LES PREUVES LINGUISTIQUES
^1. — Les Léleges d après le professeurKiepert et les Lyciens d'après le i)'" Blau.
Nous choisissons comme point de départ des recherches qui vont suivre, le jugement porté sur la question qui nous occupe, par le célèbre géographe M. Kiepert. On peut, dit-il, à l'aide d'une foule de faits linguistiques, donner un haut degré de vraisemblance à l'assertion que le peuple primitif désigné à une époque préhellénique du nom de Lélèges par des Sémito-Pélasges, est tout simplement le même que celui qui, dans l'histoire, est connu sous le nom des Illjriens répandus dans la grande presqu'île européenne du sud-est, dont les restes et les descendants conservent encore aujourd'hui sous le nom de Skipétars ou d'Albanais leur vieil idiome tant et si profondément transformé.
Nous partageons pleinement l'opinion du savant pro-
fesseur de Berlin ; nous lui demanderons seulement s'il entend par Sémito-Pélasges les indigènes primitifs de la Grèce qui se civilisaient au contact des Phéniciens installés sur les îles et sur quelques points de la terre ferme, ou bien les Cariens qui, à une époque difficile à déterminer, s'étaient croisés et mélangés avec les Sémites venus d'au-delà del'Halys. Nous aimerions aussi savoir, pour quel motif il lui semble que le nom des Lélèges a une origine sémitique. Il est certain que le mot peut s'expliquer à l'aide de la langue hébraïque, où ^i.y'^ et ,!,^> (laeg' et illeghi signifient bègue ou jjarlant comme un barbare. Le premier /dunomdesLélègespourraits'expliquer comme dans lepsek ^Lampsaque), Liebris, Lilybée , c'est-à-dire les endroits du j^assage, des Hébreux, des Libyens. Ce serait la lettre l indiquant le datif dans les langues sémitiques. Mais jusqu'à nouvel ordre nous resterons fidèle à l'étjmologie qui nous est fournie par la langue albanaise.
D'un autre côté, le docteur Otto Blau s'est efforcé d'établir dans un article très -intéressant, publié dans le jRecueil de la Société orientale allemande, en 1863, qu'il y a des rapports nombreux, intimes entre les mœurs, les légendes et la langue de l'ancienne Lycie et celles de l'Albanie. Tout en faisant des réserves au sujet de la manière dont les inscriptions lyciennes ont été interprétées par lui, nous croyons que le docteur Blau a deviné la vérité et que sur plusieurs points il l'a rencontrée. Tout en nous servant de plusieurs de ses observations judicieuses, ainsi que des données fournies par M. Hahn, nous tâcherons de développer les aperçus de nos prédécesseurs, en les
groupant et en les reliant entre eux. Nous voudrions donner un haut degré de vraisemblance à ce qui, jusqu'à présent n'avait paru être qu'une présomption et une h3^pothèse, et une portée plus sérieuse et plus vaste à ce qui était considéré tout simplement comme une vue intéressante.
§ 2. — Les noms des villes Lélèges formés à l'aide de la racine anda.
Moversdéjà avait remarqué c|u'une foule de noms de villes cariennes se terminaient par la syllabe anda il'. M. Blau remarque à son tour que cette désinence se retrouve dans les noms d'un grand nombre de localités encore aujourd'hui existant en Albanie, telles que : Pramancla, Giirasenda, Agnonda, Marandi, Kurendo i2\ Quant à nous, nous allons essayer de fouiller d'ab-Drd le sol, qui aux yeux des anciens Grecs passait pour avoir été plus particulièrement la patrie des Lélèges, puisqu'ils lui avaient conservé le nom de Lélégie [\s^ ?yi'j.) \ nous voulons parler de la Messénie et de la Laconie. Nous chercherons à y retrouver la même racine anda dans les noms des villes antiques de ces cantons, en exprimant l'espoir qu'en cas de succès les résultats pourront fournir la clé de plus d'un problème, non résolu jusqu'à nos jours.
(1) Movers Fhix-nicier, III. p. 255.
(2) Blau. p. (Ifîl. d'après les cartes de l'Albanie de Iviepert.
D'après Pausanias il), Lélex était considéré comme le plus ancien habitant du sud du Péloponèse. Il aurait eu pour père Neptune et pour mère Libye, fille d'Epaphos. Cette généalogie semble indiquer qu'une partie au moins de la population du pays était originaire de l'Afrique. Nos observations ultérieures tendront, si nous ne nous trompons pas, à fortifier cette supposition.
Lélex et ses successeurs auraient régné, toujours d'après Pausanias, pendant plusieurs générations à Amyclées, ancienne capitale de la Laconie. Le second fils de Lélex, qui avait nom Poh'caon, aurait fondé un nouveau roj-aume, et, du nom de sa femme Messène, il l'aurait appelé Messénie; il y aurait bâti, entre autres villes A^icZanie, qui devait être la résidence des rois du pays. Bense- 1er, continuateur du dictionnaire des noms propres grecs de Pape, traduit Andanie : ville agréable. Déjà Etienne de B^'^zance avait fait venir ce mot de hS'ctvstv — il est vrai qu'il avait ajouté comme commentaire la négation (((/« a.v S'Âvov, exactement comme jadis on faisait descendre « lucus y> a non lucendo). — On peut s'étonner avec raison qu'un philologue allemand ait pu commettre une bévue pareille. C'est comme si l'on voulait former des présents fu-uv^àva, }.a^Ç>k.vcù, Kccv'àcLi'a des substantifs ixciv^uviu, etc., au lieu de les former des thèmes ;w«c3r, Aeiê, a«i^. On ne peut pas rendre compte de ce mot à l'aide de la langue grecque. Pour en saisir le sens, il faut avoir recours à l'albanais. Déjà, dans le vocabulaire de Xj^lander on lit : t'rsV/st être assis. Hahn présente la forme vSé-.ju comme étant l'aoriste irrégulier du verbe pi, piy je siège, je suis assis, je
(1) Pausanias. I, IV*: III, 1. 1,
me repose il). NTSc/ct et vS'svjoc, semblent se rattacher au verbe vS'€^,vSiiy, vS'sviy (dialecte guégeois) j'étends, je tire, je répands. De là les participes vSéfu, vS'sirovça., vS'svnfxsju signifiant tension, extension, étendue; enfin les substantifs vSépyjovpci, évS'shiJi.ijci habitation, séjour, loisir. Le sens primitif de ce verbe paraît avoir été celui d'un mouvement sans but déterminé, d'une promenade. Les noms des villes grecques 'Ofx°y-^^°^^ "Easuo-/?, 'Ehev^e^ai, qui tous viennent du verbe ï^^/j>iJ.cii, semblent avoir désigné des endroits où l'on se promenait;, des endroits passants. Le fleuve de la Syrie, qui porte le nom d'Eleuthéros, veut dire non pas celui qui est libre, mais celui qui marche; les noms du Padus et du Ganges (du Pô et du Gange) ne signifient pas autre chose. Toutefois le nom d'Andanie n'est pas rendu par 'OfX'^iAsvci en grec, mais bien par Oix^hiu — c'est là en effet, le second nom qu'Andanie aurait porté d'après Strabon (2). C'est probablement un de ces noms doubles si fréquents dans les pays habités par des races différentes. Ily avait quatre villes du nomd'Oechalie en Grèce, à savoir : en Eubée, en Thessalie, en Etolie et enfin dans la Messénie ou l'Arcadie. Le mot renferme en effet un sens assez général, si, comme nous le pensons, il est composé de o'iKoi et de khin , et qu'il signifie groupe de maisons ou de ménages (3).
(1) Camarda (Grammatologia. I, 301) explique les deux mots Vaàves^ vS'à.vi : voisin, proche, et il les fait venir de v^e^AVé de côté. à côté
(2) Strabon. p. 291, 33.
f3) Les ruines de la ville d'Andanie ont été retrouvées en 1840, par le célèbre voyageur Ernest Curtius, près du village de Suadani /pour e\i 'AyS'uyiiu.v, cnrnrrie Stamboul pour s':î ih.v loKn).
Dans la Troade nous trouvons la ville d'Andeira, ayant appartenu, elle aussi, aux I.élèges, d'après le témoignage de Strabon (1), puis un affluent du Scamandre VAndiros. Les deux mots viennent directement de l'albanais vS'éecf., étendue. La ville Antandros étant attribuée pareillement aux Lélèges, on peut voir dans ce nom une forme grécisée d'Antandeira. L'origine du nom de l'île d'Andros trouverait du même coup son explication.
Il y avait dans la Carie une ville appelée Beifyvxici, fondée disait-on , par un certain Bargylos , ami de Bellérophon (2). Le mot pourrait être d'origine albanaise, /?r/.pxyov signifiant dans l'idiome des Skipétars série, couronne, c'est-à-dire enceinte de maisons et de murailles. Mais ce qui nous intéresse c'est que cette ville aurait été appelée aussi" ^vS'uvov par les Cariens ^3). Au lieu de Cariens, il faut lire peut-être Lélèges. On sait que les deux peuples étaient souvent confondus dans l'antiquité, et Hérodote lui-même croyait que les Cariens avaient été appelés autrefois Lélèges. Les Proto-Cariens peuvent avoir été de la même famille cjue ces derniers; ils peuvent avoir parlé une langue analogue à celle des Lyciens, Dardaniens et Pélasges (4).
(1) Strabon, p. 326, 56.
(2) Une autre ville de la même contrée s'appelait Bargasa; on rencontre un Bargula dans la Macédoine.
(3) Je me suis demandé si les Zakkari que l'on trouve dans les inscriptions égyptiennes ne seraient pas les Cariens, précédés seulement du pronom HT en guise d'article. En grec au moms le T l'sayin) est rendu par un s.
(4) Toutefois les Cariens que nous fait connaître l'histoire, ont déjà adopté des cultes sémitiques et plus d'un mot dont l'hébreu et
La racine anda reparaît encore dans le nom du bourg de K=,.;;J=fif, près duquel était situé le port de Trézène, appelé Uâyav (mot à mot : barbe ^li. Or, Célendéris est une ville bien connue de la Cilicie, située elle aussi sur la mer. Les deux Célendéris comme les deux Salamine, sont apparemment dans le rapport de métropole à colonie : mais comme nous avons affaire ici non à des Phéniciens, mais à des Lélèges, qui nous dira laquelle de ces deux villes a donné naissance à l'autre? On pourrait supposer, que la première syllabe de 'i\~,.i,isi^n contient l'abréviation du mot K//.<^, — dans ce cas la question serait vidée. Mais peut-être faut-il y chercher un mot signifiant bâtiment, vaisseau, Ihébreu '""?• ou le grec ■.sws, barque, bateau léger. Xe nous étonnons pas de trouver des Lélèges dans l'Argolide; nous verrons bientôt que la ville de Trézène elle-même ne leur est pas restée étrangère.
Dans toute l'étendue de l' Asie-Mineure, en deçà de l'Halys, nous rencontrons une série de villes dont les noms renferment le mot anda; seulement ce mot n'en constitue plus le radical, mais le dernier élément. Ce sont dans la Carie : Alabanda 'ala, cheval? Ccu^^ancZa, Labranda de Koi.Cfji, hache de combat?) |2'. AUnda {'3', Telandros de Sr colline? ; dans la L^'cie : Arycanda ide arouskc
l'artibe peuvent fournir l'explication . Etienne de Bvzance nous apprend que leur ancien nom avait été 'McLV^aKoi, Or, Mausolus veut dire maître, roi en hébreu ( /C-'C, régner: cp. Mossul. 1/ Pausanias. II. 39, 9.
'2i Lassen fait venir Âst.ipt/j de l'arabe rabara . saisir des deux mains.
t3. Il y a aussi en Macédoine une ville \\/:yéoic/..
une ourse?;; dans la Troadeprèsd'Adramyttion; Passanda [de pasa possession ;passoi^7'e, j3rtssow?ii, riche?); dans la Ljcaonie; Laranda (de lar pierre ?); dans la Pisidie : Isionda ou Isinda, Oinoanda, un des quatre bourgs formant entre la Phrygie etlaLyciela grande Tétrapolisde Cibyre où se parlaient quatre langues, celles des Pisidiens, des Solymes, des Grecs et des Lydiens; dans la Cappadoce même, mais encore en deçà de l'Halys: Soanda de l'albanais soua, parenté, race) (1^. On peut ajouter Blayndos dans la L3^die^ Telendos, Lepsimandos, Nariandos, Thryanda, Kadyanda.
Dans la Cappadoce, nous trouvons les deux petites villes de Nazianzus et d'Arianzus illustrées par la naissance de saint Grégoire le Grand, orateur chrétien du V*" siècle et par celle de son père. Le d étant légèrement assibilé par les Grecs, les Sémites vivant autour paraissent avoir grossi le son de la dentale. Lesdeuxpremières syllabes de Nazianze, rappellent l'albanais njës simple, et les deux premières à'Arianzus, le substantif are, campagne, villa. Joignons au nom de ces deux villes celui de nçta.vfftoi, habitants d'une ville de la Crète.
Signalons enfin dans la Cappadoce Andahalis séjour de Baal et Andraca, dans la Paphlagonie Andrapa, noms dans lesquels la syllabe and semble constituer le fonds des mots. Mais ce qui doit surtout exciter notre attention, c'est que nous la trouvons fréquemment dans
.1) Pas confondre avec %ovâ.y'yi?M, où d'après Etienne de Byzance, se trouvaient les tombeaux des rois de Carie. En albanais ::ovai'y veut dire éteindre, aoi mortuus est. Tsau parait venir de la même racine que TsKcov et signifier roi. La famille du célèbre Gé Ion était d'origine carienne. (Preller Griech. Mythologie, II, p. 36.
des noms de villes situées bien loin de la Grèce au nord et à l'ouest.
Dans la Macédoine dans le pa^^s des Pélagones, se trouvait une ville appelée à tour de rôle Andaristos et Andraristos 'cette dernière forme est probablement gréciséei. Dans la Dalmatie, "AvS'îiçiov, ville forte (11 appelée 'AvS'iKçiov par Ptolémée (2) et 'AvS'tnçiov par Strabon '3\ Si notre étymologie du mot anda est juste, la dernière des trois formes serait la meilleure, car elle répond assez exactement à l'albanais ;'<ré/T(5ypci habitation, étendue. On sait que les Dalmates étaient une population illjrienne ; M. Blau rapproche de leur nom celui des TsA/i^spg V de la Lycie (4;. Hahn a déjà fait remarquer qu'en albanais S'éKfAeps et i'exy.ova.ps signifient berger ide Sé?ji brebis qui se rattache à S'uK?j avancer. Cp. le grec 7rpo(ic(.Tov). Delminium ou Dalmion était l'ancienne capitale de la Dalmatie. Deux endroits situés en Épire, Ashl6ivo et Ae?.!iivût.Ki, portent encore aujourd'hui le même nom. Strabon d'ailleurs nous assure que de nombreux troupeaux de brebis paissaient dans la plaine de Dalmion (5\
Le thème ayida revient dans les noms d'une ville et d'une peuplade de la Pannonie : Andautonium (de cmda et içT suffisant ?; et Andizetes (de aiida et ^s noir ? . Or, Appien nous apprend (6 que les Pa7inoniens des Romains étaient les Uaioi'ss des Grecs, et qu'ils étaient de
(1) Dion. Cass., 56, 2
(2) Ptolémée, II, 17, 2.
