ARBIIHIES DU MOYEN AGE
jaillir la cervelle. Dans Tintérieur d'une des cuirasses et sur une des genouiilières est la marque du fondeur, des M gothiques d'une forme que Ton reconnaît aisément pour celle usitée au commencement du quatorzième siècle. Les plattes abondent en telle quantité que j'ai été obligé de les faire placer dans une pièce du rez-de-chaussée pour qu'elles ne fissent pas crouler les plafonds. Il n'y a aucune de ces armures offensives dont Ramon Munlaner revêt les cheT aliers de cette époque : quatre javelots ferrés pour lancer de loin; la longue lance pour la première aKaque; la longue épée droite qu'on appuyait sur la cuirasse en poussant son cheval en avant ; l'épce recourbée pour se défen<> dre de près ; la masse d'armes ; et pour dernière ressource le poignard. Mais il y a un grand nombre de ces pointes de javelots à quatre faces que les Catalans frottaient sur les cailloux pour les aiguiser, des pointes de flèches, des bouts de fer pour lesépieux, dont une partie de bois subsiste, et aussi beaucoup de ces étoiles de fer destinées à être jetées sous les pieds des chevaux , dans les endroits plus secs , pour les arrêter dans leur course et les blesser. On voit donc que les armures de Chalkis peuvent offrir un objet intéressant d'étude. Je rends grâce pour ma part à S." M. d'avoir bien voulu les faire venir à Athènes, où plus tard elles peuvent, avec les monnaies françaises de Con^lanlinople, les monnaies françaises de la principauté de Morée, existant ici en grand nombre, et celles des ducs d'Athènes, et aussi avec tous les restes de blasons sculptés sur le marbre et quelques-uns avec leurs devises, trouver place dans un établissement public.
» Tous ces débris de l'histoire passée sont toujours de» enseignements utiles pour les peuples. Il ne saurait être indifférent à la Grèce de se reporter vers une époque où, pour la première fois après son adjonction au grand em^ pire de Rome, puis de Byzance, elle a commencé à ressaisir une existence qui lui fût propre, et à prendre sa place au rang des souverainetés qui ont un nom. Si pen-^
146 GREGE GONTINENTALE ET MOftÉE.
dant les trois cents ans qui s'écoulèrent depuis la conquête de Constantînople par les Francs jusqu'à la conquête de la Morée par les Turcs , presque toutes les provinces qui forment aujourd'hui le royaume de la Grèce furent régies par des b<miuies étrangers au pays, par des Français dont les dtroniques grecques elles-mêmes proclament la bonne foi sans tache, la générosité chevaleresque et l'insouciante bravoure, du moins la Grèce put, par eelte existence nouvelle, reprendre, dans le mabeur même, des idées ée fierté et d'indépendance, qui plus tard devaient porter de si heureux fruits. Et quand ou a l'honneur d'appartenir à uiie nation qui , comme la France , a si iioblemeat et si puissamtnent contribué à l'affranchissement actuel de la Grèce , et que soi-même on a donné à cette belle i^ause des secours non inefficaces, on peut, sans crainte de blesser une honorable susc^ibilité nationale, aimer à se rappeler et à rappeler aux autres qu'avant d'assurer à k Grèce d'aujourd'hui cette nationalité que lui ont conquise et méritée tant de sacrifices généreux, tant de malheurs, tant de courage enfin déployé dans une lutte obstiaée, les chevaliers français avaient été les premiers à lui reconqué* rir, sinon une existence nationale , du moins une individualité qui n'était ni sans fierté ni sans gloire. »
ATHÈNE6. — t'ÉTAT.
Sera-t-il dieu , taWe ou cuvette ?
— 11 sera dieu , même je veux.
Qu'il ait en sa main le tonnerre* Tremblez, homaiiis, faîtes des vœux, Voici le mattm de la terre.
