‹ La Grèce continentale et la MoréeChapitre 25 sur 68 · partie de campagne pendant laquelle noua jouîmes de toute · texte numérisé non relu

partie de campagne pendant laquelle noua jouîmes de toute

la douceur de la lempérator^ du printemps. Dans une

maison non habitée et qui devait par conséquent avoir et

refroidie par l'hiver, dans une chambre sans cheminée

avec des fenêtres au nord-ouest , nous déjeunâmes san»

aena apercevoir qu'on subissait les hroids de janvier à Paris.

Après déjeuner, nous aMâmes visiter la grotl» connoe soua

te nom de grotte des Nymphes, délicieuse retraite pen*

^t les fleurs de l'été. Cette grotte, autrefois consacrée

%nx Nymphes, est asses large, peu pr<^onde, haute de

quatre à cinq pieds seulemeut et tapissée de tous côtés

d'herbes les plus délicates. Une eau fraîche et pure et d'un

sont excellent descend comme goutte à goutte à travers

àm plantes gracieuses du fond de la grotte, et forme d'abord

un petit bassin de dooae à quinze pieds , protégé par des

rocliers, car tout est ici une agréable miniature. De ce

bassin l'eau filtre à travers des cailloux et des herbes déjk

en fleur au mois de janvier, dans un lit étroit et sinueux,

^ va se répandre dans la plaine qu'elle rend ventoyaote.

180 GRECE COi>iïINfiNTALE ET MORÉE.

Les deux peates des rochers sur lesquels s*appuie la grotte étaient revêtus de plantes et d'arbustes fleuris dont les fruits colorés pendaient en grappes. Là nous eûmes plaisir à nous asseoir et à jouir de la fraîcheur de Tombrage, car le soleil était chaud comme le soleil de juin dans les bons étés de France. Au mois de mars j'y retournai, mais déjà rherbe qui tapissait la voûte était moins touffue et bien moins abondante. De là, à travers des prairies émaillées déjà de toutes les fleurs du printemps , de boutons d'or, de marguerites, de larges anémones semblables à des roses, aux fleurs de couleur rouge, pourpre et bleu , et d'anémones plus petites de toutes les couleurs , nous nous acheminâmes vers l'une des sources du Cépliise appelée Kephalari , la tête du Céphise. À cent pas de là sont les restes d'un petit temple antique. Les deux colonnes du mlieu et les deux stèles du fond ainsi que la porte antique sont intégralement conservées. Tout le mur d'enceinte est tel qu'il était, sans aucune altération. Seulement, pour indiquer son appropriation au culte chrétien , les Francs ont fait sculpter au-dessus de la porte une croix fleuronnée par le pied avec deux roses de Provins dans les cantons supérieurs de la croix. Un autre petit temple était élevé sur la source même, dont les eaux transparentes coulent sous un toit voûté, encore conservé en partie. Une colonne cannelée gît près des conduits antiques destinés à la distribution des eaux du Céphise et près des fondements de ce petit temple, qui surgissent encore à deux pied»de terre Tout dans ce frais paysage inspire et rappelle le respect religieux qu'avaient les anciens pour les fleurs , les arbres et les fontaines. De l'autre côté de la source est une petite chapelle chrétienne ; car les chrétiens n'ont jamais manqué de substituer les églises aux temples et de proGter du culte antique pour en faire un appui au culte nouveau, fondé ainsi d'une manière plus durable par la consécration des souvenirs et des traditions.

Le village de Kephisia avait été aussi choisi par les Turcs

MOXOMATI. 181

pour y bâtir leurs maisons de plaisance aujourd'hui ruinées. Les étrangers et les habitants d'Athènes qui ont dopais adopté ce séjour pour le temps d'été , y font peu à peu construire quelques petites maisons plus soignées. C'est en effet un agréable séjour. Les eaux y sont abondantes; les arbres les plus divers y sont revêtus de la plus me verdure , si agréable à retrouver ici pour se délasser de la pâle verdure des oliviers de TAttique ; les montagnes voisines l'abritent contre les tourbillons qui soulèvent si impétueusement la poussière de la plaine , et rafraîchissent l'haleine des vents, tandis que l'aspect de ces campagnes fleuries repose l'œil fatigué de l'aridité des sables des environs d'Athènes.

