‹ La Grèce continentale et la MoréeChapitre 29 sur 68 · MARIAGE GREC · texte numérisé non relu

MARIAGE GREC

alliées do marié , on choisit trois jeanes filles , les plas belles du village. Toutes trois , yêtues de leurs robes de fête, la plus jeune et la plus belle au centre , doivent marcher de front et en silence, leurs longues amphores sur la tête , depuis la maison du marié jusqu'à la fontaine voisine. Arrivées là , elles jettent dans la fontaine quelques pièces de monnaie en Thonneur des nymphes de la source , remplissent leurs amphores et retournent dans le même ordre et avec le même silence rapporter Teau à la maison. Une seule parole prononcée en allant ou en venant serait de mauvais augure. Cette eau doit servir à pétrir le levain {prozfftni) destiné à faire le pain des noces. La sœur du futur, si elle n'a pas été mariée, ou , à son défaut, Il jeune fille sa plus proche parente , est chargée de pétrir ce levain pendant que tous les parents et parentes du jeune homme, rangés sur deui lignes, chantent des chansons analogues à la circonstance ; après quoi on soupe , on chante et on danse jusqu'à minuit.

Le jeudi, on va en pompe choisir dans le troupeau le , bœuf le plus gras ou la vache la meilleure , et les moutons destinés au repas de la noce ; on garnit leurs cornes et leur tête de guirlandes de fleurs; puis, au son de tous les instruments , on les amène dans le village , on leur fait faire le tour de la paroisse en accompagnant leur marche de chants et de danses, et on vient les placer en grande pompe dans l'étable.

Le vendredi, dès le matin, les parents non mariés du futur partent du village , portant sur l'épaule une grosse corde toute neuve, tressée presque toujours avec les filaments de l'aloès; ils vont dans la forêt voisine ramasser le bois nécessaire aux apprêts du repas. La corde neuve est destinée à retenir le bois en faisceau sur l'épaule. Souvent, dans les familles riches, on se contente de quelques branchages ramassés et rapportés au son de la musique et avec des chansons appropriées à la cérémonie. Dès qu'on est de retour à la maison, on dresse d'accord la liste des con-

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vies et on eipôdie des iniMttagers chargés de porter left ia^ Yîlatjons,

Lo suMcU. aa HMuneat oà le soleil aaooace midi» oo se rend fKtKsessiouielkifiieat à Tétable. Oq pare le bœuf destiné à h iiMe, on toi dore ^ cornes , on les entoure de guk-i hndea de leurs; oa lui fait faire de nouveau, ^ bruit ée k musique, le tour du vttiage, et on ramène dai» la eear de la maison do marié , au miKen de laquée en a pfanté aoKderaeBt un poteau. Le bœuf est attaché k ce poteau par une eorde toute neuve, pendant que les assistants, hcummes et' femmes , se tiennent alentour chantant la cbanaon du jour; puis un homnu), habillé de vêtements tout Uanos , se présente, brandit sqa \oa% couteau et le kii eofeoce adroitement dans la nuque, à la jonction de la mo^te épi-nière, aussi prestement que le ferait le plus habile matador des Gaatilles. Le bœuf tombe à Tinstant au bruit den ert& de joie; en no ctin d'ceil le cou est tranché, b poiHi tiH levée, et le bœuf est dépecé en quatre parties, qui, piaoées sur un linge blanc, sont portées solennellamQnt dans le lien destiné aux provisions de la noce. Le même son* , on danne un grand repas dans la maison du futur à tcwis ks ittvités, et la nuit se passe e^ chants et en danses.

Le dimanche, après un repas général du matin, on se Repose à parthr en grande pompe pour conduire le futur à 9a feture, et ramener celle-ci dans la demeure de son époux. A la tête du cortège sont placés les papas aux lon«« gue» barbes, montés sur âfi bons mulets; derrière oux s^aiancent à chef al les archontes du village et les grands parents, moins le pèi'e du marié , qui reste h la maison et délègue pour ce jonprll ses fbnctians au nounos ou corn-» père ; puis, après les notabilités, vient la masse des conviés, généralement vêtus de blanc en Roomélie, et presque tons montés sur des chevaux ou des lues. £n dernière ligne s'avance à pied le futur , la mangoura de berger en main, comme signe de son noble état de pasteur. A ses côtés marchent aussi ses deux assistants : à sa dr<ttte, le natmos

