‹ La Grèce continentale et la MoréeChapitre 5 sur 68 · FETES POPULAIRES · texte numérisé non relu

FETES POPULAIRES

nombreuse de tout sexe, de tout âge, de tout rang, de tout costume. Cette réunion populaire a lieu annuellement sur l'esplanade qui est entre le temple de Thésée et la colline du Pnyx. Le jour où j*y assistai, il faisait un temps magni* fique; il n*y a rien là du mouvement tumultueux d'une fête champêtre française , mais la variété des costumes et des physionomies offre à elle seule un tableau animé et piquant. Les femmes étaient toutes amoncelées sous le péristyle , sur les degrés , et autour de l'enceinte du temple de Thésée , avec les divers costumes de l'Albanie , de Smyrne , d'Athènes et d'Hydra. Les femmes albanaises abondent surtout parmi le peuple d'Athènes, et, vues du bas de la route dans leur costume aux brillantes couleurs, sous ces colonnes brunies par le soleil , elles forment un groupe d'un bel effet pittoresque. Leur tête est enveloppée comme celle des Arabes, et le haut de leur figure res* sort seul, comme dans une momie égyptienne, de l'espèce de linceul blanc qui entoure la tête et les épaules. Quelques autres portent sur la tête une coiffure formée de monnaies d'or et d'argent êtagées les unes au-dessus des autres , et au bas du dernier rang desquelles pendent d'autres monnaies légères qui, en plus petit nombre, se balancent comme autant de clochettes autour du front. La robe pendante et flottante est recouverte d'une espèce d'étoffe bariolée de toutes couleurs et d'or, assez semblable à l'aumusse d'un prêtre.

Le$ hommes seuls semblent s'être réservé les plaisirs de la fêle. Groupés çà et là, on les voit danser entre eux sans qu'une seule femme se mêle à leurs jeux. J'y remarquai surtout des bergers albanais. D'un côté douze ou quinze d'entre eux , vêtus d'une fustanelle et d'une veste blanche sar laquelle flotte une longue peau de mouton à brillantes soies blanches, la tête couverte du fezy retenu par un mouchoir en forme assez peu gracieuse de turban , se tenaient par la main et se dandinaient en chantant. Le chef de la l>ande seul , qui conduit cette chaîne avec toute l'autorité

78 GRECE COfltlllSlItALft «t MOREE.

d'an de nos bMttx condtiiiam ttn eotilton dans nn dé ncn élégants salons de Paris , conserve le pHvilég(B de se Htrer à la liberté de ses mouvements et de ses allnres ; il eléeute, à la grande admiration des spectateurs^ les mouvements les plus difficiles en se lançant de côté et d'autre, et se laissant retomber, tantôt avec les jambes entrelacées d'une manière bizarre, tantôt comme plié sur lui-même^ puis se relevant d'un bond pour recommencer encore. Les autreé lé sni'* vent en se dandinant aussi à la façon gteecjitte , mais Mns imiter ses bonds , ses chutes et rebonds , qtti sont eomme les points d'orgue d'un ehantedr émérlttii l'ibs loin une autre bande de danseurs , car ce ne sont que des hmnmiia qui se livrent ft éet exercice , s'agite au son du tambourin et d'une sorte de hautbois k trois itouê. 8Ur une antre partie de l'esplanade , c'est un joueur de guitare qui règle les mouvements en frappant sUr des corde ordinaires on sur des Als d'archal , assis sur une chaise curule antique , ou debout sur un tombeau de marbre sculpté qui va MUS peu de jours prendre sa place parmi \eà menumerits du iiiu« sée. M. Pittakis assure que ces danses autour du temple de Thésée rehiontent à la plus haute antiquité , à Thésée lui-même, dit-il gravement» qui, à son retour du labyrinthe de Crète, interrogé par ses jeunes coUcitoy eus , avides de coiiuBÎtre la difficulté des tours et détours dé ce làby-^ rinthe» les fit ranger ainsi par cercles qui se repliaient l'un sur Tautre et s'entremêlaient pour se dégager ensuite; et, pour appuyer sa démonstration , le grave archéologue Mttakis se met à exécuter ces évolutions^ Cette danse , au reste , ressemble beaucoup à celle de nos paysans des mon-' tagnes du Béarn. Seulement i dans nos belles vallées des Pyrénées, les jeunes Béarnaises, avec letir capulet rouge, viennent s'entremêler aui lestes Béarnais : et bien que le chef de la danse soit chargé de l'exécution des sauts les jilus merveilleux, tous cependant chantent ensemble des chansons gaies qui lés animent ; et les sauts des hommes, et les pas gracieux des femmes^ témoignent de la Vivacité de leUr

