AIIMURES DU MOYEN AGE
secours avait d*abord été utile à Tempire; mais bientôt ''assassinat de leur chef par le fils de l'empereur Andronie , et d'une autre part leur indiscipline et leurs excès , allumèrent la discorde entre eux et les Grecs. Sans s'arrêter à mesurer les forces d'un immense empire, les Gâta* lans envoyèrent un des leurs défier l'empereur de Gonstantinople sur son trône impérial , et pendant sept ans ils portèrent le ravage jusqu'aux portes de Gonstantinople. Un de lears chefs , Ramon Muntaner , a décrit avec chaleur l'histoire de ces sept années, pendant lesquelles , ditil , « les Gatalans ne semaient , ni ne labouraient , ni ne «taillaient la vigne, et cependant recueillaient chaque an* » née autant de vin qu'il leur en fallait pour leur usage, et » autant de froment , et autant d'avoine , et vivaient riches » et dans toutes leurs aises. » Le résultat nécessaire de tant de désordres était l'épuisement total du pays , épuisement dont les Gatalans eux-mêmes éprouvèrent les funestes conséquences. Il fallut songer à se porter sur des provinces moins épuisées. Quittant la forteresse de Gallipoli, qui était leur point de refuge , ils résolurent d'aller se conquerir un État séparé dans le voisinage des Francs du Péloponnèse. La réception faite par Gui de La Roche , duc d'Athènes , à quelques-uns des leurs , après l'expédition en Asie , semblait leur promettre un bon accueil à euxmêmes : ils se mirent donc en route , traversèrent la presqu'île deCassandria, puis la Macédoine, puis laThessaiie, et arrivèrent enfin sur les confins de la Béotie.
» Le duché d'Athènes était échu depuis une année à Gautier de Bricnne, comte de Lecce dans le royaume de Naples, et cousin-germain, par sa mère Hélène, du dernier duc,* Gui de la Roche. C'était un Français d'un caractère impétueux, d'un courage bouillant , mais irréfléchi. Il refusa la demande des Catalans , et leur interdit même l'entrée de son territoire. Ceux-ci , forcés par la nécessité , n'eurent plus d'autre parti à prendre que de se faire jour les armes ^ la main , car ils venaient de brûler leur flotte , pour
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mieux prouver aux Grecs leor inleDlion formule de ae plus se rembarquer pour la Catalogue. Ils se préparèrent donc au combat, et de sou côté le duc d'Athènes marcha I leur rencontre. Ici je laisserai parler un écrivain grec contemporain, Nicépbore Grégoras; il expoâe lea faits avec netteté, quoique ses notions géographiques soient peu exactes •
» — « An retour du printemps (de Tan 1309), dit Nioé* phore Gregoras, les Catalans, ayant reçu des Thessaliens de grandes richesses et des guides, franchissent les mon* tagnes qui s'étendent au delà de la Thessalie, et, traversant les Thermopyles , viennent placer leur camp dans la Locride et sur les bords du Céphise* Ce grand fleuve découle des cimes du Parnasse, et dérive son cours à l'orient, ayant an nord les Locriens^Opontiens et les Lo* criens-Épiçnémides, au sud et au 8ud*est toutes les par* ties méditerranéennes de TAchale et de la Béotie; puis, sans se difviser et toujours considérable, arrose les champs de la Lij/adie et de l'Haliarte; puis, se partageant en deux branches, change son nom en ceux d'Asope et d'Is« mène ; enfin , sous le nom d'Asope , coupe l'Attique eo deux pour aller se perdre dans la mer, et sous celui d'Ismène va se jeter dans la mer d'£ubée , tout près d'Aulis, où autrefois, dit^n, dans leur navigation vers Troie , abordèrent et s'arrêtèrent pour la première fois les Grecs. Aussitôt que le seigneur de Thèbes et d'Athè* nés et de tout ce territoire, nommé, comme je l'ai dit, Megas Kyrios (Grand Sire) par corruption du nom de Megas Primikerios qu'il portait autrefois, eut appris l'arrivée des ennemis, il refusa, malgré les vives instances des Catalans, de leur donner passage sur ses terres, pour aller de là se jeter où bon leur semblerait ; mais il leur parla au contraire avec la plus grande hauteur, les pour** suivit de ses moqueries, comme des gens dont il ne pre* naît nul souci, et pendant tout l'automne et l'hiver s'oc« enpa de réunir ses forces pour le piîntemps suivant Au
