‹ La Grèce continentale et la MoréeChapitre 42 sur 68 · THE8SALIE · texte numérisé non relu

THE8SALIE

route vers Palœo-Vracha , où j'arrivai vers trois heures de l'après-midi.

Le lieu me plut , et je résolus de m'y arrêter jusqu'au lendeoiaiu matin. J'avais été tenté par l'ombre d'un vaste platane, admirablement planté près de l'églisedu village, et je mis pied à terre pour me reposer sous son abri et y passer la nuit. Mais l'aspect et la situation d'une cabane voisine lui assurèrent bientôt la préférence; et, moitié du gré du propriétaire, moitiéde force, j'y établis mes pénates, ou, comme on dit ici, mon konaki (logement militaire). Elle est bâtie au milieu d'un jardin le long duquel coule, à quelques pas audessus de la maison , un petit ruisseau retenu par des bords élevés de gazon qui le renferment comme un canal. Audessus de son cours tranquille, des arbres fruitiers de toutes sortes versent leur ombre épaisse sur ses rives ; et ce verger s'étend sur tout le terrain qui sépare le ruisseau de la maison. De l'autre côté la maison s'appuie sur un ravin profond dans lequel coule un torrent , et Tétroit sentier qui borde le ravin va se perdre au milieu de prairies en pente couvertes de moutons , de chèvres et de toutes sortes de bestiaux. Au delà la vue s'étend sur un vaste horizon terminé par de belles montagnes boisées et par quelques pics neigeux. Je fis placer une petite table appuyée sur les deux rives élevées du ruisseau et me mis à lire, à rédiger mes notes et à rêver à mes amis sous l'inspiration de ce délicieux paysage.

Il avait fait une très-grande chaleur dans la journée, et en examinant l'horizon j'aperçus les signes précurseurs d'un orage. Bientôt le tonnerre se fit entendre de la manière la plus harmonieuse , répété par tous les échos des montagnes ; puis de larges gouttes de pluie tombèrent par intervalle. Je me vis forcé de quitter mon petit établissement le long du ruisseau. Devant la maison , sur le bord du ravin , à la lisière des prairies , était une sorte de petit parc ombragé d'un grand arbre et entouré d'un treillage de claies à l'abri duquel les troupeaux venaient se réfu-

gier pendant la nuit Je le fis nettoyer fort proprement , et j*en fis enlever la porte. Le grand arbre qui l'ombrageait me servit de point d*appui pour disposer partout, au-dessus de ma lête, des claies qui venaient s'appuyer sur de longues perches plantées le long de la clôture, et que je fis recouvrir d*une épaisse couche de feuillage comme d'un toit. A l'intérieur je fis étendre des tapis. Un bât de mulet, recouvert de mon manteau, me servit de sofa ; de forts- rameaux plantés en terre soutinrent une claie plus petite qui me servit de table. En peu d'instaqts , mon installation fort commode fut terminée. Les arbres étaient touffus dans le voisinage , et mes gendiirmes étaient habiles h faire tomber les branches et à écarrir les épieuK avec leur courte épée. Je pus donc reprendre presque sans intervalle iuce rêveries et ma lecture au bruit d'une bonne chaude pluie qui reverdissait les champs. L'orage dura peu , et le ciel reprit sa sérénité.

Pendant ce temps mes pallicares préparaient le repas du soir. Le berger du haiDeau voisin m'avait vendu d'eicel-' lents agneaux : le feu s'alluma en plein air. Pendant que les uns égorgeaient les agneaux , les lavaient dans le torrent, et les préparaient en artistes habiles, d'autres taîK laient les broches et se disposaient à les garnir. Une heure après, deux excellents agneaux étaient rôtis et servis. Je ne fus privé ni du luxe d'un fort bon café fort chaud, ni d'une parfaite boisson au citron contre Thuinidité du soir, qi de la longue pipe qui fait passer les heures. Assis jusqu'à dix heures du soir à quelque distance d'un pittoresque brasier pétillant , et entouré d'hommes aux divers costumes , respirant comme moi avec délices la fraîcheur du soir, les heures s'écoulaient rêveuses et rapides.

Pour la nuit mon établissement ne fut ni moins facile ni moins délicieux. J'avais rendu aux moutons, qui rentraient de toutes parts au bercail, la propriété de leur parcde claies et je m'étais établi sous un grand arbre, fumant, assis sur une couche épaisso de ftuillagc. Mes gendarmes etstratiotes

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doublèrent cette couche pour la liait , et étendirent par* dessus bon nombre d*épais cabans et de talaganis de manière à me représenter ie plus moelleux des matelas. Mon porte -manteau, bien enveloppé d'une talagani, représentait le coussin. De longs pieux plantés aux quatre coins soutenaient une claie de laquelle pendait à demi" hauteur mou large manteau et mon roackintosb, en forme de demi-rideau, pour détruire le mauvais effet de la rosée de la nuit , tandis qu^un large feu, bien entretenu à quelque dislance, éloignait de moi les mousquites et autres animaux malfaisants. iVIon établissement eût fait envie au plus délicat de nos épicuriens. Aussi en profité--je avec dé* lices et y passé*je la plus douce des nuits.

