COMTE DE SOU LA
pier Louis en Deives. Ce mot a passé ainsi dansleRNnraiserit deïHistoire d'Athènes par M. Pittakis, dans MèlethH et dans les cbrcmiqdears byzantins. Loab, comte de Smita^ épousa Hélène ou Irène Cantacuzène « et en eut fstû flH« unique mariée à un fila de Srntscian ou SIméon ^ craie de Servie. Toîci cette géïiéai(^ie des comtes de Sonia t
Bonîfacè dalle Carcerè de 'fréforie,
àéigùeur tîefdîer de Négrepont,
M fôrortsé par te duc Gay de La Roche ;
combat ailprès de Gautier de BrteBnef duc d'Atiiènes,'
est fait prisonnier, refuse de prendre le commandement des Catalans ,
épouse
rhéritière dé treize châteaux ,
p^aiï lesquels Soula avec titré de cômfë.
Fille
épouse
a. Thomas, comte de Soula,
qui reçoit en dot d'autres châteaux en Attiaue;
b. Roger des Laur, chevalier roussillonnais ,
on dès chefs des Catalans.
MaroHe
épouse .
Alphonse-Frédéric I
fils naturel au roi Frédéric ÏT de Sicile,
gouverneur do duché d'Athènes.
Loois,
comte de Soûla,
meotioDiié par L. Chalcocopdyie et les autres
sous le nom de Doives,
épouse
tiélède Ëântacdzèn^.
Fille
Mariée à
un fiis de Siméon ou Siniscian, craie de Servie»
Par une analogie assez curieuse, c*est encore une Gan* tacuzène qui possède Souti et Ta apporté en dot à M. Charles Soutzo ; mais il n'était dans sa famille qu'en vertu d*an achat fait par son' père.
La tour actuelle est située sur le penchant du rocher au-dessous du marais, au bas du village ruiné d'Apano- Souli ( le haut Souli ) , et répond assez bien , par sa position géographique , à l'importance que devait avoir le fief de Sonia, car de là on domine toute la plaine de Marathon, plaine assez riche, entourée de tous côtés de montagnes, à travers lesquelles s'ouvrent les trois routes qui, par les deux flancs opposés du Pentélique et par le bord de la mer, conduisent à Athènes. Le comte de Soula était ainsi le gardien naturel contre tout débarquement qui pouvait s'effectuer de ce côlé, et contre toute tentative pour pénétrer du côté d'Athènes par le passage de Yranas, ancien Marathon. C'est ici que se trouve, par l'antique Rhamnus, le passage de mer le plus étroit en Ëubée. Je trouvai dans la ferme de Kato-Souli plusieurs Grecs d'Ëubée qui attendaient que le vent se fût un peu calmé pour profiter du bac situé sur cette côte et se rendre en Eubée. Il n'y a plus trace de l'ancienne habitation franque, et la tour de Soula est tout simplement une tour de vigie.
Après ce tribut payé à mon affection pour l'histoire occidentale , je pus me laisser librement aller à mon intérêt pour les faits héroïques de la Grèce antique , et personne ne pouvait être, sur le champ de bataille de Marathon, un aussi excellent guide que mon ami M. Georges Finlay , à qui la science doit un mémoire si judicieux sur ce sujet ^.
La bataille de Marathon fut livrée le 29 septembre de l'an /i90 avant J.-C. La plaine de Marathon a six milles de longueur sur un mille et demi au moins de largeur dans sa moindre étendue. Au nord se trouve le marais de Kato-
^ Page 363 à 395, t. m, part, ii , de Transactions of the royal Society of Litteratare of tbe United Kingdom.
HARATaON. 197
Sonli, qui couvre enviroQ uo mille carré, mais dont le terrain va se raffermissant à mesure qif on s'approche de la mer. Au sud de ce marais et à l'extrémité de cette plaine ornée des quatre villes d*OEnoê, Probalinthos, Tricorytbus et Marathon , est adossé aux montagnes qui encadrent cette tétrapole et dans laquelle s'ouvre au nord du Pentéliqae la route la plus courte sur Athènes le village de Vranas que Leake, O. MuUer et Finlay s'accordent pour désigner comme l'emplacement de l'ancien Marathon. De Yranas à Athènes, en passant par Kephisia, il y a vingt* deux milles, c'est-à-dire cinq lieues et demie de route.
Hérodote, qui lut son Histoire pendant les jeux olynipi* ques en Fan 456 avant J.-C, c'est-à-dire seulement 3& ans après cette bataille S nous informe que les Perses débarquèrent sur 600 trirèmes , outre les bâtiments nécessaires au transport des chevaux. Si l'on évalue à Z|0 bommes le nombre des combattants transportés sur chaque trirème qui n'arrivait pas directement d'Asie, on aura un total de 24)000 hommes ; à ce nombre il faut ajouter la cavalerie pesante et légère et les troupes Kgères formées par les rameurs surnuméraires : mais il faut en déduire les troupes qui avaient été engagées dans les premières affaires à Naxos ou à Garystos; et on aura ainsi, sur une armée montant en tout à 46,000 hommes, un total de 20,000 hommes seulement, d'après le calcul de M. Finlay , pour l'infanterie légère engagée seule dans la lutte. Hippias, fils de Pisistrate, qui guidait l'armée persane dans sa patrie, la fit débarquer de préférence à Marathon par souvenir du succès de son père , et aussi parce que c'était le point le plus v<Hsin d'Ëretrie en Eubée, qu'ils avaient occupée '•
Les Athéniens , commandés entre autres par Miltiade, avaient environ 11,000 bommes pesamment armés et 11,000 bommes armés à la légère.
