-relief de Chrysapha en Laconie.

ronde. La chambre conjugale renferme les niches des dieux du mariage et de la naissance {Qiol ya[j.rjAioi, yivéffkioi) . Dans les salles où travaillent les femmes esclaves, on ne manque point de creuser des niches d'Athêna Ergané. Enfin, dans tous les greniers et magasins, on rencontre

Zeus Gtésios. Suivant la profession des gens du logis, on aperçoit encore des autels d'Héphaestos, patron des forgerons, ou de Prométhée, patron des potiers, ou d'Héraklès, patron des athlètes, ou d'Asklépios, patron des médecins, ou de Dionysos, patron des poètes, ou d'Hermès, patron des rhéteurs et des orateurs. Si la famille possède une œuvre d'art, une statue, un tableau, une jolie figurine représentant un dieu, on lui rend aussi un véritable culte. De la cave au grenier, du vestibule au jardin, la rehgion domestique préside à toutes les occupations, aux affaires comme aux plaisirs de la famille.

Tous ces dieux aimables, personnifiés par des statuettes ^ d'argile, de bronze ou de cire peinte, habitent dans des niches ou des armoires. On les associe aux événements petits ou grands de la maison. Le matin, le

Hestia, déesse du foyer.

( Musée Torlonia, à Rome. )

soir, aux repas, avant et après les sacrifices, on fait des libations sur l'autel d'Hestia. Avant de se mettre au travail, on invoque le patron de sa corporation. On ne conclut point une affaire sans consulter les dieux de la propriété. En un mot, l'on ne fait rien sans la participation de ces hôtes puissants et redoutés. Chacun d'eux a son jour de fête, où il attire à lui la meilleure part des offrandes; mais il n'entend pas être néghgé dans l'intervalle de ces occasions solennelles ; et tous les jours il a droit à une visite, à un hommage, à un regard reconnaissant. Chaque famille a ses rites, ses cérémonies, ses chants. Cependant il existe une liturgie commune pour certains cas. Ainsi tout le monde consacre à Zeus Ctésios, dans les greniers, un vase d'argile à couvercle, aux anses entourées de laine blanche ; pour invoquer ce dieu, on s'enveloppe de laine l'épaule droite et le front, puis on mêle dans le vase des fruits, de l'eau et du miel. ,De même, dans tous les logis grecs, les repas ordinaires commencent et se terminent par une libation en l'honneur du bon génie domestique.

Le père est chef absolu du culte de la famille. Il y préside, assisté de sa femme, de ses enfants, des gens de la maison. Il abandonne bien certains détails à d'autres personnes : par exemple, quand l'on tue un animal, on ne va pas déranger le maître pour offrir aux dieux les parties qui leur reviennent; un esclave ou le boucher accomplit la cérémonie. Mais, dans toutes les circonstances importantes, le maître intervient. S'agit-il d'un mariage, d'une naissance, d'un départ ou d'un retour, d'une convalescence, d'une bonne récolte? Alors le chef de famille a seul qualité pour sacrifier et parler aux dieux.

Ainsi les divinités domestiques font réellement partie de la famille. Rien ne les laisse indifférentes. Ce sont des hôtes bienveillants, mais exigeants. Si on les néglige, ils se vengent. Si on leur témoigne les égards qu'on leur doit, ils protègent la maison, chacun pour ce qui dépend de lui. Un Grec ne pouvait faire un mouvement dans son logis ou ses propriétés

sans être épié par l'œil curieux ou narquois, souriant ou courroucé, d'un petit dieu de bronze, de cire ou d'argile.

§ 3. Les religions d'État. — Les religions d'État se sont constituées en Grèce de la même façon que l'État lui-même. Toute association était placée sous le patronage d'un ou plusieurs dieux. A mesure que les familles se groupèrent en phratries, les phratries en tribus, on vit naître des cultes communs à tous les membres de la phratrie, de la tribu. De même, la religion d'État fut créée le jour où de l'union des tribus sortit la cité.

