‹ La Grèce continentale et la MoréeChapitre 51 sur 68 · SPARTE · texte numérisé non relu

SPARTE

vrent cette plaine aTaient déjà pris leur seconde feuille. Les hommes sont les seuls êtres vivants dans cette belle plaine qui semblent souffrir de la chaleur , et ils n'ont aucune prévoyance pour s*en garantir. Leurs maisons, construites à rallemande , avec beaucoup de fentes et des murs trèslégers, sont de véritables étuves; il n*y a pas de portiques sous lesquels on puisse se mettre à couvert : et, bien qu'une neige abondante blanchisse les pics du Taygète et revêle tous ses flancs et qu'il suffise de huit heures pour arriver à cette glace, on n'en envoie pas chercher, et le conseil de la ville n'a pas songé à avoir une glacière.

Malgré cette extrême chaleur, j'allai visiter la magnanerie et la ûlature de soie que l'on vient de fonder. La filature pourrait contenir trois cents ouvriers, mais je n'ai aperçu qu'une trentaine d'hommes et quelques femmçs; tous ouvriers italiens, venus pour redonner les leçons qu'au douzième siècle l'Italie reçut elle-même de la Grèce lorsque le Normand Roger transporta les vers à soie et les manufactures de soie de Corinthe en Sicile. La magnanerie ne peut guère produire qu'une trentaine de livres de soie, mais chaque paysan a l'habitude d'élever des vers à soie. Les femmes les font éclore en les laissant sur leur poitrine. Les nombreux mûriers du pays servent à leur alimentation; et les propriétaires viennent ensuite vendre leurs cocons à la magnanerie, qui les fait filer. La' production de la soie a fait depuis quelques années beaucoup de progrès dans ce pays; ou fait plus et mieux, et le prix de la soie de Lacé« démone a presque doublé sur le marché de Lyon.

Un vandale français, M. de Fourmont, se vanle, dans ses lettres à M. de iMaurepas, d'avoir complètement anéanti la Sparte antique : « Je l'ai fait non pas abattre , écrivait-il » au ministre , mais raser de fond en comble; il n'y a plus » de cette grande ville une pierre sur une autre. Depuis » plus de trente jours , trente et quelquefois soixante » ouvriers abattent , détruisent , exterminent la ville de ■ Sparte... Si, en renversant ses murs et ses temples; si,

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n en m laissant pas unis pierre i^ur une abtre atit)lQ9 petit » de ses sacelium son lien sera dans la doitë ignoré i j'ai » au moins de quoi le faire i^econnaître , et e*est quelque » chose. Je n'avais que ce moyen de rendre mon voyage 9 illustre I •

Cette exclamation est assurément digne d'un autre Érostrate. Mais le mépris et le dégoût succèdent à la baine contre un tel homme quand on voit que* ce) vandaHsme n'était qu'une fahfaroonade de barbarie. Fourmont ti'avait pas soixante ouvriers pendant trente joars , et ses soixante ouvriers, qui ne connaissaient Ai le pic ni la pioche, avaient fait peu contre des murs helléniques dont un attelage de bhevaux ne pourrait remuer une assise. Aussi retrouve-t-on encore sur place plusieurs de ces monuments que le temps beul ne fiuffit pas pour détruire.

Je me dirigeai d'abord vers les collines «tuées près de TEurotas et le long desquelles en arrivant j'avais aperçu quelques restés de constructions. De ces quatre collines qui se joignent, la plus élevée est celle qui s'avance par une pente abrupte jusqu'à la t*oute actuelle de Trlpolitxa. Le long de la troisième et de la quatrième » du côté de l'Eurotas et sous les soubassements de la muraille byzândne qui enceint ces quatre collines, sont les fondements de quatre temples antiques, dont trois sur la troisième colline< Ce sont , comme presque toujours , de vastes pierres quadrilatères, il quelques pas au-dessous de ces temples,* sur lesquels était appuyée la muraille byzantine» je remarquai une inscription grecque en belles lettres un peu cassées sur une pierre de six pieds Sur huit. Les dix lignes i que je copiai, étaient gravées d'une manière fort lisible. Une autre pierre, située quelques pas plus haut , près des soubassements d'un autre temple, porte aussi une inscription de la même époque ; mais les lettres en sont si effacées (|u'il m'a été impossible de la lire. Dans riuiérleur de oe mur d'encdnte, on aperçoit les ruines do plusieurs églises; et sur led murs de ces églises, comme sur ceux des lortifita-

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lions, des colonhcs ahliqucs coupéi^scn morceaux ou détachées par assises dé (Quelque édifice voisin apparaissent en tout seiis, tantôt dans la largeur du mur et tantôt dâtis sa profondeiir. Ati bas de la plus haute colline sont les rester d*un ancien édifice public et d'une église qui offrent Uri gtand nombre de traces de semblables mdtilatibn^. L'amphithéâtre de Tantique SpàHe eist adossé à cette même montagne i h côtlcavité de l'hémicycle tbufriéé fers la ville: Léd gl*aild8 biurs d'appui des deux côtés sont cbti^ervés jasqile sur le haut ainsi que les graditis du théâtre.