Dès quatre heures du matin , pendant qu'on donnait de Tor'geà mes chevaux, je contemplais le berger qui, comme un autre Folypbème, faisait sortir une à une ses brebis du ber* cail , afin de traire leur lait, et je croyais relire une page de l'Odyssée. Peu d'instants après j'étais à cheval. Huit lieues de montagnes boisées séparent Palœo-Vraca de Laspi ; c'était là dans d'autres temps le repaire d'affection des klephtes , qui de loin pouvaient, sans être vus, sui** vre la marche et le nombre des voyageurs et, après une attaque fructueuse , gagner les hautes montagnes. L'année précédente encore leur audace avait été telle , qu'ils avaient, dans cette même forêt, attaqué une caserne de gendarmerie qu'on venait d'y établir, l'avaient incen?* diée , et avaient tué les dix gendarmes qui la défendaient vaillamment. A un quart de lieue de là, ils avaient aussi brûlé un village entier. Les chasses obstinées faites aux klephtes ont réussi à les faire disparaître pfesque tous, même dans ces parages ; ils ne s'y montrent plus que de temps à autre et par surprise. Mon escorte me prémunissait contre le danger d'être enlevé ainsi , et d'être mis par eux à rançon comme au temps du moyen âge. Ils savent bien que, bon gré, mal gré, les ministres étrangers payeraient pour leurs compatriotes dont la vio serait en suspens. Us en ont agi ainsi

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pour un officier de. mérite de notre état-major, M. Petiet, surpris dans une des gorges du Pentélique, et il ne leur aurait pas été désagréable sans doute d'essayer s'ils ne pourraient pas obtenir quelque légère rançon pour moi. Ces huit lieues de bois offrent les sites les plus magnifiques; souvent de vastes pièces de terre recouvertes d'une herbe épaisse sont semées comme des prairies au milieu d'une lisière de grands arbres ; tantôt on descend dans une vallée calme et bien arrosée par des eaux tranquilles; puis on monte le long d'un torrent par une rive escarpée, audessus d'un plateau qui domine au loin. Tous ces bois et toutes ces prairies sont d'excellentes terres qui payeraient largement les travaux du cultivateur , mais les habitants y manquent partout ; et, comme ce sont des terres du domaine national |et non des propriétés privées , personne ne songe à y défricher et à y bâtir, et jusqu'ici le gouvernement n'a rien fait pour y attirer de nouveaux habitants. Partout où mon œil pouvait s'étendre je n'apercevais pas trace du séjour de l'homme , pas un hameau , pas la fumée d'une seule cabane. De temps à autre seulement j'entrevoyais dans les bois quelques vides occasionnés par les incendies des klephtes. Malgré l'épaisseur de l'ombrage de ces grands arbres , la chaleur était extrême. Je m'arrêtai pour donner aux chevaux un repos de deux heures, et les laisser paître librement dans un grand pré bien vert , arrosé par les eaux d'une claire fontaine : ils sont habitués à passer les nuits à l'air et à n'avoir parfois d'autre nourriture que l'herbe qu'ils rencontrent. Je m'assis sous un grand arbre auprès de la fontaine, sur un beau gazon, et nous fhnes une fort agréable collation d'agneau froid, d'œufs durs et d'oignons crus arrosés d'un vin raisiné un peu chaud mais tempéré par Teau fraîche de la fontaine. Non loin de nous . sous les arbres de la route , étaient placés d'autres voyagf'urs qui arrivaient de Laspi avec leurs mules chaînées de marchandises qu'ils allaient vendre dans les villages plus éloignés. Notre campement était fort voisin de la caserne ruinée

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qui avait été attaquée et prise par les klephtes en 1839. Dès que la chaleur fut un peu amortie , nous nous remîmes en route. A quelques pas plus loin que notre lieu de halte , j'aperçus quelques arbres fruitiers en fleurs. Les pommiers entre autres étaient couverts de belles et larges fleurs, aussi bien que s'ils eussent été soignés par un propriétaire attentif; mais il n'y a plus ici de propriétaires : tous ont pris la fuite ou péri dans l'incendie de leur village, dont les ruines gisent dispersées au milieu de ces champs autrefois défrichés et de ces vergers abondants encore sans qu'il se présente personne pour en recueillir les fruits.

Nous arrivâmes enfin à l'extrémité de cette longue et belle solitude de forêts , auprès d'une caserne destinée à protéger la route, et nous vîmes de l'autre côté du ravin, à mi-côte, apparaître le village de Laspi , que nous laissâmes à notre gauche. L'aspect du pays avait bien changé : au lieu de ces vallées et de ces montagnes si verdoyantes , du milieu desquelles surgissaient d'intervalle à autre les neiges du Kravari et celles de Velouchi ; au lieu de ces ravins où se précipitaient les torrents , je ne rencontrai plus pendant les trois heures qui me séparaient de Carpenisi qu'un terrain brun et jaspeux. On est au pied même du mont Velouchi, qui semble un mont de jaspe à la tête de. neige. Il n'y a aucune beauté , aucune variété dans cette route, et Carpenisi ne s'aperçoit qu'au moment où on tourne la montagne pour entrer dans la ville.