^3; Strabon. p. 261, 54.
i4) Blau, Loco citato, p. 660.
.5) Strabon. t. VIII, ch v.
;6) App. Illyr., ch. xv.
race illyrienne. Homère ^1 cite ces derniers à côté des Cariens, des Lélèges, des Caucons, et les divins Pélasges parmi les alliés des Troïens. D'après Hérodote (21, ils descendaient des Teucriens; d'après Strabon (3), des Phrygiens Ils habitaient les bords de l'Axios, et comme ils ne sont séparés que par les Dardaniens du pays des Pannoniens, l'identité de ces derniers avec les Péoniens paraît plus que vraisemblable. Strabon (4) lui-même semble considérer les Pannoniens comme étant de race illyrienne, puisque plusieurs tribus placées par lui en Pannonie sont envisagées par Pline (5), et Velleius Paterculus (6), comme faisant partie des Dalmates. Or, nous venons de voir de quelle nationalité étaient les Dalmates.
^3. — Les noms formés avec Anda.
Les Vénètes.
11 est certain que l'antique migration des Albano-Pélasges ne s'est pas arrêtée là; en remontant les côtes de l'Adriatique, elle s'est rencontrée avec l'avant-garde des Celtes, avec lesquels elle s'est mêlée sans se confondre avec eux. Les Japodes ou Japydes qui probablement ne diffèrent pas des Japyges, Cretois transplantés de la Sicile en Italie, sont aux yeux de Strabon un peuple mi-
(,1) Strab.. X. v. 428.
(.2) Hérodote. V, ch. xui.
(3) Strabon, VII. Epit.
'.4) Strabon, XIII, p. 314.
(5) Pline. Hist. nat , III. 22.
(6) Vell. Patercul., II, ch. cxv.
partie Illvrien et mi-partie Celte.LemontAlbius près duquel l'on nous dit qu'ils sont installés, paraît tirer son nom d'un mot celtique. En revanche les noms des villes Av-endo. Senia et Tarsatica alb. iras grand, gros), situées sur leur territoire s'expliquent par l'albanais (1).
L'Istrie était habitée par un peuple que Scj-mnus ivers l'an 300' classe parmi les Thraces, que Justin (XXXII, 3' et Pline 'Hist. Nat., III, 19' font venir de la Colchide, et dans lequel Zeuss voit des Illyriens 2 . Il est certam que Thraces et Ilivriens ont été souvent confondus par les auteurs anciens, probablement parce que on les trouvait en bien des endroits mêlés ensemble. Nous remarquons que la rivière qui sépare l'IUyrie de l'Istrie s'appelle A rsia, rappelant l'Arzen qui coule à trois lieues au sud de Tyranna : que la ville de Pœdicum reproduit le nom des UoiSiKKot, tribu faisant partie des Peucétiens et Dauniens venus de la Grèce i3 ; que la ville de Pola pourrait tirer son nom d'un mot albanais (n&.\/T{s-«t, diminutif signifiant étagère) ; que Tergeste enfin, le Trieste d'aujourd'hui s'explicjue par les deux mots albanais; ter tout et yeOy-ioïe ou 'j^^.i/ récréation. Le nom de cette ville est formé comme celui de Ségeste et d'Egeste, ville de la Sicile qui ainsi qu Entella et Eryx avait été fondée par les Elymiens, peuplade venue de la Troade d'après le propre témoignage de Thuc3-dide (4'. N'oublions pas que
(1) Cp. Strab.. IV, 207 ; VII, 313, 315.
(2,1 Cp. Dieffenbach. Origines européennes, p. 71.
(3) Strab . p 277. 279, 282.— Dieffenbach, ibid., p. 96.
(4) Thucyde. VI. 2. C'était des Troïens entremêlés de Sémites. Etablis dans la Sicile, nous les vo^'ons adopter des cultes sémitiques et rester les alliés des Carthaginois.
le nom de Ségeste se rencontre encore dans la Pannonie (1), dans la Thesprotie, ailleurs encore ; qu'il j avait dans la Macédoine un canton appelé 'EKvfjLsiri avec une ville du nom d'"EAv/>c«4. Dans la Médie, enfin, il y avait une région appelée 'EAu/zstiV. Les Elymiens n'étant pas sensiblement distincts des Troyens, sont classés par nous, comme ces derniers, parmi les Pélasges et les Lélèges.
Il est temps de revenir aux villes auxquelles la vieille racine anda a donné son nom. Telle est Andes, bourg près de Mantoue, patrie de Virgile. Ce bourg était situé non loin du territoire occupé par les Vénètes, et probablement il en aura fait partie. Am moins est-il aisé de prouver que les Vénètes étaient Illyriens aussi, c'est-à-dire Pélasges, et qu'ils étaient venus de loin. Leur nom s'écrit Veneti OygVsro/, "ErsTo;, 'Evstoi. C'est Hérodote qui leur attribue une nationalité illyrienne. (2) Polybe (3' déclare que par leurs mœurs et leurs vêtements, ils ressemblent aux Celtes, mais qu'ils en diffèrent par la langue. Appien (4) les place à côté des Dardaniens et des Sintiens sur les frontières de la Macédoine ; un anonyme chez Eustathe 5) en fait des voisins des Triballes. C'est après avoir quitté ces régions, qu'ils auraient occupé ce coin de la mer x\driatique, d'oîi ils auraient expulsé les Euganéens, avec lesquels ils avaient cepen-
(1) Strab., VIII, 5, 313.
(2) Hérod., I, ch. 191.
/S) Polybe, IL ch. xvn.
(4) Bell. Mithr., C. I, v.
5) Eustathe. ad H.. H, 852.
dant leur héros éponjme (Endos) en commun ii). Quant à Strabon 2i, il ne semble pas avoir d'opinion à lui sur leur compte ; il rapporte que quelques-uns les rattachent aux Vcnedi de l'Armorique, tandis que d'autres les font descendre des Heneti de la Paphlagonie. On les mêle à la grande légende de Troie ; Pline 3i cite Caton qui avait affirmé l'origine troïenne des Vénètes. Le fait est que la ville de Patavium passait pour avoir été fondée par Antenor; que, d'après Ptolomée, il existait un second Patavium dans la Bith3'nie, un troisième dans la Norique lit. Anton/, sans parler de Patavia qui répond à Passau, ville de la Bavière. Nous ne prétendons pas expliquer la patavinifas bien connue dont Tite-Live a dû tant de fois subir le reproche, par l'influence de l'ancien idiome des Vénètes. Mais nous ferons remarquer qu'il y avait dans l'ancienne Vénétie quelques noms d'endroits dont l'albanais rend parfaitement compte. Tel est le Brundulus Portas (auj. Brondoloi, dont le nom rappelle celui de Brundusium, comme celui des Japvges de la grande Grèce rappelle celui des Japydes établis sur les confins de la Vénétie. Le sens du nom Brundusium ^èf£viisrA\, dans lequel Strabon croyait reconnaître un mot indigène signifiant tète de cerf (4t, s'explique par la situation de la ville : le mot paraît venir de l'albanais lipivSa dedans; .Spêj-dsti?; Tintérieur.
'i) Tite-Live. ]. 1.
/2i Strabon. IV. v.
3) Hist. nat.. III, IM : vi. 2.
(4) Stier rapproche l'alb. drenni. cerf.
Nous trouvons encore dans la Vénétie la ville d'Adria dont l'homonyme se rencontre dans le Picenum, et dont la mer Adriatique tire son nom. On la dit fondée par les Tusci (les Tosques de l'Albanie?! Si l'albanais parlé dans ces temps éloignés renfermait déjà quelques éléments slaves, comme nous le pensons, le nom d'Adria pourrait bien venir du vieux slovène adro o\ijadro signifiant x.oK'TToi sinus maris, ou iffriov vélum 1). N'oublions pas que la ville de Spina, située à l'embouchure du Pô, passait pour être une fondation pélasgique, attribuée à Diomède 2). Mais ce qui est plus important c{ue ces notices géographiques — un nom appellatif de l'antique langue des Vénètes paraît être parvenu jusqu'à nous : Pline i3' nous entretient d'une plante que les Romains appelaient allium laili, les Gaulois hahis ou alus; d'après Pline son nom serait sil probablement le <;éue?j-> des Grecs) et les Vénètes cotonea. Encore aujourd'hui kotsav signifie en albana s la partie supérieure et esculente de la tige d'une pomme de chou.
Un autre mot de la langue des Vénètes nous paraît avoir été transmis par Columelle, lequel en parlant des vaches d'Altinum, endroit situé dans la Cisalpine et sur le territoire de la Vénétie, ajoute que les habitants de cette région appellent ces vaches cevas. Il fait remarquer qu'elles sont de petite taille et qu'elles donnent beaucoup de lait (4). Ni Altinum ni ceva ne sont des mots celtiques.
(i) V. le Dictionnaire slovène de Miklosich. i2i Pline. Hist. nat., III, ch. xvi.
'3 Pline, Hist. nat-, XXVI. ch. vu. Cp. Dieffenbach, Onç/ines européennes, p. 365.
4) Colum . VI. ch. xxvi: Vll.ch. u. Cp. Dieffenbach p 295.
En revanche y.u, plur. >ç;6, signifie bœuf en albanais. Quant à Altinum, dont on trouve un homonyme dans la Pannonie où nous avons déjà rencontré d'autres peuplades illyriennes, il pourrait bien se faire qu'il fût altéré de Daltinum oa Laltinum, laie ou claie, c/a/fe signifiant en albanais du lait caillé.
Disons enfin que Pomponius Mêla semble désigner par le nom du Lacus Venetus une partie du lac de Constance (1). Le nom des Vénètes peut être rapproché soit de ^evS'i lieu, place, patrie, soit de ^ovôiy ou ^evoty je tarde, je diffère.
En groupant ainsi les témoignages des auteurs anciens, les recherches de nos prédécesseurs et les résultats de nos propres études, nous croj'ons avoir rendu trèsvraisemblable l'origine illyrienne, albanaise des anciens Vénètes (2^.
§ 4. — Les noms formés avec Anda. Le Far West.
Chose singulière. Les villes et peuplades dont les noms sont formés avec Anda ne sont nullement rares dans l'ancienne Gaule. Nous y trouvons des Andecavi ou Andegavi (aujourd'hui Anjou, Angers les Andelonenses 'habitants d'une ville des Vasconsi, Anderitmn
{1) Mêla, III. ch. a
2) Cp. Hahn. p. 238, ajoute : Burœa de bourr homme. Codropio de KoS'pe colline. La rivière Tilaventus rappellerait le Tiluvius de l'Illyrie.
ville de l'Aquitaine, Andomatunum ville de la Gaule Belgique. Il est à remarquer qu'au lieu des Andecavi on dit aussi simplement Andes, d'où l'on a formé un adjectif : Andus, a, um. Enfin il y a une île du nom d'Andium entre la Bretagne et la Gaule, et le nom d'une Déesse ancienne des Bretons retrouvé dans une inscription de Die : Andarta (d). Ce dernier nom a été rapproché du mot cjmrique Andras fureur. Quant au nom de l'île d'Andium, on peut à la rigueur le faire venir du gaélique : amde autour, amdoi entourer, envelopper, auquel cas il faudrait suppléer l'idée d'eau ou d'océan. Mais en général on peut affirmer, que les idiomes celtiques n'offrent ni nom ni verbe c|ui puissent rendre compte des noms propres de villes, ou de peuplades renfermant les syllabes Anda. 11 n'en est pas de même du basque, langue qui assurément a été parlée, dans la haute antiquité, des deux côtés des Pyrénées et probablement dans toute l'étendue de l'Espagne. On trouve en effet dans ce dernier pays une ville de la Bétique Anderisce ou Andorisœ ; puis une peuplade de la Tarraconaise ; Andolagenses et une autre établie au pied des Pyrénées; Andurenses (aujourd'hui Andorre). Or, en basque Andia veut dire grand, vaste, Andréa dame noble ; icria, iria la ville ; elea troupeau. Les habitans d'Anderisa et les Andurenses seraient par conséquent des Mégalopolitains et les Andologenses peut-être des possesseurs de vastes troupeaux. Mais est-il probable que les Ibères aient occupé un jour toute la Gaule, qu'ils se
(1) Dieffenbach, p. 230.
soient emparés des îles situées en face et près de l'Angleterre ? Et si, d'un côté, les noms d'Andéritum et des Andolonenses se rapprochent singulièrement des Andologenses et des Andurenses de l'Espagne, accusent une origine Ibérique, et se rencontrent effectivement dans rAc[uitaine, habitée jadis par les Ibères ; comment rendre compte des noms des Andecavi, d'Andomatunum, d'Andium enfin ? Or, il existait dans la basse Pannonie une ville Anncunatia. Nous ne croj^ons pas nous tromper, en reconnaissant dans ce nom celui de la ville gauloise à' Andomatinium. La seconde partie du mot se retrouve dans le nom d'une rivière de l'Albanie : Mate, et dans ceux d'une montagne et d'une ville de l'Apulie, Matinus et Matini. Wxcz et /usits signifient mesure; (/.ciTSffT aune, arpenteur; Andomatunum serait: espace mesuré, délimité. Dans Andecavi, la seconde partie du mot est probablement l'albanais Ka, avec la désinence déterminante : Kaou. Le sens du nom alors ne saurait être que : pays aux troupeaux de bœufs.
Que conclure de ces recherches linguistiques, sans doute encore fort incomplètes, si ce n'est que les anciens Pélasges ont franchi les Alpes, se sont vus arrêtés par les Ibères, d'un côté, et que de l'autre ils ont fini par se mêler et se confondre avec les Gaulois, dont la migration paraît avoir été postérieure à la leur d'une longue série de siècles.
Mais est-il bien sur, que les Ibères aient eu l'énergie voulue pour barrer le chemin de l'Espagne aux immigrants du Nord et de l'Est? Ce que nous savons des Celtibères, nés du mélange des Ibères et des Celtes, ten-
drait à nous faire croire le contraire. Les noms des villes formés avec la désinence gauloise hriga abondent en Espagne, et quoique la première partie de ces noms renferme souvent des noms propres Romains, il est difficile de ne pas admettre, que les habitants de ces villes n'étaient pas Celtes au moins en partie. Citons seulement : T>eohriga Lacobriga, Juliobriga, Segobriga, Mirobriga, Latobriga, Talabriga, Langobriga, etc.
