NOCE GRECQUE
cheval , puis d'autres hommes à pied rangés autour d*une bannière flottante; un nombreux cortège de femmes terminait la marche. J'envoyai aussitôt mon gendarme à leur rencontre pour s'informer de l'objet d'un semblable pèle* rinage , et bientôt il revint m'apprendre que c'était une noce « et qu'elle se dirigeait de mon côté. Le cortège animé ne tarda pas en effet à se déployer dans la prairie; tous s'avançaient en chantant , et les jeunes filles au pied infatigable suivaient, en chantant aussi , les évolutions souvent folâtres que les cavaliers faisaient faire à leurs chevaux. Les hommes et les femmes étaient parés de leurs plus beaux habits de fête; en tête de tous étaient plusieurs papas ou prêtres avec leurs longues barbes et leurs robes à larges manches. Les hommes du cortège étaient vêtus de jolies vestes blanches à gros boutons blancs bien arrondis et bien pressés , de la blanche fustanelle fortement serrée par la zone ou ceinture antique, et d'une longue toison qui flottait sur leurs épaules. Des cheveux abondants entouraient leur cou vigoureux. Une sorte de turban de couleur rouge ou bleue, qui venait se rattacher sous leur menton , les abritait mal contre le soleil , mais faisait ressortir à merveille leur figure brunie , leur épaisse mousta < che et leurs yeux ardents ; de belles guêtres rouges on bleues, semblables aux knémides antiques, recouvraient fenrs jambes agiles. Les femmes, tontes fort jeunes, portaient des robes très-courtes, bariolées des couleurs les plus vives ; leurs bas ou tzourapia étaient bariolés aussi cl*une façon étrange. Leur tête était recouverte, soit de rubans d'une couleur éclatante, soit d'une espèce de mitre persique , composée de pièces d'or ou d'argent de toute date et de tout pays , percées et réunies de manière à se resserrer comme des écailles et à former des rangs pressés et réguliers depuis le sommet de la tête jusqu'à la naissance du front. Au dernier rang , les monnaies , disposées à quelque distance l'une de l'autre , s'agitent autour de la lête et retentisisent comme des clochettes. Le bas de la
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figure est desnoé d*ane inaDière pittoresque tantôt par deux larges boucles d*oreiiles rattachées eusemble {Mur le bas à l'aide d'une cbaîoe d'or qui pend sous le menton « à la façon antique, et jert de collier , tantôt par une grande kne d'argent ciselée qui s'applique sons le menton , comme la meatonnière d'un casque , et qui encadre gracieusemenl une figure brune et animée , en venant se rattacher aux tresses d'une ncnre et abondante cheTelure.
Je m'avançai au mllieti de cette joyeuse troupe » et leor demandai quel était l'heureux palicare dont on allait câébrer le mariage. Avant de répondre, on commença par m'offrir la communauté du vin de la tzitza ou tzédra de bms, gage d'hospitalité qu'on ne manque jamais de pré* senter et d'accepter mutuellement en voyage. Je pris une ybation et leur offris ma tzitsa à mon tour; puis» entrés ainsi en amitié , nous échangeâmes nos qoestimis.
Ils me racontèrent qu'ils étaient des pasteurs dont les tentes étaient placées à une lieue de là, sur l'un des versans méridionaux du Knémis , et qu'ils conduisaient à sa jfnture le berger que je voyais à côté de son adeiphopaiè^ toê S qui' portait leur bannière. Le fiancé était un grand, ^svelte et vigoureux jeune homme de vingt-deux à vingtnrois ans ; sa physionomie était douce , mais sa démarche et toute sa tenue annonçaient un homme habitué de bcmne heure à compter sur lui seul pour se tirer d'un danger par sa fwce ou son adresse. Les pasteurs grecs ont un air fier
^ Àdelphopoiètos, oa frère-fait, espèce de frère d'armes. L*adelphopoïétie est , comme Tancienne fraternité d'armes , on lien religieax. Qoand deux Jeunes Grecs veulent devenir frères«faits , ils se présentent à l'église devant le papas avec une jeune fiUe de éi% ans, oomaae emblème de la pureté de leur attachement. Le prêtée célèbre pour eux une liturgie particulière , et , à la lecture de l'Évangile , les entoure tous trois d'une éctiarpe qui les unit, puis chacun promet sur l'Évangile d'être le bon frère de l'autre. A dater de ce jour, il existe entre eux une Téritable fraternité. Quand l'un d'eux se marte, l'autre a le droit d'embrasser le premier sa femme» et, s'il meurt , il doit être le gardien de sa famille. Je n'ai ]«$ entendu cller
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et indépendant qui platt. Ainsi que les bergers des temps
homériques , iis portent ia lioulettc recouri>é6 en forme à%
crosse, ou tneingaura, houlette adoptée aussi par iet
pafies et les évêqnes pasteurs des peuples , et par les noM
antiques , comme signe du commandement abado du hev^
gor sur le troupeau. Cette houlette de bois d'olirier sau^
¥age semble avoir été transmise sans altération depuis ha
bergers du roi Âdmète, Apollon compris , jusqu'aux ber«
gers indépendants d'aujourd'hui. La future qu'aUait ehem
oher mon berger du Knémis avec sa joyeuse escorte d9«
menrait dans un autre camp de bergers , le hameau éê
Mérji» i une lieue et 46mie de Ghéroaée e\ à une demir
lieue do village d'Hagios^Blasis , situé sur ce revers du
liakonra, Tantique Parnasse.
