RAGE HELLÉNIQUE
teod à trouver en eux. Il sont en réalité, ou ils seront, ce qu'ont été leurs pères. A une époque où on ne savait pas encore travailler le fer, qui n'est pas nommé une seule fois dans les poèmes d'Homère, et où l'on immolait des hommes aux dieux pour obtenir des vents favorables, l'instrument de l'intelligence, la langue, avait devancé si rapidement par ses progrès les autres instruments humains , que déjà Hésiode et Homère pouvaient faire parler toutes les passions et décrire toutes les œuvres des dieux et des hommes. Ainsi la culture intellectuelle avait devancé chez les anciens Grecs toutes les autres cultures. Le même pbéno-* mène se reproduit aujourd'hui chez leurs descendants. La charrue est encore celle de Triptolème; le vin continue à être renfermé dans les outres et mêlé de résine; toute voiture, même l'utile brouette, est inconnue; à peine s'il existe une seule route du Pirée à Athènes et à Thèbes ; partout en Grèce , excepté à Athènes, les matelas sont une invention qui ne s'est pas fait jour, et on couche par terre sur un tapis ou enveloppé dans son cahan; aucun des arts et métiers utiles n'a pu encore s'implanter ou se naturaliser. Au bas de l'édiOce de la civilisation , il n'y a rien ; mais il en est bien autrement du faîle : la Grèce semble vouloir avant tout des académiciens, 46S philosophes, des poètes , plus tard elle fera des charpentiers et des serruriers ; elle veut des ouvrages littéraires , plus tard elle saura faire des chaises, des tables, des souliers et des chapeaux. A peine est-elle née , que déjà elle a une université à Athènes, avec les trois facultés de théologie , de médecine et de droit; une académie des sciences naturelles, une société d'archéx)logie ; deux bibliothèques publiques , l'une à Athènes, l'autre à Andritzena; un musée, cinq gymnases dans différentes villes, douze écoles publiques dans d'autres villes , sans compter une école d'orphelins à Nauplie et une autre au Pirée.
Le premier travail des Grecs a été le travail sur leur propre langue. Us n'ont pas plutôt été affranchis du joug
le GRECE GONTlN£NTAtÈ ST MOREfi.
mrc qu'ils ont affiraaohi leur bogue des met» tores cfù k giteient, et, par la mêiae occaaioB, des mots fraoes qui en akéraieot l^unité. La langue grecque était autrefois une sorte d'arcbe de Noé daas laquelle veuaient cbercher asile les mots de toutes les autres langues. L'éfMiratîon s*est opérée de la maniée la plus rstpide. Jamais décret de sou-» ireraitt absolu ne Ait pjus ponctuellement obéi que ne Ta été , et sans appel , ee v<en de quelqiies puristes; et cela uott pas seulement dans la coniersation des savants , des avocats « des tiommea éclairés , mais dans le langage des classes inférieures : tant ee peuple a de rapidité dans Fin* telligence • de délicatesse dans la perception det sens. C'est encore ee même peuple de Tantique Athènes parmi tefod une marchande d*herbea reconnaissait Anacharsis eomme étranger à s^ prononciation , que tous ses amis lui avaient cependant déclarée parfaite. Les gens du barreau, qui, dans tous les autres pays, sont les {dos grands corrupteurs de la la langue» en ont été ici les réfornuttenra. Comme le peuple d'Athènes a été de tout temps et est enoiMre fort ami de h chicane , et que ce goût est entretenu en \và par les déiads sans fin mis par le gouvernement à la constitution de k propriété, et par de perpétuelles récriminations sur l'usur* pation des propriété de TÉtat après Texpulsimi des Turcs, les tribunaux, dont les débats sont publics, suivant les habitudes françaises importées ici, ne désemplissent pas d'acteurs et de spectateurs. Les avocats, qui ont suivi leurs cours dans les universités européennes et oot souvent pro*fessé la littérature de leurs pays pour augmenter leurs mo» diques ressources pécuniaires , ont tous étudié avec amour la langue grecque ancienne^ et fait une fréquente lecture de leurs grands prosateurs et du facile Isoorate en partlcullel^. Leurs disoaurs deviennent donc comme une école pour leurs clients et leurs auditeurs. Le savant patriarche C(»*ay avait commencé, dès avant raffrànchissement de la Grèce, la ré£arme delà langue. A leur rentrée dans lemr pays, les jewica Grecs aes admtral^rs et ses disciples gnt vo^hi ta