Or, il est incontestable que l'on rencontre dans l'Espagne une série de noms qui ont un cachet absolument illjrienet albanais, tels que : Colenda, As-endo; Budua, qui rappelle le Butua de l'Epire et le Butuntum de l'Appulie. On peut peut-être ajouter les noms assez nombreux en ha tels que : Norha, Onoha, Salduba? Mais ce qui est assurément plus grave, c'est que le nom de la ville d'Andorre comme celui d'Andorisa, que nous avons fait venir du basque, s'explique tout aussi bien par l'espagnol, où andorro veut dire vagabond, nomade. Les syllabes anda, auxquelles en basque ne répondent qu'un petit nombre de notions, expriment en espagnol, en italien en portugais l'idée du mouvement, de la marche. — Au lieu d'andar, les Catalans et les Provençaux disaient anar, les Vaudois annar, les Lombards anà — nous disons aller. C'est en vain que l'on s'est efforcé de faire venir cet andar du latin amhulare ou d'un ambitare qui n'a jamais existé, ou encore d'aditare, mot très-rare et qui présente un sens plus ou moins différent. En supposant quandar vienne d'aditare, comme rendre de reddere, comment expliquer, que cette transformation se soit opérée dans tous les pays
néo-latins à la fois, qu'en Espagne, en Italie et en France on ait pensé à ce même verbe aditare pour en faire le remplaçant du vieil et trop court ire. Andar n'étant ni gaulois, ni basque, ni latin, doit avoir tiré son origine soit d'une langue tudesque, soit d'un antique idiome pélasgique. Pour le tudesque semble militer le nom de la province Andalousie qui doit son nom aux Vandales, (les vagabonds). Mais la chute du V initial allemand est une chose tellement rare dans les langues néo-latines, que Diez n'a pu découvrir qu'un seul exemple de plus, c'est le mot espagnol impîa, (voile) allemand whnpel. D'ailleurs, les peuples germaniques n'ont pas paru avant le cinquième siècle dans la presqu'île ibérique. Il devient donc vraisemblable que le verbe albanais vS'iviot. a été porté par les Pélasges ou les Illjriens dans tous les pays de l'Europe occidentale parcourus par eux à une époque antérieure peut-être au siège (à peine historique) de la ville de Troie (1).
§ 5. — De la désinence j3o, j3>7, |3a.
Cette désinence sert à former une série de noms peu nombreux, mais très anciens, dont elle éclaire l'origine
(Ij Nous ajouterons aux exemples de villes, dont les noms se terminent en anda, enda, inda, l'explication des noms suivants :
itaZinda (dans la risia/c/. de Rhodes) de kalja-ja; Kouenda (château fort; forteresse delà Cilicie). de Koiy, je bourre? Dasmenda citadelle dans la Cappadoce, un peu au-delà de l'Halys), ou de dasmeja bien-aimée, ou mieux de Sjoi7fj.iu menthe (la plante de ce nom).
Aynblada pour Aynblanda (Vn a été retranchée à cause de la labiale de la première sj'ilabe). endroit dans la Pisidie, célèbre par un vin d'un usage médicinal, d'à//j?eÂJ£ doux, on d'àixe ho ly je chauffe.
et le sens. Ce sont les noms de AépCn, 'Ap;VÊ«, QiaCn, 0«C«i/, A^fên, KéffCoi, "IffCos, et probablement de TsvS'hCa et de KuvS'vCu. La désinence ne paraît pas grecque, mais être le reste du mot albanais fisvS', qui signifie endroit, patrie.
Commençons par le plus éloigné de ces lieux, par Derbé situé dans la Lycaonie, non loin de l'Isaurie et de la Cappadoce. Kiepert a cru le retrouver dans des ruines qu'on voit sur le flanc du Taurus près du lac Ak-Goel, non loin des passages étroits qui conduisent dans la Cilicie. Nous reconnaissons dans la première syllabe de Derbé le mot S'éos-c/., porte. Le sens du nom serait : l'endroit de la porte, le défilé. En effet encore aujourd'hui S'spCiy veut dire défilé en albanais.
"isCoi, ville située dans l'Isaurie, présente le même sens que 'iaivS^cc, '[aiov^a,, et probablement que les noms d'Isaura l'ancienne et d'Isaura la nouvelle. Car Isaura est formée comme Garsaura, ville de la Cappadoce. Les deux mots se disaient probablement pour Icci-ov^a., Tupffu-ovpu, et ils rappellent les Kccpovpct,, Kvy.oaovpa.. Ovpà dans ces mots veut dire garde, c'est-à-dire poste avancé et fortifié. En effet, Isaura la nouvelle est appelée evepKhi, (bourg fortifié) par Strabon. — L'Isaurie paraît avoir été aux yeux de ses premiers habitants le pays, la garde de la lumière. Isa est un ancien mot albanais dont se servent encore les enfants, et dont le sens est : lumière ; le mot propre pour lumière dans cet idiome est drit (1).
(1) Vincenzo Dorsa, Studi etymologici délia lingua albanese. Cosenza, 1862, p. 69 : La voce isa presso gli Albanesi è antiquata e si usa unicamente dai fanciuUi, etc. — Cp. du reste pour le sens du mot Isaurie, les noms de Lycaonie et de Lycie.
Avf.Cii rappelle d'abord Auf-nxrs-os, une des trois villes ayant appartenu aux Lélèges dans la Troade, puis le lac et le bourg de Ler-na dans l'Argolide. Dans la langue albanaise ijios veut dire malpropreté, boue; hjifoi éclabousser, salir. Ces endroits paraissent donc avoir tiré leur nom du terrain fangeux où ils étaient établis. Cela s'accorderait non seulement avec le sens qu'on attribue à la ville de Pedasa (pour Pegasa la sourcilleuse) mais encore avec la tradition qui fait rechercher aux anciens Pélasges les terres d'alluvion près des rivières.
Cette dernière observation s'applique selon toute apparence au nom de la ville célèbre de 0«êsi/ (béot. 0si/S«t/), bâtie non loin de l'extrémité méridionale du lac 'Tm/J), dans une plaine (le campus Aonius) arrosée par l'Asopos, l'Jsmenos et la Dircé ; plaine qui devait se trouver souvent sous l'eau avant les travaux de canalisation exécutés, dans la Béotie, par les Phéniciens. Ceux-ci avaient érigé une citadelle, la Cadmée, sur les collines boisées qui bordaient cette plaine. C'est au pied de cette colline qu'est née et que s'est développée plus tard la ville de Thèbes. Elle était toutefois assez éloignée du lac pour n'avoir pas à souffrir des inondations qu'il pouvait causer en débordant. En effet, ^ciij en albanais veut dire je sèche. QiO^ui, serait « le séchoir y>
Homère fait déjà mention de la petite ville de Thisbé, et il la désigne par une jolie épithète : 'TTohvrpiipcoi', la ville aux nombreuses colombes. L'étj^mologie albanaise, si elle avait raison, rappellerait au contraire la vi BoimU, le mot â'/, Sr/o-j dans cet idiome signifiant
porc, eiff^ui ou 0/W»s serait le Nordhausen de la Béotie ; ce serait la ville aux porcs nombreux.
Aiff&os paraît venir de Aj/s-c arbre, ou bien encore de hjif laine, en supposant que l'île ait été remarquable par l'élève des brebis. — 'Ap/VC» était le nom d'une petite ville située dans l'île même de Lesbos; elle fit place plus tard à Methjmne (1); 'A/3/(7/3oj celui d'un afi'iuent de l'Hébros. Il y avait enfin un bourg d'Arisbé sur les bords de la Selléis non loin d'Abydos dans la Troade. On sait que tout près d'Abydos se trouvaient les mines d'or d'Astyra (comparez Astoret, Astarté), exploitées par la dynastie de Priam. Arishé qui faisait partie du même district pourrait donc « signifier le pays de l'or, » surtout si l'Arisbé de la Troade a été la métropole de l'autre {ar veut dire «or» en albanais). D'ailleurs le mot «or » pourrait être pris au sens figuré.
T£V«r«iSct nous est désigné comme une ancienne ville de l'Asie. Le nom de la première syllabe est peutêtre contenu dans le dernier mot de la locution albanaise ; "êT5-£ sccTê T£ (j^ifs TîvTs dont le sens est : faites bon voyage. lévSea. ou iciv^ea. signifie ahri champêtre, bercail.
Kst)'/y/S«t est une ville de la Lycie de Ka.v7-^\ marge, bord escarpé. Que l'on compare Kkv^ctaa., ville de la Carie; Y.civS'ol^ol, ville de la Paphlagonie ; Y.c/.vS'cLoviu., contrée montueuse de l'Illyrie, et peut-être Y.a.vS'kwv^ un des noms du Dieu Mars.
(1) Le nom de la ville de Méthymne semble être d'origine phénicienne et venir de la même racine que le nom de Teiy.vvui, ville de l'Eubée. En hébreu ]QID veut dire : cacher, f^^Q magasin sous terre, cachette.
Enfin l'Artemis BevS'if, TArtemis des Thraces, adorée plus tard à Athènes (déjà du temps de Platon^, serait-elle autre chose que l'Artemis indigène, nationale?
§6. — Les Skii^etars (SutoV/j) et les Dardaniens, Teucer. — Les Termiles^ Tramélé^ Trambelos,
TpoiiDeioc, T/ow£ç, Tpoi^rrj, Milet.
Si au lieu de nous placer au centre de l'antique Lélégie, à Andanie, nous choisissons maintenant pour point de départ l'époque où nous vivons, nous remarquerons que les Albanais s'appellent aujourd'hui eux-mêmes Skipetars. On a essayé de rattacher ce nom au verbe ffyjiTÔiy je comprends; sKiTmk^ serait donc celui qui comprend ce que l'on lui dit, c'est-à-dire le compatriote. On a comparé ensuite les mots grecs o-xS^oj, ff/.ÎTjuv et ffmi'jTûi (la foudre qui tombe). Mais si l'on le rapproche de deux autres mots qui lui ressemblent au moins autant que les précédents, de ffKJupTspt aigle et de G.p'TTùv vautour, il sera difficile de le séparer de ffKéfjLfli, ffKS'rr, (JKt'Tr rocher, surtout si l'on considère que le ff/./cf-Tgp/ s'appelle aussi TSTp/V en albanais, mot qui paraît nous ramener tout droit au grec Ttérpu. rocher. Les Skipetars s'appelaient par conséquent comme Xylander l'avait déjà pensé, habitants des rochers, montagnards. On pourrait admettre ainsi la conjecture de Hahn, attribuant un jeu de mots à Pyrrhus dans la réponse qu'il adressait à ses Epirotes qui le saluaient du surnom
d'aigle, lorsqu'il fut revenu victorieux de la bataille. « C'est grâce à vous, dit-il, que je suis un aigle. Comment en serait-il autrement, puisque c'est soutenu par vos armes, comme par des ailes rapides, que je me suis élancé dans les airs. 55 Si cette phrase ne doit pas signifier ceci : Skipetars, c'est-à-dire aigles vous mêmes vous avez fait de moi un aigle, elle ne signifie absolument rien (1).
Si les Skipetars sont des montagnards, s'il faut rattacher leur nom au mot skep, skip rocher, on peut grouper autour de ce dernier différents noms propres, c[ui trouveraient ainsi naturellement leur explication. Tels sont ^kov-ttoi, ville située dans la Mésie et appartenant aux Dardaniens, désignée par Anna Comnène sous le nom rk ^kôwiol ; puis 2>cn4'^j ville troïenne située sur le mont Ida ; les Scopades, dynastie illustre de la Thessalie; enfin surtout le dème attique de H-jtstîj, dont le nom en réalité ne peut être expliqué à l'aide d'une racine grecque. Bv^éTv, en effet, paraît être une forme plus moderne que ffKVTrhn (cp. |/cpof pour (JKi<^oi). Or Strabon (2), aussi bien que Etienne de Bj^zance, affirme cj[ue ce dernier portait autrefois aussi le nom de Troie et d'après Phanodème cité par Denys d'Halicarnasse (3), ce dème aurait été la patrie du roi Teucer qui serait parti de là pour s'installer dans la Troade. Hahn fait venir le nom des Dardaniens, de ceux de la Mésie aussi bien que de ceux de la Mysie, du mot albanais S'âpîis la poire, et celui de Teucer de ^SKspéu orge, se rappelant sans doute que les
(1) Hahn, p. 230. Plutarque. Pyrrhus, c. viii
(2) Strabon, XIII, 604, 34.
(3j Denys d'Halic, I, 61.
habitants de l'Attique se vantaient d'avoir été les premiers des Grecs à cultiver la terre et à lui faire produire des fruits. Nous sommes obligé de faire des réserves au sujet de ces étymologies; mais nous n'en constatons pas moins l'identité des noms et probablement des populations, à une époque assez éloignée, dans l'Attique et dans d'autres cantons de la Grèce d'un côté, et dans la Troade de l'autre. Dardanus, d'après d'antiques traditions, ne passe-t-il pas pour le fils de Zeus et d'Electra, émigrant de la Grèce (d'autres disent de l'Arcadie), en Samothrace d'abord, dans la Troade ensuite, pour y fonder Dardania ? D'ailleurs, les mêmes noms de villes et de rivières se retrouvent aussi bien dans la Troade que dans l'Attique et dans d'autres cantons de la Grèce. Le nom de la citadelle d'Ilion,T!i nêp-) «i//--/, s'explique fort bien à l'aide de l'albanais. Uspjjoty y veut dire j'observe d'en haut, j'épie, je fais le guet, 7Ts^y[/.iju. spécula. Notez qu'un endroit de la Pamphylie, ris s-)/)!, semble tirer son nom d'une colline fort élevée, où était perché un temple d'Artémis. Dans l'Attique, enfin, nous trouvons le dème de Usp'ycujaii ou Ylspyciffh, qui faisait partie de la tribu d'Erechthée.
