J. Martha, les Sacerdoces atlicnicns
plénitude de ses droits. Il appartenait généralement aux classes riches et dirigeantes. Étaient exclus du sacerdoce tous les
gens mal bâtis et tous ceux qui ne menaient pas une vie irréprochable. On n'entrait en fonctions qu'après un examen et une consécration solennelle.
Souvent les prêtres devaient suivre un régime spécial. Ils ne touchaient pas à certains aliments, par exemple au poisson dans le culte de Poséidon, au fromage de chèvre dans le culte d'Athèna Polias.
Ils ne pouvaient porter certains vêtements, loger près d'une nécropole, fréquenter les bains publics. En revanche, ils vivaient de l'autel. Ils recevaient une part des victimes, ordinairement l'épaule, un quart des intestins et les peaux ; ils profitaient des fruits et des gâteaux offerts au dieu, et des redevances payées en nature par les fermiers du temple; ils touchaient une indemnité pour les prières et les sacrifices ordonnés par l'État ; et ils étaient autorisés
Amphore panathénaîque. à quêtcr pOUr CUX-mêmCS à
certaines fêtes. Les titulaires des sacerdoces les plus considérables étaient nourris au Prytanée avec les magistrats. Les prêtres jouissaient encore de
plusieurs privilèges fort appréciés ; on leur réservait des places d'honneur dans les assemblées et au théâtre ; ils étaient exemptés du service militaire et des impôts. Dans la plupart des cités, les divers sacerdoces étaient indépendants les uns des autres et relevaient directement de l'État. Mais en plusieurs endroits, par exemple à Olympie et à Delphes, on
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Les dieux. (Fragment de la frise des Panathénées.)
nommait des grands prêtres qui avaient la surveillance de tous les cultes. Partout les principales fonctions sacerdotales consistaient à garder le temple, le domaine, les objets précieux, les traditions et le rituel ; à accomphr les cérémonies réglementaires et à contrôler tous les sacrifices ; à recevoir les offrandes et à en dresser l'inventaire. Gomme les fonctionnaires de tout ordre, le prêtre rendait des comptes à la cité sur tous les détails de son administration.
Les représentants de l'État intervenaient directement dans les affaires importantes du sanctuaire, dans la gestion des biens comme dans le service du culte.
Les dieux de la Grèce ont été ses plus riches propriétaires et ses plus habiles financiers. Ils possédaient souvent un trésor considérable, alimenté par des revenus fixes et des dons volontaires. Il n'était pas rare qu'on mît en rapport une partie du téménos. Du temple dépendaient aussi de nombreuses propriétés situées hors de l'enceinte. C'étaient des terres, des maisons, concédées par l'État ou léguées par des particuliers, nettement délimitées par des bornes sacrées, et affermées aux gens du pays par des contrats de bail à perpétuité ou à terme. Certains dieux, comme Apollon de Délos, Apollon de Delphes ou Zeus d'Olympie, possédaient ainsi de très vastes domaines, comparables à ceux des riches abbayes du moyen âge. Aux redevances des locataires et des fermiers s'ajoutait souvent un revenu singulier. Le dieu avait droit à la récolte de certains arbres plantés au milieu de propriétés particulières : tels étaient en Attique les oliviers et les figuiers sacrés d' Athèna, inviolables sous peine de mort, placés sous la surveillance de l'Aréopage qui les faisait visiter tous les mois. Beaucoup de temples avaient aussi des serfs, appelés hiérodules, qui devaient des impôts, des prestations et des corvées. Ainsi les Kraugallides des environs de Delphes versaient une part du produit de leurs terres dans la caisse d'Apollon ; les paysans de la Pisatide étaient tributaires de Zeus d'Olympie ; Aphrodite Erycine en Sicile avait d'innombrables tenanciers ; en Asie surtout, des populations entières étaient vassales d'un dieu. De plus, tous les citoyens devaient payer à certains temples la dîme des récoltes. Tantôt l'on s'acquittait en nature ; tantôt l'on apportait des hngots d'or en forme de gerbes ou de fruits, comme au Parthénon. La cité veillait à ce que chacun s'exécutât; et nous possédons encore une ordonnance relative à la consécration des prémices dans le temple de Démêter à
Eleusis ^ Souvent un dieu recevait une part des amendes infligées par les tribunaux : en Attique, Athêna touchait un dixième sur le produit net. Dans tous les sanctuaires publics on faisait payer aux pèlerins étrangers une taxe des sacrifices. Partout aussi affluaient les dons volontaires et les offrandes de toute nature, sommes d'argent, objets destinés à la toilette divine, lits, meubles, charrues, filets de pêcheurs, armes, cithares, ceintures, jambes et bras de métal, patères, brùle-parfums, lampes, bracelets, statues, tableaux, couronnes d'or, trépieds de vainqueurs. La cité, après une victoire, donnait aux dieux une part du butin. Tout cela constituait un revenu des plus considérables. Aussi, par la force des choses, les temples devinrent des banques, qui recevaient en dépôt l'argent des particuliers ou des États et qui prêtaient avec intérêt sur de bonnes hypothèques.-Plusieurs sanctuaires ont même frappé monnaie. On comprend dès lors que l'État n'ait pu abandonner à la fantaisie des prêtres la fortune des dieux officiels et qu'il ait partout contrôlé la gestion des finances sacrées. Chaque année l'on nommait des commissaires chargés de dresser les inventaires, d'administrer les revenus de concert avec les prêtres, et de présenter un rapport au peuple. C'est le rôle que remphssaient à Délos, au temple d'Apollon, les hiéropes mentionnés sur tant de comptes et d'inventaires ^ A Athènes, avant l'archontat d'Euclide, on désignait annuellement deux collèges de dix membres, le premier pour le temple d' Athêna, le second pour les autres dieux. Vers l'année hOO on les réunit en une seule commission de dix membres, qu'on appelait les trésoriers d'Athêna et des autres dieux. Ces finances sacrées étaient des plus prospères : en Zi26, pour subvenir aux dépenses de la
i. Bull, de corr. helL, 1880.
