‹ La Grèce continentale et la MoréeChapitre 13 sur 68 · NATIONALITÉ GRECQUE · texte numérisé non relu

NATIONALITÉ GRECQUE

couleurs voyantes , qui masque le bas de la tunique. Une sorte d'écharpe à franges d*or enveloppe la tête et le cou. Quelques longues tresses s*en échappent par-devant sans beaucoup d'étude, tandis que, par derrière, deux immenses tresses descendent jusqu'au bas de la jambe, et sont terminées par un gland de soie rouge long et épais.

Le peu que je viens dé dire de la société grecque montre que , quand la France s'est imposé de généreux sacrifices pour donner la main à un peuple qui voulait ressaisir son indépendance , elle n'a pas été trompée dans les espérances qu'elle avait mises en lui. Elle voulait une nation qui fût fière de prendre sa place parmi les peuples civilisés, et qui sût la conserver après l'avoir méritée ; une nation qui sût se contenir et s'améliorer dans ses étroites limites, pour se rendre digne un jour de plus hautes destinées ; une nation qui pût quelque temps rester petite, mais sût et voulût devenir grande ; une nation dont le germe pût se développer et croître de manière à couvrir de son ombre une bonne partie du sol européen sur laquelle languit et dépérit aujourd'hui le germe de la nationalité musulmane, et qui pût saisir pour elle un butin qu'il serait dangereux de laisser à d'autres : et, cette nation, nous l'avons trouvée dans la vieille race grecque, qui demande à se régénérer. Les premiers pas faits par cette nation sont déjà dignes de notre méditation. Une longue anarchie ne lui a pas ôté le goût de l'ordre, un long abaissement n'a pas détruit sa fierté, un long despotisme ne l'a pas rendue incapable d'une liberté régulière, une longue ignorance ne lui 2 pas enlevé le goût des sciences, une longue misère ne lui a pas donné le dégoût du travail, une domination immorale i^*a pas atteint la moralité dans le sanctuaire domestique, Qne religion humiliée ne lui a pas inspiré l'intolérance après b victoire, et la tolérance chez elle n'est pas devenue aussitôt de l'indilTérence ; il y a là des éléments et de nombreux éléments de bien. Il reste sans doute encore beaucoup de mal à extirper. Un peuple ne reste pas impuné-

ment, pendant près de quatre siècles, courbé sous des mai* très stupîdes qu'il est contraint de flatter ou de tromper. Les générations se corrompent vite et s'améliorent lentement ; car Tamélioration morale d*un peuple est le fruit des institutions sociales et politiques, dont les principes sont souvent contestés et les progrès toujours lents. La propriété doit s'organiser , les fortunes moyennes se multiplier pour cimenter l'indépendance des caractères et la puissance de Topinion publique , qui fait respecter Thonnête et le vrai. Tout cela ne se fait pas en un jour. La Grèce a déjà beaucoup fait Que l'on compare son point de départ avant la révolution grecque avec le point de départ des autres peuples pris la môme année , et qu'on mesure ce qu'a fait chacun dans la même période d'années. Éta-* blissement d*une société politique , d'une administration , d'une armée régulière , d'impôts réguliers , de tribunaux réguliers; création d'une université, d'une bibliothèque, d'un musée, de gymnases, d'écoles, de sociétés savantes; édification d'une ville entière avec ses édifices publics, tels quels mais suffisants; des écoles pour les uns, un théâtre italien pour les autres; un budget grossissant graduellement de U millions à 17 millions de drachmes, sans' que les dépenses aillent au delà des revenus : tant de bonnes choses déjà faites montrent tout ce qu'on peut faire et ce qu*on fera. Il conviendrait seulement pour cela peut-être que les cours étrangères ne voulussent pas si fréquemment intervenir dans les petites choses , et qu'elles réservassent tout le poids de leur influence pour les grandes, par exemple pour l'établissement d'une bonne organisation politique et d'une direction régulière des affaires. En cela l'intérêt de toutes les nations est le même; une seule ne trouverait pas son compte à l'affermissement du royaume grec , mais cttte puissance fait*elle si bien nos affaires à tous que nous soyons tentés de faire les siennes ?

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