Un peu au delà du village de Kephisia, on m'avait indiqué près de Monomati un prétendu château d'origine franque, situé entre le Géphise et la route de Negrepont , au fond d'ane gorge â*où sort une des sources du Géphise. Un dimanche, 17 janvier, je partis à cheval avec quelques amis grecs pour aller vérifier l'exactitude des renseignements qu'on m'avait donnés. La route passe près de Patissia et de Kephî^a. A une demi-lieue de Kephisia , qu'on laisse sur la droite , on aperçoit un profond ravin dans lequel coulent ies eaux rares mais vives du Géphise. A l'entrée de la gorge tôt un moulin , et à l'autre extrémité se présente le prétendu château gothique, qui n'est rien autre chose que l'habitation minée d'un aga turc. Au milieu de cette gorge sont les restes d'un aqueduc. La vue qu'avait l'aga de sou Pyi^ fortifié était charmante. Protégé contre les vents P^r deux lignes de montagnes abruptes d'une belle couleur, au fond de cette gorge qui conduit au fort hellénique de ^lielia, bâti par les Spartiates, il avait sous ses pieds un i^vin si large qu'on doit plutôt l'appeler une vallée profonde fécondée par les eaux du Géphise. Les flancs des montagnes

sont cultivés sur la rivedroite du Géphise, et couverts, sur la

^ivo gauche, d'arbres et d'arbrisseaux d'une belle couleur.

levant lui s'élevaient , au loin , le Gorydalus et le Pente*

1S% GRÈCE CONTINENTAU ET HORÉE.

lique ; au milieu de cette perspective se préaeiiUk F Acro.polis , et au delà la mer et les iles qui sei^vaient de fiMi4 au tableau. Il faisait un temp^ très clair, et cette situation pittoresque se qoontrait toji^t ^ fait ^ son «vauUfte. Le» villages de Patissia, Marousi et Kepliisia, distribj9és çà et là sur la route , iadiqueut Le progrès que seio^ble CMre Taisauce, et la rapidité avec laquelle les Grecs se rapprochent des habitudes européennes. La maisoQ de M. Ti-icoiipî, bâtie par Tamiral anglais Malcolm ^ Patissia , fixerait partout une agréable habitation.

Je revins de Mouomati par Menidi, par Âcbaroae, patrie dû mordant Aristophane , et par le grand village asaes propre de Koukouvaonès. Les terrains environnants $fM bien cultivés et les plaines couvertes d'olivier» doQt la feuille est beaucoup plus verdoyante que celle des autres Qliviers de rAttjique. Tout annopce ici pkis de . travail el aussi plus d'aisance. Les églises, comme p^toot, «mU M* t^es de fragments antiques : aussi se parient elles assez stmr vent du nom de belle église, omorphi eccU$ia. A d<w pas de là est le village d'Uerakli , la dernière subaîstaiile des colonies bavaroises que le gouvernement avait dierché à implanter en Grèce» La race allemande est une race iraveilleuse et honnête , mais elle ne comprend pas aisément une bonté et une intelligence dont les formes diffèrent des siennes, et ses qualités comme ses défauts ne s'banaoniaent d'aucune manière avec les qualités et les défauts 4tt Grecs. Les Allemands vivent entre eux, conservent tous leurs usa* ges , n'ont aucune influence sur la population grecque et n'en reçoivent eux-mêmes aucune des ainéUoratious propres au climat. Ils marchent à côté des Grecs sans se fondre éum leurs rangs. Aussi regrettent-ils toujours leur psUrie et y retournent-ils aussitôt que, soit par la laveur du gouvernement, soit par leurs propres économies, ils ont p^ réaliser quelques petits bénéfices. Toutes les agonies aUeniandes ont dépéri ici, et celle d'Herakli n'est pas destinée pe/ot-êtne à une longue vie. £Ue n'est fondée que depus \fçis aiis.