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fkMr, t% Grèeë le pkirir n« êé mânlMi» fttir h figure qoe d'on bien petit aombre des actemis et des (^fiectateurt t II» pbyiionoiiiieB sont géoéniieiilent i&tëlligentee, les traits réguliers, le front est grécieax ; msis &a attend vaitiemeat daas Gbacila et dans tous la madifestàtion de cette étiiicelie éieetriqae qui , ehez nous , fait mouvoir in&tiûGtiveuieiit ttQë eaasse d'faommes eomme un seul homme , H par une setale idée^ Les divehies parties qui «eomposettl la soeièté grecque ont Tair d*étre encore étrangères Tutte ^ l'autre ^ et sans langue sociale coibinune. Il faudra de longues an«flées eneel'ë avant que cette coilésion soit ëiméiitée» et que rinvai^M dés hàbitiideti oecideutales ^ pea^trëiit oette so^ ciété , la porîëetimide ab lieu de la dfeJoiiidHI eu de raffalMir.

une hbti^ fête populait'e a lieu «nnueltemeot Autour d'un auire des plus vastes Moriumëiits de Tautiquit^ , les eolobnes du temple de Jttpite)*-oij'mt)ieR, daus M vallée de rilyssus^ le premier jout' de cât^me. Ce Jodr solennel nimbait, eu iUi i le 10 Févri^ à la gtiéc^Ue (S9 FéVri^ U; st. )v

Le caruaval grée se tehuinè ëveô lé diuiaUcbe gras $ et ie earome eommëuise le lundis Leé eâthoht{Ueii poi't^ttt le bkr*- «aval ju8t)u'au merci^eâl dés cendrée; e'ést'à-dtPe dédie Jénrb au délh du caruavél gréé ; et les MilAnëlii ; qui jouissent

d*un êartiavéinïnt ^ OU long cât'iiàval ^ pdUSSént le leUi: Jusqu'au lundi d'apt'ês éxélusivethënt i é'eâti'&-âipe qu'Us ont cinq Jours de càtuaval de plus ^uë les «uires câtboll* quës » et sept jours de plus qde les GreeSi Daus tous èes pays I le premier jour du earêiiie est Une sotte de fête de^ mi-profane et demi-religieuse. Â Paris ; oû va enterrer le carUaval avant de venir recevoir les cendres ; en Grèce, on commence le long jeûne par des fêtes et des danses; Le soleil est déjà puissant «m Grèce au mois de FévHer. Des lé matin toutes les maisons et rues d* Athènes étaient com* plétement abandonnées, et la foule, hommes, lëmmes, enfants, vieillards 4 se portait, à pied, en voiture, à cbëvaU à âne^ dans la vallée que domine le temple de Jupiter.

go GRÈCE CONTINENT ALB ET MOREE.

Ses Tastes colonnes 8*élèvent , avec leur beaux chapiteaux et leurs immenses frises » sur une esplanade autrefois entourée de murailles qui étaient soutenues par des piliers dont chacun portait une statue. Au bas de cette esplanade coule ^ ou plutôt peut couler, l'Ilyssus, qui a fait plus de bruit dans Tbistoire que ses eaux rares n*en font en s*infihrant à travers les cailloux de son lit desséché. La fontaine de Gallirhoë , placée dans la même vallée , semble , avec qudques larmes épuisées, avoir long-temps pleuré le départ de son amant Ilyssas, et les quelques gouttes d'eau qui s'assemblent au pied des roches qui la protègent semblent plutôt données au souvenir du passé qu'au besoin du présent A quelques pas est le stade abandonné.

En m*approchant du temple par le portique d'Adrien , j'apercevais çà et là toute la population mâle et femelle d'Athènes distribuée dans la vallée, sur l'esplanade du temple de Jupiter et en haut des collines environnantes. C'est surtout après avoir traversé l'Ilyssus, non à gué, mais à sec, et en montant sur une petite colline détachée du versant des montagnes , à quelque distance au-dessous de la fontaine de Gallirhoë , que le ^ctacle est véritablement plein d'intérêt Le temple de Jupiter se présente sur le premier plan avec ses imposantes colonnes; plus loin, sur le second plan, et comme pour servir d'encadrement, s'élève l'Acropolis surmonté du Parthénon , qui se dessine dans les airs avec toute son élégance et sa grandeur : plus loin, sur la»gauche, est la chaîne de l'Hymette. Entre l'Acropolis et l'Hymette l'œil se fraie un chemin jusqu'à la mer et découvre Phalère et le Pirée avec tous ses bâtiments, et au delà les eaux étincelantes de la mer, d'où sortent l'île d'Égine et celle de Salamine , dont les montagnes sont d'une si gracieuse forme et d'une si belle couleur. Je contemplais avec une véritable extase la beauté des montagnes, des cieux, des côtes et des eaux. Tout est rocher , pas un seul arbre n'apparaît autour de vous pour donner le sentiment du repos et de la fraîcheur ; et cepen-

