‹ La Grèce continentale et la MoréeChapitre 45 sur 68 · NAUPLIE. S · texte numérisé non relu

NAUPLIE. S

]a toilette pour rafratckir son corps brisé , un lit pour s'y reposer, un dtner tel quel pour réparer ses forces, et pardessus tout une retraite où, seul en présence de luimême , il peut se rendre compte de ce qu'il a tu et senti, songer à ses amis absents sans courir risque d'offenser ses botes, et s'entretenir avec eux dans la douce familiarité du commerce épistolaire. Nous autres, hommes blasés de l'Occident , nous jouissons de tous ces biens sans nous douter de ce qu'ils valent, comme un homme bien portant jouit de la santé, comme un homme alerte jouit de l'exercice de ses jambes, sans réfléchir à toutes les combinaisons qui ont été nécessaires pour garantir l'équilibre et donner le mouvement à la machine humaine. On ne sait bien apprécier le prix de tous ces trésors que lorsqu'on en a été privé quelques instants; et malheureusement, pour peu qu'on voyage en Orient, on est toujours destiné à être privé de tout , moins la pureté de l'air, la beauté du ciel, l'éclat du soleil , le charme des nuits , la splendeur de la nature.

Nauplie fut, jusqu'à la fin de l'année 183/i, la résidence du gouvernement central du nouvel État grec. Cette possession momentanée de tous les avantages d'une capitale a suffi pour modifier une population aussi apte à la civilisation la plus délicate que l'est la population grecque. Les femmes ont adopté les modes de France ; beaucoup parlent notre langue avec élégance , et plusieurs seraient remarquées dans nos plus brillantes réunions, non pas seulement par ce type de beauté vive et pure qu'elles ont reçu de leur aïeule Hélène, mais par l'aisance et la bonne grâce 'parfaite de leurs manières, qui semblent aussi naturelles ici qu'elles le sont parmi nos femmes de France. J'ai passé à Nauplie quelques soirées de causerie facile pendant lesquelles j'aurais pu me croire encore dans les rues d'Anjou, Ville-l'Évêque et d'Astorg.

A côté de ces avantages de la civilisation, il faut en subir aussi quelques inconvénients. Nauplie est une place forte.

Mt GRECE CONTUfEliTALB ET MOREE.

Elle • flcft glacis, ses pottt»-]evis, ses remparts, sa garoi- 800, soa gouveroeur iiiiliuir« , ses portes qui termeai el ses consignes. Au coucher du soleil, les portes de la villQ sont closes et les clefs remises au commandant ; tant pis pour vous si V0U3 êtes resté trop loog^temps à admirer les vieilles murailles homériques de Tirynthe la bien fortifiée ^ le lien où fut Argos, et les magnifiques restes de la vieille Mycènes, M y cènes la bien bâtie S Mycèqes aux larges rues \ Mycè" ncs aimée de Junon * : le soleil est couché, vous n'entre-^ rez plus dans Nauplie ; et il vous faudra expier les plaisirs de votre excursion de la journée en allant chercher un gite dans un malpropre khani ou caravansérail du faubourg de Pronia, ^ moins que vous ne préfériez, comm^ je Fal bien souvent fait en voyage, dormir étendu en plein air le long des champs fertiles de la plaine d*Argos. G*est ce qui faillit m^arriver à moi-même à Nauplie; mais j'a* vais heureusement un excellent cabriolet , et, dans la pî^^ vision d'un retard , je m'étais pourvu près du général Almeïda , commandant de Nauplie , qui avait bien voulu en ma faveur adoucir quelque peu la consigne. Les délices du khani de Pronia n'avaient aucun charme pour moi en présence de la flatteuse perspective d'une auberge* Au reste , Texcursion à Tirynthe , h Argos et à Mycènes mérite bien qu'on risque plusieurs fois de suite de coucher en plein air; c'est une habitude qu'on ne saurait contrac^ 1er trop tôt en Grèce.

Dans les temps antiques Nauplie était le port de la grande ville d'Argos, comme le Pirée était le port de b grande ville d'Athènes. Ma première pensée fut donc d'aller avant tout visiter Tirynthe, Argos et Mycènes en mêmetemps. Une route carrossable conduit de Nauplie jusqu'au pied des collines sur lesquelles était bâtie Mycènes, en pas-

< Homère, Iliade, cliant ii, Ters 559.

^M., tWrf.,vers 369.

*^ fd., chant iv, vers 62.

*' Id., chant Vil , vers 180.

