Miintz, la Tapisserie (Quantin
sa décoration intacte et tout son mobilier, elle nous semblerait un charmant musée d'art industriel K
La Grèce a toujours aimé les belles armes. On sait avec quelle précision minutieuse les vieux poèmes décrivent les boucliers d'Achille et d'Hèraklès. Les Hellènes de i'àge historique goûtaient fort ces descriptions d'Homère et d'Hésiode. Et ils les savouraient, non point avec une curiosité profane de lettrés, mais avec l'instinct passionné de vrais amateurs. Nos musées d'antiquités grecques possèdent aujourd'hui presque tous les éléments d'une panoplie complète : un casque en bronze découvert à Olympie ; une superbe cuirasse , ornée de figures au trait, retrouvée récemment près de l'embouchure de l'Alphée; diverses pièces d'armures, provenant des fouilles de Dodone ; des plaques aurepoussé, des gardejoues de casques, des masques qui imitaient les traits du soldat ; enfin des fourreaux de
métal, des fragments de cnémides, des épées et des lances très ouvragées. Sur ces armures on voit se dérouler des groupes de dieux et de guerriers, des processions de prêtres,
PendaQt d'oreille trouvé à Panticapée.
i. Dictionnaire des antiquités, article Domus.
des scènes d'adoration, des sujets mythologiques, comme la dispute d'Apollon et d'Hêraklès pour la possession du trépied de Delphes. Des animaux en file ou affrontés, des lions, des taureaux, des sphinx, des plantes, des fleurs de lotus, des grecques, des méandres et des palmettes encadrent ces figures, dessinées au trait ou au repoussé, d'un style sévère et franc.
La toilette féminine, en dépit des lois somptuaires, encourageait les industries de luxe^ Des tombeaux de Mycènes, de Spata, dePanticapée, sont sortis d'admirables bijoux, d'un travail original et délicat. Dans l'ornementation prédominent les éléments naturels : fleurs, fruits, feuillages. Souvent s'y glisse la figure. On doit signaler surtout un procédé qui fait l'admiration et le désespoir des grands bijoutiers modernes : c'est la décoration granulée, qui consistait à fixer sur une bande de métal précieux des perles d'or microscopiques. L'industrie grecque a créé des chefs-d'œuvre avec tous les menus objets de la toilette féminine : voici des colliers façonnés avec des rangs de chaînettes d'où se détache une fleur ou une figure; des pendants d'oreilles où le bouton soutient une figurine au repoussé; des diadèmes avec des perles de verre relevées d'or; des imitations de fleurs naturelles, de branches de chêne ou de guirlandes, d'où s'échappent des personnages ailés; des bracelets à fermoirs ciselés ou décorés au repoussé ; des bagues de toute sorte ; de riches agrafes destinées à fixer les vêtements; des fioles à parfum, des boîtes à fard, en métal ou en argile. Parmi ces choses légères et délicates, rien pourtant n'égale les miroirs. Les plus simples sont des disques de métal, où l'une des faces est polie et l'autre ornée de gravures; en
1. Dictionnaire des antiquités, article Cœlatura; Billing, tlie Science ofgemsjewels, etc., 1867; Clément, Catalogue des bijoux du musée Napoléon III: — Comptes rendus de la Commission archéologique de Saint-Pétersbourg ; de Witte, les Miroirs chez les anciens; Dumont, Miroirs grecs ornés de figures au trait {Monuments grecs de l'Ass. des études grecques, 1873) et Bull, de corr. helL, 1877.
guise de manche, on y fixait une statuette avec un socle.
D'autres miroirs, plus compliqués, comprennent deux disques qui s'emboîtent l'un dans l'autre et que réunit souvent une charnière ; l'un de ces disques est décoré extérieurement de figures en rehefs, tandis que l'intérieur est poli et argenté ; l'autre disque, le couvercle, présente à l'intérieur des dessins au trait, souvent argentés sur un fond doré.
Sur les plus beaux miroirs, on admire donc à la fois des gravures, des reUefs et des statuettes ciselées. Par exemple, on adaptera au socle une Aphrodite, flanquée de deux amours, qui de sa tête et de ses deux bras levés soutiendra les disques. On appliquera sur l'une des faces extérieures du miroir un relief ciselé, où sera représenté Ganymède enlevé par l'aigle, ou Silène portant une j\lénade, ou quelque fable des cycles de Dionysos et d'Aphrodite. A l'intérieur, on figurera au trait Corinthos couronné par Leucas ou quelque autre
Manche de miroir grec.