Le nom l'Ilion a été expliqué jadis par nous à l'aide de l'hébreu ]vS^5 cleus supremus. Aujourd'hui , que nous nous sommes familiarisés avec l'albanais, nous ne pouvons pas dissimuler, que dans cette langue il et oui signifient étoile, et que l'on rencontrait dans l'Albanie proprement dite, au sud de la ville de Bérat, deux petites localités du nom d'Ilion. Il y avait une petite rivière du nom de Selléis près d'Arisbé, dans la Troade (1); une
(1) Iliad.,II, V.839.
rivière près de Sicyon, une autre dans l'Elide, et une troisième dans l'Epire, près de Kichyros (Ephyra), portaient le même nom. Il y avait dans la Troade une ville du nom d'Hyamion rappelant YHyameia de la Messénie. Ici on pourrait peut-être songer à une colonie fondée après la prise de Troie. Il ne sera pas de même du nom de la ville de Perperene, située en pleine Mysie, qui est certainement le même mot que l'alban. 7^0-71 jipB descente escarpée^ abrupte. C'est qu'il y avait, en effet, près de cette ville des mines de cuivre. Nous identifions ainsi le nom de la ville ionienne de Priéné avec l'albanais f6pnj;u côte, colline, falaise. Mais le nom qui a lieu de nous étonner le plus dans ce petit territoire de la Troade, c'est assurément celui de Thèhes, identique ou à peu près à celui de l'antique capitale de la Béotie. On distinguait encore Thèbes en Egypte, quoique ce nom n'ait rien d'égyptien, et 0»T/3«t/ ai 4>ô/wT/<r£f, dans la Thessalie. LaThèbede la Mysie s'appelait Qh^ii'fTroTrKaKhu Elle était située au pied de l'Ida, au sud, non loin de Pergamos. Homère nous apprend qu'Eétion, roi des Ciliciens, y régnait et qu'elle fut ravagée par Achille. En effet, Ciliciens, Lydiens et Mysiens se disputaient cette plaine de Thèbes, où se trouvaient encore les villes de Chrysé et de Lyrnessos. Enfin Strabon nous entretient d'une Thèbe (Oii/în), située dans la Pamphylie oulaLycie, entre Attalie et Phasèles, fondée par des Ciliciens expulsés de la Thèbe de la Troade. Nous avons déjà dit plus haut que l'origine du nom de toutes les Thèbes s'expliquait sans effort par l'albanais.
Faut-il mentionner encore le Scamandre, coulant près
de Troie, et son homonyme arrosant les campagnes de la ville d'Egeste ou de Ségeste, située dans la Sicile. Il est vrai, comme nous l'avons dit plus haut, que cette ville passait elle-même pour avoir été fondée par des Troïens fugitifs. Mais pouvons-nous oublier qu'un Egeste nous est présenté comme chef des Thesprotes,et que les Thesprotes, d'après Etienne de Bjzance, étaient appelés AiyiaTeaoï.
La population primitive de la Troade paraît donc avoir appartenu à la race pélasgique. Ce n'est encore qu'une vraisemblance. Eh bien, quittons pour un moment cette terre tant célébrée par les poètes ; recueillons les témoignages que Pélasges et Lélèges ont laissés de leur existence sur d'autres points de la Grèce et de r Asie-Mineure; ils pourront nous fournir des preuves nouvelles et convaincantes du caractère pélasgique des antiques habitants de la Troade.
Milet et Termites.
Il existait autrefois dans la partie de la Crète habitée par les Pélasges et les Etéocrètes, — ces deux noms semblent désigner la même population, — une ville qui avait nom Milet et qui fut détruite plus tard par ceux de Lyktos (ou Lyttos). D'après la fable, Miletos aurait été un beau jeune homme, que se seraient disputé les trois fils d'Europe : Minos, Rhadamanthe et Sarpédon. Minos expulsa ses deux frères ainsi que Milétos, et ce dernier s'enfuit dans la Carie et y fonda la ville qui devait por-
ter son nom. Mines étant, comme on sait aujourd'hui, le symbole de la puissance phénicienne dans l'Egée, le m3^the semble signifier, que les Sémites ayant occupé avec des forces considérables une grande partie de l'île, un certain nombre de Pélasges et d'Etéocrètes furent obligés d'émigrer. Nous savons pertinemment, que Milet, au moment où les Ioniens conquirent la ville, appartenait aux Lélèges (1] ; on y montrait encore longtemps leurs tombeaux, les ruines de leurs chàteaux-forts et de leurs habitations. — Nous avons cru reconnaître autrefois dans Milet une cité d'origine sémitique, tirant son nom du même verbe que la déesse Mj^itta ("S* enfanter). Mais, aujourd'hui que nous avons été amené à identifier les Lélèges et les Albanais, c'est dans un mot albanais que nous cro3-ons avec plus de raison trouver l'explication du nom de la ville célèbre. En albanais Milet veut dire peuple, tribu. Ce mot, il est vrai, est revendiqué par le docteur Blau pour la langue turque. Toutefois, la langue albanaise renferme d'autres mots aj^ant des significations analogues ; tels sont : yfis?jéSs assemblée ; puis y.^'jé:' a semences, semailles, de //jS/s^ ou ^^^iK je sème, je plante. Quoiqu'il en soit, par //«âsV/ ^y.ji'TTs-Jffs, on désigne encore aujourd'hui le peuple des Skipétars.
Une autre partie de la population indigène de la Crète, conduite par Sarpédon, lequel aurait été plus particulièrement attaché à Milétos (2i, se serait établie dans la Lj^cie et aurait, avec l'aide de Kilix, refoulé les Solymes,
(1) Strabon. p. 542. 1. 29.
(2) Preller, II, p. 81.
peuplade sémitique, vers la Pisidie, en occupant la belle vallée qu'arrose le Xanthos. Ces Etéocrètes s'appelaient eux-mêmes Termiles (1) ; ce n'est que plus tard qu'ils auraient pris le nom de Lyciens, qui leur serait venu de Lycos, fils de Pandion, roi d'Attique (2). Hécatée, Panyasis et Etienne de B3^zance appellent la Lycie entière Ips/z/A», d'après un Tremylos, qui, au dire d'Etienne de Bj'zance, aurait été le père de Tlos. Il existait en outre dans l'île de Chypre un bourg ayant nom Tpê[j.r:3ovi (permutation de a et ^"î) Dans des inscriptions lyciennes publiées par Fel]o^vs, on trouve les noms des Tramêlé et des Trooes (Troyens) dont les premiers sont considérés par lui comme des habitants de la ville de Xanthos et de ses environs, les autres comme ceux de la ville de Tlos. Tlos et Tros sont identiques. Les mêmes noms, comme on voit, se répètent dans la Lycie et au pied du mont Ida.
On ne peut qu'être frappé de la ressemblance de la seconde partie du nom des Termiles avec celui de la grande ville de Milet. Nous rattachons en effet l'un et l'autre au verbe y-fush ou yf^ji>^ je sème, je plante. Ter, terre veut dire dans l'albanais de nos jours : tout, entier. Les Termiles des Grecs seraient donc le plant entier, le gros du clan des Lélèges de la Crète, Mais l'adjectif collectif ter, terre paraît avoir été sujet à la méthatèse du p, puisque à côté de la forme IsçiJ.o.cct nous trouvons celle plus ancienne des inscriptions Tramèlé. Or, il existait
(1) Hérod., I, 173: IV, 92.
(2) Strabon, p. 490, 1. 50.
dans l'Achaïe une ville du nom de TpoiJLihsiet qui jouissait d'une singulière célébrité : elle produisait d'excellent fromage de chèvre. Ce Tpoixihsiec nous paraît identique, ou à peu près, à Tramêlé. Mais ter, tra, tlo n'étant que des variantes d'un même mot, rien n'empêche de rapprocher ce dernier de Tlos, Troja, Troes. La signification du mot Tfvff, Trojani serait Allemanni, tous les hommes, la communauté entière. Est-ce que dans l'Ombrie, le mot tota (latin totus, de til augmenter, gonfler) n'a pas le sens de ville, c'est-à-dire réunion de tous les membres de la cité ?
Rappelons-nous, que s'il y avait un bourg Tpo/a/As/st dans l'Achaïe, il 3'' avait une Troie en pleine Attique; que ces noms existaient en Europe aussi bien qu'en Asie. Il y a mieux : l'avantage si l'on peut s'exprimer ainsi, paraît être ici du côté de l'Europe. Athènes de tout temps entretenait les relations les plus amicales, les plus intimes avec la ville de Trézène (rpo/^Hi'). Ces deux villes étaient ioniennes ; Trézène passait pour le lieu natal de Thésée. Toutes les deux avaient pour patronne la déesse Athéné, et pour patron Neptune ; les anciennes monnaies de Trézène montrent la tête de Minerve et le trident. Lorsque les Doriens envahirent le Péloponèse, une partie des Trézéniens trouva un asjle dans l' Attique. Quand Xerxès brûla Athènes, les habitants de cette ville transportèrent la plupart de leurs femmes et de leurs enfants à Trézène. Or, le mot Tpo;^w, s'il signifie quelque chose, ne peut signifier que Troie la petite. Les Albanais forment en efi'et leurs diminutifs féminins par la désinence ^£, par exemple : J'ops main, S'opère petite main,
une poignée ; kUs tête, kôksI^u. petite tête ; Tà;t, un peu, T&ixêJ^e, un petit peu, etc.
N'oublions pas, que Trézène a pour port KsKét'S'spti, nom dont l'étymologie se trouve également dans l'idiome albanais, et que la Troie attique n'était qu'un autre nom pour Xypété, mot dans lequel nous reconnaissons le nom que conserve encore aujourd'hui la plus antique race de la Grèce et de l'Europe orientale.
Enfin la forme primitive du nom des colons Cretois de Lycie reçoit une confirmation éclatante de celui d'un roi des LélègesTpàu/SnAo?, cité par Athénée (1) etLycophron (2). Le f6 dont Yy. est suivi justifie l'explication fournie par nous plus haut. Ce Trambélos est appelé par Lycophron le propre cousin de Teucros, fils de Télamon et d'Hésione. En présence de cette notice les doutes s'effacent : dans la Lycie, dans la Troade, dans la Crète, dans l'Attique, comme dans beaucoup d'autres parties de la Grèce, on rencontrait à une époque immémoriale une population primitive , identique, parlant une seule et même langue, et cette langue était l'albanais ou lui ressemblait (3).
Ici se présente une question incidente. Comment Teucros, fils de Télamon et frère consanguin d'Ajax, qui combattit à côté des Grecs au siège de Troie, peut-il porter le même nom qu'un autre Teucros, fils de Scamandre (le fleuve) et de la nymphe Idœa (le mont Ida)
(1) Athénée, II, 43.
(2) Lycophron, v. 467.
(3) On peut se demander si Tcà//^», ville d'Ionie et Tpà/>ttrvct, ville d'Epire ne se rattachent pas au même groupe de mots que Tramèlé et Trambélos.
et qu'Apollon appelle le plus ancien roi d'Ilion ? En effet le nom des Teucriens est considéré par les poètes posthomériques comme l'équivalent de Troïens (1). D'après Strabon, les Teucriens auraient été habitants de la Crète ; ils en auraient émigré pour se fixer dans la Troade. D'après une autre tradition, c'est un Teucros de la Troie attique qui les aurait conduits dans la Mysie. Ce sont ces traditions fabuleuses ou tant soit peu historiques, qui vont, je crois, nous livrer le mot de l'énigme. Dans la ville Cretoise de Milet, la population primitive, inquiétée par une race plus forte, céda le terrain et émigra. Il en fut de même à Salamine. L'île avait été colonisée par les Phéniciens d'abord ; ils lui avaient donné un nom sémitique ; ils avaient vécu en paix à côté des anciens habitants, les Lélèges, qui paraissent avoir subi leur ascendant sans murmurer. Survint une race du nord, les Grecs, les Pélasges si l'on veut. Ils se considérèrent bientôt comme les maîtres et traitèrent les anciens possesseurs du sol comme une race inférieure. Voilà pourquoi Teucros n'est pas appelé le véritable frère d'Ajax, mais son frère seulement du côté du père. Il émigra donc, comme ses frères de Milet avaient émigré, et il conduisit ses compagnons dans l'île de Chypre, à cette autre Salamine, laquelle probablement, avec son nom, avait donné les premières leçons d'une vie plus civilisée à la petite île grecque.
(1) Hérod , VII, c. 122
§ 7. — Les Olympes.
Si l'on applique aux noms des montagnes les observations qui nous ont été suggérées par les noms de tant de villes, on arrive à des résultats semblables à ceux déjà obtenus. La montagne la plus célèbre, la plus vénérée des anciens Grecs était l'Olympe. Lorsqu'on ne la déterminait pas autrement, on entendait par là la chaîne qui sépare la Macédoine de la Thessalie. Mais le scoliaste d'Apollonius en cite un certain nombre d'autres qui portent le même nom. Il y en avait d'abord un second bien connu près d'Olympie, dans l'Elide; il y avait un troisième dans la Mysie, qui de l'Hermos s'étendait jusqu'à la Bithynie; un quatrième dans la Lycie, dont Strabon voudrait distinguer un cinquième situé dans la Cilicie (1) ; enfin un sixième dans l'île de Chypre avec un temple d'Aphrodite '\Kpuiu. Que conclure de toutes ces homonymies, si ce n'est que la race, qui désignait ainsi par le même nom des montagnes si différentes, était la même, et qu'elle a habité toutes les contrées où ces montagnes étaient situées ? Or le mot" Oau//toî n'a jamais été expliqué, que noifs sachions, à l'aide d'une étymologie grecque. Dans le vocabulaire de Xylander se trouve le mot albanais ovKioCfji.'Trsp avec la signification d'arc ou cercle. Si nous considérons maintenant qu'il y avait à Samos un mont Ks^KSTsvi, et que l'on rencontrait des KèÇKSTiu 'ofH au nord de la vallée haute du Pénée; si nous
(1) Strabon, p. XIV, 666. 667.
y ajoutons que kî^xo;^ albanais xja.ç>i-ov^ pluriel kjxçks-ts, italien cerchio, ont le même sens que l'albanais ovhtovfx-^sf^ que les notions de montagne et de rondeur se rapprochent assez ; nous ne serons peut-être pas trop osé en affirmant que l'Olympe était avant tout une montagne albanaise et lélège.
§8. — Le mot Lycos et ses sens différents. Lycie, Lycaoïiie, Lycaon, Pisidie, Pise.
