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Ramon Mantaner, quiFaTak visitée une auuée après, décrit en termes pompeux sa personne sa puissance , ses goûis chevaleresques , ses splendides tournois. La cour du roi Oihon est moins opulente sans doute que la cour féodale des ducs français d'Athènes, mais elle a le grand avantage d*étre nationale. Si quelques Allemands sV mêlent encore, ce n'est que pour peu de temps ; car il y a contre tout étranger en Grèce une grande jalousie nationale, et leVoi n'ignore pas qu'il est dans le caractère du peuple cer* laines susceptibilités honorables qu'un souverain doit savoir respecter.
Plusieurs fois, pendant mon séjour à Athènes, j*ai eu occasion d'assister à des fêles de cette jeune cour. Là se trouvaient réunis des hommes de toutes les provinces et lies, dont quelques-uns fort probablement , avant ce jour , n'avaient assisté à aucune fête de ce genre, n'avaient jamais pris place sûr une chaise européenne, n'avaient eu aucune occasion de se mêler avec une société de salon telle que nous l'avons faile ; et cependant tout cela avait fort bon air, et pas un ne semblait gauche ou embarrassé. Les costumes riches et élégants de la Roumélie et de la Morée sont por^ tés par tout le monde avec grâce ou avec aisance. La gravité naturelle aux peuples d'Orient fait qu'ils ne sont jamais pressés d'agir et de parler , et ils évitent par conséquent beaucoup plus de bévues que ne le feraient des Occidentaux placés dans les mêmes circonstances. Quant aux femmes , leurs costumes sont bien loin d'être aussi gracieux que les costumes des hommes. Les robes dorées des Albanaises ne dessinent aucune forme , et le corps le plus élégant disparaît dans leur ampleur flottante. Les costumes des femmes hydriotes sont ceux de matrones qui veulent paraître respectables en grossissant démesurément chacune des parties proéminentes de leur corps par de nombreux vêtements superposés, de couleur sombre, sur lesquels se détachent les nombreuses circonvallalions des épais tissus blancs qui défendent leur poitrine. La Qgure seule, mais
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une figure d'une expreasion contenue , une figure â*une belle forme , un peu ronde peut-être , mais avec des yeux irifB et des dents fines, se dégage de cet encombrement de vêlements , et une robe fort courte laisse iroir la jambe la mieux faite et le pied le plus délicat Le costume d* Atbènes est plus léger et plus élégant. Mademoiselle Triantaphyllon (Rose) Botzaris Ta rendu populaire en Europe, et son por< trait, avec ce costume qu*elie aime et qu'on aime en elle , peut se voir chez tous les marchands de gravures des bords du Rbin et de la rue Yivienne. Le fezy seul, ou haut bonnet rpuge à glands bleus, ne me semble pas gracieux; il donne cependant ^ une toute jeune fille un petit air rodomont et mutin qui sied à merveille dans une salle de bal. Le pins joli bonnet et le plus coquet costume sont évidemment le bonnet doré et la jolie veste coupée des Smyrniotes ; mais on le trouve rarement dans un bal d'Athènes. Ce qui se voit le plus souvent est le costume franc, la mode de Paris ; ce costunie est plus simple, plus léger, moins dispendieux en apparence. On peut le changer souvent, et varier, selon sa figure et sa taille, la forme, la couleur, la coiffure. Aussi Finvaslon de la mode parisienne a-^t-elle fait lesprf^rès les plus rapides, et Timmense majorité des femmes, dans on bal de cour^ est-elle vêtue à la française. £n vérité la souplesse des tailles athéniennes s'arrange fort bien de ces tissus aériens, et presque toutes les portent sans géne« On ne saurait dire avec quelle facilité ce qui est parisien de* vient promptement athénien. Le Grec d*Âthènes a quelques-unes de nos qualités et bon nombre de nos défauts, outre ce qui lui est personnel, et il surchai^e souteîit les uns et les autres. Il est intelligent , actif, brave, entreprenant, mais non moins léger que nous et bien plus vain encore. Les femmes, captives dans les liens étroits de la société orientale, ne peuvent qu'à peine se révéler à ellesmêmes; mais déjà l'amour de la toilette, le bon goût dans le choix des parures, l'absence d'affectation et de lourdeur, la simfriicité étudiée , le discernement dans le choix des