Carpenisi , chef>lieu de la province d'Eurytanie , est un bourg ruiné , bâti sur les rives d'un torrent qui est déjà à sec dès les premiers jours do mai. C'était , dit-on , il y a une vingtaine d'années , une ville assez riche ; mais , pendant la dernière guerre, les Turcs et les Grecs l'ont successivement prise les uns sur les autres, et elle a été dans ces diverses reprises incendiée et pillée. Toutes les grandes maisons un peu considérables ont donc disparu, car ces maisons n'étaient pas de pierre. Les Turcs les plus riches bâtissaient

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de misérables constroctione de bois et de pisé , et croyaient, en les blanchissant bien en dehors et en coufrant an dedans les murs de quelques arabesques à couleurs tranchées, avoir un palais. Il reste à peine trace aujourd'hui de ces maisons turques. Je trouvai le gouverneur de l'Eu* rytanié logé dans une vérilable cabane de paysan, avec un abominable escalier qui mériterait mieux le nom d'échelle, et avec des chambres où les parquets, les plafonds, les portes et les fenêtres ont Tair de vouloir faire un éclatant divorce. J'eus beaucoup de peine à rencontrer dans la vîHe une maison , ou plutôt une chambre composant la maison entière, sans autre clôture de fenêtres qu'un volet à planches mal jointes, et sans meubles , pour m'y étendre sur mon manteau jusqu'au lendemain matin. Ce qu'il y a de plus pénible pour le voyageur en Grèce, c'est d'avoir à pren* dre un gîte dans une ville. À la campagne on se campe sous nn arbre , près d'une fontaine , on s'abrite d'un rocher contre le vent, et on dort solitaire et paisible sous ce ciel pur. Si le temps est mauvais on entre dans une calyvia de paysan, qui s'empresse , lui et sa famille , de vous rendre tous les devoirs de rhospitalité ; et cette hospitalité, que vous pouvez reconnaître le lendemain par quelque légère rémunétion, n'a rien de gênant pour vous. Mais, dans une ville, vous ne pouvez vous arrêter en plein air sans être assailli d'une multitude de curieux bien intentionnés; et, quoique dans l'été la plupart des Grecs pauvres dorment sur*^ un tapis dans la rue pour être plus au frais , vous ne pouvez , entouré de vos malles de voyage, imiter leur exemple, et il vous faut chercher l'abri d'une maison. Vous pouvez là sans doute compter sur la plus cordiale hospitalité ; mais on sent que l'on gêné les gens de la maison s'ils sont riches, et on est souvent gêné, s'ils sont pauvres, par la nécessité de ne pas repousser leurs politesses : bien que ces politesses ne leur doivent pas être matériellement onéreuses, mais plutôt profitables ; car il y a dans les Grecs les plus pauvres un sentiment de fierté et d'égalité qui les rendrait fort

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sensibles à la moindre marque, non pas sealement d'impolitesse, mais de négligence.

Je fis on? rir Tunique volet de ma fenêtre, et me trouvai en présence d*une très belle vue de montagnes ver<> doyantes qui s'appuyaient sur d'autres monts aux sommets neigeux. J'envoyai par toute la ville mes gendarmes etk quête d'une cbaise et d'une table quelconques, qu'ils furent assez adroits pour obtenir. Quant au lit , il ne pouvait en être question ; je doute que le gouverneur lui-même soit pourvu de l'opulence d'un matelas. Charmé de la décou? erte de ma taUe de sapin^ je la fis approcher de la fenêtre et passai le reste de cette belle soirée à lire et à méditer en face de celte scène de montagnes qui me rappelait un peu la délicieuse situation de la maison du célèbre Tschokke à Arau en Suisse; car l'air y était aussi assez vif et très-frais.

Au lever du soleil j'étais .à cheval arec ma nouvelle recrue de gendarmes, car ceux de la veille restaient à la ca-^ serne de Carpenisi et ils étaient remplacés par de nouveaux. Dès les premiers pas je fus témoin d'une reconnaissance entre mon pallicare Costa et un des soldats de mon escorte ; je m'enquis du gendarme et il m'apprit , comme la chose la plus simple du monde , que Costa et lui se connaissaient de loi^ue date pour avoir été klephtes ensem^ ble et avoir fait partie de la bande du fameux Calamata, stationnée kmg- temps dans le Greveno ou OËta et dans les montagnes que j'allais parcourir. Je fus charmé d'avoir un guide aussi bien informé et me mis en marche vers Poursos.