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B printemps (1310) les Catalans passèrent le Cépbise et
• placèrent leur camp non loin des rives du fleuve, sur le » territoire béotien , décidés à livrer bataille en ce lieu. » Les Catalans étaient au nombre de trois mille cinq cents «hommes de cavalerie et trois mille hommes d'infan* » terie, parmi lesquels se trouvaient plusieurs de leurs pri» » sonniers admis dans leurs rangs à cause de leur habileté » à tirer de Tare. Dès qu'il leur fut annoncé que l'ennemi » approchait , ils labourèrent tout le -terrain où ils avaient «résolu de livrer bataille, creusèrent alentour et y ame- » nèrent des cours d'eau tirés du fleuve, et arrosèrent co» » pieusement cette plaine de manière à la transformer pour » ain^ dire en un marais, et k faire chanceler les chevaux » dans leur marche , par la boue qui s'attacherait à leurs
> piedget dont ils ne pourraient qu'avec peine se dégager. » An milieu du printemps le seigneur d'Athènes se pré* » sema enfin , amenant avec lui une nombreuse armée ,
> composée de Thébains , d'Athéniens et de toute l'élite
• des Locriens, des Phocidiens et des Idégariens ; on y » comptait six mille quatre cents hommes de cavalerie et
> plus de huit mille hommes d'infanterie. L'orgueil et l'ar*
> rogancedu seigneur d'Athènes dépassaient toutes bornes » convenables : car il se flattait non-seulement d'extermi*
> ner en un instant tous les Catalans , mais de s'emparer
• de tous les pays et villes de l'empire jusqu'à Byzance » même; mais il arriva tout le contraire de son espérance, » car en plaçant toute sa confiance en lui seiM, et non dans
> l'appui de- Dieu , il devint bientôt la risée de ses enne-* "^ mis. En voyant cette plaine couverte d'un si beau vête-» » ment de verdure, et ne soupçonnant rien de ce qui avait
• été fait, il pousse le cri de guerre, excite les siens, et >avec toute la cavalerie qoi l'entourait s'avance contre » l'ennemi, qui, au delà de cette plaine, se tenait immobile
• sur le terrain , attendant son attaque. Mais, avant d'être
• parvenus au milieu de ces prairies humides, les chevaux,
• comme s'ils eussent été embarrassés par de lourdes ehai-
140 GRÈCE CONTIKENTAIE ET MOHEE.
» nés et ne pouvant sut» ce terrain glissant poser leurs pieds • avec fermeté, tantôt roulaient dans la boue avec leurs «cavaliers, tantôt, débarrassés de leurs cavaliers, s*eni- » portaient bien loin, et tantôt, sentant leurs pieds s*enfon« 0 cer, restaient immobiles au même lieu , avec leurs mai- » très, comme des statues équestres. Les Catalans, encou- » rages par ce spectacle , les accablèrent de leurs traits et » les égorgèrent tous. Bientôt , se lançant avec leurs che- » vaux sur la trace des fuyards , ils les poursuivirent jus- » qu*à Thèbes et à Athènes, et, attaquant ces villes à l'im- » proviste, s*en emparèrent avec facilité, ainsi que de tous » leurs trésors, de leurs femmes et de leurs enfants. Ainsi, » comme dans un jeu de dés, la fortune ayant tout à coup » changé, les Catalans devinrent maîtres de la seigneurie » d'Athènes et mirent fin à leurs longues courses vagabon- 0 des , et jusqu'aujourd'hui ils n'ont pas discontinué d'é- » tendre les limites de leur seigneurie. »
0 Ce fut en effet à partir de ce jour que les Catalans obtinrent la possession de duché d'Athènes et substituèrent leur seigneurie à celle des seigneurs français, qui continuèrent à posséder le Péloponnèse et plusieurs parties de l'Acarnanie, de l'Ëtolie et de la Phocide. Le roi Frédéric de Sicile envoya à ses Aragonais de Grèce un de ses fils pour les gouverner avec le titre de duc d'Athènes et de Néopatras, et ce titre se conserve encore aujourd'hui parmi ceux que portent les rois d'Espagne héritiers des rois d'Aragon et de Sicile. Mais écoutons maintenant le récit d'un autre chroniqueur contemporain, mais d'origine franque, le Catalan Ramon Aluntaner, l'un des chefs de cette Grande-Compagnie.