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couleurs se font en général remarquer dans les toilettoii Il y a d'ailleurs des chefe savants parmi elles qoi ont étudié à Paris et plu à Paris, et qui donnent la leçon et Texemple* La jeune reitie n*a pas étudié à Paris, mais elle a deviné la science et y est passée maîtresse. On la citerait certainement à Paris même au premier rang des belles lea plus remar* quées. Écuyère infatigable et intrépide , danseuse légère, animée el gracieuse , reine élégante et belle , elle jouit de ses succès avec un bonheur qui rembeUit encore. Aucune femme dans sa cour ne se livre avec plus de charme au plaisir de la danse. Polonaise , valse , contredanse t galop « mazourque , cotillon , tout lui platt , et lui platt avec k même vivacité , depuis la solennelle polonaise qui CNivre le bal , jusqu'à la folle danse du grand*père qui le ferme i à reiclusion des danses grecques , dont aucune n'est dansée dans les salons d'Athènes. Il faut ajouter que c'est sur elle que pèse le moins le poids de l'étiquette , qui doit gêner un peu les autres; car l'étiquette règne avec toute sa roldeur dans un bal de la cour de Grèoe. A neuf heures du soir , tout le monde est réuni dans la salle de bal. A neuf heures et demie , le roi et la reine entrent suivis de leur maison. Tout le monde, hommes et femmeti reste debout aussi long-temps qu'ils tiennent cercle » en* vit*on une demi-heure; pendant ce temps chacun d'eux va de son côté, adressant la parole à l'un ou à l'autre et montrant toujours aux étrangers la plus grande bienveil^ lance et la plus parfaite politesse : puis commence la po looaise. Le roi offre k main à une des dafties ; la reine à un des hommes, en général un des chefs du corps difriomati» <Ioe ; les autres chefs des légations eu font autant , et tous font ainsi un tour de salle ; après quoi le roi passe à une autre dame, et la reine à un autre diplomate, pour recommencer un second tour de promenade , et ainsi de suite jusqu'à ce que les chefs de mission et ceux que la reine veut distinguer aient accompli leur tour de prometiade e puis la valse commence. Tant que la reine danse, les femmes
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qui lie dansent pas peuvent être assises ; mais dès qu'elle quitte la danse et se promène elles doivent se tenir debout, ot ne peuvent se rasseoir que quand elle se rassied. Deux fauteuils sont mis en avant hors ligne pour le roi et la reine , et les autres femmes sont placées en arrière sur des chaises. De temps à autre on apporte quelques rafraîchissements. Vers les trois ou quatre heures, quand toute la série des danses de tout nom est épuisée et que les danseurs sont épuisés aussi , tout le monde se lève ; et le i*oi et la reine tiennent un autre cercle d'une demi-heure, qui oblige tous les conviés à rester : car il n'est aucun moyen honnête de quitter le bal avant que le roi l'ait quitté. Le roi et la reine prennent congé , et chacun rentre chez soi. Bon nombre de voitures, ouvertes ou fermées, de fabrique milanaise , viennoise , belge , russe, anglaise ou parisienne, attendent les demandeurs ; mais presque tous les hommes s'en vont à pied : car en Grèce le ciel est presque toujours pur, les nuits toujours belles, Tair toujours doux, la terre toujours sans boue, mais non sans poussière ; et les chiens, qui, souvent à la nuit, pourchassent en foule le voyageur à pied et font de toute course nocturne une course aventureuse , se montrent plus discrets aux premiers rayons du soleil.
La même étiquette est adoptée toutes les fois que le roi et la reine acceptent un bal chez un diplomate. Le corps diplomatique , qui a introduit le baise-main en faveur des jolies et blanches mains de la reine, a accepté une autre étiquette plus sévère pour les soupers. Dans ce cas, le roi et la reine sont servis seuls dans une chambre à part. Le ministre et sa femme s'asseyent à la même table mais sans couvert devant eux , et leur font les honneurs. Peut-être est-ce là l'étiquette de quelque cour allemande particulièrement sévère.