(Musée de Copenhague.)
légende locale. Toutes les parties du miroir attesteront aux yeux l'art consommé de l'orfèvre.
Dans les bijoux, surtout dans les chatons des bagues, s'enchâssaient des pierres fines, délicatement gravées. Les Grecs nous en ont laissé une infinie variété ^ Les intailles, travaillées en creux dans des pierres d'une seule nuance, comme l'améthyste, l'agate ou la cornaline, servaient généralement de cachets ou de sceaux et donnaient des empreintes en cire. Les camées, sculptés en relief dans des pierres polychromes à plusieurs couches, se montaient en broches ou se conservaient précieusement au logis. Les plus anciennes pierres gravées ressemblaient à des scarabées, comme en Orient; plus tard, on leur conserva toujours une forme convexe et ovale. On citait des artistes qui avaient excellé dans ce travail délicat. Mnésarque de Samos s'illustra dans ce genre au vi® siècle. Théodoros tailla et monta en or l'émeraude de l'anneau de Polycrate. Plus tard, Pyrgotélès grava le cachet d'Alexandre. Les pierres fines présentaient les sujets les plus divers, légendes, têtes de divinité, par exemple Athêna sur l'intaille d'Aspasios, Zeus iEgiokhos sur un camée d'Éphèse. On y figurait aussi des amours, des scènes de genre, même des portraits. C'était tout un art ingénieux et délicat qui reproduisait en raccourci toutes les variétés de la plastique.
Une des industries les plus florissantes de la Grèce était celle des figurines de métal ou d'argile. Elles sont sorties par miniers des ruines de temples et des nécropoles.
Les statuettes de bronze sont le plus souvent des ex-voto*. D'autres ont servi d'amulettes; on les reconnaît à l'anneau
1. Chabouillet, Catalogue général des camées et pierres gravées de la Bibliothèque nationale; King, Antique gems, their origine, uses, 1872; VVestropp, A manual of pi-ecious stones and antique gems.
2. De Longpérier, Notice des bronzes antiques du Louvre, 1879; Guillaume, la Sculpture en bronze, 1868; Carapanos, Dodone et ses ruines, 1878; Furtwangler, Bronzefunde ans Olympia.
dont elles sont munies. Les plus riches et les plus anciennes séries proviennent des fouilles d'Olympie et de Dodone, du cap Ténare et des substructions du vieux Parthénon. A côté de représentations grossières et naïves comme des dessins d'enfant, on y admire bien des œuvres d'une exécution savante, dignes des sculpteurs contemporains. Le sujet en est aussi varié que la facture. Voici des dieux, des déesses, des satyres, des joueuses de flûte, des oiseaux, des bœufs, des moutons et des chèvres. Au v^ siècle, on représente surtout des divinités et des héros; au iv% des Victoires ailées, des Silènes, des Hêraklès bouffons, des Aphrodites, des amours joufflus : de siècle en siècle, la statuette de bronze se transforme, se précise et s'assouplit, comme la statue ou le bas-relief.
Les figurines de terre cuite sortent le plus souvent des tombeaux où elles avaient accompagné le mort pour multiplier autour de lui l'image de la vie^ Mais beaucoup sont des jouets d'enfant, ou des ex-voto consacrés dans les temples. Les plus grossières sont faites à la main et complétées par des appliques. Les plus soignées se composent d'une face et d'un revers façonnés et moulés à part, puis rapprochés; elles sont creuses à l'intérieur, percées d'un trou d'évent carré ou circulaire pour l'évaporation, et posées ou non sur un socle; souvent l'on a travaillé séparément, puis rapporté la tête, les membres et divers ornements. L'argile disparaissait sous une riche gamme de couleurs; les figurines de Smyrne sont presque entièrement dorées ; celles de Tanagre sont rehaussées de tons bleus et rouges appliqués sur une couche de lait de chaux. Le style de ces statuettes diffère d'ailleurs d'un siècle, d'un pays à
1. Heuzey, Catalogue des figurines antiques du, musée du Louvre, 1882; J. Martha, Catalogue des figurines en terre cuite du musée de la Société archéologique d'Athènes, 1880; Frôhner, Terres cuites d'Asie Mineure, 1879; Pottier, Quam ob causam Grœci in sepulcris fi,glina sigilla deposuerint, 1884; Pottier et Reinach, Nécropole de Myrina, 1886; Rayet, les Figurines de Tanagra au musée du Louvre {Gazette des Beaux-Arts, 1875); Kékulé. Griechische Thonfiguren aus Tanagra; Die Antiken Terracotten, 1884; Pottier, les Statuettes de terre cuite dans l'antiquité, 1890.