De Carpenisi à Mikro-Khorio la route suit pendant deux heures les rives de l'une des branches diverses de l'Aspro- Potamos , l'Achéloûs, dont la branche principale sort des monts d'Âgrapha et de la chaîne du Pinde; c'est encore un ruisseau paisible qui coule entre des rives fleuries. De toutes parts surgissent pour le grossir de nombreux petits cours d'eau que l'on franchit sur les ponts les plus pittoresques : tantôt c'est un vienx saule dont le tronc creusé

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par le temps sert d*appui à des plaoches qui vont atteiodre l'autre rive avec une pente rapide ; tantôt quelques arbres noueux jetés \ travers des ruisseaux offrent au pied un appui un peu incertain , et à la main le secours de leurs rameaux verdoyants encore au milieu des eaux. On passe constamment à travers des baies formées de roses odorantes blancbeset roses, delilas, de chèvrefeuilles, de coings et de pommiers en fleurs, car les terres sont presque toutes cultivées.

Mikro-Kborio ou le Petit- Village est situé à trois lieues de Carpenisi, sur le flanc d*une montagne, et tout en face de Megalo-Khorio ou le Grand- Village, qui est bâti de Tautre côté du ravin. Le dimarque me fit à l'instant préparer un logement fort propre, afin d'y prendre quelques instants de repos; car de là au monastère de Poursos que j'allais visiter il n'y a plus ni villages ni maisons.

A peine a-t-on quitté IVlikro-Khorio que commence une véritable scène alpine. La petite rivière est devenue torrent, la plaine s'abaisse en ravins; aux champs en culture succèdent des rochers , et devant vous s'ouvre une descente rapide qui aboutit à une montagne plus rocailleuse encore : vestibule approprié à la grande chaîne de montagnes qui vont se succéder pendant tout le reste de la route. On laisse l'Aspro-Potamos devenu fougueux et bruyant pour passer dans l'étroit bassin d'un torrent plus fongueux et plus bruyant encore. Il serait de toute impossibilité de le traverser de ce côté sans le secours d'un pont : aussi , depuis les temps les plus anciens, a-t-on jeté deux ponts de pierre sur ce torrent ; mais leur courbure les rend aussi pénibles à monter que périlleux à descendre. L'arche de l'un et les deux arches de l'autre sont des demicercles surhaussés qui s'élèvent sans qu'on ait pris soin d'en adoucir la pente ni de combler l'intervalle entre les deux convexités; ni même d'y fabriquer des degrés pour en faciliter l'ascension ou la descente, comme cela se pratique à Ve« nise. Ajoutez à cela qu'ils sont fort étroits et ne portent

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pas de parapets. Les chevaux des Grecs sont habitués à tout cela et ne se font pas prier pour passer. Un peu plus loin dans la même montagne, on a imaginé un moyen de transport tout particulier : une ouverture naturelle, à une certaine hauteur d'une roche surbaissée, sert de passage r pour y arriver on se sert d'une corde attachée solidement par de hardis chasseurs à une courbure supérieure du rocher ; le voyageur saisit cette corde; on la balance jusqu'à ce qu'il ait saisi le bon point, comme le fait un saumon qui remonte une cascade, et quand il arrive juste dans Touverture du trou il laisse la corde à d'autres et continue paisiblement sa route. Voilà tout ce qu'ont pu imaginer de mieux les anciens ingénieurs d'Ëurytanie. 11 y a là à travers les torrents 9 au-dessous des précipices, au milieu des rochers dentelés ou fenduâ en longues lames, une série d'émotions suffisantes pour occuper long-temps l'ami le plus chaud des sites pittoresques. Les neiges du Cbelidonia brillent au soleil dans le lointain.

Le zèle religieux seul pouvait dans des temps de désordre ouvrir une voie à travers ces montagnes. Dans les temps antiques, la route pour pénétrer de la Dolopie dans l'Ëtolie et l'Âcarnanie passait sur l'autre revers du mont Arakynthe. C'est aujourd'hui à travers ses flancs les plus escarpés , à travers sa gorge la plus profonde et la plus difficile qu'on s'est ouvert une nouvelle route pour aller de Garpenisi par Yrachori, l'ancien Agrinium, jusqu'à Missolonghi. Du côté de Garpenisi elle a été percée de la manière la plus laborieuse aQn d'amener les pèlerins à la Panagia (Madone) de Poursos, le plus célèbre des icont de la Madone qui existe de ce côté de la Grèce. Si l'on en croit les traditions du pays recueillies par le moine Germanos, voici comment cet icon de la Panagia a été transporté de Pruse en fiithynie au lieu qu'elle occupe aujourd'hui et qui a pris de là le nom de Poursos ou Prousos ou Pyrsos. J 'extrais ces renseignements d'un livre publié par le couvent même. Les habitants du pays n'ont pas manqué de me cer-

tifier presque toutes ces traditions par leur témoigoage» ce qui n'a pu décider toutefois quelques-uns des moines les plus éclairés de ce couvent à leur donner une foi entière.