L'empereur Napoléon avait un instant conçu le projet de transformer la république suisse en un landatauianat lié-
Féditaire qa*il voulait donner à Berthier, depuis prince de Neufchâtel et de Wagraai ; mais il revint promptemeot aux idées qu'il avait manifesiées en 180S dans la conférence avec les dix députés suisses ^ « Le rétablissement de l'ancien ordre de choses dans les cantons démocratiques est , leur disait-il , ce qu*il y a de plus convenable et pour vous et pour mot. Ce sont ces cantons , ce sont leurs formes de gouvernement qui vous distinguent dans le monde, qui vous rendent intéressants aux yeux de l'Europe. Sans ces démocraties vous ne présenteriez rien que ce que Ton trouve ailleurs ; vous n'auriez pas de couleur particulière. Et songez bien à l'importance d'avoir des traits ci^raetéristiques; ce sont eux qui, ékiignant l'idée de ressemblance avec tous les autres Él^ts , écartent celle de vous confondre avec eux ou de vous y incorporer. »
La Grèce, avec ses montagnes et ses vallées, avec ses souvenirs antiques et ses habitudes nQuvdles, se trouvait, après sa révolution , dans une situation tout à fait analogue à celte où se trouve la Suisse. Cette considération ne pouvait échapper aux hommes d'État européens chargés de prononcer sur ses^slinées futures , puisque plusieurs d*en|re eux étaient de ceux qui, en diverses circonstances, avaient pris part aux affaires de la Suisse j et ^valent pu se convaincre par euxmêmes de la vérité des idées émises par Napoléon dans cette célèbre conférence. Si donc on n'a pas fait du nouvel État grec une agrégation de petites démocraties tnarquées d'un caractère particulier qui« en éloignant i'idée de ressentiftanee avec tous les autres États, écartât celle de le confondre avec eux et de l'y incorporer, c'est que probablement quelqu'une au moins des puissances n'aurait pas été fâchée de s'incorporer la Grèce un jour ou l'autre, et que les autres, avec une utile prévoyance, devançaient par la pensée l'heure où il deviendrait convenable, indispensable peut-être, de
* Voyez la note sur cette conférence, rédigée immédiatement par MM. Usteri et Sta|>rer, dans tes Œuvres coniptètes <le Napoléon , l IV, p. 417, Cotta, IS'M, à Stultganl.
confondre les provinces déjà affranchies avec d'autres provinces qui ne pouvaient manquer de Têlre, et qu'ils voulaient ainsi former le noyau d*un État capable de prendre sa place au rang des importants royaumes de l'Occident. Telle fut probablement la raison pour laquelle , mus par des vues différentes , tous s'accordèrent cependant sur un seul point : rutililé de faire de la Grèce et de ses 800,000 habitants, non une petite agrégation de démocraties, non un hospodorat, non un duché ou un grand-duché, non une principauté comme au temps des Ville-Hardoin de France, mais un royaume, c'est-à-dire un État de premier rang.
La Grèce est donc de droit un royaume ; mais*elle attend encore de fait les provinces qui lui adviendront tôt ou tard , et qui seules peuvent mettre les faits en harmonie avec les noms. La Crète , plusieurs des grandes îles de TArchipel et peut-être de la mer Ionienne , la Thessalie , rÉpire, voilà tout au moins, jusqu'à la vallée grecque de Tempe et aux montagnes grecques du Pinde et de l'Olympe, ce qu'il faudra bien finir par lui laisser prendre ; car tout cela et bien d'autres choses échappent à la Turquie expirante. Je ne parle pas d'une autre combinaison parce que je ne la crois ni du goût de la Grèce , ni du goût de la France , de l'Angleterre et de l'Autriche , qui auront bien aussi leur mot à dire sur ce sujet.
Lorsque le jeune prince Olhon de Bavière fut créé le 7 mai 1832 roi du nouveau royaume grec, divers gouvernements temporaires s'y étaient succédé depuis 1821 et avaient cherché à y enter de nouvelles institutions prises autant que possible dans les anciennes habitudes du pays. J'indiquerai rapidement en passant celles de ces institutions qui avaient pu y laisser un germe.
Sous l'empire de Byzance les municipalités s'étaient perpétuées en Grèce dans toute leur autorité et leur indépendance.
Sous les Francs , qui succédèrent aux empereurs de Byzance , ces formes municipales furent respectées par les