GOL6NIE BAtrAilOl9E B^flKRAKLI. 183

unis l'aTfaiiîâation semble en avoir été mal entendue. On a doimé à qoetqdes familles bavaroises , fort étrangères à Fagrieoltttrè, ane petHe maison, ées chevant pour la cultore et dn grain piour ensenbencer ; mais les maisons étaient mal con^roites, trop petites pour un ménage, sans écurie, sans magasni potfr la récohe ; les chevaux étaient des chevant de réf^n'Oie usés, qu'il eût fallu bien nourrir longtemps avant de les mettre en état de service , et que les colons, qni n'avaient à leur donner an moment de la récolte que rberbe rare des champs, ont laissé dépérir; les grains leur avaient été envoyés irop tard pour qu'il pussent s^vir dans l'année ^ de telle sorte qu'il a falFu recommencer sur nouveau! frais et distribuer de nouveaux secours. Ce (ftû a eûtùte ajodté au mal, c'est que le Bavarois chargé par legouternement de la surintendance de la caisse Ta emportée tout entière en Se sautant en Allemagne. On a cette anfiée substitué des bœufs aux chevaux. On a aussi cherché à trouver des agriculteurs intelligents et laborieux an lieu de prendre indistinctement, comme on TaTait fait d'abord, l'onvrier paressent de toute profession. La colonie a plutôt Vftir d'un petit hameau d'uh seul rang de maisons que d'onc grande fertoe , puisqu'il n'y a pas de granges; mais il paraît toutefois que quelques ménages allemands corn- AeiMient 8 d'établir ièi avec un peii plus d'ordre. J'ai vu têvèdir plusieurs jofiigè de bœuf du travail de la journée , et lès mâiàotis i par leur propreté extérieure , annoncent tin peu plus de bien-être.

Une autre constructiou fraiique tn'avait été indiquée dans les environs d'Athènes, dans le village ou plutôt hameau de Kbassagni, au delà de Tracdnès, sur la route de Vari et du cap Suniutn. je montai à cheval le mardi 19 janvier pour aller visiter dé mes yeux ces prétendus resteiè fiwes; car oU est passé d'une extrémité à une autre; li inon arrivée en Grèce, tout le monde me contcstdit l'existence d'une seule ruine franque, et peu de mois après on ûc toyaii plds partout qUb ruines fraftques. Nos bons amis

les Grecs d'Athènes sont les vr^is compatriotes des Français de Paris. Le temps continuait à être magnifique ; c'était un véritable printemps avec déjà quelque peu de la chaleur de Tété. Dès six heures et demie les oiseaux faisaient retentir Tair de leurs chants, et au lever du soleil le mont Hymette se colorait dans tous ses contours de la plus gracieuse couleur rose, dont la répercussion allait en s'affaiblissant frapper Toccident. Ce que j'avais à voir était une tour, et à peu de distance de là les ruines de deux autres tours. La tour encore subsistante est en plaine et de construction tout à fait turque, ainsi que paraissent l'aYoir été les deux autres tours, aujourd'hui ruinées, et dont l'une fait partie des fondements de la maison bâtie sur ce même tertre par M. Louriotis, qui a séjourné plusieurs années à Paris et à Londres, où il avait été envoyé pour négocier un emprunt. Les Francs construisaient peu en plaine, s'ils n'étaient vigoureusement protégés par de larges et profonds fossés, et encore ce3 tours en plaine étaient-elles rattachées à des villes plutôt qu'à des villages ou des habitations de particuliers. Les seigneurs francs préféraient placer leurs châteaux comme des nids d'aigle dans les hauts lieux, pour dominer de là les pays environnants et ne pas être surpris sans défense par l'ennemi.

£n revenant de Khassagni à Traconès par le bord de h mer, je m'arrêtai au milieu d'un champ à examiner une statue de marbre blanc d'une grandeur au-dessus de la grandeur naturelle. La tête manque ; un morceau du bras a été aussi brisé ; le bras qui reste est assez beau. Elle est représentée en haut-relief, assise et tenant entre ses mains les plis de son manteau ; c'était sans doute une statue placée sur un tombeau. Le style est tout romain et assez lourd. £lle est là, étendue dans une terre en culture , sans que personne songe à la relever. Les instruments de labourage passant et repassant alentour auront bientôt achevé d'en briser les membres, et le corps entier est destiné à disparaître dans le premier four à chaux construit pour le badi-

LE PENTELQUE.. 185

geon d*ui] hameau voisin. Dans les fouilles faites autrefois sur cette côte , on a retrouvé un grand nombre de tombeaux et de vases antiques.

Les deux grandes montagnes les plus rapprochées d'Athènes , le Pentélique , dont le nom a été long-temps corrompu en celui de Mendeli, et THymette, dont le nom, estropié par les Vénitiens en celui de Monte-ftlatto, a fourni ensuite aux Grecs leur traduction souvent adoptée de Trelo- Youno , offrent aussi d'agréables excursions.