Les noms des personnes, villes, montagnes et fleuves qui renferment l'ancienne racine au et qui sont répandus dans presque tous les cantons de la Grèce, dans la Crète et dans l'Asie-Mineure, nous présentent un des problèmes les plus curieux et les plus difficiles à résoudre. Citons les noms de Aûxo?, Avuioi, Kvkoaov [ofoi], Avkôu, h.vKo(7ovpu, AvKcLc-ji', AvKToi, AvKuffTd, AvKKÇSici, AvKoffj.uf, etc. On sait depuis longtemps que ces mots ne s'expliquent pas suffisamment par le mot KÙKoi loup, et que, lorsque les Grecs prétendaient désigner par Apollon Avueîoi^ le dieu qui anéantit les loups [AvKOKTwoi ^sos), ils étaient dupes d'une fausse étymologie. On sait qu'Apollon chez les anciens était surtout un dieu de la lumière ; que les Grecs avaient appelé jadis la lumière lux, exactement comme les Latins. D'ailleurs, les mots avkh aube, KvKci^cLi année, A-jku^uttcis , nom d'une montagne de l'Attique, en font foi. D'après cela Awwpg/st, ville située sur la pointe sud du Parnasse, et AvKÔSiv^ci., ville bâtie
au-dessous du sommet du Lycée dans l'Arcadie, seraient les lieux où se montre le plus tôt, où s'arrête le plus longtemps, le soleil, c'est-à-dire qu'ils seraient dans le sens des anciens, des observatoires; le mont luimême était consacré au dieu de la lumière. Mais est-il également vrai que hvKlot. signifie le pays du soleil ? Sans doute, d'après une antique tradition, Apollon était censé s'y transporter quand il commençait à faire froid dans la Grèce, c'est-à-dire au premier souffle de chaque hiver. Le dieu avait un oracle célèbre à Patara. On sait (1) que les Sibylles de cet endroit, comme celles de Cyme, de Pedasos, de Gergis étaient d'institution sémitique ; iflS signifie prophétiser en hébreu. Le nom de Pinara, autre ville importante de la Lycie, peut s'expliquer à l'aide de la même langue, HJSy signifiant tour fortifiée. Le Xanthos qui arrose la Lycie et qui coule près de la ville portant le même nom, s'appelait de l'aveu de Strabon autrefois ^ip^m (2). Or, Zirha signifiant en arabe et en phénicien jaune rougeatre^ le nom de Eky'^os n'aurait été que la traduction d'un ancien nom indigène (3). Le pays en eff'et tout entier parait avoir été occupé dans une haute antiquité par des Sémites, par des Solymes probablement {Sallian escalier). Etienne de Byzance nous apprend en vérité que UctTupcc voulait dire Kiffm petit panier, ce qui fait penser au latin paiera. Dans les inscriptions Ly-
(1) Duncker, III, p. 328.
(2) StraboQ, XIV, 665.
(3) On peut comparer le nom d'un lac situé près du mont Kasios, en Egypte, non loin de la Méditerranée et qui a nom h'Sip(io)vii ou 2l/3,Sû)f/<rof A/'/avH ou Etp^c-jv,
ciennes, Patara s'appelait Pttarazu, Pegasa : Begssere ! C'est ainsi que Pin ara tirerait son nom d'un rocher à forme conique, dont on prétend avoir retrouvé l'emplacement ; car rrivapa,, dans l'idiome des Tramélê aurait le même sens que <7TpoyyvKa. Dans l'albanais actuel on ne rencontre que t/ouxs coin. Peut-on comparer le grec ffÇHc, cuneus ? — Dans cette ville de Pinara, on adorait comme héros Pandaros, fils de Lycaon qui, lui-même était fils de Priam. Le nom de ce Pandaros semble vouloir dire en albanais : celui qui ne change pas, constant, de pa signifiant sans et ndara différence, changement. Nous avons rencontré dans la Lycie un montdu nom d'Olympe; il y en avait deux autres, le Cragos et l'Anticragos. Or, en albanais Jtpetx^ veut dire épaules, aile, yLparyjiMi peigne, désignation pittoresque pour désigner le profil des montagnes.
Mais comment se fait-il que nous retrouvions précisément dans l'Asie Mineure ces noms de Lycie, de Lycos et de Lycaon, que l'on rencontre ailleurs dans la Grèce et notamment dans l'Arcadie ? Lycaon passait pour être le fils de Pélasgos, pour avoir fondé la ville de Lycosoura et le culte de Jupiter Lycien ainsi que celui de Mercure sur le Cyllène. Les cinquante fils de Lycaon régnaient dans tous les bourgs du canton, qu'aucun lien n'unissait avant le milieu du IV^ siècle (1).
Une phrase de l'historien des anciens Lélèges, Philippe de Théangèle (2), parvenue heureusement jusqu'à
(1) Duncker, III, p. 22, 23.
(2) Philippe de Théang. Tfpi Y^ci^uv Kcù Aské'^m iragm. 3, dans MùUer Fragm., Hist. grœc , IV, p. 474.
nous, jette un peu de clarté sur la question obscure qui nous occupe. Il appelle les aïeux des deux grandes tribus qui constituaient la nation Lélège : Lycos et Termeros. Si ce Termeros avait conservé intacte son antique dénomination, il faudrait en expliquer l'origine par les deux mots albanais ter tout et mire bon, beau. Mais ce Termeros ne parait qu'une variante du peuple des Termiles. C'est ce qui ressort d'un passage d'Hécatée rapporté par Etienne de Bjzance ; Tpe/xjAM, Tép(jt.£pu' o xf^^<^l^°i 0 Trep) ccvToiii Tep/^shéus uvtov( çncr/ (1). Sur la côte de la Carie entre Myndos et Halicarnasse, sur le promontoire de Termerion était situé , disait-on, un chateau-fort dans lequel les pirates Tyrrhéniens auraient caché les hommes enlevés sur les côtes de la Grèce. Les prisonniers y étaient traités si durement, que les expressions de Tsp//£p/6t x«;cet et de Tvppm'o) S'sffiJ.oi devinrent proverbiales (2). Termeros étant un nom lélège, les Tyrrhéniens, en partie au moins, ont dû appartenir à la même nationalité.
Le nom de Lycos représentant une partie si importante de la race des Lélèges, nous explique du même coup jusqu'à un certain point l'origine des villes Cretoises de Lyktos et de Lykastos, villes qui ont appartenu manifestement à la population la plus ancienne de l'île. La formation des deux noms s'accorde avec ce que l'on connait de la grammaire albanaise. (On y trouve des adjectifs en — re et des mots en — ar). Mais Lykos passe
(1) Termeros est appelé Termeris par le Schol. ad Euripid. Rhes., V. 505.
(2) Duncker, III, 392,
aussi pour avoir été le fondateur des m3^stères d'Andanie, qui étaient les mystères des grandes Déesses auxquelles venaient se joindre Mercure Kriophoros et Apollon Karneios et même les Cabires (1). Une autre légende fait de Lykos un Telchine de Rhodes, fils de Leucothée, qui aurait transporté le culte de l'Apollon Lycien dans le pays des Termiles. Mais la tradition qui a cours généralement fait de Lykos un frère de cet Egée, qui, père putatif de Thésée et plus tard mari de Médée fille d'Eète, peut être considéré comme l'aïeul de la première grande dynastie ionienne qui ait régné dans l'Attique, Si Lykos est expulsé par son frère Egée, s'il se rend chez les Termiles, si ces derniers finissent par s'appeler d'après lui L3^ciens, c'est que Lykos était évidemment de cette race des Termiles, des Lélèges ; c'est que cette race serrée de près par les immigrants grecs, commençait à lâcher pied et à se réfugier dans les contrées où unie à des peuplades de même famille, il lui était possible de conserver son indépendance. La destinée de Lykos, frère d'Egée rappelle trop celle de Teucros, frère d'Ajax, pour que l'on ne soit pas disposé à lui donner la même explication.
Or, il est à remarquer que dans l'albanais actuel au moins la racine wk ne se trouve pas avec le sens d'éclairer, resplendir. En revanche, on y trouve ?jsKJéy-i le lac; ^jctjjév-t cruche à vin; hjkysTe humide; hjkiy je baigne, enfin hjovK-yov gouttière, canal ; et hjovK^i petite source, tuyau. Or, l'adoration des sources était générale en Lycie : on la trouve, à Arycanda, à Myra, àXanthos,
(1) Bachofen, das lycische Volk, p. 57 et suiv.
à Olympus, à Cyanée, à Skaroi, ailleurs encore (1). De plus, la géographie ancienne nous montre une série de fleuves portant le nom de Lykos. Il y en a en Syrie et dans la Sarmatie européenne; il y en a qui sont affluents du Tigre en Assyrie, du Méandre dans la Phrygie, de riris dans l'Arménie et le Pont; il y en a un aussi dans la Paphlagonie qui se jette dans le Pont- Euxin, près d'Héraclée; il y avait enfin dans l'Etolie une rivière Lycormas, qui fut appelée Evénus plus tard. Si nous exceptons les fleuves qui coulent dans des pays habités par des Sémites, il en reste toujours quatre ou cinq appartenant à des contrées qui ont été parcourues longtemps par les Lélèges, et qui trouvent une explication dans les mots albanais cités par nous plus haut.
Que conclure de toutes ces recherches, si ce n'est que nous avons afl"aire ici à deux séries de noms propres, dont l'une s'explique mieux par une racine kvk lucere, et une autre par une racine kvk liquere, rigare. Il est à remarquer toutefois que ces deux racines se rapprochent singulièrement l'une de l'autre dans les langues indo-européennes; que KsvKÔi en grec se dit aussi bien du soleil que de l'eau, que le latin lucus paraît être un endroit couvert d'arbres oii coule une source ; qu'en hébreu même yy signifie à la fois œil et source, non pas comme le prétend Gesénius, parce que l'œil produit des larmes, mais parce que l'œil comme l'eau réfléchit l'image qu'on lui présente. Le verbe "IH J veut dire à la fois couler [confluere)
(1) Bachofen, p. 16.
et resplendir; ^HJ signifie fleuve, et ninj lumière du jour. Si l'on songe ensuite que le nom de l'Arcadien Lycaon revient dans la famille de Priam et même dans celle du LycienPandaros; qu'il se répète dans celui de la province de la Lycaonie ; que non loin de là nous rencontrons une Pisidie et une ville UiffiKÎi dans la Pérée de Rhodes; que ce nom ne saurait être complètement distinct de celui de la contrée et de la ville de Pise dans l'Elide, et de sa colonie en Italie; que tous ces noms de Pisilis, Pise et de Pisidie viennent de rTKJs-u. pin , c'est-à-dire, tirent leur origine des forêts de pins et de sapins qui distinguaient ces parages ; on se demande s'il n'existerait pas un rapport étroit entre le Lycaon grec et la Lycaonie asiatique. On trouve alors que la Lycaonie forme le plateau central de l'Asie-mineure, comme l'Arcadie celui du Péloponèse ; que les deux pays assez dissemblables sous d'autres points de vue, sont propres surtout aux pâturages, et à une vie de nomades ; que tous les deux sont situés au pied des sommets les plus élevés, et sont par conséquent vivement éclairés par le soleil. Mais si les montagnes sont des observatoires naturels, elles donnent naissance en même temps aux sources des fleuves. On y rencontre en abondance l'eau et la lumière ; le fait incontestable pour l'Arcadie l'est moins en ce qui concerne la Lycaonie couverte en partie de steppes et de solitudes désertes. On y trouve cependant Iconium un des endroits les plus anciens de l'histoire, et plus considérable, avant la fondation de Mégalopolis, qu'aucun des petits bourgs de l'Arcadie.
Les Grecs se trompaient d'ailleurs en admettant que
l'Arcadie avait été toujours habitée par les mêmes habitants. Là, dans leur patrie européenne comme partout ils avaient été précédés par une population plus ancienne. Ce n'étaient assurément pas les Phéniciens qui auraient voulu pénétrer si avant dans les terres ; — mais c'étaient bien les Lélèges qui avaient emprunté aux Sémites quelques uns de leurs cultes, entre autres celui du Moloch cruel, puisque ils sacrifiaient des enfants à Jupiter Lycien, usage qui paraît avoir été introduit par le légendaire Lycaon (4). On n'ignore pas que les Grecs avaient horreur des sacrifices humains, qu'ils les ont abolis tôt ou tard partout où ils les rencontraient, et que lorsqu'ils en parlent dans leurs traditions mythiques, on voit par les noms propres, par les détails et les circonstances dont ces récits sont entourés, que ces sacrifices avaient été institués par d'autres races que la leur (2).
Il y a d'ailleurs dans l'Arcadie quelques noms de fleuves et de villes que la langue grecque ne suffit pas à expliquer, et dont quelques uns sont certainement de l'albanais pur, par exemple : ^ov^dria. qui n'est autre chose que aovixiiici foule de peuple ou bien ffovixTÎu laideur. QcÔKvsiet rappelle tokî-u. terre ferme ou TÔK-yovçAi ; Avkh fait penser à hjyj?js la fleur, et le Au//ciç, une des rivières de l'Arcadie, rappelle les mots albanais ^jojij.s fleuve, et Ky.viMcixjs branche parasite. Enfin l'xlrcadie, cette terre qu'on
(1) Les Grecs racontaient qu'il 'avait été changé en loup [KVKci) pour avoir goûté la chair humaine. Paus., VIII, 2. Platon, Républ., VIII, 566, D.
(2) Duncker, III, 67.
nous disait fermée pendant une longue série de siècles à toute influence étrangère, se trouve avoir été en relation avec l'Asie Mineure à une époque presque préhistorique. On sait que l'arbre généalogique de Dardanus nous est présenté de plusieurs façons. La tradition la plus complète place Dardanus dans l'Arcadie et en fait un fils de Jupiter et d'Electra, fille d'Atlas et un frère d'Iasion et d'Armonia. Accompagné de ce frère et de son fils Idalos (cpr. le nom du mont Ida) ; — son autre fils Deimas restant dans l'Arcadie, — il émigré et s'établit d'abord en Samothrace où il est accueilli par le Phénicien Cadmus, et où il épouse ou enlève Harmonia ; de là il se rend dans la Troade, auprès de Teucer dont il épouse la fille Buisiec {ficnict buisson d'épines).
Le grand'père d'Enée lui-même est Kapys, et d'après Strabon, le bourg Kapyœ, situé non loin de Mantinée, eut Enée pour fondateur. Enfin ApoUodore cite comme frère d'Enée un Lyros dont le nom rappelle celui des villes Lyrnessos, Lerna, etc. On sait enfin que la Dardanie était le nom d'un canton de la Troade longeant l'Hellespont, s'étendant de Zélée à Skepsis et aj'ant eu pour roi Enée. La ville de Zélée enfin passait pour avoir été habitée par les Amazones et avoir été le siège d'un oracle, circonstance qui semble indiquer des influences sémitiques {Zihsia. la ville ombreuse de '?*71f être ombragé, ombre, ou bien de sSîi prier. (Cpr. ^z, qui en albanais signifie noir.)
§ 9. — Les Albanais, les Lélèges et les Lyciens cV après le D^' Blau.