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danc celte vue est pleine de grâce et de charme : c'est qu'on ne saurait se faire une idée de la délicieuse couleur ôes montagnes , des eaux , des nuages , et de leur infinie variété suivant les divers accidents de la lumière, si on n*a parcouru les montagnes grecques et navigué sur les mers grecques. Même en revenant du golfe de Naples , on est frappé de cette différence aussitôt qu*on aperçoit le cap iMatapan , puis le cap Malée et le Taygète , et les sommets si variés de toutes les montagnes des environs d'Athènes , qui semblent transparentes aux feux du soleil et brillent de loin comme le porphyre le mieux nuancé , tandis que les plans plus éloignés vont peu à peu se fondant avec les dernières teintes du ciel. Il y a là une harmonie et un éclat de couleurs que peut seul rendre le pinceau de Claude Lorrain ; et ces rochers ardents , et cette vallée onduleuse, et cette foule mobile qui la remplit, et cette mer lointaine, et les vaisseaux du Pirée, et les barques légères qui sillonnent les flots tranquilles et les plissent élégamment, ajoutent à ce délicieux tableau tout le charme qu'ajoute aux œuvres de la nature le prestige de la vie.

Plus de vingt mille personnes étaient réunies dans cette vallée : les uns, assis en cercle sur le gazon déjà fort vert dans la vallée , prenaient leur part d'un repas de carême qui pendant trois jours ne peut se composer que de fruits et de légumes, d'olives, d'oranges, de pruneaux, d'oignons, sans poisson, sans œufs et sans beurre , mais sans excluùon du vin , dont on use et abuse ; et ils invitaient tous les passants à l'hospitalier partage du repas et de la dameîeanne de bois , ou tzitza. Les autres , aux incertains accords de la guitare à cordes de laiton, du tambour de basque et de la flûte , se formaient en cercles et dansaient la danse albanaise, ou la danse guerrière des palicares. Quelques mascarades composées de catholiques, dont le carnaval se prolonge de deux jours, viennent se mêler ^ox groupes des danseurs, tandis que d'autres groupes Patient le masque derrière la tête en signe de l'expiration

8t GRÈCE OOHTIIVBlITliLB ET MOREE.

du cariMYal grec. Pendatit que tes hommes formiôiit tetirs danses, les iemmes forment aussi les ieurs^ plus gracieuses et plus molles. Le chef de la danse des hommes doit être Tîf et alerte, la cokiductrice de la danse des femmes doit être souple et digne ; un signe de dignité pour les femmes, dans les habitudes anciennes , c'est de porter le rentre en avant , comme les aldermen de LondreSi Ce grand air de dignité prend aussi sûrement un cœur grec que le numeo prend un cœur e^agnol , et l'aisance élégante de la dé-^ marche un cœur français ; les Grecs le célèbrent dans leurs chansons , et en font le type de la beauté. J'en citerai comme preuve les paroles d'une chàn^n grecque populaire ^ :

Que les montagnes s'abaissent Afin que je puisse voir Athèneè , Et que je puisse contempler ma belle ^ CoAime allé aàarche di|piement» semblable à une oie grasse.

Pour ies jeunes gens le type de la beauté est plus conforme à nos idées d'élégance; leur taille est prise ainsi que dans un corset, et une ceinture de soie serrée avec puissance leur donne, non la souplesse, mais la finesse d'un corsage de guêpe.

