MONASTERE DE SAINT-LUC
toors sor les flancs du précipice est d*an fort bel effet, mais je ne pus jouir loug-temps de cette ?ue. Le vent était si YÎoleot que, bien que je me cramponnasse sur mon cheval en offrant à l'ouragan aussi peu de prise que possible , et que mon cheyal se cramponnât lui-même de son mieux, plusieurs fois nous fûmes sur le point d'être renversés Tun et Tautre da haut de ce mur de rochers; et ce sort eût infailliblement été le nôtre au premier détour sinueux qui eût laissé plus d'action au vent , si je n'eusse pris le parti de tromper l'ennemi. Je tournai donc la colline orageuse pour qu'elle me servit elle-même d'abri , et j'arrivai sain et sauf au célèbre monastère de Saint-Luc.
L'hégoumène (abbé) était pour le moment en inspection dans une de ses metochi ou fermes , mais l'économe et le portier, deux dignitaires, m'accueillirent à merveille et se chargèrent de me faire les honneurs du couvent Le portier est un grand et vigoureux moine qui a fait la guerre de l'indépendance , s'est fort bien servi du mousquet, et, pour faire une bonne œuvre de plus, a tué ses deux Turcs. Il ne faut pas toujours croire que tous les Turcs tués dans les récits des Grecs aient pour cela cessé de vivre. Tout Grec, brave et hâbleur comme un Gascon , veut avoir tué au moins sa dizaine d'ennemis dans chaque bataille , et le nombre des batailles , dans leurs récits , ne le cède pas au nombre des ennemis anéantis : de telle sorte que dans ces milliers de combats il serait tombé des millions de Turcs, beaucoup plus de millions qu'il n'y en a jamais eu dans tout l'empire. Mais mon moine était un vigoureux jouteur beaucoup plus capable d'en avoir tué dix que deux. Agenouillé devant ma table après mon dîner, son chapelet en main , pendant que je me reposais sur Un lit de camp et fumais mon chibouk, il me faisait bonne compagnie et me ncontait éloquemment l'histoire de son pays, celle de son couvent et la sienne. Dans toute sa conversation pleine de feu éclatait un vif amour pour l'indépendance et la liberté 4e sa patrie et uqe affection iraisonnée pour les Français,
441 GRÈCE COXTtllEl«fALÉ «t ItOltÉE.
Les autres caloyers ( moines) qai Tldtent me rendre visité lâanifestèreiit la même sympathie que mon belliqdétit ca^ loyer pom la gloire et la grandeur de la patrie gretqtie, et ils nourrissaient tous là même affection pour la France. Nos moines cMholiqttes sont une milice qui ne prend part qu'aux intérêts et aux combats de Rome, leur vraie patrie i les moines grecs ne cessent Jamais d'être citoyens i ils partagent toutes les passions dé leurs cmnpatriôtes , et leurs intérêts se marient et se confondent avec les Intérêts Ah sol ; car, d'après Pinstitutiott de saint fiasile , qui régit les monai^tëres grecs , tous les moines doivent se Voueir Si la culture de la terre sans êtt-e soumis à la Vie rigoureusement claustrale des nôtres. Hépandôs dans les diverses fermes de leur monastère j conduisant là charrue, maniant la bêche et dit-igeant les sources autour du pied de leurs oliviers, ils ont souvent sans doute toute l'ignorance de véritables [Miysans ^ mais ils en ont aussi toute l'ardeur pâtHotIqne.
Le monàstête de Sttlnt-Luc fUt, dit-oU, fondé par V^m* pereur Romain Lâcapène, qui f^Uâ de 918 à d&A, etpài^ sa femme Thêodora. Il paraît c(ue chacun dés déuit con^ joints était aussi obstiné que divers dans son goût en ma-^ tière d'architecture ecclésiastique t car, au lieu de joindre au co.uvent une seule église, ils en joignirent deux, appliquées l'une à l'autre, et toutes deux sur un plan essentiel* lement différent. L'église bâtie par Timpératrice est un grand et élégant vaisseau, simple d'architecture, et rappelant les anciennes formes helléniques. Le dôme est soutenu par quelques belles colonnes antiques arrachées sans doctte à un temple de Diane , qui était tout voisin de le. L'église bâtie par l'empereur, la seule vénérée aujourd'hui , car l'autre est complètement abandonnée, est construite d'après le plan de Sainte-Sophie de Gonstantinople. C'est une des plus grandes églises grecques que je connaisse ; elle a huit mètres de hauteur sur dix-huit de largeur et vingt-quatre et demi de longueur, en y comprenant le 6éma ou autel. La voûte est ornée d'un beau buste du Christ en mosaïque