*■ Hérodote était né six aos après la bataille de Marathon. '4érodote, Ijrato,
t9d GRÈCE COIVTlHEMTALfe ET MOREfi.
lA général Cbiiréb, qui a fréquemlîlëDt examiDécècbtltDp de bataille, pense que l'armée persane avait ie dos appuyé sar sa fldtte et le flanc droit sur le nsarais de Sooli, et faisait face à la grande vallée qui débouche sur la petite vallée dans laquelle se trouve le village actuel de Marathon, afin de se tenif prêté à marcher sur Athènes, soit par cette route, si eitè restait libre, soit par la route de Vranas sur l'autre versant du Pentélique, soit par la troifième route qui Redirige sitr Athènes, entre le PentéUque et là mer. Quant àT&rmée gflscqiie, il poste l'aile gaiiche, avec les Platéens, sur la toi* line de Bey afin de fermer là route par le village actuel de Marathon ; le centre, qui était le plus faible en nombre, sur la colline qui ferme la route de Yranas, et l'aile droite sur la pente du mont Argdllki afin de fermer la troisième roate entre le Pentélique et la mer.
Au monient où les Perses commencèrent leur mouvement en avant, le$ Athéniens se portèrent à leur rencontre étt descendant du mont Argaliki de manière à les resserrer sur le marais par un mouvement de l'aile droite, et de la gofjge de Vranas (l'antique Marathon) par un ukonvement en centre, et en se rejoignant au point marqué par un tamufus ou soros d'environ cinquante pieds de haut et de sit cents pieds de circonférence. C'était alors une plaine unie; mais , comme ce fut là que dut se déployer le plus grand eflbrt de l'ennemi et que durent tomlm' le plus grand, nombre de combattants, on éleva ce tertre après la bataille pour recouvrir les cadavres. C'est peut-être là que furent éntétrés les 6,400 hommes qui périrent, dit Hérodote, du oêtédes Barbares, et, dans ce cas, ce tumulus serait celui qui fut élevé sous l'inspection d'Aristide -, un des héros de Gétie bataille, laissé seul avec la tribu Antioohide, qu'il commandait, à la garde des prisonniers et des dépouilles, et retrouvé le lendemain occupé de ce pieux office par ie corps des Spartiates arrivé trop tard. Çà et là , sur cette plaine, sont distribués quelques tumuli plus petits. On désigne l'un d'entre eux comme celui qui fut élevé plus tard polir
MAiiATaeN. 199
oooYrtr les cendres de Miltinde, auquel les Athéolensaecor'dèrent depuis uu tombeau sur son champ de gloire. Quelques marbres brisés Indiquent i en eflfet , que ce ftit un moDUBieDt i et l'herbe crêtt pardessus plus forte et plus ferddf àate. Aucun nom n'a été eonserf é sur ces fragments de marbre ; mais la gloire du vainqueur de Marathon flen« rit encore fratehe et jeune dans les pages simples , f érifllques , éloquentes d*Hérodote. Près de ce tumulus on eif voit on autre qui pourrait bien être odoi qu'on éleva aut 192 Athéniens qui tombèrent glorieusement dans cette bttaille et dont les noms, parmi lesquels se trouvait œlaî de Cynégire, fils du poète Eschyle, étaient gravés sur une eirfonne de marbre dont on ne trouve plus aucun reste; Un peu plus loin est un autre tumulus, plue petit, dans la direction du corps d'armée des mille Platéens, parmi les* quels qaelqoes-uns succombèrent aussi en sauvant la liberté de la Grèce. Bien que remués souvent par les pieds des chevaux, cestumnii s'élèvent encore verdoyants dans cette plahie sablonneuse ; et, en tes parcourant le 27 janvier, je les trouvai émaillés des plus belles anémones de toutes les couleurs, dont je coeiHis quelques-unes comme un pieux sottveiifr. Sur le plus haut des tumuli on ramasse soa« vent de petits ftagments de silex noiri aminci comme la pierre à fbsil, taillé en pointe, et donnant du feu quand on le frappe. Les gens qui aiment à tout croire en font les fragments des pointes de flèches des Perses , et on les trouve conservés précieusement sous ce nom dans plusieurs cabhiets d'antiquaires. Ce sont tout simplement des mor* ceaox de silex mêlés an sable apporté par les soldats d'A- Hstide pour la construction du tumulus.
tes souvenirs de cette grande bataille sont encore comme vivants dans la mémoire des populations de cette vallée; Long-temps après la défaite des Perses , les habitants du pays assuraient entendre dans le voisinage de Marathon les hennissements des chevaux et le cliquetis des armes' et v^r apparaître des fantômes de guerriera qui se com»
200 GRÈGE CONTlNENTALfi ET MOEEE.
battaient avec acharnement. Aujonrd*htti encore les paysans de Sonli et de Yranas ont conservé ks mêmes idées et assurent entendre souvent des voix plaintives semblables à celles de femmes qu'on outragerait , et ils ajoutent que plus ils s'approchent au-devant de ces voix , plus les v(hx s'éloignent d'eux.
Nous reprimes notre route vers Liosia par le village actuel de Marathon , situé dans une autre vallée plus petite. Tout ce village a une assez misérable apparence ; sauf la maison du dimarque, qui est bien bâtie. Nous nous trouvions sur la rive gauche du fleuve d'Aphidné on de Marathon, que nous avions traversé, et nous remontâmes tout le profond ravin le long de la montagne couverte de cèdres qui sépare cette vallée de celle d'Aphidné. Les premières heures de notre course à cheval avaient été assez froides ; un vent du nord-ouest, qui arrivait à nous sans être intercepté par aucune montagne, annonçait vraiment la présence de l'hiver; mais, dans l'après-midi, le vent tomba, le sdeil reprit sa vigueur, et, abrités contre un air trop vif par une montagne bien boisée et fort variée dans ses tours et détours , nous retrouvâmes tous les charmes du printetnps» Assis sous de beaux cèdres , nous respirions avec bonheur une température plus douce ; et , après huit heures de course à cheval, nous retrouvâmes avec plaisir l'hospitalité de Liosia.
