DELPHES
branchements avec le Parnasse ou Liakoura. Une demi« heure après avoir monté, se rencontre une petite chapelle située, de la manière la plus délicieuse , tout auprès d'une fontaine d'eau vive ombragée de vastes platanes. II y avait probablement là autrefois une station religieuse pour les pèlerins qui se rendaient à Delphes, car ce chemin semble suivre la route antique. Une fois qu*ou a tourné ces ravins de la chaîne du Kirphis on aperçoit l'entrée de la gorge profonde qui dominait la vieille Delphes. Tout à l'entrée de cette gorge, bien haut dans les montagnes, sur les dernières limites du terrain cultivable et au pied de ces cônes de neige qui donnent une physionomie imposante au front sourcilleux du Liakoura, apparaît, comme une vigie atten-v tive, le bourg d'Arachova. Quelques noires forêts de pins semblent posées auprès du rivage de cette sorte de glacier comme une digue destinée à arrêter l'invasion des neiges. À Vautre extrémité de cette gorge, bien haut aussi, au pied de rochers aux couleurs chaudes de porphyre , est le village de Gastri, bâti sur les ruines de la célèbre Delphes.
Il faut encore deux heures d'une bonne marche de cheval d'agolate pour tourner toutes les collines et les remonter jusqu'à Gastri, que l'on conserve presque toujours en vue; mais à mesure qu'on s'en approche la vue devient à chaque pas plus belle. Dans les parties inférieures des collines on traverse de courtes vallées bien plantées et bien arrosées, en suivant de l'œil la fraîche vallée du Plistus. Dès qu'on est parvenu sur le haut des collines on aperçoit la baie de Salona , le golfe de Gorinthe et, dans le lointain, les montagnes du Péloponnèse. En se rapprochant un peu plus la mer se dérobe derrière les ctmes du Kirphis et on se trouve dans une enceinte de hautes montagnes et comme isolé du reste du monde. Ge devait être un beau spectacle que d'apercevoir de là , aux jours solennels , les processions antiques se déployer à la fois des deux côtés opposés en arrivant par mer à Grissa et par terre du côté d'Arachova. Dès les premiers pas sur ce sol sacré on passe
S50 GRÈCE CONT^liBBiTAI'E ET MOREE.
i traveri 4e» tooi))eiqi. Les m^ ayai^nt éiô ^igég sur celte partie de la route, cpinme iiq chrétien des andeos jours eut fait ériger le m^ près ^e Jérusalem ou dans in vallée de Josapbat ; les autres oot été entraînés dans I9 cloute des rochers supérieurs, dont les énoripes fragmei^t^ gisent dispersés aleqlour ; ^t p^rmi ces roct^ers V^nii^ quairc exact peut rechercher la place de la pierre qu*Qo donna H dévorer à Saturne, et que (es anciens otontraient au-de98U6 du tombeau de i^éoptolème. Un peu plus haut, çn se rapprochant toujours , est un {(unaense tombeau re* levé sur sa hauteur et tout ouvert , cqn^me si le mort qu*il contenait venait d*en sortir en le brisant. LUntérieur représente comme une porte eptouré(i de gros clous, Il n*a pas fallu moins qu*un des violents tremblements de terre si fréquents ici pour arracher et précipiter d'aussi éuormes fragments de rochers que ceux dans lesquels étaient; dépôts ces tombeaux. C'est un tremblement de terre d^ ce genre qui épouvanta le Qrenn gaulois, notre fiucétre , et 9es plu$ fiers soldats, au moment où, Tan ^79 avant J. -G. , ils s'avancèrent par les Thern^opyles pour piller les trésors dM temple de Delphes. Les tombeaux vont toujours se continuant ^ns interruption jusqu'au monastère de 3aint-Élle, mais tous ont été ouverts ; de tous on a arraché les ossements qui devaient y reposer en paix, La soif de Vor ches les uns et pour les autres le désir de posséder quelques objets antiques, une bague , des boucles d'oreille^, un hra? çelet, ont amené la violation de tous les tombeaux anti* ques et coptinueront ^ amener la violution des tombeaux qui restent à fouiller. En vain a«t-on construit des monu- UPients 9ussi nobles que le tombeau 4es Atrldes ^ M y cènes, ayssi imposants que les pyramides d'J^gypte, pour re-t cueillir les cendres de sa famille ; en v^n a-t-on creusé les rochers les plus âpres et les flancs les plus inabordables des torrents, détourné même les fleuves pour s'y creuser un i^sile inviolable : tout a été fouillé , ht poussière des géncretiens çntique^ a été jetée siux ve^ts par les génératioivi
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qui les ont suivies , et celied-ci épfolilrétotlt à lettr tottr le fflêffle sort de là part de leurs descendants.