On laissa leurs divinités particulières aux divers groupes. Même, en beaucoup de pays, ils survécurent par le culte, alors qu'ils eurent perdu toute signification pohtique. Par exemple, en Attique, les anciens yÉrrp les phratries et les quatre tribus ioniennes continuèrent de célébrer leurs cérémonies bien longtemps après la réforme de Clisthène qui pourtant leur avait enlevé tout rôle dans l'État. Ainsi, en organisant la cité, on ne toucha pas aux dieux des familles ou des phratries : seulement, au-dessus d'eux, s'élevèrent les dieux de l'État.

Le centre des cultes officiels est partout le Prytanée, qui contient le foyer public. Autour d'Hestia, dans le panthéon de la cité, se groupent les dieux et les héros protecteurs.

Ces dieux et ces héros ne sont pas tous entrés en même temps ni de la même façon dans la religion d'État. Quelques-uns y figuraient depuis la fondation même de la ville. Le plus souvent, la cité, en se constituant, avait adopté les dieux des divers cantons qui composaient la communauté politique : c'est ainsi, par exemple, que Dêmêter et Coré, déesses d'Eleusis, ont conquis les hommages de toute l' Attique. Les colons transportaient dans leur nouvelle patrie les divinités de la métropole ; parfois seulement, ils les confondaient avec des dieux indigènes, ce qui explique la physionomie

complexe d'un Apollon des Branchides ou d'une Artémis d'Éphèse. A ces divins protecteurs, qui avaient vu naître la cité, s'associait bientôt le héros fondateur, comme Thésée en Attique. Puis les grands événements pohtiques avaient leur contre-coup dans le panthéon officiel. Dans toutes les villes que touche l'invasion dorienne s'introduit le culte d'Apollon. Au moment d'une annexion territoriale, l'État vainqueur adopte les dieux du vaincu : ainsi Dionysos ne fut honoré des Athéniens qu'après la conquête du bourg d'Eleuthères. Les révolutions intérieures font parfois la fortune d'un dieu : le même Dionysos, patron des paysans et des petites gens, ne fut accepté en plusieurs villes qu'après des batailles et des victoires du parti démocratique. Bien des divinités rappellent parleur seule présence quelque épisode de l'histoire légendaire ou réelle de la cité. Les souvenirs de l'âge héroïque expliquent l'introduction du culte d'Ajax à Egine, d'Amphiaraos à Orope, d'Héraklès en maint endroit. Les Athéniens] adoraient Phêmê, la Renommée, en mémoire de la rapidité avec laquelle ils avaient appris la victoire de l'Eurymédon. On élevait même des autels à des contemporains illustres, comme le firent Sparte pour Léonidas, Amphipohs pour Brasidas, et pour Lysandre plusieurs villes d'Asie Mineure. Enfin l'on vit souvent des États, sur l'ordre d'un oracle, adopter officiellement quelque dieu étranger, adoré jusque-là dans l'ombre d'une confrérie. A la suite d'un rêve de Pindare, que confirmèrent les prêtres de Delphes, Thèbes construisit un temple à Cybèle. Athènes, au v^ siècle, accepta successivement plusieurs divinités nouvelles, Pan après Marathon, Borée et Ammon après la deuxième guerre médique, la Mère des dieux au temps de Périclès, la déesse thrace Bendis au temps de Platon. Presque chaque génération introduisait dans les cités quelque divinité protectrice. Et la religion officielle résumait ^à sa façon l'histoire du pays.

vEn matière de religion, l'État se préoccupe seulement de

la forme extérieure, des cérémonies. Il fait respecter les domaines divins, les rites traditionnels; il ne modifie un culte que sur l'avis d'un oracle. Il punit l'athéisme qui s'affiche : c'est sous ce prétexte qu'on inquiéta Protagoras, Diagoras de Mélos, Anaxagore, Stilpon et Socrate. Il considère l'hommage aux dieux du pays comme une des obligations des citoyens. Mais il ne sonde pas les âmes et se garde d'un exclusivisme jaloux. Chacun peut adorer toutes les divinités qu'il veut, à la condition de ne pas oublier celles de la cité.

Pour tous les cultes officiels, les sanctuaires sont aménagés et entretenus aux frais de l'État; nous possédons encore les devis de construction de ^ plusieurs temples, par exemple ceux de J^ l'Erechlhéion. La dis- "'^ -^s^i position des domaines sacrés varie beaucoup.