Deux autres tours anciennes m'avaient été signalées par M. Finlay dans la montagne près de Yarnavas. Dès le lendemain nous étions de bon matin à cheval pour aller les visiter. La nuit avait été des [dus froides, et il avait même gelé avant le lever du soleil. La température de la vallée de Liosia est toujours d'au moins deux degrés plus froide que celle d'Athènes. La surface des citernes était glacée, ainsi que quelques flaques d'eau éparses dans la vallée. Les terres labourées que nous traversions ofifraient une terre difficile qui résistait au pied des chevaux, et, an moment de notre départ, le veqt s'éleviiit et une neige rar^
VARN.4VA8. 201
et froide commençait à tomber. Laissant Aphidné à droite et Kapendriti à gauche, nous passâmes un dernier torrent et commençâmes à gravir un ravin bien protégé du vent par les collines les plus verdoyantes. Le changement de température était sensible. De Thiver tel qu'il s'annonce dans nos climats, bien qu*avec une forme moins rude, puisque Ja campagne était toujours verdoyante, nous venions de passer tout à coup à un véritable printemps , au printemps embaumé des pays chauds. Cette chaude vallée me rappelait quelques-unes de nos étroites et gracieuses vaUées des Pyrénées, avec leurs rochers d'un rouge brun revêtus çà et là de bouquets de verdure. Du haut de ce ravin on aperçoit le sommet neigeux du Parnasse et l'Hélicon d*nn côté , tandis que de l'autre côté s'élève au-dessus de la mer le pic non moins neigeux du mont Delphi en Eubée.
Nous continuâmes ainsi jusqu'au village de Varnavas ; puis, affrontant de nouveau le vent du nord, nous nous dirigeâmes vers une large tour située à l'extrémité d'une grande plaine en pente légère de tous côtés, renfermée au milieu des montagnes , et portant des traces anciennes et modernes de culture. Cette tour ancienne , l'élise voisine et le château annexé à la tour sont évidemment de construction byzantine. Les vents avaient depuis bien des siècles porté peu à peu de la terre sur le second étage de cette maison ruinée , et , sur cette terre nourrie par la pluie , d'autres vents avaient porté des semences que la chaleur avait fécondées, et on grand arbre y étend aujourd'hui en tOQt sens ses rameaux indépendants. Là était probablement le domaine de quelque grand propriétaire byzantin , qui aura été ruiné par L'occupation féodale des Francs, et dont les grands établissements n'auront pu se relever depuis. Une colline plus haute le clôt d'une manière plus calme comme au milieu des terres et lui interdit la vue de la mer toute rapprochée de lui.
Nous franchîmes cette m(mtagne pour nous diriger sor l'autre tour nommée la tour de Gliathi ; elle est d'une
anti(fâité beaucoup plus reculée. Elle est bâtie de vastesblocft de pierres non taillés à Tintérieur, plus réguliers an dehors. Sa fortoe est carrée; sa hauteur est d'enviroA trente pieds dans Tétat présent ; la pcn-te, tournée à Fonest, est d*ane fort belle forme, non pas étroite et basse coinme dans nos proportions modernes, mais haute et large, dans le genre de la porte de la pinacothèque d'Athènes. Sflt hauteur m'a semblé d'environ huit pieds sur cinq , et sd profondeur de cinq pieds. On voit que cette sorte de passage était fermé par deux portes , l'une exié-* rieurè , l'autre intérieure. Deux fenêtres sont percées dans le mur, et on voit aussi dans le même mur deux espèces^ de nieurtrières. C'était évidemment là une tour de vigie belléniqife , et elle se rattachait à une ligne de tours semblables destinées à assnrer la défense d'Athènes. A quel* ques pas de là gisent disséminés des restes antiques , des débris de temples et de maisons, des chapiteaux d'ordre dorique en marbre blanc, des bas-reliefs qui semblent avoir été d'une bonne exécution , mais trop mutilés pour qti'on puisse en conjecturer le sujet t témoignages d'une grandeur antique ensevelie aujourd'hui dans la poussière, les herbes et la boue, car l'èan coule encore d'unie vasfte fontaine de marbre att milien de ces rdines. S! les tilles de marbre sont ainsi ànéarities sans avoir pu transmettre le nom qu'elles portaient, que deviendront nos villes modernes de chaux et de bois?
Nous retournâmes de Liosia Ih Athènes par une route différente de celle que rious avions prise pom^ venir, et nous tournâmes le Pentéliqoe par le revers opposé. Le froid était devenu fort vif de ce côté de la montagne ; mais à peine eûmes-nous franchi le passage de Kaliphari , sur la route d'Orbpo^ à Athènes , que nô&s sentîmes la température s*adoiicir. Les montagnes nods abritèrent contre les vents ; le soleil reprit le dessus, et nous continuâmes notre excursion avec délices au milieu de bois d'où s'enlevaient à chaqde itistàht de dessons nos pas des milliers de bé€as-
ROUTE PAil I.E PE|iT£LlQUB. 303
sines dont très-peo périrent victimes de nos coups. Nos exclamations de surprise , à la vue de tant de bécassines , faisaient retentir les bois , lorsque nous rencontrâmes un convoi de sept à huit mulets montés par autant de jeunes gens qui à nos exclamations françaises répondirent par des salutations en fort bon français. Nous étions assez surpris de nous rencontrer ainsi face à face avec des compatriotes occidentaux au milieu des forêts du Pentélique. Nous nous approchâmes et échangeâmes dos questions. C'étaient de jeunes ouvriers français qui s*en allaient près des Thermopyles pour y activer la construction et la mise en train d'une raffinerie de sucre de betteraves récemminent fondée à Kainourio-Chorio.