Nous ne suivrons pas le docteur Blau dans les rapprochements nombreux qu'il établit entre la langue albanaise et quelques idiomes iraniens, si fondée que puisse être son opinion au sujet de la parenté qui unit à ces derniers la langue des Skipétars. Pour nous la grande difficulté consiste plutôt à rendre compte des différences profondes qui l'en séparent et lui donnent un cachet si original. Nous n'essaierons pas non plus de vérifier, si le docteur Blau a réussi à identifier les mots et les formes de la langue lycienne, tels que les inscriptions nous les font connaître avec les mots et les formes de l'albanais actuel. Nous sommes persuadé qu'ici encore le docteur Blau a vu juste, mais nous considérons sa tentative comme prématurée ; il sera temps de la recommencer quand nous connaîtrons un plus grand nombre de monuments de l'antique Lycie. C'est un pays, paraît-il, où tout s'est conservé bien longtemps, les noms surtout. Celui des Tramélé vit encore aujourd'hui dans le nom d'un petit endroit a.ppe\é Dirmil. A côté du nom grec de Xanthos durait le vieux nom d'Arna (de àfvu pièce, bout d'étoffe, peut-être avec le sens de bourg, comme l'allemand FleckenJ . Il y avait une vil) e du même nom dans la Thessalie, dans la Béotie et même dans l'Ombrie. Plus tard le nom d'Arsinoë, imposé par les Ptolémées, ne put effacer celui de Xanthos; ni celui d'Antiphellos faire
disparaître celui d'Habassos, nom primitif de cette dernière ville (1).
Le docteur Blau (2), s'appuyant sur Fallmerayer a fajt remarquer que de même que la citadelle de Chimara et les points de Parga et de Suli ont été de tout temps les refuges, les asjles inexpugnables de l'indépendance albanaise, de même l'antique Lycie nous offre une triade de forteresses redoutables : Chimaira, Perge et Syllion (X'Mfitf of le bouc, la chèvre, parce qu'elle grimpe sur les plus hautes montagnes; Pergése coraTpSire8i^éey<^y-oiet7rspy{/.éjci, Syllionà<7oyÂJTo-/-ipoutretransversale, verrou). Les rit^ciri/, Fêt^wTSj (chasseurs?) on' i^yv'y toi delà Lycie sont devenus les réyere, les Guégeoisde l'Albanie (cp. aussi rtyiifetlesnoms defamille&/ie3f/iai,G-e(/amws,latin Géganius). Les AeilicifeTi de la Carie ne seront pas bien distincts des Lapes, des Ajii/2sfST£, voisins des Guégois. Le défilé de KâfVKosen Lycie rappelle le mot albanais yfÙKs (passage étroit dans la montagne) ; les endroits Ac(,y.vpcc et M(y.vpu le district albanais Lamare (cp. le fleuve Aà/zo? et l'albanais hjkue lavoir, bain; ^jif^^s assiette). En fait de noms propres de personnes, l'ancien "Apo'«io-/f des inscriptions fait penser à l'Arce de nos jours (albanais cipffsi^s courageux , audacieux ) , AciiS'ci.hoi à AêJ's , AkffKVKos à Detsko, Kuvvot à Kon, Konai; AÛKiof, le héros, à Ajs^^?, Nétp» et liuvvit à Neti'g (cp. vctvvis mère), M<Vwf à Mho, etc. etc.
Les mœurs et les coutumes de la Lycie d'autrefois rappellent fréquemment celles de l'Albanie actuelle. Ce dernier pays renferme plus de murs cyclopéens qu'aucun autre
(1) Bachofen, p. 49.
(2) Blau, p. 660.
de l'Europe ; des bandes de maçons en sortent tous les ans pour parcourir l'empire turc en offrant leurs services à qui veut les payer. Hecatée rapportait déjà que des gens venus delà Lycie, travaillant et vivant au jour le jour, avaient bâti les murs de Tirynthe, creusé les cavernes de Nauplie et d'Argos (v. plus haut) i'V.
Les Albanaises n'ont pas le droit d'appeler leurs maris par leur nom ; la même défense, d'après Hérodote était faite aux femmes des Cariens.
Lorsque les Albanais ont à déposer devant la justice sous la foi du serment, ils ont, avant de le prêter, un ou deux mois pour bien s'informer des circonstances dont ils ont à témoigner. C'est ainsi que Nicolas de Damas nous apprend que les Lyciens cités comme témoins dans un procès, ne déposent pas immédiatement, mais seulement après un délai d'un mois (2l.
Le même Nicolas a raison sans doute lorsqu'il parle de la haute estime dans laquelle les Lyciens tiennent les femmes (3) ; cette estime cependant n'avait pas, comme on l'a cru quelquefois, le caractère d'une gynécocratie. C'est ainsi que les Locriens, qui s'étaient mêlés aux Lélèges dans une forte proportion, établissaient leurs arbres généalogiques à l'aide des noms des mères (4).
Hahn a déjà fait remarquer que les Albanais portaient les cheveux comme les anciens Abantes, qu'fïomère appelle 'oV/c-Srsj/ Koixôansi {p\. Ces Abantes paraissent aussi
(Ij Blau, p. 661.
(2) Id., p. 651.
(3) Nicol. Dam., fragm 129 : dans MûUer, fragm H G, II, 461.
(4) Poljb., XII, 5, 6.
(5) Hahn, p. 172.
avoir été d'origine lélège, et n'avoir guère différé des Courètes de Chalcis, qui se rasaient la partie antérieure de la tète et conservaient cette mode, lorsqu'ils émigrèrent en Etolie et se fixèrent sur les confins de l'Albanie. Blau prétend, d'après Fellows, que les monuments de la hycie montrent le même genre de coiffure.
Enfin le savant linguiste de Breslau nous dit avoir été frappé, lors de son voyage en Albanie, du teint extrêmement pâle de ses habitants, et il rappelle à ce sujet le dicton du musicien Stratonicus rapporté par Strabon (1) qui, à la vue des faces livides des hommes et des femmes de la ville de Caunus, située sur la frontière de la Lycie, aurait cité le vers d'Homère :
0V« Tsp <LvKhm yeysh, to/h «Ts y.u) àvS'çav.
La parenté des anciens Lyciens et des Albanais d'aujourd'hui ne saurait faire de doute pour nous, qui tenons pour certain que le fonds de la population troïenne était de nationalité lélège; qu'Enée, chef de Zélée, était Troïen, que cette Zélée est appelée cependant une ville Ij^cienne, que les mêmes noms propres reviennent dans la Troade et dans la Lj^cie comme Xanthos, Tlos=:Tros, etc. Ce qui est plus étrange, c'est que les L^^ciens pourraient bien avoir été de la même famille que les Trères, que les uns considèrent comme une population thrace, les au-
(1) Strabon, XIV, 556, 35. — Il est à remarquer cependant que la pâleur des habitants de Kaunos est attribue'e par Strabon à la 7nalaria qui y régnait en automne.
très comme une tribu cimmérienne (1). Ce qui est certain, c'est qu'unis aux Lyciens les Trères battirent les Lydiens et conquirent Sardes vers 600. L'armée des Thraces qui à l'époque de l'invasion des Cimmériens pénétra d'Europe en Asie, était commandée par un certain Pataros. On trouve sur des inscriptions et des monnaies les Lyciens accolés aux Thraces (AvkiW Qpctmv). Le mot TpHfsf, ailleurs Tp'â^si, paraît être le mot albanais ifkûv ou ^çuçi pi. Tfife sommier, travon (pour dire : confédérés?^ Il se retrouve dans le nom d'un fleuve du Latium Tçîipos (2).
,^ 10. — Les noms propres formés avec les désinences -ccaooi, -aaax -taaoç, etc.
Le docteur Blau a fait remarquer c[ue ces désinences se rencontrent dans les noms de beaucoup d'endroits situés dans les districts méridionaux de l'Albanie actuelle; il cite Moclrissus, Lisso, Artissa, Brissa, Kalissa, Arassa, Pliassa, Riniassa, Paljasa, Schalassi, Schiessi, Jaissi. Il est aujourd'hui admJs généralement, que ces désinences ne sont pas grecques; Movers croj^ait qu'elles étaient cariennes (3), Il nomme d'abord Amamassos et Tamassos, anciennes villes de l'île de Chypre , puis Assos, Halicarnassos, Imhrasus (à côté de Imbros), Kryassus à côté de Kr3^e, Icissus à côté d'Ios (il y avait un Jassus dans l'Achaïe et dans la Carie), Kyhassus, Nar-
(1) Bachofen, p. 19 ; Dieffenbach, II, p. 178-180.
(2) Dictionnaire de Pape h l'article Tpiipof.
(3) Movers, Phœnicier, III, 20, note.
kassus, Prinassus (cp. Priene), Pigalassus, Buhassus, Sagalassus (de SAD propriété), Dyndassus, Harpassa, Bargassa, Myl-asa, Pegassa et Pedasa, etc. Comme cette terminaison est employée quelquefois pour désigner des montagnes telles que Ua.^\i-u.ac;oi, Y.o^-naaoi^ Bçi?.ii(jac,s (de /S/si signifiant corne en albanais), peut-être même T^mioi, pour 'T^wffe-oj; que d'un autre côté la ville d'Assos (l),dans la Mysie, était située sur une hauteur inaccessible, le sens du mot, avant de descendre au rang d'une désinence, devait être élévation, position forte. On peut comparer le mot latin archaïque asa, pour ara de la racine as être assis. Ara ne signifie pas seulement autel, mais toute base élevée p. ex. ara sepulcri. Les Sémites en envahissant l'Asie Mineure auraient-ils emprunté aux Pélasges un mot dont il ne reste plus de trace dans l'albanais actuel ? En hébreu u;ï< a le sens de soubassements. Le petit bourg d"A<J<^>i<ros, non loin de Milet, reproduit exactement les formes de l'hébreu D'•U/^'^i^^< bases, fondements. Il ne serait pas absolument nécessaire que toutes les villes en -assus fussent bâties sur des hauteurs. Il suffirait qu'elles lussent entourées de remparts du haut desquels on pût les défendre.
Il y avait quatre Pedasa ; il est vrai que la plus célèbreVappelaitT^nHcTao-^, l'ancienne capitale des Lélèges. Elle était située dans la Carie. Dans la même ville se trouvait un plus petit endroit appelé Ui}S'uacv. La troisième ville de ce nom était nuS'uffôi au pied de l'Ida; elle était peuplée, elle aussi, de Lélèges, et gouvernée par
(1) Il y avait encore une autre petite ville d'Assos, située dans l'Epire.
le roi Altes. Elle fut détruite par Achille. Enfin il y avait avait une ville nncTeijrof en Messénie, entourée de vignes [ù.y.'TreKÔejffa.) dont Agamemnon voulait faire cadeau à Achille avec six autres endroits (Kardamyle, Enope, Hire, Phères, Anthée et Epée (1). Movers croit reconnaître des noms cariens dans celui du promontoire Pedalion de l'île de Chypre et dans celui de la rivière UnS'iuTos coulant dans la même île. Aujourd'hui la racine pad est absente dans l'albanais, comme celle qui a servi à former la désinence -assos. En hébreu padan signifierait champ, campagne.
Les désinences -;<7o^oj, -nffo-oj, -icca., sont-elles identiques à -jLcaoi'i La chose est au moins possible. L'idiome albanais n'est pas étranger à l'apophonie si répandue dans les langues teutoniques. Il y avait dans le pays des Locriens, près d'Oeanthe, un endroit du nom d'Ho-^oj. Tout le monde connaît la ville à!lssos, en Cilicie, célèbre par la victoire d'Alexandre. Le même nom revient dans "itro-of, ancien nom de l'île de Lesbos; une autre île située près de la côte illyrienne s'appelait aussi "laaci. (2) Enfin toutes les villes du nom de Larisse trouveraient ici leur explication.
Il ne faut pas confondre la désinence --caoi, --.ccti. avec -.«joi qui caractérise le nom de quelques rivières. Cet -Kioi paraît venir de la racine indo-européenne dis/i, partager (vishu bipartitum) cpr. hos (3). En eff'et, les ri-
(1) Iliad., IV, 150 et suiv.
(2) N'oublions pas que dans la Laconie il existait une montagne du nom d'Issôrion.
(3) Benfey, Wurzel-Lexicon, II. 222.
vières partagent les champs. Donc Ua^icU serait celui qui divise les pâturages, Kti<pi(TÔs le diviseur paresseux (de sa marche lente : jcnçw bourdon, insecte fainéant). L'Hisse paraît s'être appelée d'abord EtAtffaôi de ses circuits sinueux (de èhiffffcû je tords). Le Uefixnffffôf seul fait exception; on aimerait qu'il s'appelât nsf/^/^of. Il naît sur l'Hélicon, et après son confluent avec l'Holmios il se jette dans le lac Copaïque. Son nom paraît venir de l'albanais ^«r/^js? ou TTÉf/i^/f uriner.
^11. — De quelques noms qui commencent par la syllabe xev-.
Nous avons déjà entretenu le lecteur de i'étymologie de TevKpoi que Hahn rattache à ^éKe(,iu orge, et Benfey, à la racine iv/. atteindre, frapper. Pour arriver à un résultat plausible, il convient de comparer les mots ou les noms qui semblent avoir été formés à l'aide d'éléments semblables. Ce sont surtout : Tevàgct, bourg de l'Achaïe situé près de Dymé, avec une rivière Tgy;Jêai>, affluent de l'Acheloos, qui coule dans l'Elide : puis Tev^.s bourg de l'Arcadie, Tsu^j^avioc. ville de la Mjsie avec son ancien roi Tsj^f>ui y résidant ; Jeviipayn ville de la Laconie. On peut y ajouter IsvTciiJioi nom du père du philosophe Bias, Tevy.iiffffoc petite ville de la Béotie, peut-être d'autres encore.
S'il est vrai que rej^Aoyai se dit pour Tej)(jjLciofji.ci.i, si la forme léKTu^oi se trouve à côté de Isvjci^oi, si enfin
TiKTcov et réyjn ne peuvent être séparés de la racine sanscrite tvac' couper, façonner, TsK/xn^ffct. et Tevunffffôi seraient à peu près le même mot et signifieraient : bien façonné, bien bâti. Il faut cependant considérer qu'il existait dans l'antiquité un certain TsÙTctpas, premier possesseur de l'arc porté plus tard par Hercule, et notamment une reine d'IUj^rie appelée Teuta ou Teutana, et une île de l'Adriatique du nom de Teuthria. Les Illj-riens avaient-ilsdéjà, dans ces temps reculés, des relations avec les Slaves et les Germains? C'est assurément très-possible. Or en lithuanien tauta veut dire peuple : c'est l'ancien allemand : thiuda. Est-ce que le nom des Allemands serait ainsi indiqué d'avance dans les ténèbres préhistoriques des migrations des Lélèges et des Pélasges ? Dans les noms TevJiéci, Tsv'^pâvn, Tsv^put, les secondes syllabes n'offrent pas de difficultés {^eù(.oy.cn ]e vois, ^pôvoi de la racine '^pu placer). Il reste cependant une autre explication. Le montTuvysToi a été traduit en sanscrit, je ne sais par qui, tavat-g'ata c'est-à-dire roffovToi ysyck. Les deux dernières syllabes se retrouvent dans rnKÙysToi. Si l'on admet qu'un nom propre puisse être composé ainsi avec une forme pronominale, on pourrait essayer de retrouverun pronom démonstratif dans Tsv'bécc, Tsv^pck'ti, etc. Il paraît certain que le verbe TevTctl^a n'a point d'autre origine.
