Hérod.. II
(4) Movers. III. p. 193.
de Samothrace, Lemnos et Lesbos se seraient appelées plus anciennement Ethiopie (1).
§ 5. — Race blanche et race brune.
Arrivons aux faits les plus importants. La Lsconie portait, avant d'être occupée par les immigrants grecs, le nom de Lélégie. Ce nom lui venait de Lélex, fils de Neptune et de Libye. Pense-t-on que si les Grecs avaient reconnu des hommes de même race dans les Lélèges, ils leur auraient attribué une telle origine? Puisque Libye était considérée comme la mère Eve des Aborigènes, il est évident qu'ils devaient conserver quelque chose de la physionomie des populations marquées plus fortement par le hâle du soleil. Enfin, le père de Tantalos s'appelle ^)^c€v {brûlant ou brûlé, du soleil ?) ; le nom de son petit-fils Pelops, qu'on le considère, avec Thucydide et les anciens, comme un asiatique qui émigra en Grèce, ou avec Duncker, comme un véritable grec, ne saurait signifier autre chose que l'homme au teint basané. — On a remarqué avec justesse que le Péloponèse du temps d'Homère ne portait pas encore ce nom , que la Morée était appelée alors 'A'?:iu yti (terre entourée d'eau), que le nom de Péloponèse n'a été adopté généralement par les Grecs qu'au septième siècle (2). Ces derniers sont parvenus très-tard à se former des notions
(1; La. Mère, par Giraud-Teulon fils, p 58. (2) Duncker. III. p. 145. 146.
justes des pays qu'ils habitaient depuis longtemps, de leur site et de leur configuration. Les dénominations d'Asie et d'Europe, lorsqu'on voulait parler des deux continents qui portaient ces noms, sont elles-mêmes d'une origine relativement récente. Je ne partage pourtant pas l'opinion de M. Duncker, soutenant que ce sont les colons de la Mjsie, les habitants de Cymé qui ont donné cours au nom de Péloponèse. Ce sont les conquérants, les hommes du Nord, les Doriens, les hommes blancs et blonds qui ont dû être frappés les premiers du type, si différent du leur, de la population qu'ils avaient à combattre et qu'ils finirent par soumettre ; ils les reconnaissaient longtemps à leurs cheveux invariablement noirs, à leurs traits brunis par le soleil du Midi. Pa^^mi les Achéens, premier flot d'immigrants depuis longtemps mêlés aux naturels du pays, c'était une chose rare déjà à l'époque de la guerre de Troie qu'un homme à la chevelure blonde. C'est par là que le roi Ménélas se faisait remarquer [luv^oi Tslsvéhetoi) . Maintenant c'était la marque de la race supérieure tout entière; maintenant le nom d'Hellènes, qui n'avait encore désigné que quelques populations des régions du nord de la Grèce, fut porté avec affectation par les Doriens. Depuis longtemps on explique le nom de ^ekhoi ou 'Eaac/, donné aux prêtres de Jupiter de Dodone, par les lumineux, les brillants (1). Toute la contrée autour de Dodone avait été désignée dans les grandes Eées par le nom d'Hellopie, c'est-à-dire le pays lumineux, pour ainsi dire le pays au clair regard;
(1) De sxn lumière du soleil. Cpr. tTiKeti, ffshmn/lkévn.