On s'enfonce ensuite dans un ravin fort sauirage. On y montre encore l'artu'e où fut atjtaché pendant vingt-quatre heures notre compatriote le savant M. Petiet , par des Klephtes qui attendaient en cet endroit.des marchands de troupeaux après la vente de leur bétail. Les routes sont devenues plus sûres aujourd'hui depuis la bonne organisation du corps de la gendarmerie par M. Graillard , et les Klephtes pourchassés partout dans l'ipt^rieur du pays ont été forcés de se réfugier sur les frontières de l'Acarnanie et de la Thessaiie. Un peu plus haut se présente une scène de montagnes qui produit un fort bel effet. Ce ravin et un autre ravin , après avoir pris quelque temps une direction presque parallèle, viennent se perdre dans un troisième par des replis profonds et verdoyants. Au fond de ces gorges Diille petits ruisseaux coulent entre des baies de lauriersi^es, et les masses de verdure les plus différentes viennent de toutes parts se réunir et se fondre. C'est la dernière Terdure qui puisse reposer l'œil de ce côté du Pentélique , car on approche d'Athènes et on n'a plus à voir que des arbrisseaux rabougris , des bruyères desséchées et des oliviers qui s'en vont pâlissant à mesure qu'on s'en approche.
104 GRECE GONTlNENtALE ET HOr£e.
MARGOPOULO. — OROPOS. — AULIS. — GH ALKIS. — THÈBES.
Pendant près de quatre mois j'élaîs resté à Athènes à étudier la ville et les enifirons , la plaine et les montagnes , Tantlque , le moyen âge et le moderne. Dès les premiers jours d'avril j'essayai une excursion aux Cyclades et visitai JOélos et Tinos ; mais les vents étaient encore si incertains que j'ajournai ma visite des îles et me décidai à visiter le nord de la Grèce. Le lundi 19 avril je quittai donc Athènes pour me rendre par Chalkis à Thèbes et à Livadia.
La route d'Athènes à Marathon m'était connue, ainsi que h plaine de Marathon et ses environs ; je n'eus donc pas à m'y arrêter. Je revis Kapandriti et traversai Marcopoulo » grand bourg situé sur la pente d'une colline fort pittoresque du côté de l'Eubée. Un propriétaire du pays y a commencé la construction d'un khani ou aubei^e de campagne, qui doit avoir deux étages et sera le plus grand établissement de ce genre qu'il y ait en Grèce. Son projet est même d'y réserver deux ou trois chambres avec des lits pour les voyageurs ; ce qui serait une bien grande amélioration , car la première couchée d'un Européen est fort rude quand il part d'Athènes pour voyager en Grèce et qu'il veut s*en reposer comme moi sur les chances du pays pour le mieux connaître.
En tournant la colline située au bas de Marcopoalo la vue s'ouvre sur l'Eubée , qui , avec sa belle chaîne de montagnes , se développe avec grâce. De là on suit le bord de la mer jusqu'au village d'Hagio-AposloIi , au pied de l'antique Oropos. C'est un village qui commence à se former» et les quatre ou cinq maisons dont il se compose sont encore toute neuves. Les anciens y avaient construit un mête
OROPOS. 205
dont on voit encore tes débris au milieu des eaux et sur le ri?age. Une colonne de beau marbre blanc, arrachée à quelque monument antique , sert aujourd'hui à amarrer le s barques des pêcheurs. Une fontaine Tient d'être construite sar le bord de la mer, mais Feau ne m'en a pas paru excellente. Parmi ces cinq maisons je trouvai facilement une chambre. Quant à matelas, tables ou chaises, il ne pouvait en être question. Je fis donc étendre mon tapis sur le parquet, plaçai ma seUe sous ma tête, m'enveloppai de mon manteau, et cherchai dans le sommeil le repos à ma course de la journée ; mais on ne s'habitue pas sur-lechamp à ce rude lit de camp , et je me réveillai le lendemain matin plus brisé que la veille.
L'air frais du matin et un bain dans cette belle mer ont bientôt réparé les forces du voyageur, et l'aspect du pays fait oublier 'tout. Je suivis le bord de la mer en face d'Eretria que j'apercevais en Eubée , et m'arrêtai long-temps à causer avec des pêcheurs qui avaient étendu de longs filets sur (cette côte , et venaient réunir les deux extrémités du filet sur le rivage , de manière à resserrer dans leur nasse toas les poissons qui avaient pu s'aventurer dans cette partie de la mer qu'ils affectionnent. La route d'Oropos à Ghalkis suit toujours le bord de la mer. A Dilesi , comme le rivage est obstrué par d'énormes rochers , et que le chemin se détourne un peu pour passer dans la colline, nous coupâmes au plus court et entrâmes avec nos chevaux dans la mer. La grève n'est pas profonde, mais elle se compose surtout de gros cailloux roulés, jetés par les flots le long des flancs entrecoupés et escarpés de ces collines, ce qui rend cette route à travers les eaux et les cailloux, avec une mer qui atteint toujours jusqu'aux sangles des chevaux, un passage, sinon dangereux, au moins assez difiicile. Nous allâmes ainsi jusqu'à la petite rivière qui M jette dans la mer au-dessous de Hagios-Georgios. Après Dramcsi on cesse de suivre la côte et on pénètre en dedans da cap situé tout en face du fort Bourzi de Négrepont. Ce
20j6 GRÈCE CONTINE^TâLE ET HOREE.
fort turc 3*avaQce dans la mer à un endroit où le canal de Tflubée est très-resserré, de manière qu'il compandait complètement le passage et assurait le payement du péage ^quand les Turcs J'occupaient.