Certains dieux ne possèdent qu'un simple autel dressé dans un bois, au bord d'un fleuve, sur une montagne. D'autres demeurent dans des cavernes plus ou moins arrangées à main d'homme, comme les grottes creusées dans le roc de l'acropole d'Athènes. Quelquefois, l'habitation du dieu comprend deux parties, l'une au-dessus du sol, l'autre sous terre ; on visitait des cryptes de ce genre aux temples de Hêra à iEgion et d'Aphrodite à Corinthe. Beaucoup de sanctuaires restaient fermés presque toute l'année, ils s'ouvraient seulement pour les prêtres aux jours de fêtes : c'était le régime du Lénaeon d'Athènes et de la chapelle d'Hadès à Élis. Mais, ordinairement, les grandes divinités ont pour séjour une vaste enceinte, un téménos facilement accessible au pubhc. Vers le miheu s'élève la maison du dieu, un temple dorique ou ionique entouré de cours, de jardins, de bois, même de pâturages.

Ruines du Parthénon.

OÙ vivent grassement les animaux favoris du maître. Hêlios, à Apollonie d'Épire, possède un troupeau de moutons et de bœufs dont le gardien est élu chaque année parmi les premiers citoyens. Hèra d'Argolide élève des chevaux ; Hêra de Samos, des paons ; Artémis de Léros, des pintades ; Apollon d'Épire, des serpents; le dieu Pan d'Arcadie, des tortues. Autour de tous les temples picorent poulets et pigeons. Aréthuse de Sicile et beaucoup de divinités d'Asie Mineure ont des viviers remplis de poissons sacrés. Apollon Smintheus en Troade aime les souris apprivoisées. Dans les dépendances des sanctuaires, au miheu des bosquets et des jardins, on multiplie à plaisir les animaux, les plantes et les arbres chéris du dieu.

Le téménos des grands temples s'anime encore au va-etvient bigarré des fonctionnaires subalternes, hommes libres ou esclaves. Les néocores ou zacores, sacristains en chef qui veillent à l'entretien et à la décoration des monuments ; les exégètes, maîtres des cérémonies, qui conservent pour les prêtres, pour les magistrats et les pèlerins, le dépôt des traditions et du rituel; les parasites, sorte d'intendants qui organisent les banquets et prennent livraison du grain fourni par les fermiers du dieu ; les hérauts, qui prononcent les formules et maintiennent l'ordre pendant les offices ; les sacrificateurs et les échansons ; les gardiens des reliques et les concierges ; le xyleus, qui vend aux prix d'un tarif le bois nécessaire aux sacrifices; les chanteurs, les joueurs de flûte, les trompettes, les figurants et les danseurs ; enfin une nuée de sacristains qui, dans les cérémonies, portent le van mystique, les tables, les corbeilles, les vases, le feu : voilà ce monde étrange qui, tout le long du jour, circule dans l'enceinte et se démène à l'approche des fêtes pour défiler en bon ordre dans les processions. Ce nombreux personnel obéit aux prêtres, dont tous respectent la longue robe, blanche, jaune ou rouge, le sceptre en bois sculpté, les cheveux flottants, entrelacés de

bandelettes et couronnés aux grands jours de myrte ou de laurier.

Chaque sanctuaire public était placé sous la garde d'un ou plusieurs prêtres^ Le sacerdoce est tantôt héréditaire, tantôt électif, quelquefois même acquis à prix d'argent. Le mode de recrutement diffère d'un temple à l'autre, suivant les conditions où le culte a été adopté par l'État. En Attique, par exemple, plusieurs vieilles familles, les Eumolpides, les Cé-

Façade dodécastyle du grand temple d'Eleusis. (D'après la restauration de M. Blavelte.)

ryces, avaient le privilège de fournir l'hiérophante, le héraut et le dadouque d'Eleusis, comme les Étéoboutades fournissaient les prêtres de l'Érechthéion. Mais pour la plupart des autres fonctions religieuses on était désigné par le sort ou à l'élection . Certains sacerdoces n'étaient confiés qu'à des femmes mariées, d'autres à des jeunes filles. On observe une infinie variété dans le mode de nomination aux grandes charges religieuses et, pour les divers cultes, le rituel fixait les conditions d'éligibilité. Mais partout le prêtre était un citoyen dans la

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