‹ La Grèce avant AlexandreChapitre 33 sur 44 · H. Weil, De l'ordre des mots dans les langues anciennes · texte numérisé non relu

H. Weil, De l'ordre des mots dans les langues anciennes

pédantesque, par un excès de rigueur, ni vague ou flottante, par un excès de liberté. La phrase et le morceau sont modulés comme un air de musique, avec autant de logique que de fantaisie et d'imprévu. Sur la transparence de l'idée flottent les détails simples, familiers et pittoresques. Enfin, l'on n'a pas encore égalé la précision du parler des Hellènes : c'est un mécanisme très délicat et très exact, qui, par l'extraordinaire variété des désinences et par l'ingénieux mouvement des particules, rend toutes les nuances du sentiment, toutes les ondulations de la pensée. Par cet ensemble de qualités presque contradictoires, le grec d'Aristophane, de Platon et de Démosthène est le plus merveilleux instrument qu'ait jamais fait vibrer l'esprit humain.

§ 6. Poésie et musique; le théâtre K — La première forme artistique qu'ait prise la langue grecque est la forme métrique. La poésie était aussi ancienne que la race. Bien avant l'époque des grandes épopées, des aèdes couraient le pays, chantant en cadence l'origine des dieux et les exploits des héros.

Chez les Grecs, le vers est né de la musique : on a mesuré le langage en marchant, en dansant, en chantant. A toute forme poétique correspond une forme musicale : ce sont deux aspects différents d'un même art. L'apparition d'un nouveau rythme marque l'apparition d'un nouveau genre de poésie.

C'est à l'Asie Mineure que les Grecs ont emprunté les éléments de leur musique. Delphes et Sparte, puis les îles de la mer Egée, enfin Athènes ont été les principaux centres de l'art rythmique. Terpandre de Lesbos classa le premier les mélo-

1. Voyez V Histoire de la littérature grecque d'O. MûUer; celles de Bernhardy, de Bergk, de Schoell, de Nicolaî, de Burnouf, de Croisât. — Voyez aussi Egger, Mémoires de littérature ancienne; J. Girard, Études sur la poésie grecque; Gevaert, Histoire de la musique ancienne, 1875 ; Lavoix, Histoire de la musique (Quantin) ; Kirchhofl, Eurythmie et orchestique des Grecs, 1873; les Manuels de métrique de Christ, de L. Mûller, de Schmidt, de Rorsbach et Westphal, de L. Havet, etc.

dies populaires des divers pays, en constitua un système régulier, en fixa les genres et les modes, inventa une notation musicale, la seule employée jusqu'au temps de Pythagore. Appelé à Sparte pour y régler la technique des chœurs, Terpandre y fit connaître ses créations au Péloponèse et, par suite, à tout le monde grec. C'est aussi à Sparte que le Cretois Thalétas fixa le rôle de la danse dans les compositions musi-

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