» — « Le duc d'Athènes (Gautier de Brienne, comte de » Lecce dans le royaume de Naples) avait avec lui deux cents » hommes d'armes à cheval catalans et environ trois cents » hommes d'armes à pied ; et, ceux-là, il les avait mis de sa » maison , et leur avait donné franchement et quittement » des terres et des possessions. Quant aux autres Catalans,
ARMURES DU MOYëBI AGE* Hl
» il leur ordonna de s'éloigner de son duché; et en atten- » dant il avait fait venir, soit de la terre du roi Robert de 9 Naples, soit de la principauté de Morée, sept cents cava* ji liers français. Quand il les eut réunis, il rassembla éga- » lement deux mille quatre cents Grecs, hommes de pied, » de son duché, et alors, en bataille rangée, il marcha sur » la Compagnie; mais ceux-ci, qui le surent, sortirent avec » leurs femmes et leurs enfants, et se rangèrent dans une 9 belle plaine près de Thèbes. Dans ce lieu il y avait un 9 marais , et de ce marais la Ck)mpagnie se fit comme » un bouclier. Mais quand les deux cents hommes d*armes
• à cheval catalans et les trois cents hommes d*armes à » pied virent que cela était sérieux , ils allèrent tous en-* 9 semble trouver Gautier de Brienne et lui dirent : « Sei- 9 gneur, ici sont nos frères, et nous voyons que vous vou-
• lez les détruire à tort* et à grand péché ; c'est pourquoi 9 nous voulons aller mourir avec eux , et ainsi nous vous » défions et nous nous dégageons envers vous. » Et le duc 9 leur dit qu'ils s'en allassent à la maie heure, et que cela » était bon pour qu'ils mourussent avec les au res. Alors 9 ceux-ci se réunissant allèrent se fondre avec le reste de la «Compagnie, et ils se disposèrent tous au combat.... Que »vous dirai-je? Le duc, en belle bataille rangée, avec 9 deux cents chevalierâ français , tous aux éperons d'or,
• avec beaucoup d'autres cavaliers du pays et avec les gens
> de pied , marcha sur les Catalans ; lui-même se plaça à
• l'avant-garde avec ses bannières et alla férir sur la Com- » pagnie, et la Compagnie férit aussi sur lui. Que vous di- » rai-je ? Les chevaux du duc, aux cris que poussèrent les
• amogavares (hommes de pied des Catalans) , s'enfuirent du
> côté du marais, et là le duc tomba avec sa bannière.
> Tous ceux qui formaient l'avant-garde arrivèrent alors. »Les Turcs etTurcopules (alliés des Catalans), voyant que » Taffaire était sérieuse, brochèrent à l'instant des éperons » et allèrent férir sur eux, et la bataille fut terrible; mais » Dieu , qui en lont temps aide au bon droit , aida si bien
142 GRÈCE CONTINENTALE ET MOftÉE.
» les Catalans que de tous les sept cents che?alieF8 français » ii ne s'en échappa que deux. Tous les autres périrent, » ainsi que le duc et les autres barons français de la prîn*r » cipauté de Morée, qui étaient accourus pour anéantir la » Compagnie. De ces deux l'un fut messire Bonifaee de » Vérone, seigneur de la tierce partie de Négrepoet, qui » était fort prud'homme et loyal, et avait toujours aimé la » Compagnie ; aussi, dès que les nôtres le recomiireiit sur »le champ de bataille, ils le sauvèrent.... Après la prisa » de possession du champ , les Catalans pressèrent messire » Boniface d'être leur chef; mais il refusa absolument. » » Considérons maiiitenant les faits , les hommes et les lieux, et après cela les inductions à tirer de ce réeit parais tront toutes naturelles. Le champ de bataille ast , oa le voit, sur la me droite du Céphise, le long du lac Gopa!s , assez près de Thèbes , à une dizaine de lieues de Chalkis, dans les terrains marécageux placés sur la rivo occidentale du lac Copaïs, au bas de Skripu (ancienne Or* chomène) , entre les rivières Céphise et Hercypie > et près de l'endroit oà le Céphise entre dans ce lac ainsi que l'Hercyne. Ce n'est pas en écrivant à Athènes et pour des Athéniens qu'on a besoin d'entrer dans un plus long dévelopr pement topographique sur une semblable question; id tous connaissent des lieux si voisins. Quant aux combattants, ce sont des chevaliers français avec leurs troupes légères d'une part, et les Catalans et Turcopules de l'autre. A cette bataille livrée par les Français survit un chevalier feudatalre des princes français de Morée , le seigneur de Chalkis, Bonifacej datte Carcere de Vérone, qui, suivant R. Muntaner, jîvait deux ans auparavant été chargé par Gui de La Roche mourant de l'administration du dnôhé d'Athènes en attendant l'arrivée de Gautier de Brieone, neveu de Gui et son héritier, qui était alors à NaplesL Sauvé du champ de mort, il reçoit de ses vainqueurs l'orfre du commandement en chef et il refuse. IN 'est-il pas tout naturel de supposer qu'après la grande bataille dans