JLorsque ce cap est franchi , on arrive aux bords de la baie 4e Laspi^ qp.ç beaucoup d'auteurs pensjçnt être le gr^nd pojTt d'Aulis, qù se réunit toute la ^tte grecq,ue avant de marcher centre Troie. L'antique Âulis est placée sur )a ipont^gne qui surmonte Laspi. Quant au petit port d'Aylis , ou l)likro-yalhy, il était évidemnient trop petit pour cpntenir autant de bâtiments , n'eussentils été grands que comme nos barc|ues de pêcheu;*s; car, d'après l'énumëration d'Homère, il s'y trouvait douze cent 3Qixante-six yaisseaux fournis par trente-cinq principaux pays^ dans lesquels il cite cent trente-cinq villes. Laspi est fort petit 9ussi sans doute , mais suffisai^t cependant pour ^es bâtiments aussi petits q^ue l'étaient ceux djes Grecs. C'est encore là que s'arrêtent les bateliers pour pouvoir jeter l'ancre ; car la grande baie presque close par le pont de Chalkiâ et le passage non pioins étroit par lequel' elle s'ouvre sont beaucoup trop profonds pour que d*aussi petits bâtiments puissent y jeter l'ancre avec sécurité, agitée surtout comme est cette baie pap le courant de YÉnripe. Aulis était située entre Laspi et Vathy, et on retrouve encore quelques ruines anciennes sur cet emplacement. De là on aperçoit de fort près Ghalkis et son port ; mais pendant près de deux heures il faut eqcore tourner sur les versants rocheux des montagnes quji fornient cette baie pour arriver jusqu'à l'entrée de l'Euripe. Un pont jeté ^ l'ouverture de la baie épargnerait une grande fatigue. Yue de cette distance, avec ses mosquées et leurs minarets, la ville de Ghalkis a un aspect toui à fait oriental. A trois l^eures, je franchis l'abominable pont jeté aujourd'hui si;ir l'Ëuripc , passai les portes de la tour et entrai dans la lorteresse , puis dans les faubourgs de la ville de Ghalkis. J*y restai cette fois quelques jours à bien la visiter ^ mais
CnALKlS. 507
je parlerai des objets qui y aftirèreûi mon attention Si l'occasion d'un second voyage que j*y fis après avoîf visité le nord de TËubêe, dans mon volume sur les îles.
Avant d'arriver à Ghalkis, on aperçoit sur une hauteur qui dotninë là ville la foheresse turque de Kara-Baba. Elle est très-bien coÉrservéé , mais c'esft dh misérable otivràge de fohilication. J'allai la visHët* eri quittant Chalkis. Du bàtit dès f*emparts et d'une petite todi*, on a une vue fort étendue sur ùnè sèèîie peu variée dé mer et de montagnes. La montagne ^d'on a à franchir pour descendre dans lès plaines de la Ëéotie à conservé le tiom de KlepKto^ Youni, des voleurs qui l'infestaient autrefois. £n descendant le kJepbto-Vôuûî on passe entre le site des villes antiques de Aiycalëssds éi d'Ilarmâ, puis au pied de la montagne 601 se trouve, à dent Heuës et demie environ , à Sagmata, te monastère de ti Métamorphose, ofu transfiguration, fondé par le gtand bâtisséùi* des couvents grecs, l'empereur Alexis Gomnène. M. le professeur tloss à copié dans ce couvent bû diplômé dd mois de septembre H 10 par lequel cet empereùt* envoie aux moines un morceau de U vraie croit et leui* fait dotl de l'ëtang situé près du village d*Houngarâ ^ qui cohserve le même îiom , siinsi que \à montagne conserve celui de Sagmata \ La plaine de Thébes, qui comlnencè ati bas de cette montagne, est triste; sans arbres et sans culture, et presque totite couverte dd tourbières. En arrivant au village d'flagios-Theodoros , W ville de Thèbes se préseiite assez bien. La Cadinéa, sur laquelle elle est bâtie, est une colline de forme elliptique qui s'élève au milieu d'une grande vallée traversée par le Kànavari et risihène sans eau, à sa sortie du lac Likeri.
La Chronique de Morëe raconte' que Nicolas, châtelalii dé Saint-Omer, veuf de Marié d'Ântioche , ayant épousé
'Urkondea %ur Geschichte Griechenfands im Mittelalter (p. 15â et lâ6).
3 Pag. 189 de ma deuxième édition à deux colonnes.
'908 GA£CE CONTJKENTALB ET MORËE.
Anoe Gomnène , ?euve du prince d'Achaye Guillaume de Ville-HardoiD (en 1278) et sœur d*HéIène, qui avait épousé le roi Mainfroi, s*établit avec elle en Morée. Par ses gran-* des richesses et sa puissance nouvelle, dit-elle, il se vit en état de faire construire à Thèbes le château de Saint- Orner ; et il y ût bâtir une habitation si magnifique , et il l'orna de si belles peintures qu'un empereur eût pa s'y établir avec toute sa maison ; mais les Catalans, qui ne s*en étaient emparés qu'avec les plus grandes difficultés, détruisirent ce bel édifice, par la crainte qu'ils avaient de voir le grand-sire, messire Gautier de Brienne , duc d'Athènes, s'y établir lui-même.
De cette vaste et belle forteresse construite par notre compatriote Nicolas , châtelain de Saint-Omer, il ne reste plus qu'une tour carrée à l'extrémité de la Cadméa , du côté de Saint-Théodore. Les murs ont deux mètres soixantedix centimètres d'épaisseur et chaque côté a quinze mètres de largeur, deux des côtés ont dix-huit mètres et demi; l'intérieur est divisé en deux compartiments par une porte cintrée dont l'ouverture est de deux mètres trente-sept centimètres. Les chambres inférieures , qui sont voûtées, servaient fort probablement de prison, car une prison était alors l'annexe nécessaire d'un palais. Ainsi que dans toutes les anciennes tours, la porte était située à une hauteur telle qu'on ne pouvait y arriver qu'à l'aide d'un pont-levis jeté sur un escalier construit exprès à distance. Cet escalier, en forme de tourette carrée, de trois mètres de largeur, existe encore, fort ruiné, et l'ancienne porte. cmtrée, qui était alors la seule, est conservée aussi. Deux longues meurtrières la défendent des deux côtés. En dehors du mur, sur une des grosses pierres des assises, près de la corniche qui fait face à la plaine, je lus le mot Kalamata, surnom de Guillaume de Yille-Hardoin, prince d'Achaye.
Au bas de la Cadméa , le long de la double enceinte de murailles qui entourait la villjs , subsistent aussi quelques restes d'une antre tour certainement de l'époque franque.