Aristote l'appelle simplement iZeZ /as (c'est-à-dire ■>«). Il y avait dans l'Eubée une autre Hellopie, près du promontoire Cénium {Knvcocv) ; ce nom a même été étendu, d'après Strabon, à l'île entière. L'Eubée fut donc de bonne heure un terrain disputé entre les hommes du nord et les hommes du midi. Hellops nous est présenté, en effet, comme un fils d'Ion. Une ville, Hellopion, située dans l'Etolie, est nommée par Etienne de Byzance. Nous avons montré plus haut comment le nom d'Hellas passa de l'Epire dans la Thessalie, ensuite dans la Phocide, et comment, à la suite de l'invasion dorienne, il finit par embrasser toutes les tribus grecques. Les Hellènes étaient les hommes au regard clair, au teint florissant. Aussi, lorsque Lycurgue éprouva le besoin de donner une sanction durable aux lois célèbres dont il était l'auteur, il les plaça sous la protection de divinités nouvelles, inconnues aux anciens habitants de Lacédémone, sous celle de Jupiter Hellanios et d'Athéné Hellania. Ces noms marquent un ordre nouveau dans les affaires et le gouvernement de la Grèce. Plus tard, lorsque tous les cantons reconnaissaient l'autorité de l'oracle de Delphes et envoyaient à l'envi leurs délégués aux jeux olympiques, ce nom désignait de plus en plus tous les Grecs indistinctement. Vainqueurs et vaincus se considéraient désormais comme les membres d'une même grande et glorieuse confédération.
,^ 6. — Vainqueurs et vaincus. — Les ilotes.
La situation des anciens habitants du Péloponèse et du reste de la Grèce n'était pas partout la même après la conquête. Les hommes les plus braves, les plus valides, ceux qui se distinguaient par leur naissance émigrèrent sans doute pour la plupart; mais la majorité, probablement, ne quitta pas le sol de ses pères. Il y avait des cantons que l'invasion dédaigna, comme l'Arcadie; d'autres, où les habitants nouveaux et les anciens se mêlèrent aussitôt il'Elide ; d'autres, qui conservèrent leur domaine intact en reconnaissant la suprématie de quelque tribu plus puissante Pisates et Caucones dans leurs rapports avec les Eléates; — ceux de Cynosurie et de Th3'rée dans leurs relations avec Argos\ Les anciens habitants de Trézène reçurent dans leur sem des colons doriens d'Argos et purent ainsi rester fidèles aux traditions ioniennes. Quelque chose de semblable doit avoir eu lieu à Sicyon et à Phlionte, quoique les Doriens paraissent avoir exercé dans ces deux villes une influence prépondérante.
Avant la conquête, il n'y avait, dans tout le pays compris entre l'Olympe et le promontoire de Malée, aucune classe de serfs ni d'esclaves de race grecque. Les esclaves que l'on y rencontrait étaient ou des prisonniers de guerre ou des barbares achetés à prix d'argent. Il y avait pourtant des journaliers, hommes libres toutefois (icTHTSj;, qui, contre un salaire, servaient comme
pâtres et laboureurs. Tout cela changea à la suite de l'invasion des hommes du nord. Dans quelques cantons, les possesseurs primitifs du sol furent réduits au servage; c'est ce qui arriva notamment en Thessalie ; les anciens habitants formaient une caste à part, la caste des hommes de peine {^syéffTui de Tsvofji.ui) ; les nuTmuKoçôpoi de Sicyon, les y.ovhoS'ss d'Epidaure, les Kwcxfuhot de Corinthe désignaient peut-être seulement des classes inférieures et pauvres, méprisées par la race régnante. Partout se perpétue, pendant un temps plus ou moins long, l'antithèse des anciens habitants et des nouveaux venus, des vainqueurs et des vaincus ; mais, partout aussi on ne semble avoir connu que deux classes profondément distinctes(l). Dans la Laconie seule, et dans la partie de la Crète colonisée par les Lacédémoniens (Lyktos, Gnossos, etc.), on en distinguait trois. Les guerriers Spartiates paraissent avoir été unis entre eux par une fraternité plus étroite que les autres groupes doriens. Ayant à lutter contre des armées et des populations nombreuses, les Lacédémoniens ne se mêlèrent pas aux anciens habitants; ils formèrent des camps armés, toujours prêts à combattre et à courir à la rescousse les uns des autres. La ville de Sparte n'a pas eu d'autre origine (2). Bien invraisemblable serait l'assertion, si quelqu'un osait la mettre en avant, que les quelques milliers de Doriens qui pénétrèrent dans l'étroite vallée de l'Eurotas, eussent pu, par un simple acte de législation, diviser la population soumise en
(Ij Nous ne parlons pas des tribus dans lesquelles chaque canton est divisé ; nous savons fort bien que leur nombre était plus considérable.