La duchesse de Plaisance fait bâtir au pied du Pentélique un assez joli château pour sa résidence d'été. Sur la fin de janvier, par un temps des plus doux, elle m'invita à y venir faire une partie de campagne avec quelques amis. On peut aller en voiture jusque chez elle. La route passe par le petit oasis d'Ambelo-Kipos (le Jardin aux Vignes) et par Khalandri. Là , j'allai visiter une petite chapelle que j'apercevais à l'extrémité du village , du côté des champs et de la montagne. Dans l'intérieur, gît, négligé, le long do mur, on bas-relief ancien de deux pieds carrés, représentant une cérémonie d'expiation et destiné sans doute à un tombeau. Le principal personnage est assis; près de lui est une femme; deux autres personnages , debout de chaque côté, tiennent suspendus au-dessus de lui deux bâtons dont l'extrémité est cassée, ainsi que l'est une partie des figures; au-dessus do personnage assis se replie une courtine avec gros glands pendants à deux ou trois endroits. Ce basrelief me semble des temps romains. Khalandri est à moitié chemin sor la route qui mène au château projeté de la duchesse de Plaisance. La situation choisie est belle, les col- Unes bien revêtues de jeunes bois et de myrtes semblables ^ nos ormeaux , les eaux abondantes et la vallée si bien disposée qu'on n'a qu'à distribuer les allées pour en faire Vin joli parc ; mais on n'y découvre pas assez de mer , de cette belle mer si resplendissante aux derniers feux du soleil. Nous déjeunâmes en plein air sur le gazon, comme i)ous l'eussions fsut dans la vallée de Montmorency au mois

t86 GttkcB CONTINENTALE ET HOrÉe.

de juin. La température était des plas doaces. De là nous suiYtmes le cours du ruisseau pour nous rendre au mo^ nastère du Pentéiique , habité par quelques caloyers. Dans une première tisite que j*aTais faite à ce couvent, le 22 décembre , jVais trouvé la culture des oliviers fort négligée de ce côté, car dans Faride Âttiqne lés oliviers ont besoin d'irrigation. A cette visite je remarquai une culture qui dbnnait une nouvelle vie à cette campagne; Les moines avaient affermé leurs nombreux oliviers à un Français, et déjà nous trouvions toutes les racines entourées d'un léger febord, destiné à contenir Teau qu'allait leur apporter le ruisseau voisin. Le monastère est surmonté de la croix des Vllle-Hardoinde Champagne, princes de Moréeet seigneurs supérieurs du duché d'Atiiènes. C'était probablement alors un monastère latin ; mais les moines me dirent avoir perdu tontes leurs archives, qui auraient pu liie mettre sur la toie; Plusieurs fois j'allai de là visiter les carrières antiques de ce beau marbre du Pentéiique qui a servi aii ParthénoUj au temple de Thésée et à tous les plus beaux monuments d'Athènes. A mi-côte se trouve un catavothron ou espèce d'écroulement de terre au bas duquel existe un petit lac. Les carrières en exploitation sont un peu au-dessus. Les anciennes exploitations étaient admirablement conduites; le marbre était coupé avec le plus grand soin \ de* manière que rien ne fût perdu ; on avait le morceau aussi petit ou aussi grand qu'on le voulait. Les travailleurs modernes^ qui vont y chercher le marbre nécessaire à la construction du palais du roi, n'y mettent pas tant de soin. A l'éide de la poudre ils font sauter d'énormes quartiers de la carrière. Quand ils veulent de gros blocs, ils en obtiennent souvent un grand nombre de petits qui encombrent la carrière, de telle façon que dans peu d'années il faudra plus de dépenses pour la dégager qu'on n'en aurait fait pour la bien exploiter sans rien perdre. Ou m'a assuré que cette belle invention de la mine pour servir à l'exploitation des carrières du Pentéiique était le fruit des conseils du maréchal de la cour

L'HtH£TT£. 187

de Grèce, dont les plans d'économie ont ainsi décidé à sa* crifier un long avenir à un très-court présent.

