LE PIRÉE
deux lions colossaux auxquels le Pirée a dû le nom de Port-Lion sous lequel il était connu au moyen âge. Ces lions sont aujourd'hui placés à l'entrée de Tarsenal de Ye^ Dise, au milieu d*autres morceaux antiques qu*y a transportés le péloponnésiaque François Morosini lors de sa conquête de la Morée sur les Turcs en 1686. Quant aux piliers du Pirée , ils sont veufs de leurs lions antiques et ne por* tent plus que deux lanternes.
Le port du Pirée est petit, mais bon ; les vaisseaux de ligne peuvent y mouiller. 11 y a dix brasses et demie d'eau sur un fond de vase. Quelques bâtiments marchands, plusieurs bateaux à vapeur français et autrichiens, et i'Othon, grand bâtiment à vapeur du roi de Grèce, animent ce joli petit port. En i83/i le Pirée ne possédait que cinquante-six petits bâtiments marchands mesurant 268 tonneaux . en 18^0 il avait deux cent vingt-six bâtiments marchands mesurant 3,721 tonneaux ^ La ville nouvelle s'étend à partir du port de Munychie jusqu'au Pirée. En 183^ il n'y avait sur ce terrain qu'une seule maison et huit magasins construits en bois , en 18^i0 on y comptait déjà quatre cent cinquante maisons de pierre et une population de deux mille deux cent soixante-quinze habitants. Beaucoup de ces maisons , vues du port , semblent jetées çà et là un peu comme au hasard et sans que rien les relie entre elles et prépare des rues , c'est un essai de ville plutôt qu'une ville ; mais enfin il y a vie, mouvement et progrès.
En prenant son numéro dans le catalc^ue des nations
' * Voici la rapide progression de cet accroissement :
— 56 bâtiments portant 266 tonneaux.
civilisées de l'Europe, le nouvel État grec ne poovàR manquer de se conformer aux habitudes de ses anciens. Autrefois, dit-on, c'était à des potences bien garnies de leurs cadavres flottants , comme j'en ai vu long* temps près des docks de Londres , qu'un voyageur reconnaissait un pays civilisé ; ce sont aujourd'hui les bureaux de douane et de police, ou de passe-ports, qui sont la mesure de la civilisation des terres inconnues , aossi la Grèce s'est-elle bitée d'organiser sa gendarmerie, ses bureaux de police, sa quarantaine et ses douanes, A peine a*t*on mis le pied sur. la terre hellénique, qu'on appartient aux préposés de la santé qui vous transmettent aux préposés de la police qui vous renvoient aux préposés de la douane ; et ce n'est qu'après que votre personne et vos eifets ont été minutieusement enregistrés, timbrés et taxés, tout à fait comme dans votre pays , que vous êtes enfin rendu è votre liberté d'action* Il y a peu de restes antiques au Pirée. Il faut cependant aller voir sur la colline située au-dessus de la ville actuelle les ruines ou plutôt les fondements du ternple de Neptune, les restes du bâtiment qui servait à décharger les blés, et le tombeau de Tbémistocle, dont une colonne renversée gtt en bas baignée par les flots»
Cinquante voitures de toute forme et de toute grandeur vous attendent et vous sollicitent pour vous conduire du Pirée h Athènes, qui n'est qu'à deux lieues de là. Voitures anglaises, russes, .françaises ; calèches, berlines, drôschki, tilbury, cabriolet, char-à-bancs , y compris même l'hum** ble coucou exilé de Sceaux et de Montmorency, vous trouvez là de tout : diplomates , consuls , voyageurs du nord comme de l'ouest , voilà les fournisseurs du marché aux voitures d'Athènes. Les raccommodages se font ensuite comme on peut , dans un pays où on ne sait encore travailler ni le fer ni le bois. Quant aux cochers, ils s'improvisent avec une merveilleuse facilité. Le matelot sans emploi quitte momentanément le gouvernail de sa barque pour essayer le gouvernement d'un cheval syrien attelé à