(2) Duncker, III. 382, 383.
deux classes distinctes, l'une conservant quelques droits : les perièques ; l'autre, appartenant corps et biens à l'Etat : les ilotes. Ce dernier mot ne saurait venir du nom de la ville d'Hélos, que les Spartiates occupèrent plus tard et dont ils réduisirent les habitants à l'esclavage, — habitants qui auraient pu être appelés 'EasTo/ ou 'EhéuTcti^ mais jamais E'thcàTss. Ce mot-ci vient évidemment du verbe ctKtffKw, je suis prisonnier de guerre. Il faut admettre, en effet, que les Spartiates, en attaquant l'antique royaume d'Amyclées, se trouvèrent en présence d'une population déjà hiérarchiquement organisée. Les maîtres du sol étaient précisément ces Achéens illustres, dont le nom avait rempli de sa gloire le siècle qui précéda l'invasion des Doriens. Les Achéens avaient aisément soumis l'ancienne population lélège mêlée à des colons phéniciens, libyens, qui sait ? égyptiens peut-être. Ces tribus inoffensives subirent sans résistance l'ascendant d'une race belliqueuse plus énergique, comme devaient faire plus tard les Killikyriens à Syracuse, les Mariandynes à Héraclée, au Pont ; les Bithyniens à Byzance ; les Africains de toute espèce à Cyrène. On peut croire qu'ils ne disputèrent le sol que faiblement aux envahisseurs; en revanche, le jour du péril venu pour ces derniers, ils devaient être aussi d'un bien faible secours pour les Achéens leurs maîtres. Les Doriens les trouvèrent dans le butin de la guerre et s'en emparèrent. Ils les enlevèrent, comme de raison, aux Achéens vaincus dont ils firent la seconde classe de la population, celle des perièques {accolœ). Quant aux naturels du pays, ils les transformèrent en propriété de l'Etat, ce qui leur
assurait une existence précaire mais une sécurité relative. Il est vrai que les Spartiates ont réduit plus tard bien des fois à l'état d'ilotes des populations qui paraissaient mettre leur prépondérance en danger, comme ils firent de la majorité des Messéniens. Nous n'en persistons pas moins à croire que, si les habitants du canton de Lacédémone se présentent à nous disposés sur trois étages, cela tient aux trois couches de populations qui s'étaient superposées les unes aux autres dans le cours des siècles, à savoir : 1° Lélèges, mêlés à des colons méditerranéens au teint basané et même foncé; 2° Achéens; 3° Doriens. Ce qui semble corroborer cette vue, c'est que les Spartiates se sont toujoursconsidérés comme étant unis aux perièques par les liens d'une même nationalité. Les uns et les autres étaient compris dans le nom de Lacones ^c'est-à-dire ceux qui parlent, à sous-entendre : la même langue et qui se comprennent) (4). Il existait, comme nous l'avons dit plus haut, une situation analogue dans l'île de Crète, où les Doriens avaient à combattre des Achéens et des Phéniciens régnant en maîtres sur une terre habitée originairement par des tribus de Pélasges et de Lélèges. Cette population, désignée par les Grecs sous le nom d'Eteocrètes, fut bientôt refoulée jusqu'à l'extrémité Est de l'île, jusqu'à Prœsos, jusqu'aux sommets de la chaîne de montagnes qui traverse le pays d'un bout à l'autre. Ceux qui restèrent sur le sol qui autrefois leur avait appartenu, durent accepter une situation analogue à celle des ilotes de la Laconie.
(i) Cpr. l'expression Zevs Auy.sS'a.iy.mt Jupiter qui prophétise.