‹ La Grèce avant AlexandreChapitre 42 sur 44 · p. Girard, VAsklépiéioti d'Athènes · texte numérisé non relu

p. Girard, VAsklépiéioti d'Athènes

l'agora ou monte au Pnyx. Sinon, vous êtes presque certain de le rencontrer à la porte d'un tribunal, où il se hâte comme plaideur, comme témoin, comme curieux, comme juge. A midi, tout mouvement s'arrête dans la ville. Déjà les pauvres gens, qui par économie suppriment le déjeuner, sont allés dormir sous un portique ou causer dans une boutique de barbier. Notre homme rentre au logis. Il y prend vite un repas sommaire, puis fait la sieste. Dès que la grosse chaleur est tombée, il se secoue, va au gymnase, au bain. Au retour, il a soin de traverser les portiques de l'agora pour s'y montrer et y causer. Il arrive au logis dans la lueur vague du crépuscule. C'est l'heure du dîner. Souvent il a ramené quelque ami, avec qui il cause ou fait de la musique toute la soirée. S'il est rentré seul, il se fait servir promptement, puis s'empresse de quitter sa femme et ses enfants pour regagner la place, où il discutera politique et bavardera de maison en maison, de groupe en groupe, une bonne partie de la nuit.

Les jours de fêtes publiques, le citadin est toujours en mouvement. Il veut être partout, aux sacrifices, aux processions, dans les cortèges, dans la foule, au théâtre. Et souvent une journée si bien remplie se termine au logis par un banquet où l'on convie ses amis.

Les invités se présentent à l'heure dite, chacun accompagné d'un esclave qui lui ôte ses chaussures, lui verse de l'eau sur les mains et le sert pendant tout le repas. Les femmes et les enfants de la maison s'assoient à l'écart. Les convives s'étendent sur des lits, par groupes de deux ou de trois ; chaque personne a devant elle une petite table où elle trouve des assiettes, des cuillers, des couteaux, et où l'on déposera successivement les plats. Voici d'abord les horsd'œuvre, des huîtres, du poisson salé. Le premier service se compose de poisson frais, de viandes et de légumes ; le second service, de fruits et de friandises. Autant les repas ordinaires de la famille étaient simples, autant ces grands dîners étaient

somptueux. En vain, Solon avait voulu proscrire en Attique ce luxe de table. La loi défendait d'inviter à la fois plus de trente convives et ordonnait aux traiteurs de déclarer aux magistrats le détail de tout ce qu'ils fournissaient. Les règlements somptuaires n'empêchaient point les riches citoyens d'offrir à de nombreuses assistances des menus d'une folle magnificence. Mais pour la plupart des convives, le vrai banquet ne commençait qu'au Symposion. Jusque-là, on n'avait bu que de l'eau : maintenant on allait faire honneur aux bons vins des îles, une des gloires de la Grèce.

D'abord on se frottait les doigts avec de la mie de pain, puis on se lavaitles mains.

Les esclaves enlevaient les tables, puis apportaient

les cratères, les aiguières et les coupes. Alors on buvait à Hygie et au bon démon. On jetait de l'encens sur le feu. On entonnait le péan, avec accompagnement de flûte. Après tous ces préliminaires, on se mettait résolument à l'œuvre, en répétant le refrain consacré : « Pithi è apithi ! — Bois ou va-t'en! » On choisissait le roi du Symposion : c'était l'amphitryon, ou l'un des convives désigné par le sort. Pendant ce temps, les esclaves mêlaient le vin et l'eau dans les cratères. S'ils avaient suivi le précepte d'Hésiode, ils n'auraient mis qu'un quart de vin pour trois quarts d'eau. Mais pour les buveurs sérieux, on mélangeait par moitié ; demander du vin pur, c'était s'exposer à passer pour un barbare. Sans cesse l'œnochoé puisait dans le cratère et remplissait les coupes. On faisait trois hbations en

e coupe attiquo blanc.

l'honneur des dieux de l'Olympe, des héros, de Zeus Sauveur. Puis les convives, couronnés de fleurs, buvaient à la santé les uns des autres, tandis que la coupe circulait de gauche à droite. Le roi du festin commençait un scolie ou chanson de table ; chacun à son tour recevait la branche de myrte et récitait ou improvisait une strophe. Ensuite venaient les charades et divers jeux, les combats de coqs, le pair ou impair, les petteia, sorte d'échecs où il s'agissait de cerner les pièces de l'adversaire ou de leur barrer le passage ^ Les joueurs de dés soulevaient bien des exclamations quand se présentait le triple un, coup du chien, ou le triple six, coup d'Aphrodite. Mais les convives aimaient surtout le cottabe, un divertissement un peu barbare, où d'un jet de vin l'on frappait une plaque de métal pour en interpréter le son. Après les jeux, dans les grandes maisons, se plaçaient des intermèdes. On voyait entrer des bandes de musiciens, de danseurs, de jongleurs, de faiseurs de tours, de bouffons. Souvent l'on exécutait devant les convives un mime ou un ballet célèbre. Le temps passait vite au miUeu des danses, des chants, des amusements de toute sorte. Quand à un Symposion se rencontraient des gens comme Aristophane, Agathon, Alcibiade et Socrate, les choses de l'art et de la pensée se glissaient peu à peu au miheu des bouffonneries. La conversation s'élevait, touchait en se jouant aux plus hautes questions. Beaucoup d'auteurs ont donné à leurs ouvrages le cadre d'un Symposion, et plusieurs en ont tiré des chefs-d'œuvre. Dans les vins dorés de l'Archipel se montrait non seulement la vérité, mais encore la pensée, l'imagination, l'art, tout ce qui ennoblit l'homme et ensoleille la vie.

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