J'ai remarqué aussi une prescription de l'étiquette qui ne m'a pas frappé ailleurs : c'est que les hommes sont invités à dîner avec le roi et la reine , et souvent en Grèce
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le roi fait celte politesse aox étrangers et y met la meil* leore grâce; mais les femmes ne sont jamais invitées. Aucune des femmes des ministres étrangers n*a jamais dîné à la cour. Bien plus, deux femmes d*un rang diplomatique et politique plus élevé , madame de Barante , femme de Fambassadeur de France à Pétersbourg, et lady Londonderry, femme de l'ancien ambassadeur d'Angleterre à Vienne et pairesse d'Angleterre , ont passé à Athènes en allant à Constantinople ou en revenant : M. de Barante et lord Londonderrv ont dîné à la cour et ont été comblés d'égards, noais aucune des deux ambassadrices n'a pu être invitée à la table royale. Bals et concerts, oui ; diners, non : c'est l'étiquette.
Le théâtre italien est aussi un point de réunion pour la société d'Athènes. Il existe sur un côté de la ville une colonne antique, isolée, qui appartenait, dit-on, autrefois à un temple d'£sculape. La tradition populaire est restée Cdèle au culte du dieu de la santé. Au bas de la colonne a été construite une sorte de niche dans laquelle les malades et leurs parents envoient brûler des cierges. La colonne elk-même est regardée comme prophétique. Veut-on savoir si un malade guérira promptement, on prend un de ses cheveux et on va l'attacher è la colonne par les deux bouts avec un peu de cire ; si la cire reste ferme , le malade est pris bien dangereusement; si un seul bout se détache, il languira plus ou moins suivant le temps que la cire met à se détacher ; si la cire se fond promptement et se détache des deux côtés, le malade est sauvé. C'est devant cette colonne d'Esculape , et à quelques pas de distance , qu'on a construit un temple au dieu de la musique , à Apollon , père d'Esculape, sans doute pour signifier que tous deux ils donnent la joie et la santé. J'y ai vu parfois jouer quelques tragédies grecques, une traduction en grec de VÀri^ stodème de Monti, un Marco Botzaris, par exemple; mais on n'y joue en général que l'opéra italien. Tout le inonde en Grèce est passionné pour la musique , et sur -
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todt pour la musique italienne. Quelquefois les jeunes Grecs élégants, pour mieux témoigner de leur enthonsiasBie, font pleuToir mt les actrices les fleurs, les couronaes^ les ma^drigaux et môme parfois des vers français de leur omBfo^ sition ^
On ne sait domment se rendre compte de ce ^t pour la bonne musiqtie quand on entend les chants d*église et les chants populaires. La beauté du chaut uationAl consiste b éhanter pat* le nez ; plus le chant est nasillard, plus il est regat*dé comme majestueusement rëligiéut et parfaitedieot hëi'olque. Je me suis souvent fait chanter des thatits na^lionaux par les bergers m les paliear^s , soit eu uaviguatit, soit en visitant les ruines de nos vieux châteaux francs disséminés partout sur le sdl grec , et j'ai souvetlt aussi rencontré de belles voix^ mais j*ai toujours eu là plus grande peine à empêcher les chanteurs de retomber dans leur chant nasillard. Le goût de la musique italleflae réformera probablement ce vice , car le parterre est pre4M|ue toujours rempli, ainsi quq lés loges à bon marché, d'hommes des classes les plus humbles. Quant aux femmes , ce ne sont que celles des classes les plus élevées qui se montrent eu public et assistent à TOpéra, qui devient ainsi, comme notre Opéra, un salon où chacun reconnaît et va visiter les siens.
La société d'Athènes se compose de plusieurs éléments fort divers qui ne se sont pas encore très-bien fondus» Les
^ A une représentation à bénéfice à laquelle j'assistais, je reçus, comme tout le monde, une petite feuille imprimée portant ces vers français d'un jeune admirateur grec :