Près de l'ancienne exploitation est une grotte dans laquelle on descend, à Taide d'étroits escaliers taillés dans le roc et qui prouvent que les anciens la destinaient à quelque usage religieux. Au fond de la grotte est une fontaine où le peuple va encore puiser une eau fort renommée , surtout quand l'été a épuisé les sources voisines. A côté de l'entrée de la grotte est une petite chapelle, élevée sans doute sur remplacement d'un autel consacré aux nymphes. Sur les murs sont sculptés les aigles de Byzance. £n s'élevant au-dessus de cette partie de la montagne se découvre la plaine glorieuse de Marathon.

L'Hymette a aussi sa gloire , et le miel de ses abeilles n'a rien perdu ni de sa réputation ni de sa douceur ; aussi est-il Tobjet de soins tout particuliers. Chaque année les ruches sont transportées plusieurs fois pendant la nuit dans les lieux où elles doivent trouver, selon la saison, les fleurs les miedx appropriées à leur nourriture. Les connaisseurs font surtout cas du pin appelé peuka, qui croit en abondance sur les flancs des montagnes et du Cythéron, par eiemple, en particulier, et j'ai vu à la fin de septembre d'innombrables quantités de ruches garnir toutes ses pentes. Deux monastères, celui de Kaisariani et celui de Karea, sont placés au pied de l'Hymeite.

Le couvent de Kaisariani est du nombre des monastères stipprimês. Il est situé dans une gorge retirée et bien abritée de toutes parts; une fontaine antique l'approvisionne d'excellente eau ; elle se fait jour à travers diverses parties de la montagne, et sert à l'irrigation de plus de mille pieds de beaux oliviers. Ce couvent est aujourd'hui une ferme dont la propriété a été concédée par le roi Othon à un Grec qui m'a semblé avoir les connaissances agricoles et les capitaux nécessaires à la bonne administration de sa ferme. En allant lui rendre visite un jour, le 14 janvier, je le trouvai occupé à faire encaisser sur les pentes de la

montagne tous les pieds de ses oliviers. Le cloître a été tout à fait réparé et transformé en une bonne maison d'habitation.

C'est un lieu qu'affectionne le peuple d'Âtbèues; souvent, dans les beaux jours, on s'y rend en partie de campagne et on vient y prendre ses repas à l'ombre des oliviers. Le roi y vient assez souvent en famille. La route d'Athènes à Kaisariani n'est pas encore bien entretenue , surtout près de la montagne ; mais on y fait quelques réparations et on se prépare à la rendre praticable , ce qui n'est jamais difficile ni coûteux en plaine sur un terrain aussi ferme que celui de l'Attique.

Sur un des mamelons de la montagne , au-dessus de Kaisariani , sont les ruines toute modernes d'une église vénitienne dédiée à saint Marc. La position est bien choi* sic ; on a de Hi une belle vue de l'Acropolis, de la baie de Phalère, de la mer et des îles. Il est probable que les moines de la Kaisariani auront eux-mêmes contribué à la destruction de cette église , trop voisine d'eux pour ne pas les gêner. Au-dessus de ce mamelon s'étend la chaîne de THymette , si élevée que de là on suit presque toutes les sinuosités des côtes du Péloponnèse jusqu'au Taygète , et qu'on embrasse du même coup d'œil l'Eubéc, Égine et le golfe de Lépante. A la première visite que j'y fis, au mois de janvier, le temps était un peu brumeux et je ne pouvais bien discerner les contours de ce vaste tableau ; mais j'y retournai le 22 mars et le temps était des plus beaux et des plus clairs. Je me dirigeai cette fois par le monastère de Karea, un des cent trente-deux monastères que l'on comptait autrefois en Grèce^ mais qui a été supprimé comme l'ont été tant d'autres.

La porte d'entrée du monastère de Karea ouvre sur une vallée à l'extrémité de laquelle apparaît Athènes et son Acropolis. L'église n'est pas distribuée à la grecque, mais à la latine, avec un seul autel séparé par le voile. Au-dessus de la '^0 est une croix fqrmce par quatre fleurs de lis réunie;

