LA COUR
tième année, le 1^' Juin 1835, il prit en main Tautorité royale , et , le 2 Novembre 1836, il fit don à la Grèce d'une jeune et jolie reine de dix-sept ans et demi, la princesse Amélie d'Oldenbourg.
Pour le jeune roi et la jeune reine de ce nouveau royaume, il fallait une cour et d'abord un palais : et le palais comme la cour étaient chose qu'on était nécessairement obligé d'improviser dans une ville où , deux ansauparavant, on voyait à peine une seule maison de pierre , chez une nation où les rayas s'étaient si récemment élevés à la dignité de mat* très, et où les princes dormaient en plein ,air enveloppés dans leur capote. Mais la Grèce est un sol riche qu'il suffit aujourd'hui, comme aux anciens jours , de frapper du pied pour en faire jaillir, à l'exemple de Neptune et de Minerve , le coursier de la guerre et l'olivier de la paix. Tout ce qui est nécessaire à la vie sociale s'y improvise promp> tement. Deux petites maisons neuves furent louées pour le jeune couple royal , en attendant que s'édifiât le nouveau palais. On les rattacha ensemble au moyen de constructions dont le plan fut envoyé d'Augsbourg par l'architecte du roi de Bavière , M. Gaertner, qui n'avait pas encore vu la Grèce ; et une habitation temporaire, étroite, mais assez convenablement disposée , et placée entre un petit jardin ombragé et une sorte de square à l'anglaise revêtu d'une pelouse quelquefois verdoyante , devint le Cecropium du nouveau royaume. Bienlôt un vrai palais moderne allait être entrepris. M. Klcnze , savant architecte du roi de Bavière , fut d'abord envoyé pour examiner les lieux ; mais il prit le timide et modeste Ilyssus pour qn frère de l'impatient et redoutable Danube, et, par crainte des débordements de ce ruisselet sans eau , il renonça à un fort bel emplacement, situé au-dessus de la ville et bien élevé audessus du plateau qui domine l'Ilyssus , pour désigner une autre situation qui se trouvait d'un tout autre côté de la ville. Le roi de Bavière arriva à son tour et choisit , après quelques hésitations , un ero[^acement excellent , qui est
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remplaeementucitiel» et il envoya so» architecte» M^ Gierl^ ner, pour en tracer le plan et en «arveilter rexéention»
Pendant qa'on déplaçait ainsi le palais futur, la vilha d*Athènes se construisait et changeait autant de fois dd plan qu'on changeait remplacement du palais ; car, comme la rue principale devait aboutir au palais , et que , ainsi qu'à Carlsrube , on aurait été bien aise que lus diverses autres rues aboutissent aussi à eet édifice , de même que les branches d'un éventail déployé convergent autour da bouton , et comme ces mes eonvergeaient autant de fois que se déplaçait leur point cedtral , il devait résulter de tantd» plans divers rabsience la plus complète de tout plan» Ënfitt les fondements du palais forent jetés ; mais, pour qu'il n« fût pas dit qu'un seul des plans eût été suivi , entre le dernier plan et ia pose de la première pierre on fit faire un léger mouvement oblique i ia façade du palais « et la rue d'Hermès, devenue i son insu la rue principale » e€ qui descendait directement du nouveau palais dans toute la longueur de la ville » sur la route du Pirée, ne pouvant suivre l'édifice dans son mouvemefit oblique , fut condam^ née à le regarder un peu de travers. Il n'y avait pas alors de projets assez grandioses pour cet édificei A peine Ga^ serte « à peine Versailles eussent-ils paru trop considéra^ Mes. On ne comptait pas avec les millions de drachmes que cela pouvait coûter, sans. que le jeune roi, qui devait cependant avoir un jour ^ les payer, fût appelé à faire prévaloir un plan plus modeste. Un royaume avait été décrété» et les cours étrangères les plus pompeuses voulaient y trouver une pompe en proportion avec sa suprématie hié» rarchique* L'édifice s'éleva donc : le Pentélique fournit ses marbres , la Bavière et l'Italie leurs chefs d'ouvriers « Trieste ses planthea et ses clous , ses portes et ses fenétresi le roi Oihoh son propre argent. Sept millions de drach-» mes^ sont aujourd'hui dépensées, et il n'y a pas encore
* La draclitklè Vint 90 centimes*
lia ûonâ. M
poarra anos doute terminer coaipléteineut le peUis i et avec deux millioQe le meubler ; mai» peur l'habiter il faudra, au bw^et d'uu miilioo de drachmes qui suffii aujourd'hui li l'économie bien entendue du roi , ajouter quelques sup-« plémeots tirés de sa fortune personnelle • et environner le souveraÎQ d'vne cour plus nombreuse que la cour modeate« jpms tout k fait convenable, dont le rd s'est entouré dans son modeet^i palais.