eoBtinoer et leurs eflbits ont été enfionragés par le goât général pour là philologie ; car la philogte est la passion de tous les étudiants grecs ) non-^seulement de ceox qni se vouent au professorat, mats de ceux qui veulent se con«sacrer aux lois, I la médecine^ à Tégiise et à l'administratlon publique : le beau parler grec est souvent là ce qu'est Ift faconde de la tribune cheK nous ; et tel médecin , avocat, professeur, est devenu ministre parce qu'il maniait bien sa langue. En France « la grammaire française , dans tontes ses difficultés , n*est bien enseignée qu'aux ftomies $ quant aux hommes , ils n'apprennent guère leur langue que par l'intermédiaire d'une autre langue 'savante. Ici 11 en est tout autrement , et la grammaire grecque siège en mat*trésse à la base et au faite de tout enseignement. Aussi un étranger, en arrivant à Athènes, est-il étonné de la traiu»fbrmation qu'A subie la langue moderne dans les discours familiers aussi bien que dans les livres. t>e là un dédain beaucoup trop grand dans la génération actuelle pour tous les ouvrages en grec moderne imprimés avant la dernière révolution. De tous les livres imprimés à Trieste, à Venise et à Vienne dans le dernier siècle, le chronographe DorO'thée, VHUtvire de Chypre de Kyprianos, (eJuge*meut de Pari» ûe Gouzeli, l'intéressante histoire de Soult du bon Perrhebosi à peine un seul , le roman d'É<rotoeritos, pourrait-tl se rencontrer dans les librairies et même dans les bibliothèques particulières d'Athènes, tant chacun est efift*ayé du danger de gâter son beau langage^ Non contents d'avoir éliminé tous les mots étrangers, les Athéniens cherchent à se rapprocher autant que passible de la langue ancienne par les mots , par leur forme et par la coupe de la phrase et ses inversions. Beaucoup de gens prétendent que^ dépouillée ainsi de tout mélange étringei*, la langue grecque actuelle se rapproche infini*» ment de celle que parlait le peuple des campagnes au plus beau siècle de la Grèce , et que beaucoup de mots alors usités, mais qui n'ont pàâ eu leur place dans les antiens
auteurs, s'y trouvent conservés : tels que, par exemple, le mot nero, eau, d*où les anciens avaient pu former le nom propre de Nérée et celui de Néréide^ divinités des eaux, mot qui , dans quelques parties de la Grèce , devait être usité au lieu de celui à*udor* Des tentatives assez heureuses d*un retour à Tinversion antique ont été faites par plusieurs écrivains en prose et en vers : tels par exemple que M. Blastos, auteur de VHistaire de Chios, imprimée, il y a deux ans , à Syra , en deux volumes. D*un autre côté, les paladins de la phiiolc^ie grecque marchent à la conquête d'une forme grammaticale comme d'une riche province. Le datif avait tlisparu , on l'a relevé du tombeau : l'aoriste s'était éteint , tous cherchent à lui soufQer une nouvelle vie ; ils se flattent à présent du vif espoir de reconquérir l'infinitif depuis long-temps émigré. La langue ancienne est un empire dont ils ne désirent pas moins vivement reprendre possession que de tous les pays où elle était parlée. Candie, les îles Ioniennes, la Thessalie, Salonique, Gonstantinople, l'Asie mineure avec ses îles, voire même (car qui sait jusqu'où s'exaltent les espérances d'un peuple qui se sent renaître , et qui cherche son unité sans avoir encore trouvé son centre) la Sicile et les belles provinces italiennes de la Grande-Grèce. Pour obtenir un peu, il faut souvent espérer et demander beaucoup.
Au reste , même au temps de la domination turque , il y eut toujours au milieu de l'ignorance générale quelques hommes qui se dévouèrent avec passion à l'étude. La chronique grecque manuscrite d'Athènes, écrite par un Athénien , mentionne avec regret l'ignorance absolue des plus riches comme des plus pauvres , mais cite , d'après Spon et ensuite d'après les recherches propres à l'auteur, les noms de quelques hommes qui se sont distingués jusqu'en 1800 par leurs encouragements littéraires ou leurs travaux.
« Les plus nobles, les plus riches et les plus anciennes familles, dit-elle S étaient les Chalcocondyle, les Paléologue,
^ Page 2^4 du manuscrit de M. Pittakis.