‹ La Grèce continentale et la MoréeChapitre 37 sur 68 · LE P£TIT ROUGBT SORCIER. S · texte numérisé non relu

LE P£TIT ROUGBT SORCIER. S

trouvait aussi de se rendre aux ordres du roi. Celui-ci tâcha d*abord de réfiter ; mais , voyant qu'il était forcé de le Taire, il vint défiler comme les autres sous les croisées du palais. Mais la priDcesse, qui le remarqua dans la foule, lui jeta aussitôt la pomme , et le roi ordonna aussitôt à la garde de le saisir et de le faire monter au clià« teau. Arrivé en la présence du roi , et quec^^ionné sur sa naissance et sur le motif qui Tavait porté à la bonne action qu'il venait de faire, le jeune homme répondit simplement : qu'il était étranger, et, qu'ayant appris dans cette ville le malheur auquel elle se trouvait exposée , il avait aussitôt conçu et exécuté le projet de guérir la princesse du démon qui la possédait, au risque de sa propre vie. Le roi , charmé de la hardiesse du j«une homme , le remercia en lui rendant de grands honneurs , et lui proposa la main de sa fille ; mais celui-ci la refusa nettement , alléguant pour motif le désir qu'il avait encore de courir le monde. Le roi sentit une vive douleur de la réso* lution du courageux voyageur ; mais, ne voulant pas contraindre les goûts du bienfaiteur de son royaume, il lui permit départir, après l'a* voir comblé de présents. Le jeune homme, après un assez long voyage, arriva dans une ville plongée dans le deuil ; il en apprit bientôt la cause. Cette ville était privée d'eau à cause d'un monstre qui en sur* veillait la source, et empêchait les habitants d]y puiser. Pressés par le besoin, les habitants étaientdans l'usage de désigner au sort tous les ans une iille parmi les plus jeunes de la ville et de l'abandonner à la voiacité du monstre, qui, alors tout occupé de sa proie, donnait assez de temps aux habitants pour faire leur provision pour toute l'année. A cette nouvelle, le jeune homme, passionné pour les grandes et périlleuses entreprises , et mu par un sentiment de oom* passion pour ces victimes innocentes que le besoin général arracliait à la vie , à la fl^ur de l'Age et par les plus terribles tourments, résolut de rester près de la fontaine jusqu'au moment où le monstre sortirait de son repaire pour dévorer la jeune princesse; car c'était sur la fille unique du roi qu'était tombé ce sort malheureux. Il resta donc jusqu'au moment où la foule se dispersa; et lorsque la jeune fille fut tout à fait seule il s'approcha d'elle, et lui dit de se retirer pour qu'il la remplaçât : mais elle répondit que c'était impossible , car elle avait pitié de lui ; et que d'ailleurs tout le monde dirait eni>uite que pour les autres filles il ne s'était pas trouvé de défenseur, et que, pour elfe qui était fille de roi, il s'en était présenté. Mais le jeune homme, épris de sa beauté et charmé des sentiments généreux qu'elle montrait d^ns un danger pussi imminent, fit tant qu'il finit par lui persuader de partir et de retourner chez son père. Quant

à lui, il se mit à l'entrée de la fontaine, attendant l'arrivée do mon*

i78 GRÈGE CONTINENTALE IT HOREE.

fttre, qui avait i peine montré sa (été liors de la source, que VinitépMe jeune homme fondit sur lui Tépée à la main et lui coupa la tète. Il ouvrit aoBsItdt la gueule do monstre, en détacha les sept langues qu'elle avait , les garda et Jet> ^ ^^^^ ^^ milieu de son chemin efi rentrant dans la ville. Un mallieoreui charbonnier, passant prèn de là, trouva la tdie et a*eu «impara ; ayant rencontré aussi la princesse sur le chemin de la ville, et l*a)fant reconnue, il la prit avec lui et fa contraignit, sous peine de la mort la plus prompte, à lui jofer qu'elle assurerait que c'était lui qui était son libératettr, qu'il avait tué le monstre , et quoi par reconnaissance, elle le voulait pour épotlx. La malheureuse princesse, ftircée de laire ce triste serment, refotimsi chex son père, qui, à la vue de sa fille Irien^aimée, rendit grâces à Dieu et demanda où était sou libérateur pour le récompenser. Elle répondit que c'était le charbonnier qui tenait la tète do monstre , et pria son pève de le lui aoconier pour épout. Le roi , quoîqtte bien (âché du clioix de sa fille, Ue put le Idi remiser, car fi Itil avait sauvé la vie, et 11 commença à préparer les ttoces et k fuire de grandes Invitations. Le Jeune homme, éionhé de tt qui se pas* sait, voulut voir de ses propivs yeox l'imposteur qui trompait aussi impudemment tout uti royaume* Il se procura ddno^ eiifrée an palais^ où 11 se fit présenter au futur de la princesse; mais, à sa grande surprise, il vit un homme grossier^ notr, et tout à fait in* convenant pour la fille d*uii roi. Plein d'indignaliofl, il lu) dessanda où était la tète du monstre qu'il avait tué , disfllit qu'il était curieux de la voir : l'imposteur courût avec la plus grande effronterie dans ufl autre appartement et la loi montra comme en triomplie ; mais k jeune liomme sortit de son manteau les sept langues » et « les elostaMt à la gueule du monstre, pria le roi lui«niém« de venir examiner cette télé et de se rendre ]uge dans cette afiaire» Le roi étonné de cette contestation fit veair sa fille, et lu menaça de sa malédiction si eiie ne lui disait toute la vérité, et quel était en effol le véritable exterminateur. La prinoesae se vit alors forcée de conveatr de tout, d'autant plusqu'elle cra gnalt de se voirengagée à un liomine tout à fait indigne de son amour. Le roi fit aussitôt exiler le cliar« bonnier, ne voulant pas le punir plus sévèrament dans un jour de si grande réjouissance pour sa famille et pour tout son royaume | et il unit sa fille à son véritable libérateur, qui en était éperdûment anaoureux. Plusieurs jours se passèrent daus les réjouis-> sauces* La princesse , qui n'abandonnait pas im seul moinent sou époux , voulant un jour ae baigtier, lui proposa, pendant sOn ab^ senoe, d'aller se promeuer dans les appartements du cliAtean qu'il D*«vailp«a euuore vus) il y eouseutit, eti s'avan^nt daua i'Hilé*