'v3n>ver6iî4^
§ 12. — De quelques noms géographiques isolés et expliqués à l'aide de l'albanais.
Passons d'abord en revue quelques îles de la mer Egée. Là nous rencontrons d'abord l'ancienne station phénicienne à'Oliaros où l'on péchait le célèbre coquillage et où l'on teignait en couleur de pourpre les étoffes précieuses. Or hjdLfciy veut dire en albanais je teins, hjapôs bigarré, multicolore. L'o ne paraît être que l'article sémitique ha, haï ou al. Imhros (etlmhrasos) rappellent />tl3p6tï je vide, ///Spào-s vide, désert. Nisyros pourrait venir de vii j'orne; Icaria de usty je m'enfuis (la légende d'Icare?) ou bien de ix-pu-Ts, frai, œufs de poisson; Paros de T«tppe herbe, verdure. L'île de Samos, située elle-même dans la mer Icarienne, tirerait, d'après Strabon, son nom d'un mot ancien acii^oi signifiant hauteur, colline. Mais ce mot auquel ne répond, que je sache, aucune racine de la langue grecque, paraît avoir été transmis soit aux Grecs soit aux Pélasges par les Sémites, DQ\i^ en hébreu voulant dire : être élevé d'où D*D1i^ ciel, et peut-être même Dli^ le nom, c'est-à-dire le signe en relief. Cette étymologie est appuyée par le grec aiii/.et que l'on identifie ordinairement avec le slave nzamenie. Il y a une île de Samé près d'Ithaque. La capitale de l'île de Cephallénie portait aussi le nom de Samé ou Samos ; on peut comparer enfin ^ci(jli-xôv, citadelle élevée sur les bords de l'Anigros dans l'Elide.
En abordant au Peloponèse, nous rencontrons Pylos, nom porté par trois villes situées dans l'Elide, dans la
Triphylie et dans la Messénie. Nélée, comme on sait, n'était pas le fondateur de ces villes ; le nom indique certainement une origine lélégique. Uùk-i encore aujourd'hui veut dire hois, forêt, en albanais. Il y avait une ancienne ville de Pyléné dans l'Etolie et un nÙKatov 'ôpoi (montagne boisée) dans l'île de Lesbos. Hahn, qui connaît l'étymologie de Pylos, fait remarquer que Pylade est appelé naturellement l'ami inséparable d'Oreste, l'un étant l'homme des bois et l'autre le montagnard. Hahn a signalé pareillement l'origine albanaise du nom du promontoire Malée, mail signifiant montagne dans l'idiome des Skipétars. Ces rapprochements pourraient être considérablement augmentés. Citons les trois ^ci^cti de l'Achaïe, de la Messénie et de la Béotie, sans compter la colonie Pharœ fondée par les Achéens dans l'île de Crète. Le nom se rattache à l'albanais <^â.pf£-y. semence, fruit, descendance, race. Citons eencore AéfèeS'oi dans l'Ionie, AsliâS'etci. près de l'Hélicon en Béotie de ^sliS^oiy je célèbre, j'illustre, quoique Miklosich fasse dériver ce verbe du latin laudare. Quant aux noms de l'île de i\sf6iv^oi et de Aéfinvu, port de la ville de Gortyne dans la Crète, ils pourraient bien être d'origine phénicienne. AvsToi dans l'Eubée, paraît être l'albanais Sùuts-o. plaine, campagne, etc.
N'oublions pas de citer à côté des noms propres de Avkos et Eutst;-, vestiges du passage des Lélèges dans l'Attique, le nom du dème XowiS'ui venant de l'albanais x,o'àa£ ténu, fin, sagace.
Citons encore le nom de l'île de Délos, l'île du dieu du Soleil, de l'albanais S'iehi, S'iki soleil ; celui de la ville AifAÛKti située en Illyrie sur deux montagnes, de l'albanais
S'i deux et //<i.A ji montagne ; et enfin le fleuve BcÔKu-oi dans l'île de Salamine, qu'on appelait plus tard BaKA?^iui en traduisant, pendant qu'on le défigurait, l'ancien mot ^ovKovpu qui dans l'albanais de nos jours signifie beau. On nous apprend en même temps que les Trézéniens appelaient le printemps (icMapos, c'est-à-dire la belle saison (1) .
Enfin le nom de Myndos, ville de la Carie s'explique par l'albanais /j.ovvS' je suis puissant, je suis vainqueur.
Beaucoup de noms de villes et de fleuves latins ont un air absolument albanais. C'est par l'albanais que s'expliquent les noms des trois grandes batailles où Hannibal vainquit les Romains : le nom de la rivière Ticinus semble venir de ruki-a. gouttière ; celui de la Trebia de rps/Se route (grec rpi^oi (2)? et le nom du lac Trasimène de T^kai-ct gros, Tpc(.ffy.e-ja. grosseur; c'est le grand lac. C'est ainsi que le nom des ^cnpui, peuplade thrace établie entre le Strj^mon et le Nessus, se retrouve dans celui d'une ville italienne : Satrio (albanais satéri, couteau, hache). Bhîipcc ville de l'Etrurie parait signifier : marché, foin de /Sas;^ j'achète, (l\jips-u. achat, emplette, etc.
Le plus important de ces noms est manifestement celui du Tibre. Tov^epu est un vieux nom lélège ainsi que Tépfxepoi et lipy.spti (3). Il rappelle celui d'un fleuve bien connu de la Bithynie, le Thymbris, et la ville Thymbra située dans la Troade, fameuse par son temple d'Apollon. Puisqu'il est question d'un fleuve, rappelons qu'en
(1) En hébreu 1p3 (bàkàr) signifie bétail et 1p3 (bôkêr) matinée, aurore.
(2) Demetrio Camarda, Saggio suUa lingua Albanese, p. 27, 42, 106.
(3) Bachofen, p. 49.
Ijcien TVfjLmu signifie bouc, et qu'en albanais Tou/î;i-«t est « un conduit d'eau en argile. » Cpr. tibia, tuba, etc.
Ajoutons les Bardaei ou Bardei, peuple de l'Illyrie et Barderate, ville de la Ligurie, tirant l'origine de leurs noms probablement de l'albanais iSctpâ blanc (Ij.
§ 13. — Nouvelle conjecture au sujet du nom de la ville d'Athènes.
Notre intention ne saurait être de relever les noms propres phéniciens si nombreux dans toutes les parties de la Grèce. Toutefois nous ne résistons pas à la tentation d'essayer de donner du nom d'Athènes une explication tirée d'un idiome sémitique. Les côtes de l'Attique ont été fréquentées de très-bonne heure par les Phéniciens et les Cariens ; ils y ont établi des colonies; la légende des Amazones prouve qu'une déesse sémitique, l'Astarté de Sidon, a été adorée à Athènes même. Pourquoi Athènes n'aurait-elle pas été une station phénicienne aussi bien que Thèbes ? Curtius ne persuadera personne en donnant du grec 'Aâ^nect* la traduction Flore ntia, quoique la ville soit appelée aujourd'hui 'kv'bina. par les Albanais. A coup sur les campagnes de l'Attique n'ont jamais été bien fleuries. Si l'Athènes de l'Attique était la plus ancienne de toutes les Athènes qui ont existé, on pourrait faire venir le nom de la célèbre ville de riJSn (Tènali),
(1) Voyez d'ailleurs au cinquième livre la longue liste des noms de villes, rivières et montagnes de l'Epire, qui se répètent, avec de légères modifications dans la partie méridionale de l'Italie et dans la Sicile.
figuier, précédé de l'article sémitique. Athènes aurait le même sens q\i îpivsci figuier sauvage, nom par lequel sont désignés plusieurs endroits de la Grèce ancienne et de la Troade, et notamment un des bourgs situés au pied du Pinde et habités par les Doriens avant leur invasion dans le Péloponèse. On n'ignore pas que les figues étaient abondantes dans l'Attique, et que les habitants du canton en faisaient un trafic d'exportation.
Mais il y a apparence que la plus ancienne Athènes n'est pas l'Athènes de l'Attique. Il y avait dans l'antiquité dix endroits qui portaient ce nom (1) ; il y en avait dans la Carie, dans l'Acarnanie, dans la Laconie, dans l'Eubée ÇA^wa.1 Aiâ.S'si), etc., etc. Or, d'après Strabon (2), suivi par Pausanias(3), Cécrops aurait fondé à l'époque où il aurait régné sur la Béotie, près du lac Copaïque, une Athèyies et une Eleusis détruites toutes les deux par les inondations du lac. Les deux villes étaient situées sur une petite rivière du nom de Triton. Le nom de cette rivière est inséparable de celui de la déesse Athéné; on croyait qu'elle était née sur ses bords. D'autres plaçaient sa naissance près de la source Tritonis, que l'on montrait à Aliphera dans l'Arcadie ; d'autres même près du lac Triton, dans la Libye (voir plus haut). Toujours est-il que TfJiToyéveiu était un de ses surnoms les plus connus; il désignait la déesse sans qu'ily eût besoin d'ajouter 'A^«m ou riaA/àj. Les grammairiens prétendent que Tpnâ signifie la tète dans la langue des Athamanes, expliquant ainsi les légendes d'a-
(1) Voir le dictionnaire de Pape continué par Benseler.
(2) Strabon, IX, 407.
(3,1 Pausanias, IX, 24.
près lesquelles Minerve serait sortie de la tète de Jupiter. Toujours est-il qu'Athéné était une divinité des eaux fécondantes. Voilà pourquoi dans un mythe de la Cjrénaïque, dont nous parlerons plus loin, elle pouvait être présentée comme une fille de Neptune et de Tritonis, nymphe du lac africain de ce nom, situé près de la petite Syrte. Triton lui-même d'après Hésiode '1; serait fils de Neptune et d'Amphitrite. Or, en albanais rper veut dire fondre, bora tretite: la neige fond. Bora n'est-il pas le grec (ioppùt'! Le participe TpsToyf'Ê signifie fondu, dissous. Ajoutons que TpÎTuvo! est le nom d'une ville delà Macédoine. Rien d'étonnant que les noms des rivières et des montagnes accusent souvent une plus haute antiquité que ceux des villes. Athènes, d'après nous, serait une colonie des Phéniciens établie sur un terrain habité par la population primitive que nous savons. A nos \"eux le mot Athènes ne serait autre chose que le mot hébreu ]*"ûV [àtin) qui signifie un endroit de pâturage et de repos pour le bétail. Athéné Tritogeneia serait la déesse des pasteurs de ces parages, de ces bas-fonds humides.
§ 14. — Essai d'expliquer à Vaide de V albanais quelques noms propres de personnes appartenant aux âges mythiques et héroïques de la Grèce.
1. Le nom du roi des Lélèges 'AyKutoi à Samos paraît un mot grec ou tout au moins un mot grécisé. 'A^^ccii&j sem-
(1) Hésiod. Théog., v. 931.
ble se rattacher à un substantif ccyK» comme kveiyKcLÎci à kvÀyKYi. "A^x« est une forme plus ancienne que à.yKct.hii ulna, bras. Le sens paraît être : défenseur, protecteur fort. Comparez le nom du roi Ancus.
2. Le nom de Bpiaevs, roi des Lélèges à Pédasos ou prêtre à Lyrnessos paraît venir de (ipi-pt corne. La corne dans la haute antiquité était, comme on sait, le symbole de la force; à moins qu'il ne faille voir dans le nom de ce personnage un dérivé de ^pài je tue, ^peje ou ^pshj '■ signifiant meurtre, soif de sang.
3. Le nom du roi Altes à Pedasos pourrait s'expliquer par un mot commun aux Lélèges et aux Cariens : cc?.u cheval. Altes serait : muni d'un cheval, cavalier, chevalier.
4. Le héros des Phasélites Kylabras pourrait tirer son nom de kovks tour, bastion et de ^pûs je tue, ou de ^peiy je ronge.
5. Le vent du nord, l'aquilon (ioppui ou ^opéui ne paraît être autre chose que l'albanais liôppu la neige.
6. Qui nous fournira l'étymologie du nom de la fille de Chiron et de Chariclo, de l'épouse d'Eaque, de la mère de Pelée? Elle s'appelait 'tccTniV dorien 'EvS'ciii. Nous la trouverons dans l'albanais, où ivi^s-ju. veut dire calice de fleur, œnanthe, saxifrage (de sV<rg/>tje fleuris).
7. Qui nous expliquera le sens du nom du célèbre devin Mo^oiT fils d'Apollon et de Manto, qui fonda l'oracle de Mallos, dans la Cilicie, de concert avec Amphilochos et vainquit au jeu des énigmes Calchas, qui en mourut de chagrin ? Or, Mopsos est identifié par quelques-uns avec le Lapithe Mopsos, fondateur de la petite ville de Mop-
sion en Thessalie. Le nom de Calchas se rattache manifestement à KciK/jf-iv ^ je médite, je réfléchis ; celui de Mopsos, inexplicable si l'on ne veut recourir qu'aux racines grecques, ne présente plus de difficulté si l'on consulte le dictionnaire albanais. M^o/^ ou 'jacny dans l'idiome des Skipétars veut dire : j'apprends, j'enseigne; ^7rsoi)a.^i un savant; fMTSova.^et savoir, érudition. On n'ignore pas que Mo-lo-r/ct est un des anciens noms de l'Attique, nom que l'on fait venir ordinairement du nom d'un de ses anciens rois M^oTTOf ou Mé4o4. Mô4cf étant le nom de l'intelligence même, ne nous étonnons pas si le canton qui en a été le foyer, en a pris ou reçu le nom. La seconde partie du composé était employée souvent dans les noms propres anciens avec le sens d'étendue, terrain, pays, à proprement parler : aspect, vue. On n'a c|u'à comparer KrxpcT/V, 'LKhO'jict.
8. Quel sera le sens du nom porté par le fameux artiste Dédale? Il y avait sur la frontière de la Lycie une montagne et une ville de ce nom. Dallj en albanais veut dire : je germe, je ressors, dallje-a gonflement, grosseur. De là au nom d'un mont il n'3'^ a pas loin. Puis S'uiS^ûhKa je travaille en relief. On le voit, A-/.iS^u? a est en réalité un nom appellatif.
9. On trouve certainement aussi dans l'ancienne histoire de Rome et d'Italie des noms pélasgiques. Tel paraît être celui de Porsena ou Porsenna, roi de Clusium. La désinence m ou ce est celle d'un participe plus rare que la désinence -pe ou -a^s ou -o-jctps.Uoçx^h en albanais veut dire ordonner, Trop^ia. ordre, Topiri^evvs (composé de -ropsia. ordre et /SêVre faisant) obéissant. C'est peut-être l'ancienne
forme même, du nom du célèbre ennemi des Romains. On peut ainsi expliquer Sisenna de sisem savoureux, aimable, attrayant ; Spuriiiyia de rffTrvpp, chasser, etc.