l'autre. Les plus anciennes de toutes sont des idoles modelées à la main dans des bandes d'argile rectangulaires, où l'on a ajouté les bras et divers accessoires. Les figurines archaïques représentent surtout des déesses assises, demi-voilées, aux mains posées sur les genoux. Au v^ siècle, les coroplastes varient leurs sujets à l'infini. Ils façonnent des bustes percés d'un trou par où on les suspendait; des divinités à attitude hiératique, debout, les bras pendants; des groupes mythologiques; des scènes de banquet. Ils commencent à reproduire des œuvres d'art célèbres, comme l'Hermès criophore de Calamis. Au IV® siècle, les artisans des fabriques d'Athènes, de Corinthe, de Myrina, de Tanagre, donnent carrière à leur fantaisie. Ils façonnent surtout des scènes de genre, des Thersites, des caricatures de dieux ou de héros, des portraits d'acteurs ou d'ouvriers, des statuettes licencieuses pour détourner le mauvais œil, des enfants qui jouent, des éphèbes à la palestre, des femmes en tenue d'intérieur, des élégantes en costume d'apparat, drapées dans leur himation, éventail en main, savamment coiffées, aux lèvres sensuelles, au chapeau retroussé comme leur nez. Avec ces bonshommes d'argile, si éveillés sous leur riche coloris, revit la Grèce de Ménandre dans ses travers et ses rêves, dans son négligé de tous les jours, dans ses modes ou son déshabillé galant.
Plus que tout le reste, les vases attestent la puissance, la délicatesse et l'étonnante variété de l'industrie d'arts Ils ont
1. Brongniart, Traité des arts céramiques, 1854; Ch. Lenormant et de Witte, Elite des monuments céramographiques ; de Witte. Études sur les vases peints, 1805 ; Schliemann, Mycènes ; Tirynthe ; Troie; Haussoullier, Catalogue descriptif des objets découverts à Spata (Bull, de corr. hell., tome II) ; Gcsnola, the Antiquities of Cyprus ; Salzmann, Nécropole de Camiros ; Conze, Melische Thongefassen; Benndorf, Griechische und sicilische Vasenbilder, 1869; Biixli, llistory of ancient potlery, 1873; Collignon, Catalogue des vases peints du musée de la Société archéologique d'Athènes ; Dumont, Peintures céramiques de la Grèce propre, 1874; Dumout et Ghaplain, les Céramiques de la Grèce propre, 1881 et suiv. ; Ray et et Collignon, Histoire de la céramique grecque, 1888.
eu des destinations très différentes. Les uns ont servi de récipients pour les sacrifices ou ont été donnés aux temples en guise d ' ex-voto.
D'autres sont des prix gagnés dans les jeux.
Les plus précieux se conservaient dans les maisons riches ou les trésors des dieux, comme de véritables œuvres d'art. Le plus grand nombre ont suivi leur propriétaire au tombeau.
Les vases se façonnaient avec les matières les plus diverses, l'or, l'argent, le bronze, surtout le bronze doré ou incrusté d'argent avec des appliques et des anses ciselées, comme on en a trouvé à Hissarlik, à Mycènes, dans les villes ruinées du Bosphore Cimmérien.
En Attique, on a découvert des vases d'albâtre, et dans presque toutes les nécropoles helléniques, des fioles de verre irisé*.
Vase en verre du musée de Naples.
1. Deville, Histoire de la verrerie dans l'antiquité, 1873; Gerspach, PArt de la verrerie, 1885 (QuaiUin).
Mais pour l'abondance des produits conservés, pour la richesse et l'originalité de l'exécution, aucune série n'est comparable à celle des vases peints.
Les vases peints se façonnaient avec une terre fine, soigneusement préparée, travaillée au tour de potier; sur la panse on rapportait après coup le col et les anses. On soumettait l'argile à une première cuisson. Puis le peintre traçait son sujet à la pointe; il reproduisait un tableau, un bas-relief, une œuvre d'art célèbre, ou simplement un modèle d'atelier que
chacun interprétait et modifiait à sa guise. Tels sont les procédés communs à tous les potiers ; mais, dans le détail, la technique a changé suivant les époques et les écoles. Les produits de l'industrie céramique des Hellènes sont si nombreux et si variés, qu'on a pu de nos jours en reconstituer toute l'histoire.