1% PKTIT ROUGET SOliCIKm. H/O

rieur, il remarqua un corridor à t'eiitrénaité duquel était une porte : il l'ouvrit» et?it4 son grand étoiinenient une plaine trèa^vaste, remplie de marbrea, perlant une forme haroaine; cette vue Té* tuDoa sans qu'il pût découvrir ce que cela signifiait. Se trouvant dan^ cette perplexité, il vit arriver une vieille fomrae qui resaemblait k unfi fée. Il s'en approcha, la aaNia avec heaueoup de respect, et sur son invitation il s'assit à côté d'elle pour se délasser, dans Tespoir d'apprendre ce que signifiait cette multitude de statues de marbre. La vieille lui offrit une baguette qu'elle tenait, pour Taider à s'asseoir; il la prit avec la plus grande confiance, et resta aussitôt pétrifié comme les autres. La princasse, de retour cliez elle et ne trouvant pas sou mari dans ses appartements, le fit en vain chercher dans tons les envirao^; çlle ftoupçoppsi, mM^ Vop lard, qu'il était tombé dans le piège de la vieille fée, dont elle ne lui avait pas dévoilé les secrets. Mais laissons ipi celte qoalbeureuse pripcçsse pleurer sou époux victime de ^n imprudence^ et voyons ce qui se passa pendant tout ce temps dans la maison du pécheur. L'autrç ffla qui soignait tons les jours les deux cypiès vit tout d'un coup l'an d'eniL ae fi^ner et incliner sa olme; il soupçonna aussitôt la mort d« aoo ftira, ou du moins qaelqué grand danger, et aedéeid|i À monter à cheval et k «uivre l9s traces de ^n fràre dans l'espoir d'aiHr river à temps pour le secourir. Arrivé ddos la ville qui avait été témoin des premiers exploits de son frère, il y trouva le roi et le peuple reconnaissants de tout ce que son frère avait fait pour eux , et 11 s'informa bien de la route qu'il avait prise depuis. Ayant tout sn en détail » il eoumt se présenter au palais de sa belle*sœnr, où il apprit «usai racoident qui ét^it arrivé h son frère- Malgré toutes les objections que lui faisait le roi , i| s^ rendit aussitôt dans le palais de la vieille fée, et parvint, à force de rechercher dans Id foule des marbres h trouver celui qui avait la forme de son frère. Tandis qu'il s'occupait à chercher les moyens de le faire Tessusciter, s'il était possible, la vieille vint à sa rencontre, et s'assit en lui offrant aa baguette magique pour l'aider à s'Asseoir aussi ; mais ce^ lui-ciy qui s'était bien informé d'avanee d^ sa aupercberie , au lieu de prendre la baguette fit signe à son chien de mettre la vieille en morceaux, et de cette manière il se sauva et en s^uva aussi beaucoup d'autres. S'étant ainsi défait de la vieille sorcière, il entra dans son château et trouva heureusement, parmi les autres choses qui avaient rapport h l'art de la magie, une bouteille dans laquelle il y avait de l'eau de l'immortalité. S'en étant rendu maître , il alla d'abord faire restuaeiter son frère, et puis toua lea autres, dont le nombre était tellement considérable qu'il s'en for ma une nation entière qui le ohol*

S80 6RECB CONTINENT/ILB BT MOREE.

Bit aussitôt pour roi , paisqa'il était leur libératenr à tous. Son frère retourna cbez sa femme, dont le père était déjà mort , et il guccéda paisiblement an trône. Ainsi , les deux frères forent les hommes les plus heureux du monde; et ils envoyèrent aussilôt chercher leurs parents pour passer le reste 4e leur vie avec eux. Voilà de combien de bonheur ftit cause le petit rouget sorcier.

Page 1