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laquelle aT«ent succombé ses amis le seigoenr de Chalkis, qui était en favenr auprès des Catalans, aura obtenu d*eni de remplir un devoir pieux auquel les ennemis les plus acharnés ne se refusaient jamais, celui d'enterrer les morts? Les Catalans aYaîent Tusage, après une bataille, de lever le champ, c'est-à-dire d'aller sur le champ de bataille dépouiller les morts de tout ce qu'ils possédaient de précteuY ; et certes ils n'avaient pas manqué de s'emparev des éperons d'or et des armes de prix, aussi bien que deà armes offensives qui pouvaient leur servir. Les arraea dé^ fenshres, plus grossières ou trop endommagées, furent laissées sur la place au milieu des marais et des terres , et ce sont ces armes que, suivant mes conjectures^ le sei-^ gnenr de Ghalkis, après avoir fait enterrer ses aaiis, aura fait relever du champ de bataille et transporter dafns son châ* tean de Clnilkis, voisin de ce lieu. Peot-ètre aussi auront* elles été murées ici par les Vénitiens au moment où Hsfnrent forcés de livrer Chalkis aux Turcs en 1^70. Ils ne poovaient s'en servir pour eux-mêmes et ne voulaient pas cfuece dé* p6t historique fût enlevé. La forme des armures, leur grossier travail , les coups terribles qui les ont toutes endom^ magées, tout atteste que ces armures n'étaient pas conser*» vées dans un arsenal pour l'usage des hommes d'armes , mais seulement comme un pieux souvenir et k)tn de tout regard; et en eflet ce n'est que cinq cent trente ans après qu'un pan de muraiUe , en s'écroulant , a fait connaître la salle voûtée et sèche dans laquelle elles étaient conservées. » Ces armures consistent en une centaine de casques dt fH de trois formes différentes, selon qu'ils appartenaient à des servants d'armes français, catalans ou turcopules. Les casques turcopules sont plus légers et plus maltraités, et il y en a aussi beaucoup moins. C'est la même forme qui se conserve encore aujourd'hui dans l'Asie-Mineure et en Perse. D'autres, les plus curieux peut-être, sont d'énormes casques de siège , avec leurs épaulières et leurs pc^* trûls, formés d'une seule pièce de fer. La visière seule est
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mobile. Ces casques, qui oe pouvaient convenir qu*ao moment d'un assaut , sont si lourds qu'uù vigoureux Maltais, sur la tête duquel j'en avais placé un, ne pouvait pas le supporter sans douleur au delà de dix minutes. Pois viennent des cuirasses ornées en général de petits clous de cuivre, dont la tête est assez élégante ; puis des épaulières, brassards, cuissards, genouillères, jambards, dont quelquesuns étaient destinés à des enfants pour les habituer de bonne heure à ces armes gênantes ; puis un nombre considérable de plattes, c'est-à-dire de plaques de fer de forme concave , qui se plaçaient les unes près des autres comme une sorte d'écaillés, attachées à un vêtement de lin supérieur, et couvraient tout le dos de l'homme d'armes jusqu'à sa jonction avec la cuirasse. L'un de ces vêtements d'étoffe , et qui sous cette forme était connu sous le nom de gasygan , avec ses plattes attachées de manière à envelopper tout le corps en passant sous les bras , est encore conservé en son entier. Plusieurs autres sont en lambeauxi mais en lambeaux assez considérables pour indiquer leur place. Le gasygan, qui était plus léger à porter, dispensait, dans les cas de surprise , de la cuirasse et autres armures supérieures. Souvent les chevaliers les plus braves se con* tentaient de cette légère enveloppe d'écaillés, souple et lé*gère à porter dans ce climat chaud, et utile dans un cas de surprise ou d'attaque , quoiqu'elle fût loin d'offrir la protection que donnait la cuirasse. Henri de Valenciennes dit, dans sa Continuation de Yille-Hardoin , en parlant de l'empereur Henri de Constantinople : « Li emperercs meis- » mes i ala (à Tattaque) auques folement, car il n'avoit de 9 garnison pour son cors à cel point que un seul gasygan.» » Dans plusieurs des casques sont les coiffes de lin et de cuir que l'on plaçait dessous le casque pour protéger la tête. A beaucoup de cuirasses sont attachées les courroies de cuir et les boucles qui les réunissaient. Un casque des plus épais porte IVmpreinte d'un coup de masse d'armes, assené alors d'une main si puissante qu'il suffisait à faire