A Touest de Delonchi on Veloucfai, l'ancien Tymphrestos, aussi bien que vers le midi, s'élè?eat des montagnes moins hantes que le Yelonchi , mais fort «mm»* sidérables aussi, telles que le Kailidrome ou Oxia, le Chelidon, le Malaos on Aninos, TArakiolbe ou Kallikion, etc. , entre lesquelles les chemins sont presque impraticables. L'Acbéloàs a sa source au miliea de ces gorges, et c'est aa sein de ces mêmes montagnes , dans la partie la plus profonde et la plus Impénétrable, que se trou? e le ironastère de Poursos , célèbre par son église bâtie non dans le roc , mais autour du roc, par son icon de la Vierge et anssi par une partie des reliques de saint Clément, évéqued'Aacyre , et par quelques fragments du bois de la vraie croix, li'icon de la Vierge est , dit-on , une des images que peignit l'apôtre et évangcliste saint Luc. «Lors même, dit Pauteur de la chronique imprimée par le couvent , qu'elle ne serait pas nne des trois que saint Luc présenta à k Vierge avant son assomption , elle peut fort bien être une 4e celles que ce saint peignit après l'assomption. On sait , ajonte4-il , que pendant la vie terrestre de la Vierge saint Luc ne fit que trois portraits d'elle , portraits qu'il lui fit voir tous et pour lesquels il obtint son suffrage , tandis que les autres portraits ne furent peints par lui que plus tard et d'après le désir qui lui fut manifesté par la Vierge d'à- Toir plusieurs copies des premiers. » Voici, du reste, comment cette image a été transportée à Poursos.

Au temps où régnait Théophile l'iconomaque et l'Iconoclaste (de 829 à 842), un décret impérial enjoignit, sous les peines les plus graves aux contrevenants et sous la promesse de fortes récompenses aux obéissants , de brûler tontes les images. L'icon fait par saint Luc se trouvait en ce moment daus la grande église de la célèbre ville de Frnse en Bithynie* Aussitôt que le décret fuft publié , un

jeune ieonolâtre d'une famille archoatale de la cour impériale 6*empara de Fimagc et se sauva avec elle dans la pro-* vÎDce d'Hellade , qui était encore pure de cette hérésie, et où il pensait pouvoir rester tranquille au milieu des montagnes. Arrivé avec son image à Callipolis , il la perdit sans qu'il pât savoir comment elle lui avait été ravie. Ne voulant plus cependant retourner ni dans son pays, où on brûlait les saintes images , ni dans le lieu où il avait perdu son îcon , il alla s'établir en Thessalie à Néopatras , où il bâtit Doe église dédiée à sainte Sopfaie. Le lieu où est maintenant le monastère de Poursos était alors le lieu le plus im* pénétrable et n'avait pas même de nom qui fît connaître son existence , attendu que, par la difficulté des lieux , il n'y avait aucun sentier qui pût y conduire. La route pour aller de la province d'Hellade dans celle d'Etolie passait alors par le village de Saint-Demetrius , aujourd'hui Castania et derrière le mont Arakinthe ou Katlikion ; mais il n'y avait même là aucun village , et il n'y existait que quelques cabanes de berçers à l'est et quelques autres cabanes non moins misérables à l'ouest sous le nom de Platania et sous celui de Patricada. Il n'était pas possible , en effet , dV établir un village , et non-seulement les hommes mais les animaux eux-mêmes avaient peine à y subsister. Si quelques pauvres gens s'y étaient réfugiés c'était pour s'y cacher plus sûrement au milieu des montagnes , et pour y fuir les empereurs ou les hérésies. L'enfant d'un des pasteurs de ces lieux sauvages, qui gardait là les chèvres de son père, était pendant une nuit couché en face de l'endroit où est maintenant situé le cimetière du couvent , et dormait paisiblement. Pendant son sommeil, il crut entendre sortir d'une caverne , à laquelle ne conduisait au« cun sentier , des voix douces et mélodieuses. La crainte le réveilla , et, au lieu môme d'où les voix lui avaient semblé sortir , il aperçut une colonne de feu qui de la grotte s'élevait jusqu'au ciel. Il pensa d'abord que c'était l'iris ou arc-en-ciel ; mais, comme il n'y avait pas eu de pluie, et

352 GEECB CONTIHUTTALC ET MOIEI.

que fe Mieil d'aiUeors n'a?ait pas encore para , il comprit bien qn*il devail y avoir 13i quelque chose d'extraordinaire. Il coorat donc tout tremblant à'son père et lui raconta ce qu'il avait vu. Le père crut que son fils lui disait un mensonge ; mais , . sur les assurances répétées de Tenbnt , il prit le parti de l'accompagner la nuit suivante. Là il vit tout ce que son fils avait vu avant lui II entendit les voix et aperçut la colonne de feu. A son tour il alla raconter cette merveille aux bergers ses amis et les amena aa même lieu, où ils entendirent aussi les voix et virent la colonne de feu. Impatients de découvrir la cause de ce phéno^ mène, ils parvinrent enfin, à travers mille périls, jusqu'à l'entrée de la grotte et y pénétrèrent. Au fond de la caverne était l'icon tout étincelant de lumière. Afin de rendre praticable un lieu clos auparavant à tous et venir y faire leurs offrandes , tous se mirent à l'œuvre et parvinrent à tracer un sentier. De ce feu (irl^p) que lançait l'icon vient, dit-on , le nom de Ilupiïoç donné à l'abbaye. Le nom de Ilfouoroç, qu'elle porte aussi, lui vieqt de la ville de Prose en Bithynie , d'où fut apportée Fimage.