Je demandai h mes bergers Tantprisation de me joindre àeoK et d'assister à la fôte du mariage , si cela n'était pas contraire à leurs usages, et tous vinrent me donner la Inenvenae en me présentant la main. J'entrai donc daos le cortège au milieu de ce groupe de prêtres, de palicaree et de jeunes filles qui dansaient et chantaient , et nous ar* rivâme» près des ruines de Gbéronée. Là je demandai la permission à mes nouveaux amis de me détacher d'eux^ pour quelques instants afin de faire quelques invest%ationt d'antiquaire , avec promesse réciproque de nous rejoindre avant l'entrée solennelle dans le hameau de liera. Je m*aiw rètai quelques instants pour voir ce qui restait de la patrie de mon ancioi ami Plutarqoe.
Les fragments du eélèlm lion coloasal , élevé par M
d'f%oœple de trabfsQq lûte à na ami marié par soii fvère-lUt. Las liens d'hoëfûtaUté entre familldfl «ont au^si des liens fort respectés, J*ai rencontré 4aos Hle de Leucstde, dans une (^uvre famille ^ im Grec d'Épire avec les oreilles et le nez coupés par les Turcs. Le^ paysans leucadiens me dirent qu'il s'était réfugié chez çux , que sa fiimille avait été en rapports d'hospitalité avec la leur, et que, s'il trouvait boa de passer sa vie parmi eux , rien ne lui manquerait de es qu'ils pourr^ent lui procurer.
23â GRECE CONTINENTALE ET MOREE.
TbébaÎBS à Chéronée en comméinoratioD des leurs, gisent près de la route , et il ne m'a pas semblé qu'il manquât rien d'essentiel aux membres de ce colosse de pierre qu*il convient de laisser en ce lieu : c'est ainsi que le plus glorieux trophée d'Épaminondas , retrouvé à Leuctres par le professeur Ulrich , doit rester sur le champ de bataille de Leuctres. En s'avançant vers la colline , on rencontre de tous côtés, sous les bruyères» les ruines d'un grand amphithéâtre et plusieurs autres ruines antiques. Dans le vilkige même de Kaprena sont deux églises construites au moyen âge sur l'emplacement de deux temples. Dans Tune de ces églises je copiai une inscription grecque. Le pavé de cette petite église est encore revêtu de la mosaïque de marbre qui faisait partie de l'ancien temple. L'autre égUae^ située dans la plaine et près de la route , est composée tout entière de marbres antiques. La fontaine même , qui est tout à fait à côté de cette petite église , est entièrement construite avec des fragments antiques. Sur le bassin qui contient l'eau est grav.ée une inscription que je copiai ; elle mentionne un certain philosophe platonicien de la famille des Autobules , et un autre membre de cette même famille idors puissante à Chéronée ; c'est à cette famille qu'appartraait un Sextus Aurelius Âutobule, mentionné dans une inscription que Meletius a trouvée à Chéronée et qui était allié à la famille de Plutarque.
Je m'arrêtai peu de temps à visiter les ruines de Chéronée; j'étais impatient de rejoindre mes amis les bergers; je craignais de perdre une seule des scènes de ce drame nuptial où tout devait me rappeler les antiques usages qui semblent tous conservés ici , depuis la première des céré* monies d'un mariage rouméliote jusqu'à la dernière. Voici comment les choses se passent dans cette fête, qui doit durer toute une semaine :
Un mariage est une solennité non-seulement de famille, mais de village et presque de tribu. C'est le mercredi soir que commencent les cérémonies. Parmi les parentes ou