n/ir>l

LHYMETTS. 189

à la tige et dans un cercle , ainsi que j'en ai trouYé plusieurs parmi les marbres brisés de TAcropolis. J'étais allé faire cette excursion avec un non moins rude marcheur que je le suis moi-même, M. de Prokesch, ministre d'Autriche à Athènes , homme du plus noble caràaère , du cœur le plus affectueux, de l'intelligence la plus cultivée* Ancien ofiBcier d'état-major, il a vu l'Orient en savant, en politique , en militaire , en géographe , et sait aussi bien se démêler entre les décombres des institutions qu'entre celles des monuments antiques , entre les sinuosités de la politique orientale qu'entre les mille entrelacements de ses ravins et de ses mcmtagnes; son œil arrive aussi irâremènt an but que la flèche d'un habile archer génois. Ce dernier talent nous fut particulièrement utile dans notre expédition de montagnes. Sa grande habitude des travaux d'état-major fait qu'il prévolt à l'instant , par la forme d'une montagne ou d'un ravin, la direction qu'ils doivent prendre et leur point exact de jonction. Au lieu de se jeter à la face des ravins , et souvent dans leur point le plus escarpé, il sait les tourner à propos, et arriver juste à leur point d'embranchement ; et quand on a à descendre au plus court, on est sûr de choisir avec lui le seul précipice praticable, tout à côté de vingt autres qui surplombent.

Nous renvoyâmes nos chevaux nous attendre au menastère de Kaisariani ou Kiriani , par lequel nous voulions descendre, et nous pénétrâmes à travers ce dédale de rochers qui composent le mont Hymette. Après trois heures d'ascension un peu fatigante par cet ardent soleil , nous arrivâmes enfin au sommet de la plus haute des deux crêtes, qui surmonte la seconde montagne. De ce point de vue on découvre parfaitement : au nord , la chaîne des Thermo- Pyles et le mont CËta; au nord-est et à l'est, l'île d'Ëubée depuis ses plus hautes montagnes septentrionales jusqu'à sa dernière pointe méridionale ; puis bien loin , mais fort distinctement, l'île de Samos et les côtes d'Asie, et plus

190 CiaàCE CONTimilTALE ET MOREE.

près ée ioi Àndros^ Tinos, Délos; Zét, qm empêcha', de Toir Syra ; Tbermia , Serphos et Mitai ; à l'ouest, le Parnés, le Cithtron, le Parnastti THélieeu; enfin ati sud, an pea à l'oacst^ les fimntagnés do Péloponnèse et eeNei de TArcaiye en particulkr. C'est m immense et bean {»> norama.

Après mie denn-heàre d^adoùration de eette beHe f ne $ il ne nons restait plusqu'k descendre. L'affaire est un pen hboriense : les rocbers Éont ardus et presque h pîc ^ et on gHsse fort aisément et fort loin sor cette pente unie ; mais les herbes croissent à travers les fentes et dfllrent qurique résistance ; les fentes sont multipliées et laissent ainài un point d'arrêt pour les pieds, un point d'appui poor les mains; Cette lotte contre les diflScoltés de la nature , cet appel in* cessant à l'attention , h la prudence et à un peu d'adresse, dure plus de deux bonnes heures, rude métier pour le nerf flecteur ; mais on est (ort récompensé en arrivant de n'avoir pas perdu l'équilibre dans la descente, car après cinq heures de marche on peut faire , comme nous le fîmes , la plus délectable des coUations, assis sur l'herbe auprès de la fontaine du bélier de Kaisariani , dont l'eau toujours si bonne nous parut encore plus fraîche et plus douce; Nos dievaux nous attendaient^ paissant sans inquiétude, lis étaient frais après leur repas, et en une heure nottsrievtn<mes à Athènes.

DEiCELlÂ^ -^ MARàTfiON. *— TARNAVAS. -^ GUATHi.

Le mardi 26 janvier je partis d'Athènes avec quelque^ atnis pour aller passer plusieurs jours dans la plaine de Marathon , chez le major anglais Finlay , notre ami eonl-

mua, qui poaaèêfi une maisMHi agréaUemeatsitiajiaiiu pM des montagnes , à Liosîa.