A quelques pas au delà dd monastère de Sâint-Élie cdule nue petite rivière qui a une bien iioble s(îtircei Bile sort de la fontaine de Castalie» placée un peii au-dessus i droite de la route. Un torrent descend du Patnassë par une fissure entre deux pits escarpéi^, le pld IftfbpUa et celui d'Hyampeifl» d*où fut, dit-on, précipité le fabuliste Ésope ptf tes habitants de Delpiies. parteuu H rettrànitè de cette fissure étroite le torrent est recueilli dans tin court passage yoûté et s'écoule dans un bassin carré , efetisé pâi* la nature udi^ine dans le rocher, mais agrandi un peu de main d^honitne^ de bassin, qui a euTirott trente pieds dé IdBgueur sur dit de largeur , renferme la célèbre ion-' taihe de Clastalie, dans laquelle se baignait la P]^tbie atant de rendre m» oracles. Elle est couverte aujourd'hui du plus bean m du didlleur des cressoris^ dont je ne manquai pas de me faire faire une salade en Thonneur d'Apollori et de la Pfthie. Ao-'dessoils de la fontaine de Castalie , sur le fiant* d'un reeher d'une hauteur perpendiculaire de plus de cent iMte, sont creusées trois niches. Celle du milieu « qui est la {dus grande, renfermait probablement une statue d' Apol* ton, et les deut autres les statues du dieu Pan et de la nymphe Castalie. Une quatrième niche placée à droite est fermée par une petite enceinte de murs et transformée en une chapelle dédiée à saint Jean, qui aura sans doute 8uc« cédé à VHetonni consacré à Antinous. La religion chré« tienne â par toute la Grèce établi ses autels sur les lieux mêmes sanctifiés par le respect antique , et le sentiment religieux du nouveau cuhe s'est trouvé fortifié du respect religieux long-temps porté au culte ancien. Assis sur un rocher au tourmare de ce torrent , au bord de la fontaine de Castalie, qtte deux rochers formidables resserrent d'un côté tandis que l'autre s'ouvre sur une vallée profonde , véritable soliliide fermée de tous côtés par des montagnes fort Ken coupées , je pouvais concevoir sans peine f im-
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presfiioD de respect religieux qui devait saisir rimagiaatioii des visiteurs et les disposer à recevoir avec plus d'autorité les décisions de i*oracle.
Aquelques pas au-dessous de la fontaine de Gastalie commence le village de Castri, qui pourrait bien avoir pris ce nom d*un château franc placé dans ce lieu pour défendre le passage. Il couvre l'emplacement du temple d'ApoUoa et de plusieurs autres temples. Un peu au-dessus, on aperçoit les degrés de marbre du stade , les restes de théâtres, du gymnase et les ruines de plusieurs monuments. De là on avait en vue Crissa et le golfe de Gorinthe ; c'était la partie sacrée et monumentale de Delphes. La partie profane et habitée était à mi-côte , et l'emplacement consacré aux jeux et aux luttes était plus bas vers la plaine et près de Crissa et de la mer. Tous les terrains, depuis le bas du ravin où coule le Plistus jusqu'en haut de la colline sur laquelle étaient construits les temples et les monuments publics, sont encore soutenus par des terrasses de construction antique , étagées avec soin et qui servent de terrassement aux excellentes vignes de Castri ; car le coteau de Delphes n'est plus renommé que par son vin chaud et l^er à la fois. A cette industrie légitime les habitants actuels de l'antique Delphes en joignent une autre beaucoup moins r^ulière , celle des fausses antiquités. Tout voyageur ou tnitordi^ ainsi qu'on appelle ici tout étranger qui court pour le plaisir de courir, est sûr de trouver tout ce qu'il demande. Veut-il de vieux bronzes , de vieilles médailles, de vieilles lampes, de vieilles bagues, de vieilles pierres gravées, on lui fournira tout cela , fraîchement confectionné à Athènes , \ Syra, ou à Corfou, à l'aide de vieux modèles pour les uns et de pâle factice pour les autres, et déposé quelque temps dans une bonne terre à fumier pour mieux imiter la rouille ou la couleur antique ; on les découvrira même devant vous, si vous y tenez, et les objets d'art ainsi découverts iront ensuite, en Allemagne, en France et en Angleterre , enrichir les musées de province et les cabinets des ama-