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ssÊsn par Tiffilthe et Argosr. Les cabrioleis sont natoralisé» ^ Haoplie ; j*en fis venir iiii et me mis en route. Je me fis arrSIer on instaot dans rînférieiir de la vilie pour ? isilcr régNse de SaintrSptridioit où fut assamné Jean €dpo d'J»tria, que j^avais corbb et aimé ; et, sa peu en dehors de 1» tille, hôr» dtt faubourg de Pronîa, j*a)laf aussi visiter te rocher sur lequel les Bavarms ftmt taiUer, à rimttatîoo du lion de Locerne consacré au souvenir des laisses tués en France an i9 aodt, on lion couché en l'hoioieor des Ba- %9tnÀ» morH en serrant en Grèce. Ce monument , com-itoeiicédepms trots ans « est peo avancé encore. A quelque» pas de lài est la ferme expérimentale commencée an femp» de Clapo-dl^tria et fort né^l^ée anîoord*htti.

Tnryatbe est à une denu-lieiie à peine de Kaoplie. Elle émit bSMie sur one petite coMîne à rextréinité de ia baie de Naspliey et de là on pouvait surveiller la piatne d'Argoft et les terrains bas qui entooreot k gotfe des deux côtés presque jesqn'an marais de Lerne et ve» r de km s'avancer les barqnes ec kes vamscaox qia se dir^aient vers le port de Naoplie, Ses murailles bellà>iqaes f défà anciemes au temps d'Bomèrey sont composées d'énormes blocs de pierm non tiHHées ums parfois par des pierres fort pe-** tite» f mads sans secovrs du ciment. Biles eotoureai toute la coHîfle et sont d'une constmctien imposante. A celle époqw d'iHf^eclion des grandes machines de guerre ces murs étaient es état de résister non-seulement à toute atlaqne de pirates arrivés par le golfe, mais li toute surprise d'osé année plus considérable. Quant à un aiége régulier, sa pepolalion imérienre itait trop peu considérable et la pente de sa co^ie était trop conrte et trop bumUe pour qu'elle se fit craindre d'oa eaneflai un peo poissant. L'inté^ rieor de racropalis de Tiryntbe est anjourd'hui un champ d'excellent fiabae, et sur les coteaux, et même dans la fMne , croissent des v%oes qui prodinsent , dit-on , de iért boo vin*

E» une antre demi^beure èa trot régulier d'un bon

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cheval de cabriolet on arrive des ruines de TiryiMbe à la ville moderoe d'Argos. C'est une sorte de grand boorg bàtî en plaine et contenant environ 6,000 habitants. Deux ou trois des maisons sont assez bien bâties et presque toutes possèdent un petit jardin. L'école publique et la caserne sont aiLssi de bons bfttiments. Toutes les maisons ont un air d*aisance dû ï la culture du tabac, dont la qualité supérieure est reconnue partout en Grèce. Quelques débris de marbres antiques apparaissent de temps à autre au milieu des murs et au-dessus des portes extérieures des maisons. Dans une rue qui va vers la montagne, je m'arrêtai devant an fort beau bas-relief en marbre, haut de six pieds, et représentant Vénus et l'Amour. La coiffure de Vénus est d'une forme heureuse. Ce bas-relief forme un des deux (Hliers qui soutiennent le linteau d'une porte de jardin placée sur la rue. En allant de la ville nouvelle à la montagne audessus de laquelle étaient placés l'acropolis d'Argos et h forteresse du moyen âge, on trouve d'abord des restes de constructions romaines, puis, un peu au delà, les restes d'un vaste théâtre taillé , comme il était d'usage , dans les flancs mêmes de la montagne. Les gradins sont assez bien conservés jusque dans la partie la plus haute. Il faut encore monter pendant une heure pour arriver au sommet de la montagne sur laquelle étaient bâties l'acropolis et la forteresse franque. Sur toute l'étendue de la montagne on trouve des masses de briques qui prouvent que tout ce terrain était couvert d'habitations. Arrivé sur le milieu on trouve une première enceinte de la forteresse, composée d'un mur crénelé de construction franque. Au delà de ce premier mur d'enceinte on voit apparaître çà et là » presque partout dans l'enceinte intérieure , quelques vestiges des murs helléniques en larges pierres quadrilatères régulièrement taillées et posées les unes au-dessus des autres sans être unies par le ciment. On voit que les Francs se sont contentés d'adapter leurs constructions aux con<^ structions anciennes et d'élever des murailles plus hautes

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