A^è» avoir travorai^ Patisria , ^ti6 nous dirigalvics mr k beau «i ^jcbe viUage jàe Maiiidi, tort prèç de Nautique Ai^lkariM». La jpiaine ici eat iertik , (U ks olivier» y Mot pto grasiis et pliw verts que dans la cime d^Allièa«s. IH Usm^, looÎQHrs en aipivaitt les pentes do Paroès , aujourd'hui Ozia, fioos arrirânes firès de Varibobi que nous lais* slmes im iMre droite, et nous comiiwâmes notre route «1 nous dirigeant sur la fontaine de Tatoi , sknée au ined d*nne mottiogne escarpée, connue des paysans» dsns kur langue figurative, nous le non de KatsMfyii (ie nés de cbat). Le Katsi^Myti est tout aH-4e|sou8 du grand uttont Befem, H il éoBiioe le dé^ qui conduit de €halkis k Albioes par Oropos. C'eut sur le sommet du Katst^Myli que sont placées les ruines de Tantâque forteresse de DcMis» Ulie par les ^artiates pour tenir Athènes en servage. H ne reste plus que quelques vestiges des murailles qui en«* yetoppaient toute Fexirémité supérieure du ^atn^liyti, du côté qai domine la fontaine de Tatoi et qui est complète- OKAt inabordable. €*est de sa retraite de Dekelia que De- ^f^M put apercevoir le premier enleveur d'Hune, Tbéaée, Cubant diaas Apbidné sa beHe proie aux recfam'cbes do ^^Mtur et PoUux , et qnf il mil les deui frères sur la trace ^ ravisseur.

Toute celte gorge est fort belle , et la terre était c^ouverte d^uue verdure toute (Mintanière. Vous tournâmes par la ^■^^ le revers septentrional do mont Maouma , et après ^ quart d*faeure de marche nous arrivâmes en vue de k ^^^Uée de Tsiourka ou Lioda. Nous commandions, d'une hauteur de plus de cinq cents mètres, un ravin qui conduit dans cette vallée et qui est dos par les versants inférieurs de la chaîne du Parnès, à laquelle appartiennent et Katsi- Myti et Beletsi. La route à travers cette gorge est tracée ^0 milieu d'arbo^i^ers verdoyants et de pins d*un vert tendff A nos pieds coulait, tout au fond de cç rfvto prjêcip|<

102 GRECB CONTlIffilCTALfi ET HOREE.

teiix, une rivière encaissée par le versant opposé , moins abrupt de ce côté et déjà mis en caltare. De ce ravin, qoi va toujours en s'élai^issant jusqu'à ce qu'il se perde dans la vallée, l'œil est conduit dans une belle plaine bien cultivée , à l'extrémité de laquelle était située l'antique Aphidné, dont il est question dans un décret rapporté par Déraostbène, et qui fut la patrie d'un poète et de deux autres grands patriotes, Tyrtée, Armodius et Aristogîton.

Le fleuve qui arrose cette vallée, et qui coule entre une forêt de lauriers-roses, est le fleuve de Marathon. A Lioâa la vallée est ouverte dans sa plus grande laideur ; mais avant d'y descendre, nous nous arrêtâmes à visiter une petite chapelle bâtie sur le penchant du ravin et probaUement sur l'emplacement d'un ancien temple. Elle est composée de deux corps de bâtiments qui forment comme deux voâtes égales, superposées et parallèles. On trouve dans cette partie de l'Attique un grand nombre de chapelles de cette eq)èce, qui rappellent la forme des anciens temples élevés aux frères ins^rables et égaux sur la terre et dans le cid, Castor et PoUux.

Dès le lendemain matin nous étions tous à cheval pour aller visiter et les restes de quelques tours qu'on m'avait indiquées comme étant de c(mstroction franque , et l'emplacement célèbre de la bataille de Marathon. Traversant à gué le torrent de Marathon , nous nous diri-* geâmes par le bas de la cdline sur laquelle était placée l'antique Aphidné^ , d'où l'on peut vdr le Katsi-Myti et Dekelia. Un peu plus loin nous traversâmes un des afiDuents du Marathon et arrivâmes à la tour carrée de Kalentzi. Je voulais vérifier si ce n'était pas là le reste de l'ancien château du seigneur de Scalenges, qui reçut, en 1304, de Philippe de Savoie , mari d'Isabelle de Yille-Hardoin >

* Notre belle carte du dépôt de la guerre indique peut-être à tort Œnoë en cet endroit; Œnoë semble être plutôt près du village actuel de Marathon. Voyez i'e^sai de Fiulay 8\iur la topographie liistQriqae de r Atli<|ae«

