‹ La Grèce continentale et la MoréeChapitre 41 sur 68 · LA VISTRITZA · texte numérisé non relu

LA VISTRITZA

un ag(Httte de Patradjik nous indiqua avec confiance un endroit qu'il était possible de franchir à cheval. Un fond de cailloux plus petits , recouvert seulement de deux pieds d'eau» indiquait le point de séparation des deux branches du fleuve, et c'était sur ce point qu'il fallait se diriger pour trouver chacune des deux branches plus traitable séparé* ment que toutes deux ne l'étaient après leur réunion. Tout alla fort bien , malgré mon peu d'habitude de franchir de vastes torrents à gué. Je traversai sans encombre la branche principale et le fond de cailloux moins profond qui servait comme d'isthme entre les deux litjs ; et j'entrai dans la seconde branche, que je traversais avec la même assurance, lorsque , parvenu aux trois quarts de nra route et me croyant libre désormais de toute précaution, je voulus tourner la tête en arrière pour mesurer la distance que j'avais franchie. Mes regards s'arrêtèrent sur les eaux rapides que je fendais. A ce moment , voyant le cours du torrent se précipiter autour de moi avec une grande rapidité, pendant que mon cheval frappait les vagues de sa poitrine avec plus de lenteur, je crus, par une véritable illu- Hon d'optique , que mon cheval et moi nous suivions le mouvement des eaux et étions entraînés avec elles. Peutêtre un instant de plus de doute eût amené le vertige et une chute assurée ; mais je me dis à l'instant que, puisque la poitrine de mon cheval était dirigée vers la terre et qu'il continuait à se tenir sans lutte dans la même direction , c'est qu*il avait la force suffisante pour résister au torrent, qui autrement l'eût fait tourner avec violence. Je regardai le rivage, qui n'était plus qu'à une vingtaine de pieds de moi '; mon œil triompha de< cette illusion , et mon cheval arriva en effet avec assurance jusqu'au but. Les deux autres branches étaient beaucoup moins périlleuses à traverser ; et j'étais d'ailleurs bien instruit maintenant qu'en franchissant un fleuve il ne faut pas s'amuser à regarder couler l'eau sous soi, mais fixer son regard sur le rivage. Une chute au milieu de ces courants et de ces rochers se-

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raît une assez rude affaire, même poar on grand nageur, car le cours est bien rapide et les rochers bien aigus , mais malgré les hasards il faudra continuer long-temps encore à trayerser la Yistritza à gué. Il y a trop peu de voyageurs sur la route et trop peu d'argent dans la province pour qu'on songe aux frais d*un pont.

A peu de distance des rives du fleuve , nous rencontrâmes un campement de Grands- Vlaques au nombre d'une cinquantaine d'hommes et de femmes réunis sous Tombre d'un grand frêne. J'envoyai un de mes gendarmes leur demander s*ils avaient du lait frais à me vendre. Â l'instant même arriva près de moi un homme à cheveux blancs , mais plein de vigueur. Il apportait une immense jatte de lait, et était suivi d'un berger, plus jeune, portant une autre jatte non moins énorme de yaourd récemment fait. Je bus avec le plus grand plaisir, sans descendre de cheval, une large quantité de lait, et fis distribuer le yaourt et une autre jatte de lait à mes gendarmes, pali i cires et agoîates. Quand toutes les jattes furent vides , je voulus donner quelques drachmes au V laque si complaisant ; mais il me répondit , sans affectation de fierté : que le lait était une chose que l'on donnait avec plaisir à l'étranger mais qu'on ne lui vendait pas sans que cela ne portât malheur; que si moi ou les miens nous désirions encore lait et yaourd il y en avait dans leurs tentes à notre disposition , mais qu'il me priait de ne pas les blesser en leur offrant de l'argent. Tout cela fut dit fort modestement , fort poliment, mais fort nettement. Les Grands-Ylaquessont presque toujours de bonnes gens, et, malgré leur existence nomade, ils ne se mêlent guère à la vie klephtique et vivent tout à fait de la vie de famille. Je m'approchai alors des tentes prèsdesquelles ils étaient réunis, les priai d'accepter mes remercîments de leur gracieuse hospitalité, si honorable pour le caractère du berger vlaque, leur serrai les mains avec amitié , leur fis faire une large distribution de labac et de papier à cigarettes, et, charmé de ce petit épisode de ma journée, je me remis en

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