Thèbes avait été conquise dès les premières anaées de la prise de Constantinople par Olhon de La Roche de Franche-Comté , un des grands vassaux du roi de Salonique , Bouiface de Mont-Ferrat. Lorsque Boniface concéda à Guillauaie de Champ-Litte et à Geoffroy de Yilie-Hardoin la seigneurie princière de toutes les conquêtes qu'ils pourraient faire en Acbaye» la seigneurie de Thèbes, réunie en ce moment à la seigneurie d'Athènes, fut placée par lui sous la suzeraineté des princes d'Achaye.
Le second seigneur français de Thèbes et d'Athènes fut Guy de La Roche, neveu d'Othon, qui, ayant fait venir de Franche-Comté sa soeur, IBonne , la maria d'abord avec le roi de Salonique, Démétrlus de Montferrat, mineur, puis, à la mort de celui-ci , avec Nicolas , l'ancien châtelain de Saint-Omer , en donnant en dot à Bonne la seigneurie de Thèbes à titre de sous-inféodation. Le Nicolas qui fit bâtir ^a grande forteresse de Thèbes était le petit-fils de ce premier Nicolas, et il était fils d*Abel ou Bêlas, châtelain de Saint-Omer, et de Marie de Hongrie, veuve du roi de Bulgarie Asan. Ces Saint-Omer étaient aussi possessionnés dans le royaume de Naples.
Les seigneurs français, devenus depuis ducs d'Athènes, avalent établi leur atelier monétaire à Thèbes, et ils y firent frapper des deniers tournois en leur nom.
La Chronique d'Henry de Yalenciennes raconte que , lorsque l'empereur Henry de Constantinople vint en personne forcer les Lombards du royaume de Salonique à lui rendre hommage , il trouva quelque résistance à Thèbes, Ae la part des Lombards qui en avaient pris possession temporaire.
« Li empereres , dit-il *■ , chevauche tant que il est k Thèbes venus. Et Lombart font le castiel tenir contre lui. Hais U empereres dist bien que il les fera assaillir
^ Pag. 294 et 295 de mon édition à deux colonnes, à la suite des éclaircissements sur Uifrincipaulé française <fe Morée.
210 GRÈCE COINTIICENTALE ET HOrÉe.
Et il descend! à pié de soa cheval, si qtieli archèvesque et li clcrgiés le menèrent an moustier Nostre-Dame^ Là rendit grâces à Nostre-Seignear de Founor que il li avoit consentie à avoir en cest siècle ; puis ist hors du moustier et
fait asseoir le castiel Dont fait drecier mangonnians
et arrenghier ses arbalestriers entout- les fossés, et fait traire et jeter à la maistre fremeté; tnais cfaoo est pot
noient, car trop est li castians fors Quant li empe-
reres vit que par assaut ne povoit le Castiel avoir , si fait sonner le retrait , puis fist querre carpentiers partout por faire esciele et bierfrois. Et chil dedens se deffendoient selonc lor pooir. Mais riens ne lo? vaut deffcnse, si corne je croi ; car les escieles sont faites hautes et grans et bien chevillies. Et quant Lombart les virent , s'il en furent esbabi che ne fu mie miervelle. Que vous conleroie-jou ? Il fisertt parler de la paii... Li castiaus est rendus... Li empereros ala à la maistre église de Thebes en orison ; choo est une cglyse c'on dist de Nostre-Dame. Et Olhes de La Roche, qoî sires en estoit, à cui li marchis (Boniface) Tavoit donnée, ri hounera de tout son pooir. »
On voit qu'il est fait mention ici de deux églises de Notre-Dame, une en dehors de la ville et l'autre à Fintérieùr. Dès mon arrivée h Thèbes, mon premier soin fut de m'enquérir des églises hors la ville , pour aller les visiter. Il f en avait autrefois cinq : l"" cette église de Notre-Dame ; 2"" la Sainte-'lrinité ; S"" Saint-Fulgent ; d"* Saint-Nicolas ) 5^ Saint-Luc. Cette dernière est la seule dont les ruines soient encore visitées. Elle a été bâtie à un quart de Iteuè de Thèbes, sur l'emplacement du temple d'A|)ollo* Ismènc^ dont le pavé antique, en mosaïque de marbre, se retrouve presque en entier en dehors de l'églide, à sit pouces peutêtre au-dessous du sol. Il suffit de creuser un peu la teire de ce côté pour en retrouver les traces. Près du chœur de cette église en ruines on retrouve un tombeau de marbre,
1 Hors la ville.
tAèbes. 211
especié par les croyants comme ayant été le vrai tombeail de saint Liic. L'opinion commune est qu'il suffit de gratter an peu du marbre de cette tombe, de lé réduire en pous-i sière et de boire cette poudre dans de Teau fraîche pdiit châssef à rinstànt là fièvre. Aussi, dans tous les chs de fièvre, ne inanque-t-on pas de venir gratter le couvei-cle, dorit une partie est déjà usée. t)es traces récentes prouvent que là croyance dans refflcacitë du tdtnbeatl de saint LUc n*a pas diininùé. En Texaminarit avec attention , on voit que ce tombeau est évidemment dtl troisième siècle et dé style tout à fait romain. Les deux côtés sont recouverts dMn-^ scriptîons dont Leake a publié une partie , fet qui rie fotit aucune mention de saint Luc, mais se rapportent uniquement à un dignitaire provincial romain. En furetant partout à travers les débris, je retrouvai Un écusson des Templiers, avec les fleurs de lis à l'extrémité de chaque bout de la croix. Il serait possible qu'en effet ce monastère , placé dans une bonne situation en face de Thèbes, eût été concédé aux Templiers , tomme le furent beaucoup d'autres propriétés dans la Grèce continentale.