Sur les plus anciens vases, ceux de Santorin, dont la panse imite parfois la forme humaine, se déroule une curieuse décoration végétale. Sur le fond grisâtre des vieilles poteries de Milo, de Rhodes et de Chypre, se détachent en brun terne les courbes et les zigzags. Les vases à ornementation géométrique, trouvés surtout à Mycènes et en Attique, présentent en brun sur un fond rougeâtre des lignes régulières, des bêtes, de vagues silhouettes humaines. L'art apparaît déjà sur la panse et le col des vases dit corbithiem, qu'on rencontre dans toutes les parties du monde grec et qu'on reconnaît à leur terre jaunâtre, à leurs dessins ordinairement violacés, à leur décoration tout orientale, où défilent en bandes parallèles les êtres fantastiques, les animaux, les groupes mythologiques.
Four de potier.
(Plaque en terre cuite au musée du Louvre.)
Les vases à peintures noires attestent un progrès nouveau. La technique en est curieuse à étudier. Sur le fond rouge, blanc ou jaune, selon la teinte naturelle de l'argile, on traçait l'esquisse qu'on remplissait d'un enduit noir. On dessinait les détails avec une pointe qui enlevait le ton rapporté et faisait
Vase corinthien.
reparaître le fond. On n'employait le pinceau que pour quelques retouches du costume et du visage, par exemple pour l'engobe blanche qui distinguait les femmes des hommes. Avec ces moyens si simples, le céi'amiste réussissait à animer une physionomie; au besoin, des inscriptions tracées au pinceau ou à la pointe aidaient à l'inteHigence de la scène. Les figures se montrent de profil, souvent raides ou monotones. Pourtant sur la panse se déroulent parfois déjà des compositions savantes
d'une élégance sévère et sobre, des processions de dieux, des légendes empruntées à l'histoire de la guerre de Troie, au cycle de Dionysos, à la vie d'Hêraklès ou de Thésée. Dans cette classe se rencontrent des chefs-d'œuvre, par exemple les céramiques du style de Nicosthène et le vase François de Florence, autour duquel s'enroule, brillamment illustrée, toute l'histoire mythologique de la Grèce. Il faut mentionner aussi dans cette série les amphores panathénaïques, qu'on donnait en prix aux vainqueurs des Panathénées. On en a trouvé un peu partout, surtout en Cyrénaïque. Elles présentent toujours la même décoration. D'un côté, l'on voit Athêna armée, brandissant la lance, entre deux colonnes qui portent un coq et une chouette, avec l'inscription : « Donné en prix aux jeux d'Athènes » et le nom de l'archonte; au revers est figuré un épisode des concours. Dans l'ornementation des amphores panathénaïques se conserva longtemps le style archaïque des peintures noires.
Les vases à figures rouges sur fond noir marquent l'apogée de l'art céramique en Grèce. Ce nouveau mode de décoration, introduit peu à peu dans les ateliers au temps des guerres médiques, y est vite consacré par des chefs-d'œuvre et y prédomine de plus en plus vers le milieu du v^ siècle. Voici comment procédaient alors les peintres de poteries. L'esquisse une fois tracée sur la terre rouge du vase, ils en protégeaient les contours par une bande de couleur, puis ils enduisaient de noir tout le fond. A l'aide du pinceau, ils indiquaient les détails par des retouches de blanc, de violet, de noir, plus rarement de bleu, de vert ou de jaune. En même temps, l'artiste s'affranchit de la convention, restreint son sujet pour le mieux préciser, vise à l'expression individuelle. Les habiles céramistes du temps de Périclès, Andokidès, Kachrylion et Sosias, Euphronios et Douris, aiment les scènes mythologiques, les épisodes de batailles et de fêtes. Ils ont les ambitions, le goût sévère et sobre, la composition savante des grands peintres du temps, dont ils reproduisent souvent les œuvres. Au iv** siècle, les
potiers cherchent avant tout les poses naturelles et les formes élégantes. Ils font flotter et ondoyer le vêtement sur la souplesse du corps. Ils traitent volontiers les scènes familières; ils nous introduisent dans l'intérieur des gynécées et des écoles. La céramique à figures rouges résume à sa manière, par une série d'ouvrages ingénieux et délicats, toute l'évolution artistique du v® et du iv^ siècle.