10. Les trois dieux de la mort de la Lycie ne sont probablement pas d'origine pélasgique ou albanaise. Arsalus parait être dit pour chars-el hache de Dieu, surnom du dieu carien de Mylasa. C'est donc un dieu d'origine sémitique, probablement adoré aussi par les Solymes. J'ignore l'origine des noms de Drins et Trosobios. En albanais S'pw veut dire : cadenas ? Trosobios pourrait se rattacher à une racine rp/^r, qui signifierait : faire trembler ?
11. En revanche, on a expliqué depuis longtemps le sens de la déesse Thétis, mère d'Achille, par l'albanais <fs7-. la mer. En effet, le dictionnaire grec ne fournit pas d'explication satisfaisante du nom de l'épouse de Pelée.
12. C'est ainsi que Hahn fait venir le nom de la déesse iiéfxeffti de l'albanais es// je maudis, d'oîi l'on a formé un substantif véfjt.e<^Tt quelqu'un qui jure, qui maudit.
13. On identifie volontiers en grec «Tet et ^a; mais comment se fait-il alors qu'on n'ait jamais dit Tuf^km^t L'identité des deux mots ne me paraît pas suffisamment démontrée. Le grec /«î rappelle l'albanais cTe terre, quoique «Ts en albanais soit masculin : S'éov i repps toute la terre. Hahn ne manque pas de citer l'ancien nom de Déméter : Atiâ (p. 251).
14. Plutarque nous apprend (Pyrrh., c. 1), qu'on rendait à Achille dans l'Epire des honneurs divins, et qu'on l'appelait " hdTmoi dans la langue du pays. En albanais speite ou çpeite veut dire rapide, agile, et on s'est de-
mandé s'il fallait voir dans cet adjectif la traduction de l'épithète '^ro^coKm donnée au héros grec.
§ 15. — De quelques mots albanais égarés dans d'autres idiomes européens.
1. — Le premier et le plus important de tous ces mots est le verbe vS'iviy, aoriste v S'il] 7 a. y étends, je développe, je tire, je réside, qui paraît avoir traversé avec les Pélasges la mer ionienne, s'être répandu dans tout l'Occident latin et y avoir donné naissance au verbe anclar provençal anar, français aller. Les tentatives de Diez de rattacher anclar soit à ambulare soit même à aditare ne sont pas heureuses — celle de Langensiepen, qui en s' appuyant sur redclere, devenu rendre, render, etc., dans les langues néo-latines, voudrait expliquer andar comme une corruption addere, qui à la suite de l'insertion de la nasale, aurait quitté la 3'"" conjugaison pour la première, ne se soutient pas davantage (1). Il est déjà peu probable que la signification de la locution addere gradurtx doubler le pas, se soit attachée d'une manière invariable au verbe addere seul, tout en se modifiant légèrement. Les deux passages de Virgile et de Silius Italicus cités par M. Langensiepen (surtout celui de : quadrigœ addunt in spatia) rendent, à cause de leur tour forcé, la conjecture acZdere=:«ncZare, encore plus invraisemblable. Et comment croire que l'emploi du verbe addere avec un sens aussi étrange ait eu lieu au milieu des classes popu-
(1) Voyez Scheler, Dictionnaire étymologique de la langue française à l'article aller-
laires dans tous les pays latins à la fois : dans Tltalie, la Gaule et l'Espagne ? Il est évident pour nous, que ce mot andar existait longtemps dans la rustica avant de se faire jour dans la langue écrite ; il existait dans l'usage journalier du peuple; il existait dans les noms de cent endroits — 'AvS'uvia. avait le même sens que 'OpxoyLsvôi, c'està-dire l'endroit où l'on va et vient librement, où l'on séjourne, uhi versantur. Le verbe andar a dû être longtemps en usage en France, puisque andain dans le dialecte normand signifie un pas, dans le dialecte du Berry, ce qu'un faucheur peut faucher à chaque pas qu'il avance; puisqu'en Bourgogne on dit quelquefois andier pour un sentier dans la vigne. En effet en espagnol andana et en portugais andafna signifient couche, série. L'ancien espagnol présente même une forme andamio démarche (latin du moyen-âge : andamius marche, entrée). Enfin l'espagnol andamio portugais andaimo andaimme signifient encore petit chemin sur le mur ou rempart, échafaudage [l\
2. — Nous placerons au second rang le grec ^k\cc(jffu ; dont il n'a jamais été donné d'explication suffisante. On l'a fait venir de Tupa.ffffa, on a voulu y voir une onomatopée imitant le murmure des vagues. Cette obscurité d'origine est d'autant plus étrange qu'elle n'existe pas pour les autres termes qui désignent la mer : -rôvrof TéKecyos, a.hs mare, etc. Or, en albanais TciKcti-i^i veut dire la vague, l'onde ; rcthcunii j'agite, je tourmente, je balance ; Tà\?// je plaisante ; S'a.h.svS'icL inquiétude, enthou-
1 Les mots andamio, andain, semblent reproduire la désinence albanaise -|U£j:i dans vS'evtTfJLijec étendue: yéeny] habitation, loisir.
siasme. Ajoutons qu'en serbe aussi talas, veut dire flot, et que Miklosich, qui y reconnaît pareillement le grec '?!â.Kuffffu, se demande lequel des deux idiomes aurait emprunté ce mot à l'autre. Le mot appartient évidemment à la langue où il ne se trouve pas isolé, où il fait partie de toute une famille de termes s'expliquant les uns les autres. D'ailleurs les Albanais étaient familiarisés avec la mer avant les Slaves.
3. — Parmi les mots que l'albanais aurait tirés des langues néo-latines, le même Miklosich fait figurer tarea la tare, serbe dara. Tare est expliqué dans le dictionnaire de l'Académie française : déchet, diminution, soit pour la quantité, soit pour la qualité. Puis on y trouve : les marchands appellent tare les barils, pots, caisses, emballages qui contiennent les marchandises; et enfin les marchandises mêmes, déduction faite de la tare. Diez d'après Freytag fait venir le mot de l'arabe tarah éloigné, écarté ; tarh le résidu, l'objet abandonné. Nous faisons venir l'albanais tare-a avec Hahn de ndara division, séparation {vS'a.iy je sépare, divise, partage). On sait qu'à côté des Arabes, les Grecs ont fait dans la Méditerranée de tout temps otlice de courtiers de commerce, et une grande partie des habitants de la Grèce étant composée d'Albanais à partir du XI V" siècle, un mot albanais a bien pu se glisser dans les langues parlées par les peuples méditerranéens.
4. — Le mot sopha est expliqué par Diez d'accord encore une fois avec Freytag par l'arabe çoffah banc où l'on se repose devant la maison. Or, en albanais sop/ie-a (dialecte des Guégeois) signifie banc de gazon, et nous
trouvons dans la même langue sepha-ja repos, joie. 11 est vrai qu'Hahn prétend que sepha-ja est turc — soit ; mais laquelle des deux langues à emprunté le mot à l'autre?
5. — Les Allemands se servent couramment d'un mot dont personne n'a encore pu fournir l'étymologie, c'est Apfelsine orange. Le mot plus noble employé ordinairement pour désigner ce fruit est Pomeranze. La première partie de ce dernier mot n'est autre chose que le français pomme, italien poma; et il répond ainsi à la première partie du mot Apfelsine, puisqu'en allemand apfel signifie pomme. Sur la seconde partie de Pomeranze on peut voir la dictionnaire étymologique de Diez :
Naranza est la forme vénitienne dialectale de l'italien arancio : Saumaise faisait venir ce dernier, ainsi que le français orange, du latin aurantia pomme dorée ; mot par lequel on aurait remplacé au moyen-âge le mot aurata. Ce dernier se serait dit pour aurea mala pomme desHespérides. Aurantia composé avec zn aurait donné inaurantia, naranza, etc., etc. Diez aime mieux voir dans naranza un mot persan, introduit en Europe par les Arabes. L'orange en persan se dit nâreng ; — en arabe nârang. Le mot français en est la transformation maladroite due à une fausse étymologie ; le peuple voulait le rapprocher du latin aurum, français : or. Le latin du moyen-âge (au 13^ siècle) transcrivait ce terme oriental : arangia.
Le fruit fut importé en Allemagne à la fois par les Provençaux qui l'appelaient orange et les Vénitiens, qui disaient naranza, ponia naranza. Mais d'où pouvait ve-
nir aux populations germaniques l'expression Apfelsine? Le dictionnaire de Grimm est muet sur ce point, et celui de Krafft traduit : China- Apfel (pomme de Chine^ , explication à laquelle on ne peut pas s'arrêter sérieusement.
Il 3"^ a en albanais une désinence -atve (déterminée aivea.) à l'aide de laquelle cette langue forme des substantifs appellatifs et surtout abstraits, par exemple //gp(r;Ve outre à vin (de /«(:= mesure pour les liquides et marchandises!, //eT<rs<p«-/: s secret, sacrement; K]'j.ys(!iv6 humidité ; '^enî<jivî sécheresse ; ^pnvesive assombrissement du ciel; î'ySf.she bête fauve, (de 'îy^e sauvage) etc. (1). C'est ainsi que de u[j.Ci: j?^ ou uy.shj; doux (on dit aussi ïu^h]?] que les Albanais ont formé un substantif àixikjrive, dont le sens est : plat sucré, douceurs. Nous cro^'ons que c'est le mot même auquel répond l'allemand Apfelsine. — Les gens du midi de l'Allemagne ont cru reconnaître dans l'albanais àu:>j= le mot Apfel, comme Italiens et Français ont cru retrouver dans le persan nareng' le latin aurian. Des exemples de fausses étymologies inoculées ainsi à la langue par le peuple sont nombreux dans toutes les langues, même en allemand. ^On n'a qu'à penser à Kartoffel, Latwerge, Holzbock, etc.)
Reste à expliquer comment les Allemands ont pu être amenés à adopter un mot albanais désignant très vaguement un objet pour lequel l'italien etle françaisleur avaient fourni des noms généralement connus et compris (2).
(1) Camarda rattache avec beaucoup de vraisemblance cette terminaison à la terminaison grecque -7-jVii dans <j(ù<^f.o(!\,;ï\, Si aiosivn Grammatologia comparata sulla lingua albanese, Prato 1866.
(2 En albanais l'orange amère se dit comme en vénitien vci.pcLVTfft, l'orange douce tsîtj^.'zA? nu T;'/Toxix?, de la ville d'Oporto.
Pour comprendre un fait aussi étrange, il faut se souvenir que Venise a appartenu jusqu'à ces derniers jours à l'Autriche, que l'Allemagne participe encore par le port de Trieste au commerce qui se fait dans la Méditerranée ; qu'enfin il existait non seulement dans la Sicile, mais dans les états des Habsbourg même, trois colonies d'Albanais, une dans laSirmie sur les bords de la Sa^va datant de 1740 ; une seconde de 900 âmes à Erezzo qui n'est qu'un faubourg de Zara, capitale de la Dalmatie; une troisième de 210 âmes sur la presqu'île d'Istrie à Péroé près de Pola. Péroé en albanais veut dire vallée; le territoire occupé par cette dernière colonie fut accordé en 1657 par la République de Venise à 60 familles albanaises qui s'étaient soustraites par la fuite au joug des Turcs. Quant à la Sicile, on sait que depuis le IS*" siècle, elle a été un but d'émigration pour les Albanais appartenant à la religion grecque. Ils habitent différents points de l'île et leur nombre d'après Bundelli peut monter à 200,000 âmes (1).
Les Albanais de la Sicile et de la Dalmatie qui vantaient aux Allemands les oranges qu'ils leur offraient, les désignaient sous le nom de douceur ày.e>jane. Les Allemands crurent y reconnaître le nom même du fruit et l'adoptèrent (2).
Pour un mot albanais qui a pénétré dans la langue allemande, que de mots allemands n'ont pas pénétré dans
(1) Hahn, p. 13.
(2) Pour rendre plus palpable l'identité de Apfelsine et ùf/.^ j^'^^-> je ferai remarquer que Xylander écrit s/j.The doux, '4[/.7rK6ffoiy j'adoucis.
l'albanais! Xylander en cite un certain nombre, — quelques uns peuvent dater du temps oùlesGoths occupaient le pays. Il y a même des mots français adoptés et défigurés par les Allemands, que ces derniers ont importés dans l'albanais. Tel est l'expression kaputt employée à tout propos par les gens d'Outre-Rhin, pour dire qu'une chose est perdue, ruinée ; appliqué aux personnes, kaputt signifie fatigué, éreinté (ail. abgeschlagen). Croirait-on que les Albanais non seulement ont adopté ce mot , mais qu'ils en ont fait un verbe ksttovt ou KiTTovi je cueille, j'arrache, je déchire ; puis, je suis fatigué, ennuyé, éreinté (par exemple //îî //e Keyrovr ne m'embête pas) ? Or, toutes les personnes versées dans ce genre de questions savent que l'allemand kaputt n'est autre chose" que le français capot, et que cette expression désignait à l'origine un gros et grand manteau qu'on jetait sur les épaules et la tête d'un individu, qui avait tout perdu à certains jeux.
6. — Le grec xct//«tps4 latin caméra sont rattachés par Benfey (Griech Wurzellexicon,II, p. 283) à une racine kmar être tordu, voûté. Il y rapporte la forme kamredhem, corps tortueux du serpent ; et le persan kamar ceinture. Or, l'albanais xj^iu-ipi signifie de même ceinture, puis traverse pour soutenir un mur de pisé, puis génération, race (pour ainsi dire couche d'hommes), puis porte voûtée. Il paraît probable que ce mot a été emprunté par les Grecs aux Pélasges et non réciproquement.
Nous ajouterons quelques coïncidences étranges dont le nombre pourrait être augmenté encore :
1. — Les mots italiens inganno fraude, i?i^a7inar tromper, dont l'étymologie est restée obscure, se retrouvent dans l'albanais yi^jîiy je trompe.
2. — Un mot français des plus plaisants : une patapouf n est-il pas identique à l'albanais pittahof, expliqué ainsi par De Rada (1) : grossa e grassa corpo e faccia. Il cite à l'appui de la désinence féminine — of l'adjectif nkof qu'il traduit en latin : hehes.
3. — Si le premier sens du grec Tetp^scof est celui d'un être jeune (on n'a qu'à comparer le latin juvenca), il faudrait peut-être le rattacher à l'albanais part/ima qui signifie récemment, puis à Tstps le premier, puis au grec
TTcipoi, ■ïïu.fk, etc.
4. — L'albanais a un mot étrange pour dire mensonge : pê// ou pêf. Il rappelle immédiatement l'hébreux rim,mah tromper.
(1) Grammatica délia lingua albanese, p. 50.