Cette cour se compose du maréchal de la cour {auimr^ iriê)t de six aides*4e«€amp » de trois officiers d'ordon-» nanee pour le service du roi , d'une grande*maltrette qui , dans tais ooors les plus polies de l'Ëurepo , serait dlée au frânîer rai^ par la bonne grâce toute parfaite de ses ma** noères, son ton eiquis» sa «mpUciié de grande dame, et de deux dames d'honneur dont l'une est une blonde , lao** guissaiite et agrésbte AUemande, et dont l'autre est cette vive , piquante , aventureuse, fière et noUe Triantapbyilou Botaaria, fille du célèbre patriote Afareo Botxaris, la même qui, l'aooée dernière, s'est conquis tous les hommages parmi les blondes filles d'Ems comme parmi les brunes filles de Venise*
Il ne faut pas s'étonner si le maréchal de la cour ne connaît pas encore fort bien son rôle. D'abord il ne sa* ^aii guère ce que c*est qu'une cour; puis les premières gaucheries sont moins promptement relevées dans une première élaboration de l'étiquette. On ne trouve pas d'ailleurs tous les jours des Ségur pour rédiger et imposer le code d'étiquette le mieux approprié à une société nou^» velle4 Dans des Ims qui échappent si souvent aux appré** eiations de la raison il faut un 'sentiment luen délicat des convenances pour faire accepter ses décisions, et le sèie ne saurait jamais Ici remplacer le goût ) mais le maréchal de )a cour de Grèce , M. Charles Soutxo , est un homme d W prit, et avec de l'esiM^it on finit par tout concevoir* En recherchant le bien de tout ce qui nous est confié» de pré»
férence à notre bien persoonel, nous ne poovons manquer d'obtenir des succès légitimes, et M. Charles Sootzo possède trop de qualités pour ne pas arriver, quand il yondra s*en donner la peine , au but que doit se proposer le Ségur de la cour d'Athènes.
La cour du roi est toute militaire; on remarque parmi ses aides-de-camp le colonel péloponnésien Jean Colocotroni, fils du fameux Golocotroni , distingué lui-même par des services militaires , et aussi par sa grande affection pour la Russie , dont Tinfluence s*appuie sur la sienne ; l'Albanais Gardikioti Grlvas , qui s'est fait un nom dans la guerre de l'indépendance; le 8ouliote Tzavellas, dont le courage honorerait toute armée européenne. Parmi les officiers d'ordonnance , je nommerai le jeune Maînote Mavromichalis , fils du vieux bey Mayromichalis et frère de ces mal* heureux jeunes gens qui crurent venger leur père et sauver leur patrie en frappant Capo d'Istrias. Sa tournure militaire, la politesse de ses manières, la distinction de sa figure et de toute sa personne, que relève beaucoup la grâce du costume grec , le feraient , comme mademoiselle Bolzaris, remarquer dans tout cercle élégant. Ainsi composée, cette jeune cour grecque, dans laquelle le roi Othon , grand , svelte et agile , porte lui-même et porte toujours fort bien le costume grec , n'a rien de gauche ni d'emprunté ; ce sont plutôt des chefs féodaux qui entourent leur suzerain que des courtisans qui se courbent devant un maître.
Cet aspect que me présenta à mon arrivée la cour d'Athènes reporta tout naturellement ma pensée vers l'époque où une autre cour féodale venue d'Occident, la cour des ducs français d'Athènes , de la maison de La Roche dans le comté de Bourgogne , y siégeait dans sa splendeur. Au moment où l'amiral de France Thibaut de Cépoy, ambassadeur de Charles de Valois auprès du duc d'Athènes, Guy de La Roche, arriva dans cette ville en 1307, il y trouva une cour brillante et de nombreux ménestrels. Le Catalan