En ce genre, comme en tout, c'est Athènes qui présente le plus parfait ensemble. Le style attique se reconnaît sur les poteries à quelques détails d'ornementation, surtout à la finesse des peintures, à l'harmonie des tons, à la prédominance des motifs empruntés à la vie ordinaire, jeux d'enfants, scènes de fiançailles, femmes à leur toilette ou en visite. Les potiers de l'Attique ont exécuté des vases de toute sorte. Mais la merveille de la céramique athénienne, ce sont les lécythes blancs ^ Sur ces vases aux formes irréprochables, aux lignes pures et simples, le col et le pied sont entièrement recouverts d'un vernis noir. Sur toute la panse s'étend un enduit blanc, où se détachent en brun clair de délicates figures au trait. Tous ces lécythes étaient destinés aux cérémonies funèbres. Aussi les peintres y ont représenté toujours les mêmes sujets, la toilette du défunt, l'exposition du corps, la déposition au tombeau, les lamentations, l'adieu, Charon et sa barque, les offrandes près de la stèle d'où s'échappe un vol mélancolique de figures ailées. Sur les flancs arrondis des lécythes athéniens, comme sur les
Lécythe blanc d'Athènes.
Pottier, Études sur les lécythes blancs attiques, 1884.
bas-reliefs du Céramique, revit toute la poésie de la mort.
Lécythes, vases à peintures rouges ou noires, voilà les chefs-d'œuvre de la céramique grecque. Plus tard, les artistes se sont ingéniés à renouveler les formes et la décoration. Ils ont exécuté des poteries émaillées à reliefs et ornements dorés. Ils ont sculpté des vases en forme de statuettes, de bustes, de cornes à boire, de nègres, de bateaux, de crocodiles, de lièvres, de pigeons ou d'ànes. On ne peut s'empêcher de rendre hommage aux amusantes inventions et à l'esprit des céramistes. Mais il y a loin de ces fantaisies baroques aux belles poteries peintes du temps de Périclès ou de Démosthène.
Vases, statuettes d'argile ou de métal, intailles et camées, bijoux et miroirs, armes, plaques de terre cuite, lampes et mosaïques, voilà tout un domaine nouveau, riche en surprises et en œuvres charmantes, qu'a méthodiquement exploré et presque découvert l'archéologie de notre temps. Toutes ces productions industrielles, plus modestes d'apparence, sont aussi parfaites en leur genre que les grandes créations des architectes et des sculpteurs. Dans la décoration de la maison, des armes, des objets de toilette, des pierres fines, des figurines et des vases, les Grecs, surtout les Athéniens, ont montré une invention aussi originale, un goût aussi déhcat et aussi sûr que dans l'aménagement de leurs temples et le modelage de leurs statues.
§ 5. La langue^. — Un des chefs-d'œuvre de l'art hellénique, c'est la langue même.
Le grec appartient au groupe des idiomes aryens. Il se distingue entre tous par la juste proportion des voyelles et
1. Voyez les Grammaires grecques de Kruger, de Kûhnor, de G. Curtius, de Donaldson. Voyez aussi Madvig, Syntaxe grecque; G. Curtius, Ëtymologie grecque; A. Régnier, Traité de la formation des mots dans la langue grecque, 1855; Bailly, Manuel pour l'étude des racines grecques et latines, 18G9j Henry, De l'analogie en grec, 1883, etc.
des consonnes, l'absence de sons durs, la souplesse et la précision des formes, l'harmonie.
La langue de la conversation était une véritable musique. Chaque mot portait un accent qui en constituait l'unité ^ La syllabe accentuée était prononcée ou plutôt chantée sur une note plus haute. Elle se distinguait des autres parties du mot, non point, comme dans les idiomes modernes, par l'intensité, mais par l'acuité du son. L'accent aigu indiquait une intonation plus élevée d'environ une quinte; le grave, une modulation moyenne, intermédiaire entre la syllabe aiguë et la syllabe atone ; le circonflexe, la succession sur une même voyelle longue ou une diphtongue de deux accents, l'un aigu, l'autre grave.
D'instinct, les gens du peuple groupaient leurs mots de façon à produire un véritable rythme. Certaines syllabes accentuées l'emportaient en acuité sur les autres syllabes accentuées. C'était comme une phrase musicale. Cette modulation des mots grecs était si nette, qu'aux derniers siècles elle devint le principe unique de la versification. L'accentuation alors se confondit avec la prosodie, par suite de la coïncidence de l'accent et du temps marqué. Tant que vécut la Grèce classique, l'accent n'influait qu'indirectement sur la versification en déterminant la quantité de certaines syllabes; mais il fixait déjà toujours la physionomie du mot et de la phrase.
Tous les dialectes grecs ont en commun beaucoup de caractères essentiels ^ Avant de se séparer, les diverses tribus helléniques avaient donc parlé une même langue. On peut se faire quelque idée de cet idiome primitif en étudiant les plus