NOCE GRECQUB. 335

oo parraia qui romphce soa père \ h sa gauche , 1« fr^o* fait (adelfthapoiàfos) , lenàpUssant Tofiice du garçoo «te iHM^ea dans ooa campagnes ; il porta el fait flotter au-desM^ de la \ètç de son ami uoe bauoière sur laquelle est t»*od4e iwe vaste eroii greeque, et qui est couverte de i^lrlaudo» 4e fleiirsi.\a marebe est iermée par toutes les jeuaes fiUe» Bon mariées du village, i pied, avee leurs plus beauy atouvs et chantaut tout le loog du cbemiu la cbauiKMi dt la oiariée. L*air, le i»ouveme»t et les paroles de cette sim* pie Qt sraeieuse ciianson me rappelèrent oos chauts popu* îaîres du Béarn et ceux de Bre(ague daus les m&vem ecea* sioos; car c'est k ce moment de la cérémoeie uiiptiale que j'avais reneoutré mes paateurs du Kntoûs près de Cbé« ronée,

Ati^ rapide ei^curaioD d'autiquaire terminée, je me hUai de Fejoiâdre tes pasteurs avaut leur arrivée da^is le haiaeau de Méra, aQu de ue rieu perdre de la fête. \ uotre appro* che de IKIéra , notre présence fut am»oacée par les inslriiH ments de musique et les 'poiy^hronia ^ des habitants dt Méra, qui nous atiendaienit. Nous descendîmes tous de c^val devant la tente de la mariée. Ses compagnes noij^ aceoeillireot avec des chansons qui, célébraient la bienve** nue de tous; a^is la mariée, enfermée dans sa tente , ne se «aentra pas. Quand nous fûmes tous arrivés , le futur fut introduit avec ses deux acolytes, le nounos et Tadel*» phâpoiètos , et nou» le suivîmes toiis processionn^kment , immi le tour de la tente à Tiniérieiir, et ressortant par la mâma porte, car la tente n'aurait pu, \ beaucoup près^. QOttS contenir tous \ bi fois. Un spectacle curieux s'offrit 1 moi dans Tîntérieur. Des deux côtés, depuis la porte d'en^ trée jusqu'au fond, se tenaient debout deux baies déjeune» fiiks paréos de leurs plus brillants atours, et chantant en^ semble la chanson du jour, car chaque jour, chaque céré**

* Cri qui répond à nos vfvatft et signifie : vivez beaucoup d'avh nées*

inonie a sa chansoa particulière. Toat à rextrémité, sar un tabouret assez bas était assise la future, entourée de sa mère et de ses sœurs et amies. Sa tête et ses épaules étaient recouvertes d*un épais voile ou plutôt d'un châle , et sur sa tête était posée une large coupe d'argent La chambre n'était éclairée que par quelques brandons allumés derrière la mariée. Nous défilâmes tour à tour entre ces deux haies de jeunes filles, et en arrivant devant la mariée, chacun de nous déposa dans la coupe placée sur sa tête , une petite pièce d'argent ou d'or, antique ou moderne, turque, grecque ou française. Les pièces d'or et d'argent recueillies ce jour-là sont ensuite percées , passées dans un fil d'argent et ajustées de manière à former un bonnet fort gracieux » composé parfois des monnaies antiques les plus rares.

Pendant ce temps , on préparait un repas en plein air pour les hommes. De grandes nattes de sparterie furent jetées sur l'herbe ; autour de ces nattes chacun déposa de petits tapis repliés ou sa taiagani pour s'asseoir à l'orientale. Quant à moi, eu égard à mes habitudes franques, on m'apporta un bât de mulet qui fut recouvert de deux épaisses et longues talaganis. De grandes jattes remplies de morceaux de mouton bouilli, des œufs, du fromage, quelques fruits et du yaourd (espèce de lait caillé à la turque) composèrent le menu du repas , et les tzitza de bois remplies d'assez bon vin circulèrent à la ronde.

Comme ces cérémonies nuptiales devaient se prolonger encore pendant plusieurs jours , et que je voulais arriver ce soir-là même au monastère de Saint-Luc , je remerciai mes hôtes et leur annonçai mon départ ; mais je n'avais pas encore aperçu la figure de la fiancée , qu'on me disait être fort jolie , et je ne voulais pas partir sans l'avoir vue. Si j'eusse voulu attendre qu'on l'emmenât du village , ma curiosité sur ce point n'eût pas encore été satisfaite , car alors même elle devait porter son épais voile sur la figure. Je demandai donc , en faveur de ma qualité d'étranger et de ma curiosité de Français , à être admis à voir la figure

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