Des danses nationales s'exécutent en même tempsw Ici deux danseurs renommés sautent une sorte de pasae i deux , plus semblable à la vigoureuse gig des infatigables Écossais qu'à la gracieuse tarentelle de la Grande-Grèce actuelle» Là quatre couples d'hommes et de femmes , vêtus du léger costume ancien des îles Ioniennes , tout blanc et* tout rose , avec force rubans , exécutent un^ espèce de

1 Voici le téxta en langue populaire :

Nà y^(xjXt\6voc\f rà SouVà «

Nà ykiitcf. XYiv dtyiTniv ,

BACS A|.BANAIfl£. 83

coQtredaose uotiote , que danse avec des paa.ses fort gracieuses chaque couple , avec ses boulettes attachées deux à dem eu haut par des rubans roses. En parcourant les divers groupes , tous empressés à aceueiUir et à fêter un étranger et surtout un Français, je fus frappé sans doute de la beauté de quelques jeunes filles albanaises , de la gracieuse figure de quelques jeunes filles d'Athènes, des beaux froqts et des beaux yeux de presque toutes , mais je ne trouvai pas cependant aussi fréquemment que je l'espérais ce pur type du beau antique qui appartenait proprement à la Grèce. Quelle nature riche n*eût été appauvrie par une aussi rude oppression et une aussi profonde misère ! Après peu de jours d'éclat la beauté ici est fiétrie , et les entant», oe recevant point pendant leur jeunesse une nourriture généreuse , p^dent de bonne heure leur première f ratcheur ; mais Toqianîsation physique est forte , et, malgré de rudes furivations, l'homme greo se développe , endurci aux difficultés matérielles , sans être moins apte aux |i^ceptiona les plus rapides et les plus délicates de l'intelligence*

Il y a en (vrèee deux races d'hommes tout à fait distinctes et très-faeiles à reconnaître, la race albanaise et la race hellénique^ Les Albanais , qui sont de race slave , ont , à diverses époques, envahi h Grèce ccmtioentale et le Pélonpanèse , et leurs bandes armées y ont porté la dévastation ; mais , comme \w» le^ autres conquérants barbares , lorsqu'ils ont voulu former un établissement permanent , ils s^ sout trouvés impuissants en face d'une législation et d'une civilisalioii plus avancées , et , après peu d'années , cette civilisation les avait absorbés, modifiés, ou exilés dans les lieux les plus êpres du pays, qui seuls pouvaient les maintenir eu un coi^ps un peu compacte. Ainsi se sont conservées, dans les montagnes, dans les défilés et dans les lieux difficiles, les dénominations albanaises employées pour désigner les pays où ils s'étalent campés. Avec le temps , l'intelligenoe reprit le dessus; et, comme chez nous beaucoup

de soldats germains étaient ravalés, euxou leurs descendants amollis , au rang même de serfs , les populations slaves en Grèce furent réduites au rôle d'ouvriers soldés pour cultiver la terre du maître grec. On retrouve en Grèce quelquesuns des anciens villages slaves ; mais il faut bien se garder de les confondre avec les nouveaux villages, peuplés tout récemment par la population albanaise arrivée à la suite des armées turques dans le siècle dernier, soit en 1688 après Tabandon d'Athènes par Morosini , soit après l'invasion russe de 1770. Les troupes albanaises, envoyées alors par la Porte , se jetèrent sur l'Attique, mettant tout à feu et à sang. En 1688, les chroniques d'Athènes racontent que ses malheureux habitants furent obligés de se réfugier à Salamine , à Égine et à Corinthe , et que ce ne fut qu'après trois ans qu'ils purent rentrer en partie dans leur ville et dans leurs champs. Beaucoup des villages de l'Attique sont encore habités par les descendants de ces derniers envahisseurs, et avant la dernière révolution on n'y parlait que la langue albanaise ; mais leur physionomie diffère autant que leur langue de la physionomie de la race grecque. Les Albanais ont en général le corps épais , la tête ronde , le bas de la ûgure large , les traits durs , le front mal fait , les yeux plus vifs qu'intelligents. Ils sont presque tous fort laborieux , mais fort avides ; et on pourrait leur appliquer avec plus de raison peut-être encore qu'aux Turcs le proverbe grec : Vois-tu un Turc , prépare ton argent *.

La race grecque , au contraire , a une figure d'un bel ovale , un front bien fait , des yeux intelligents , un nez droit et fin , le corps souple et élancé. Un marchand français disait à un étranger, en parlant avec colère : « Monsieur, c'est la même canaille que du temps de Périclès. » Ce mot reproduit bien les défauts comme les qualités qu'on s'at«

* Eu grec: ïou^jxov «W«ç, aaTrpa ôsXei : Tu vois un Turc, il veut tes aspres. Trois aspres faisaient un para ; quarante paras, une piastre (vpofft)» ^^ ^^^^ ^^^^ piastres, une bourse (irouyyt).

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