Le bruit de ce miracle se répandit bientôt dans les environs et parvint aux oreilles du fils de rarchonte , qui s'était fixé à Néopatras après la perte de son icon. Sans attendre un instant , il part avec ses gens pour se rendre au lieu indiqué. Après deux longues journées de voyage , il arrive , voit l'Image , la reconnaît , se prosterne pour l'adorer ; puis , après avoir expliqué aux bergers comment Ticoa lui appartenait et les avoir bien récompensés de leur décoaverte, il s'empare de son trésor et reprend sa roule vers Néopatras. « Arrivé à l'endroit du chemin où est maintenant , dit la chronique, une petite église de la Vierge, église qui n'existe plus aujourd'hui , mais qui était placée en face de la partie du rocher où on aperçoit une échancrure (TpuiET)) par où l'icon prit son vol à travers le rocher , il se seutit fatigué et s'arrêta avec tous jses gens pour prendre un peu de repos. Il déposa l'image avec respect près du rocher.

pounsos. 353

et s*assit pour dormir quelque peu. Mais , à son réveil ,

quel fut sou désespoir en ne retrouvant plus son image à

Tendroit où elle avait été déposée! Sa première pensée

faC que les bergers avaient pu venir la lui enlever. Il re^

tourna donc sur ses pas pour la chercher ; mais, arrivé dans

une gorge étroite, il entendit une voix qui lui disait :

« Jeune homme , tranquillise-toi sur mon compte. Je me

trouve beaucoup mieux dans ces ravins déserts où je reste

en paix que si j'étais au milieu des querelles politiques et

des hérésies. Si ta veux rester avec moi, viens et tu me

trouveras et cela te sera bon. » Lui seul entendit cette

voix. Il rendit la liberté à ses serviteurs, n*en conserva

qu'un seul , retourna à la caverne de Pyrsos , y retrouva

rimage et se fixa dans ce lieu avec son seul serviteur

nommé Timothée. Tous deux s'y bâtirent des cellules, et

moururent dans ce même lieu où sont encore conservés

leurs tombeaux placés l'un près de l'autre. Un monastère

ne tarda pas à se former et à s'enricbir par la piété des

fidèles ; et telle est l'origine du monastère de Poursos.

Après avoir raconté l'origine de son monastère, lecbroniquenr ecclésiastique rapporte un grand nombre de mi«racles faits par l'icon et aussi par l'image même de l'icon empreinte sur un rocher et que l'on montre encore aujourd'hui sous le nom de xuirM^iia tyjç ïl^o\j<jwni<Tcri^. Une fois, par exemple, par la négligence de celui qui allumait les lampes, le feu prit au couvent sans que les caloyers en fassent informés à temps. Il fut absolument impossible de rien sauver: meubles, bibliothèque, archives, tout périt; mais l'image resta intacte au milieu d'un cercle de feu. Une autre fois, la chute d'un rocher énorme menaçait dV uéantir et la grotte et l'église ; les moines se mirent en prières : et le rocher, prenant une autre direction, tomba à distance et vint se placer comme une sentinelle cl argée de la garde du couvent. Une autre fois, une femme qui tenait son enfant fit un faux pas et tomba avec Tenfant du haut d'un de ces énormes piécipiccs qui entourent le cou-

354 GRÈCE CONTINIlfTALE ET MOREE.

vont; mais, dans sa chute, elle avait invoqué la Panagia de Poursos, et on la retrouva en bas da précipice, assise paisiblement sur une pierre et berçant son enfant sur ses genoux. Ces miracles paraissent s*être continués presque jusqu^à nos jours; car ce livre raconte qu*en 176Zi, les moines faisant creuser le rocher pour avoir une citerne, un enfant indiqua l'endroit du rocher où il fallait frapper, et qu'il en jaillit du premier choc une source miraculeuse dent l'eau fort abondante arrose maintenant le jardin da couvent et fournit une boisson excelleote.

Un des gendarmes de mon escorte était un fervent croyant à la Panagia de Poursos. En passant devant deux pies de rochers dentelés, du milieu desquels semble s'être séparé un immense fragment , il appela mon attention sur ee point, a C'est par là , me dit->'il , que la Panagia s'est frayé une route pour aller à Poursos , et c'est elle qui , en frôlant le rocher, en a enlevé cet énorme pan : aussi l'ap^ peloos-nous le trou par excellence (xpuTn^). » Â quelques pas de là il s'arrêta en faisant vingt signes de croix avec vi«vacité. Nous étions au pied d'un rocher de quelques centaines de pieds d'élévation, et dont la muraille droite sensblait taillée de main d'homme et polie avec soin. Seulement, dans un endroit placé à une assez grande élévation , une partie du rocher était dépolie et n'offrait qu'une surface brute. Devant cette muraille de rochers , mon gendarme dévot se mit en prières. Il croyait y voir l'empreinte faite par l'image de la Panagia au moment où elle quitta le jeune archonte ^lour retourner à Poursos , et son imagination était tellement excitée qu'il voyait en effet le Tuit£)fji.a t^c npou9i(DTt9<7'y)« et nous montrait du doigt chacune des figures : ici , la Vierge contemplant son fils avec amour ; là l'enfant sur les genoux de sa mère , et tout autour de lui les anges ailés qui lui souriaient. Comme j'alléguais la faiblesse de ma vue, qui ne me permettait pas de voir tout cela distinctement de si loin , il appela eu témoignage les autres gendarmes et les agoïates. Un des agoïates fut le