VIGIE DE KALENTZI. 193

plasienrs domaines dans la principauté d*Achaye , comme le témoignent les diplômes originaux conservés dans les archives de Turin ; mais c'est tout simplement une tour de vigie toute moderne et de construction turque. Il en est de même d'une autre tour toute voisine de celle-ci. Dans les temps antiques, les vigies étaient fort communes à cause de l'état habituel de piraterie dans lequel vivaient tous les habitants des îles, et leur usage s'en est conservé sous l'empire byzantin. Les débarquements des pirates qui ont presque toujours infesté les côtes entrecoupées de la Grèce, étaient surtout dangereux dans une plaine comme celle de Marathon. On pouvait les surveiller de ces tours de vigie et rassembler promptement des secours. Au temps des Francs ces mesures étaient moins nécessaires , parce que l'action du gouvernement féodal était plus forte ; et quand ils bâtissaient des tours , c'étaient des masses capa* Ues de renfermer un nombre suffisant d'hommes d'armes. De Kalentzi nous suivîmes le ravin tracé par le cours de la rivière entre deux haies de lauriers-roses qui se font voir ^ travers un petit bois de cèdres , et nous arrivâmes près de l'emplacement que M. Georges Finlay , dans son Mémoire sur la géographie de l'Attique , donne à la ville d'CËnoe, bâtie, comme la plupart des anciennes villes helléniques , sur le haut d'une colline abrupte. Au bas de ce it)cher est une fontaine et un peu plus haut l'entrée d'une grotte. Nous nous trouvions alors sur la rive droite du Marathon. Nous laissâmes sur notre gauche le village actue de Marathon, qui n'est pas même dans la plaine de Marathon, mais qui a été choisi par les habitants de l'ancien Marathon pour leur nouvelle résidence; et après avoir traversé le fleuve , nous tournâmes le versant méridional du mont Koraki, ayant toujours devant nous la célèbre plaine de Marathon , et au delà la mer et les monta- Ugnes de l'île d'Ëubée. En remontant les rochers inférieurs dn mont Koraki, nous parvînmes à un grand ma. ais à trclers lequel sont amoncelées de grosses pierres qui forment

194 GRECE CONTINENTALE BT VOBEE.

vue route détestable; et après une demi-heure nous arrivlfnes à la tour carrée de Kato-Souli, que je Toiriais exa* wioer ausâ. Une srigneurie frauque, imixnrtante par sa position et par Téteadue de ses domaines , y avait éîé établie dans les derniers temps de la domination française.

Boniface dalle Gurcere , un des seigneurs tiercjars de nie de Négrepont, avait été, suivant la relaticm de Ramon Muntaner, marié par son protecteur, Guy de La Roche, duc d*^thèoes, à une jeune héritière dont il était le tuteur el qui possédait en Attique treize châteaux parmi lesqnds était cdui de Souli ou Soula. Boniface n'eut de son raa-^ riage qu'une ille qu'il donna en mariage à un seignenr nopuaié Thomas, en lui constituant en 4ot treize châteaux en Attique , ajoutés au comté de Soula qu'il possédait ^ Thomas étant mort et les Catalans étant devenus auHtres à cettjs époque du duché d'Athènes, ils firent épouser cette riche veuve, en idl2, à un chevalier du BoossiUon, nommé Roger des Laur, qu'ilsavaientcbm pour leur chef, sur 1èrefus de son beai^-père Bontface dalle Carcere. Cette fiUe de Boniface de Vérone n'eut de ses deux mariages qu'une Bfie nonmiée MaruUe, laquelle fut mariée à Alphonse Frédéric, fils naturel du roi Frédéric H et d'une dame aragonaiso, avant le mariage de Frédéric II en Sicile. Du mariage de Marulie avec Alphonse Frédéric, naquit on fils Doointé Lonis, comte de Soula, dont tous les chroniqueurs byzuitlos et leurs traducteurs et éditeurs se sont plu à l'envi à estropier le nom. Au lieu de Bk Aou^ %s{ii.(Svoç xou vri ZouXa', l'édttenr de Bonn dit Delvis, Deiphorutn duciê^ TrutUtandœ, assemU^^e de mots auxquels il ne comprend certainement rien faii-même, et il continue tout le temps à estnn

^ Wadding» dans ses Annales des Fr. mineurs, parle, à l'an 1301, de ce Thomas comte de Soula. « Sub hoc tempore, dit-il, postquam Tliessalonicam et Achaiamperagrarunt, obtinuerunt à quodam heroê, Thoma de Sola, parvam insulam pro aedificando ibi habitaculo. ■

* L'éditeur aUemand ne fait qu'un mot de ces treîs mots el im« pilne To\iV7fdovXâl *— (L. Ghalc, liv. n, p. 67.)

Page 1