‹ La Grèce avant AlexandreChapitre 41 sur 44 · Ileuzey, Société des antiquaires · texte numérisé non relu

Ileuzey, Société des antiquaires

OU des amours; des colliers, formés de plusieurs rangs de chaînettes terminées par une fleur pendante ou une tête de divinité; des ceintures en or avec fermoir; des bagues à la main et au pied; des anneaux autour des jambes ; des bracelets, composés d'une série de pièces rondes montées avec des grenats ou terminés par deux têtes de serpent. Enfin une dame grecque ne sortait point sans son éventail et son ombrelle. Tout ce luxe féminin effraya bien des sages.

Solon refusa d'admettre plus de trois robes daûs le trousseau des jeunes mariées. En beaucoup de villes, à Samos, à Syracuse, à Andania, des magistrats spé-

ciaux, les gynéconomes, étaient chargés de surveiller la toilette, la conduite des femmes et leur tenue dans les fêtes. Ces règlements et ces précautions eurent le sort de toutes les lois somptuaires : on ne fit qu'ajouter au goût du luxe l'attrait du fruit défendu.

Les repas de famille étaient ordinairement assez simples. On se réunissait à midi pour le déjeuner (àptcjTov), et au coucher du soleil pour le dîner (oiït^^ov) ; quelquefois, avant de dormir, on prenait un léger souper (ôûp:roç). Dans le péristyle ou dans l'une des pièces qui s'ouvraient sur la cour, on dressait une petite table mobile où l'on posait les plats et les assiettes. Les gens du peuple, comme les paysans, mangeaient avec leurs doigts la maza ou pain d'orge, le poisson salé, l'ail, le fromage, les ohves et les figues. Les riches connaissaient

Cordonnier au travail.

l'usage des couteaux et des cuillers. Outre le pain de froment cuit au four, on servait sur leurs tables divers légumes bouillis ou préparés en salade: pois, oignons, poireaux, cresson, champignons et truffes ; des anguilles du Gopaïs, des coquillages, des poissons de mer, frais ou salés. En Béotie et dans l'Italie du Sud, on mangeait beaucoup de viande. Ailleurs, ce n'était pas l'alimentation ordinaire. Pourtant, dans les familles aisées, on voyait de temps en temps paraître sur la table un quartier de bœuf, de mouton, de chevreau, de porc, un poulet, des grives, des cailles, un lièvre, le tout accommodé à l'huile. Le dessert se composait de figues, d'olives confites, de raisins, d'amandes, de dattes, de fromage de Sicile ou d'Achaïe, de gâteaux salés, et de la placenta préparée avec de la farine d'avoine qu'on pétrissait avec du fromage et du miel. On buvait très peu pendant le repas, et seulement de l'eau, rafraîchie avec de la neige, ou bien du lait de chèvre, de brebis. Quand les femmes s'étaient retirées, on apportait le cratère, où pétillait un vin noir, ou un vin blanc, ou un vin doré des îles volcaniques de l'Archipel. Souvent ce vin avait été bouilli et mélangé d'eau salée pour le voyage. On l'avait parfumé avec des plantes aromatiques et conservé dans des jarres de terre cachetées à la poix. Aussi l'on devait le filtrer avant de le boire et l'on y mettait toujours beaucoup d'eau. Il suffisait de le verser dans les coupes pour délier les langues et animer le repas jusque-là silencieux.

Les femmes ne sortent guère du logis que pour rendre visite à une parente ou pour assister à quelque fête. Elles passent la plupart des journées chez elles, tout à leurs devoirs de maîtresses de maison. Dans les familles riches, elles ont un monde à gouverner : les esclaves qui préparent les repas, vont au marché et font les courses; la jeune fille qui tisse et brode au gynécée; le fils qui revient de l'école; les petits enfants qui jouent à la poupée, au cerceau, à la balle, à la corde, au cheval de bois, à cache-cache, à cohn-maillard ; la

nourrice, d'ordinaire une femme de Laconie, prise à gages, reconnaissable au mouchoir qui couvre sa tête et à la façon dont elle élève le bébé sans langes ni maillot; enfin les animaux domestiques, souvent nombreux et exigeants, chevaux ou mules, chiens de chasse ou de luxe, chats, faisans, paons ou cailles. La maîtresse de maison a fort à faire pour tenir tout son personnel en bonne santé. En cas de maladie ou d'indisposition, elle emploie ses remèdes à elle, recettes superstitieuses, amulettes, formules gravées sur pierre. Elle se décide malaisément à consulter les médecins publics ou privés. Elle sait qu'à peine arrivée à leur clinique, elle devra parler d'honoraires, même payer d'avance. Elle a plus de confiance dans Asklépios, le dieu de la médecine. On conduira le malade à son temple; on placera le patient dans une chapelle, où, après les prières et les sacrifices d'usage, on le laissera seul ; la nuit, il verra le dieu en songe; au matin, le prêtre expliquera l'ordonnance divine et prescrira les remèdes*. Le malade guérira ou non : du moias, la maîtresse de maison aura conscience d'avoir tout fait pour le sauver.

Si la femme règne souvent au logis, c'est que le maître est rarement là. Voyez la journée d'un bourgeois d'Athènes. Il se lève avec le soleil. Sa toilette l'arrête quelque temps. Il ne se rase point et ne cherche point à blanchir ses dents : jusqu'à l'époque d'Alexandre, ce fut une preuve de mauvais goût. Mais il doit peigner sa longue barbe et disposer avec art l'échafaudage d'une coiffure compliquée. Il prend un très léger repas composé de pain et de vin pur (àxpaTic7[Ji.6ç). Aussitôt il sort. Il suit les rues qui mènent au marché et donne un regard aux boutiques déjà ouvertes. Il rend visite à des amis. Puis il entreprend une promenade à pied ou à cheval ; il va vers une ferme, vers un champ ; ou bien il court à un rendezvous d'affaires. Si c'est jour d'assemblée, il revient vite à

Page 1