2. Homolle, Comptes des hiéropes du temple d'Apollon délien {Bull, de corr. helL, 1882) ; les Archives de l'intendance sacrée à Délos, 1887. — Voyez aussi les Inventaires du Parthénon (C. /. A., tome I"), et les Inventaires de l'Asklépiéion (Bull, de corr. hell., 1878).
guerre, le peuple put emprunter à Atliêna des sommes considérables qu'il lui remboursa fidèlement à la paix de Nicias, capital et intérêts. On voit que les trésors divins comptaient même dans la vie économique des cités.
L'État contrôle les cultes publics, comme l'administration des sanctuaires. Il surveille le service ordinaire des religions officielles et organise lui-même les grandes fêtes. Presque partout, les vrais chefs du culte sont des magistrats qu'on désigne sous le nom de ?'o/.s. C'est le titre que porte à Athènes le second archonte : il est toujours initié aux mystères d'Eleusis, il préside à la plupart des fêtes et aux concours gymniques, il désigne les gymnasiarques et les arrhéphores, il juge les procès religieux, il a la haute main sur tous les sacerdoces de la cité. D'autres magistrats interviennent aussi dans le culte, pour des cas spéciaux. Ainsi, en Attique, le premier archonte organise les grandes Dionysiaques et les Thargélies , le polémarque dirige les sacrifices aux autels d'Harmodios et d'Artémis Agrotéra. S'il se présente quelque difficulté, ces magistrats en réfèrent aux assemblées politiques, surtout au Sénat. Dans toutes les cérémonies du culte on trouve, à côté des prêtres, quelque représentant de la cité. Chaque année on élit des commissaires spéciaux, aux attributions précises : des hiérothytes, qui veillent aux sacrifices, des hiéronomes, des hiéropes, qui organisent les fêtes et les repas sacrés.
Ce n'était point trop du concours de tant de commissaires et de prêtres pour satisfaire aux exigences du calendrier ^ D'abord, chaque jour, se célébrait un office au Prytanée, près du foyer public. Puis l'on ne devait omettre aucune des cérémonies, les unes mensuelles, les autres annuelles, attendues à jour fixe par tous les dieux à qui l'État avait voué un culte. Les grandes divinités étaient encore plus exigeantes. Non seulement elles avaient leurs fêtes solennelles ; mais, de plus, cer-
i. Vojez, par exemple, le calendrier des sacrifices à Mj'conos ('AÔi^vaiov, II, 237).
tains jours de chaque mois leur étaient consacrés. En Attique, par exemple, le premier et le septième jour appartenaient à Apollon, le quatrième à Hermès, le sixième à Artémis, le huitième à Thésée. Aussi il ne se passait point de jour où Ton n'offrît quelque sacrifice officiel. Les Athéniens surtout dépensaient pour leurs dieux des sommes énormes. La plupart de ces cérémonies n'occupaient que le personnel des temples et les commissaires de service. Mais, quand il s'agissait d'une divinité importante ou d'un anniversaire historique, ou de la fête des morts, on suspendait toutes les affaires publiques et privées. C'étaient là les jours fériés proprement dits. On en comptait environ soixante à Athènes. On voit qu'ils correspondaient à peu près à nos dimanches.
A ces grandes fêtes officielles tout le peuple prenait part. C'étaient des journées de repos pour les ouvriers, de liberté pour les femmes et les esclaves, de plaisir pour tous. Les sacrifices offerts par l'État se terminaient généralement par un banquet populaire : pour l'anniversaire de Marathon l'on immolait, à Athènes, cent bœufs et cinq cents chèvres. Des fêtes de ce genre existaient dans toutes les villes grecques ; mais elles se célébraient naturellement avec plus de pompe dans les cités riches et puissantes. En Laconie on se pressait surtout aux Carnies, organisées en l'honneur d'Apollon Carnien, dieu des troupeaux, et aux Hyacinthies d'Amyclée, où se perpétuait le souvenir de la mort d'Hyacinthe. L'Attique était, par excellence, le pays béni des hécatombes et des belles processions. Chaque mois était marqué par quelque imposante cérémonie. Mais la foule guettait surtout le retour des fêtes de Dionysos, de Dêmêter et d'Athêna^
Dionysos était chez les Grecs le dieu des bonnes gens. On saluait son arrivée avec une franche gaieté ^ En son honneur