On a tracé , pour la nouvelle ville de Thèbes , un plan fort régulier sur la Cadméa, mais il n'y a encore de maisons construites que dans la grande rue qui traverse la Cadméà dans sa longueur et dans quelques rues transversales. Il y a cinq ou six bonnes maisons au milieu de beaucoup de ruines de maisons et d'églises , et le reste se compose ; comme un bon gros village, de modestes habitations d'agriculteurs. Il existait à Thèbes Un grand nombre d'églises. Quelques-unes avaient été ruinées avant la révolution^ telles étaient : Saint-Nicolas, Sainte-Catherine, Saint-André , Saint-Élie , le Catholicon , Sainte-Paraskevi , Saint- Jean, la Sainte-Charité, Saint-Étienne, la Présentation-de- Ja-Vierge-au-Temple , le Sauveur et Saint-Démétrius. Le Catholicon fut détruit par un incendie fortuit, en 1780. D'autres existaient encore au moment de la révolution et sont en ruines aujourd'hui. Telles «mt : la grande Notre-
Dame, Saint-Nicolas, Saint-Georges, Saint-Athanase , Saint-Basile, la Naissance -de-la- Vierge. Deux existent encore : Notre-Dame-des-Loges et Saint-Démétrius, qui a été restaurée.
£n parcourant la colline assez peu considérable de Tantique Gadméa , on retrouve quelques traces des sept portes et aussi, presque au bas et près de Téglise de Saint-Georges , les restes du mur franc et les ruines d*une des tours carrées destinées à la défense de Tenceinte. On reconnaît évidemment que Téglise de Saint-Georges, dont les ruines sont amoncelées en cet endroit , a été bâtie sur remplacement et avec les débris d*un ancien temple. En remuant les débris de marbre accumulés dans les ruines, je remarquai un bas-relief représentant le Christ bénissant avec ces lettres latines H-H-P (peut-être Hiesus hominum pater?); et une autre plaque de marbre de quatre pieds carrés , portant d*un côté une inscription grecque antique , et de l'autre uu de ces bas-reliefs qu'on rencontre si souvent dans les villes antiques de TAsie-Mineure, représentant un grand aigle saisissant une colombe entre ses serres et l'opprimant Il y a dans la forme de ce bas-relief une exécution toute symbolique et de convention qui me parait prouver que ces plaques étaient autant d'emblèmes exécutés par des corporations religieuses , et destinés à une place fixe. I^ main de l'artiste attesterait une exécution du moyen âge , si on n'en trouvait beaucoup de semblables dans les ruines antiques des grandes villes de Lycie. Plusieurs écussons fleurdelisés subsistent encore au milieu de ces ruines. Les ruines du Gatholicon ou cathédrale, qui était à peu près au milieu de l'enceinte de la Gadméa, mais un peu plus rapprochée du côté du midi, sont encore plus bouleversées. J'y remarquai cependant de nombreuses traces d'un pavé en mosaïque de marbre et quelques fragments de diverses croix sculptées parmi les décombres.
L'eau était autrefois apportée des montagnes voisines daps la ville par un aqueduc dont on peut suivre les tr^-
ces. Elle n*est fournie aujourd'hui que par deux fontaines : Tune est située un peu plus bas que le Catholicon, en des* cendant la Gadméa du côté de Test , et au-dessus du cippe d*où Teau coule on a placé un ancien écusSon qui porte les quatre fleurs de lis dans les quatre cantons de la croix ; l'autre est non loin des ruines de la tour carrée des murs francs.
LAC GOPAÏS. — K.ARDITZA, — tlYADIA.
J*avais une immense journée à faire. Je voulais voir les ruines de l'antique Akrephia , quelques restes francs au* tour du lac Gopaîs , aller rejoindre la route de Thèbes à Livadia et coucher le même soir à Livadia , ce qui me fai* sait vingt-cinq bonnes lieues de poste au moins. Il me fallait donc me mettre en route de bonne heure , muni des gendarmes et guides nécessaires pour ne pas perdre un instant.
£n sortant de Thèbes, je passai d'abord près d'une carrière d'écume de mer qui n'est plus en exploitation. Ten ai pris quelques échantillons, et les connaisseurs m'ont assuré que la qualité en est fort bonne et qu on pourrait en tirer bon parti. La route traverse d'abord une plaine assez mal cultivée et quelques prairies du côté du Kanavari et de l'Ismène sans eau. En arrivant près du lac likeri, le pays change d'aspect : ce ne sont plus que rochers et montagnes les plus âpres. A mesure que la route devenait plus mauvaise , la vue devenait plus grandiose. La scala de Papadia, qui descend vers le lac, est réputée diflBcile , même en Grèce. Le lac Likeri , dont le bassin entrecoupé de rochers se divise en apparence en plusieurs Ides , est encaissé de toutes parts entre des rochers dé-
in GRÈCE CONTINENTALE ET MOREE.
pourvus de tonte végétation et pfesqnè blancs, qui descendent d'une manière abrupte jusqu'aux bords du lac. ÎA route, gui débouche ters la partie là ptus large du premier lac, suit continuellement ses coiftdurâ eh le tournant ver^ le dernier quart de soh étendue. Cette rotite de rochers e^ des plus glissantes et des plus dfffldles, et cependant sur ces rochers unis on distingue très- clairement les Ornières des chars et les traces du passage fréquent des hommes et des chevaux ; ce qui annonce incontestablement une grande route antique. En arrivant au point de séparation presque entière formé par les rochers entre les deux parties du lac, une assez joli^ vallée se présente tout à coup; elle s'étend en peùte presqdè jusqii'âilt botds du lac. Là , au milieu de la complète solitude de cette retraite sauvage , j'aperçus des tentes dé bergers vlaques réunies sur le flanc de la colline. Plusieurs ceiitàifiés dé chetaux et un nombreux troupeau de brebis paissaient dispersés sur les gazons envirdnnants, tandis que des chiens féroces veillaient attentifs à là garde de ces tetites dé chaume.