seul à voiF aussi nettemoDt que le pieux gendarme ; mais tout le reste demeura dans un doute respectueux.

Deux tours placées sur les erôtes de deux rochers , en

avant et en arrière, annoncent la retraite où se cache le

monastère , car des deuxcôtés il est protégé contre tout

regard par les flancs de ces deux rochers qui s'avancent

comme une muraille arrondie tout alentour ; et le che-^

min passe comme il peut le long de la tour et bien haut

au-dessus du couvent, que Ton n'aperçoit qu*à ses pieds ,

sous le rocher, au moment seulement où on en passe le

seuil. Les Turcs n*ont jamais osé s'aventurer dans ces

gorges étroites. Les moines étaient sur leurs gardes, et

quelques hommes peuvent , en cet endroit , résister à unQ

armée. L'établissement d'un monastère dans des lieux si

impraticables a été un véritable service pour tous les pays

environnants , car un chemin s'est ouvert par là de Car^

penisi à Vrachori ; et un village entouré de terres fort bien

cultivées est venu se placer au-dessus du couvent, à l'abri

de sa protection. C'est un lieu très-piltoresque , qui me

rappela un peu le village situé au-dessus du beau monastère

de la Gava près de Salerne ; mais le site de la Gava est riant

et délicieux, et celui-ci est rude et sauvage.

Je fus fort bien accueilli dans le couvent. Mes gendarmes m'avaient annoncé comme Français, et le nom seul de Français est un gage de bon accueil eu Roumélie. Au lieu de me placer dans le logement des étrangers , les moines, pour me montrer plus d'affection , me donnèrent , daus l'intérieur, la chambre de l'un d'eux. Elle était éclairée par trois fenêtres qui ouvraient sur une fort belle vue du ravin. L'ameublement en était simple , mais propre et confortable ; le sofa était large et doux et le lit fort bon. Pour me prouver tout leur désir de bien traiter les Français, ils me contèrent que , quelques semaines auparavant , un de mes compatriotes était venu les voir et avait pai»sé plusieurs jours avec eux ; qu'ils l'avaient traité de leur mieux et lui avaient donné de leur meilleur vin , et qu'il l'avait trouvé si

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bon, ri bon qnll en était devenu d'une gaieté à les étonner. Je m'enqnisda nom de ce mien compatriote, si disposé à faire accueil à la dive bouteille. Ce nom était celui d'un employé bavarois en Grèce, qui, craignant d*être laissé dans le logement extérieur avec son nom de Bavarois, s'était dit Français pour gagner le cœur des moines. Quand je les éclairai sur ce point, ils me manifestèrent les pins vifs regrets de toutes letirs politesses. « Comment , s'écriaient-ils, il était Bavarois, et nous lui avons donné notre meilleure chambre, notre meilleur lit, notre meilleare chère, notre meilleur vin, notre meilleur accueil ! El tout cela parce qu'il se disait Français I... • Le naïf regret de mes moines prouve jusqu'à quel point l'antipathie pour les Bavarois a pénétré toutes les classes de la population grecque. Le roi seul est aimé, parce qu'on le regarde comme devenu tout à fait national. Mais tous les efforts faits pour imposer à la Grèce une régence bavaroise, une armée bavaroise, des employés bavarois, des costumes militaires, civils et judiciaires bavarois, tout ce qui semblerait transformer la Grèce en une province bavaroise , ont excité dans tous les cœurs la plus vive animosité contre les Bavarois. Le peuple grec est un peuple vif, intelligent, jaloux, national, quf veut être gouverné à sa manière et marcher, s'arrêter ou courir à son allure ; et le roi Othon est trop attaché an nouveau pays dont l'avenir a été remis en ses mains , pour ne pas voir quels ménagements il doit à cette honorable susceptibilité et ne pas être le premier à sentir tout le parti qu'on peut tirer d'un tel caractère national.

Ma première enquête dans le monastère de Poursos fut une enquête respectueuse pour l'icon de la Panagia. La prétendue peinture de saint Luc me parut être un fort médiocre tableau du quatorzième siècle au plus tard, et le moine qui me la montrait ne me sembla nullement convaincu de sa transmission depuis le temps de saint Luc. L'église , bâtie dans le rocher tel qu'il existait et sans qu'il fût taillé, est fort pittoresque. On aperçoit partout à l'inté-

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rieur les pointes de ce rocher toujours parfaitement à sec. £o montant quelques degrés dans Téglise on arrive à une autre retraite du rocher éclairée par le haut et formant nue grande chambre. C'est là qn*est la bibliothèque. Un des moines, homme de beaucoup d'esprit, eut la complaisance de me permettre d'examiner tout avec l'attention la plus minutieuse.