J 'envoyai iiio&gendarbe eii avant ducdté des tentés, pour que les bergers cotitinssent leurs fiers molosses et je m'at^ vançaî pour visiter leur campement. Les hommes et femmeë étaient occupés à divers travaux eu dehors de chaque tente. Ici oh étendait les laities sur le gazon ; plus loin des métiers de forme tt-ès- simple étaient fichés en terre , et les femhies tissaient dhe grosse tollé de coton ; dans un auti-e endroit un grand feu faisait bouillir Une large chaudière èontenanf la teinture des cotons et destines ; car les Vlaques se sufiisènt â eux-mêmes pour t6ut, habitation , vêtedient , aliment î les bruyères et lès arbustes leur fodriilssetit de quoi construire leurs tètites dans tin eiidroit bien abrité cohtre les vents ^ leurs moutons donnent fa hine dont ils font leurs habits, les plantes des montagnes la èouleur dont ils les teignent , les plaines voisines du coton pour les vêtetnerits de leurs femmes; et leur hourriture se compose dti lait de leurs brebis, flodt ils fbnt un excel-
leut fromage , et d*un de leurs agneaux au grand jour de la Pâque. Lorsqu'au mois de mai la chaleur devient trop forte dans ces campeine,nts , il^ partent pour retourner aux monts d*i^grapba et de '^l^^ssalie. Quand le frpid dej'ient vif daijs leurs pjonti^g^jçs, ils revi.enpnt ^ ces campemiei^ts pij33 chauds , po^,r les(||je|s ils q'qi;^ i payer qu'ui^ jifroit Iprt niodique ; car, d^aff^ Tétat peu ^vanc^ de Tagriiwjture , ce pe sont p^s l,es ^erre^ , mais le3 br^ s qui sq f^^enh jLes b.Qmmes \laques sont robustes et agiles ; les fequrnes sont gjcandes ,et fortes, t^nr tête esit recouverte d'une esp.èc(ç c^e tjjrbaji. Tout ce spectacle de costume^ Iput asiatiques » ce;$ Itefities et ces campements au milieii d'une vallée solitaire, spr le bord d'un li^P» ^}f pied des fflfiffî^jo^e» (^i l'enceigifAQt die toutçs paft;^, j^taiénit d'un i?ff^ vraÎQ^epit étrange pour m.oj.
Npiis ^eprîiîJfiS sur J^es bords dn lac l^s rochers nus et j^iss^iî)l$ sj^r Jesqnels sont conservées les traççs djc la roule ^tique ^t nous ^rivàme^s à l'extrémité du lac , que nous doublâmes dans ses replis. Là on a à remonter nne efFrovable cbajijtssé^e turque au-dessus du 3engena et dans la direction de Hpuogara. Nous arrivâmes enfin sur un plateau très-éievé d'çii oii a ujie fort belle vue du lac et des montagnes. De Jà on cQmijaepce ^ descendre par des sentiers plus faciles et pli;is ombragés dans la direction du nord , et Qn aperçpit une vaste plaine fort bien cultivée , à l'exlré- Wité de ^quelle se présente la gorge de Perdiko Vrysi , la Cofll^inç des perdrix. Un torrent coule dans les bas-fonds et k rçute est tracée à mi-côte au-dessus de son lit, au milieu des ombrages.
Après jiAie heure de marche dans cette grotte pittoresqjfte , j^j'apparyt le village de Karditza , objet de mes reclief ches. il est jeté négligemment à mi-côte , sur, l'autre rive du torrent , dans un assez gracieux entourage de prairies et de forêts. Cette situation me rappela , comme plusiieurs autres parties de la Grèce , quelques-uns de ^m jolis paysages des Pyrénées. Calme parfait, végéta-
tiou active, chaleur de l'atmosphère, fraîcheur des bosquets, tout y était.
Gomme les heures de ma journée étaient strictement comptées, j'envoyai d'avance mon gendarme, qui s'empara sans hésitation de la meilleure maison du village, mit tous les habitants à la porte et se contenta de garder ceux qui lui étaient nécessaires pour le nettoyage préliminaire et le service. A mon arrivée je trouvai donc les chambres propres , les tapis et coussins étendus et le feu allumé pour les préparatifs du repas. Ce sont là des usages un peu arbitraires transmis par les maîtres turcs et non oubliés encore. Pendant que le cuisinier vaquait à ses fonctions , je sortis pour bien examiner les lieux.
A environ un quart d'heure du village , du côté opposé du ravin et sur une pente un peu plus haute, s'élève l'église de Saint-Georges de Karditza. Elle est bâtie sur l'emplacement d'un temple antique qui appartenait à la ville hellénique d'Akrephia , dont les ruines couvrent la mjntagne. Toute l'enceinte du temple en vastes pierres est parfaitement conservée et forme comme un mur de clôture autour de l'église et de son cimetière. Ces murailles ont encore au moins quinze pieds de hauteur, et on y reconnaît la construction belle et simple des Hellènes. De longues inscriptions grecques sont placées en tout sens dans toutes les parties des murs plus récents de l'église , tantôt fort ostensiblement sur les chambranles des portes , tantôt plus modestement dans les coins , et tantôt même cachées sous l'herbe et faisant partie des premières assises du mur de fondation de l'église.
A l'intérieur, je remarquai sur le parvis des pierres funéraires de toutes les époques avec inscriptions grecques antiques , avec formules sépulcrales de l'époque romaine , avec croix et armoiries de l'époque franque. Le pavé de la solea est en losanges de marbre noir et blanc de deux pouces de longueur. A droite du chœur se trouve une petite chapelle , et sur la frise je lus l'inscription suivante ;
KABDITZA. 317
non gravée, mais peinte en grec francisé et avec rortho» graphe la pins barbare , c'est-à-dire la plus franque :
ANHrEPOH 0 eriûi: ke nNSEn-
T02 NA02 TOT IHOT MEFAAOMT
TEûprior AHA siNEPriAi: ke noeoT noAAor ror OEûSEBEiTATor