I^a bibliothèque se compose de deux ou trois cents ouvrages imprimés et d'une quarantaine de manuscrits. C'était pour visiter les manuscrits que j'étais venu à Poursos. On m'avait assuré que j'y trouverais beaucoup de documents sur le moyen âge, et, en particulier, sur notre établissement féodal en Grèce. Je priai donc les moines de me laisser parcourir un à un tous leurs manuscrits, même les moins importants à leurs yeux , pour m'assurer par moimême que rien ne m'était échappé. lisse prêtèrent av^c la plus grande bienveillance à ma demande, et je commençai à faire sortir de leur poussière une trentaine de manuscrits entassés sur des tablettes encastrées dans les inégalités du rocher. Voici de quoi se compose cette collection dans son état présent :

Unévangéliairegrec, écrit sur papier au quinzième siècle. Une vingtaine de volumes de leçons dictées par des professeurs, il y a une cinquantaine d'années , sur la philosophie naturelle et les mathématiques.

Six volumes écrits, comme les précédents, en langue grecque et sur papier, mais d'une écriture du treizième et du quatorzième siècle , contenant des traités de chant ecclésiastique, avec la musique notée en petits caractères particuliers, ressemblant à des notes tachygraphiques. Ces volumes peuvent offrir quelque intérêt pour les études archéologiques relatives à la musique ecclésiastique en Grèce. Enfin un manuscrit de l'histoire composée par Georges Phrantzi , à la demande de quelques-uns de ses amis de Corfou , sur la fin du quinzième siècle , pour conserver le souvenir des événements de cette époque auxquels lui-

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même avait souvent pris part dans des emplois importants. L'écriture de ce manuscrit m*a semblé être de la fin du dix-septième siècle. Il est fort complet , et j'aurais aimé à le collationner avec l'édition publiée à Bonn en 1838. Georges Phrantzi , dans ses premiers chapitres, parle , en forme d'introduction , de la conquête de Constant! nopie par les Francs. £o lisant ces deux pages quelques curieux auront cru sans doute que la même matière était développée dans le reste de l'ouvrage. De là peut-être le bruit arrivé jusqu'à moi, que l'on possédait dans le monastère de Poursos des manuscrits relatifs à la conquête franque. Phrantzi, traduit en partie en latin par Pontanus en 161^ et publié depuis par Alter, à Vienne , et par Emmanuel Bekker à Bonn, est aujourd'hui un historien fort connu.

Parmi les livres imprimés , le plus curieux pour moi était une édition vénitienne du poème grec sur le Yaivode.

L*hégoomène et le père Germanos, qui me firent les honneurs du couvent, sont deux hommes fort intelligents et très-supérieurs à ce que j'ai trouvé dans la plupart des couvents grecs. Les cellules des moines sont beaucoup mieux éclairées et mieux tenues que celles du couvent de Saint-Luc, du couvent de Saint- Ëiie près de Salona, et de tous les autres couvents que j'ai visités. Le soir, le père Germanos venait souper avec moi dans ma chambre et nous passions de bonnes heures à causer de tout ce qui pouvait améliorer le sort du pays. L'hégoumène et lui sentent parfaitement les devoirs imposés aux riches couvents dans ce nouvel ordre de société dans lequel la Grèce est entrée. Il faut autre chose aujourd'hui que des prières, que l'aumône de l'hospitalité, que même le travail manuel du moine consacré à la terre. Les couvents sont les seuls grands propriétaires de la Grèce et ils doivent se conduire avec l'intelligence et le zèle éclairé d'un grand propriétaire patriote. Leur devoir est d'essayer la grande culture et les nouvelles méthodes et de répandre autour d'eux le travail et l'aisance. Les moines de Poursos sont

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tout disposés à bien remplir des devoirs qu'ils compreanent ; ils ont ouvert des écoles et appellent les lumières apicoles autant qu'il est en eux.

Le monastère de Poursos possède de bonnes propriétés du côté de Missolonghi. L*bégoumène devait aller les inpecter ; il me proposa de TaCcompagoer ^ se chargeant de bien me montrer le pays. Ce voyage me plaisait beaucoup, car je voulais voir, pour mes études, Vrachori et le lac Tricbonis, et la chaîne du Xeromeros, et tout l'ancien pays de Ciarlelie, qui doit son nom à un feudataire français d'origine napolitaine, Charles Tocco , despote d'Étolie et comte palatin de Céphalonie à la Gn du quatorzième siècle. Je désirais aussi , en pèlerin littéraire , rapporter à mes amis de Paris une pierre de la maison où mourut lord Byron ; mais , malgré tant de tentatives réunies , je résistai pour ne pas perdre un voyage dans l'île d'Eubée, par laquelle je voulais revenir à Athènes.

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