J'ëtëtidiâ mori ëtcUb^ion ati delà de l'ahlphithéâtre, partout oQ il me i^ëmblait poUtoir reitrouver des restés aotiqUel Une petite église d'apparence fort aticiettne ftdûllfelit |[}tiélq(lëlS débris^ réunis dans leâ champs Voisinsi à itiesUrè Qu'on les rëtt-ouve ; car les Otets actuels nlbfttreht partent un grâtid respect pour lés rel^te^ helléniques, et, ûiie fois qu'ils sont réUhis dand Téglisë la plus i*ainée , ils DOnt \k , ftous la foi de la piété publique , plus en sûreté qu'ils ne teràiënt che2 lions dans le musée le mieux gardé. Parmi êëâ débris , Uri gtând fragment de statue drapée de gi^andeùr naturelle, mais dâtïà têie et sans pieds, m'a semblé d'un assez beau style. Oii à fait placer ; dans une grande pièce de la maison du gouverneur LatriS , quelques autres fragments dé têtes^ bitstes , inscriptidnà» pour commencer un musée. Une statuette de Mercure, ëti marbre blanc, de deux pieds de hattt, est Un fort joli morceau ; il n'y manque qu'une main et les deux pieds. De UdmbreUt fragments ont été sans doute employés à la construëtiod des ponts et peutêtre à celle du théâtre; mais^ comme aUt:;Une ville moderne U'aVait été construite dans cette plaine avant la Sparte nouvelle, on doit retrouver encore beaucoup de restes dans ses aiterrissemems : c'est encore là Une terre vierge à exploiter. Entité les collines et la viUe moderne est un monument en pierres quadrilatères. Les traditions populaires le donnent comme étant le tombeau de Léonidas, dont le corps fut apporté Il Sparte après sa mort aux Thermopyles. C'est une

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sorte d*béroûin. Il n'en existe plus que les murailles tout unies, qui n'annoncent pas la forme d*un temple. De là je traversai des champs d'oliviers et de mûriers pour redes* cendre vers les bords de TEurotas, afm d'y voir ua tombeau que les mêmes traditions populaires donnent cooiine celui du roi Agis. C'est là une promenade délicieuse. L'Eurotas coulait sans doute autrefois le long d'une sorte de circonvaliation naturelle dont il est éloigné aujourd'hui de quelques centaines de pas, et les terrains qu'il a abandonnés ont formé des terres grasses fort bien cultivées. A l'extrémité de ce tertre, près d'une plantation de beaux peupliers qui s'étend jusqu'à l'Ëurotas dans l'endroit où il se rapproche de la rivière de Magoula, qui arrive de son côté pour se réunir à lui , on aperçoit un tombeau creusé dans une sorte de pierre rougeâtre. Le couvercle en a été enlevé , brisé et jeté à quelques pas ; c'est peut-être là un des exploits dont se vante Fourmont. On y voit une^ statue en haut-relief drapée et un peu plus forte que la grandeur naturelle. On n'aperçoit plus que le pied , la jambe et le tour du corps de celui qu'on dit être le roi Agis, le haut-relief a été creusé ou brisé dans sa partie saillante. Le tout paraît plutôt des temps romains.

Ce lieu, gracieusement planté de peupliers s'avançant en 9ng1e arrondi à l'extrémité jusqu'au confluent des deux rivières , m'a semblé répondre tout à fait à la situation du célèbre Platanistas, où luttaient ensemble les jeunes gens et les jeunes filles de Sparte.

Dans la soirée M. Latris, gouverneur jde Sparte, et moi nous allâmes visiter, au sud de la ville actuelle, une colline sur laquelle se trouvent aussi des restes antiques. On a de là une fort belle vue de la vallée de l'Ëurotas. Elle n'est qu'à un quart de lieue de la ville, et en la plantant on pourrait faire un lieu de promenade agréable pour une ville où il serait nécessaire de pouvoir trouver quelques lieux un \yeu ombragés.

Dans le cours de mes excursions à la poursuite de Fan-

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tique, je me rendis, à cheval, jusqu'à l'antique Amyclée, aujourd'hui Sclavo-Chorio, le village des Slaves, à une lieue de Sparte, dans la plaine. Malgré toutes mes recherches, je ne pus trouver que quelques colonnes brisées et deux restes de temples antiques servant de soubassement à des églises. Là, ainsi qu'à Sparte, je me fis apporter toutes les vieilles monnaies que possédaient les paysans. Elles sont en général de l'époque byzantine. J'en trouvai cependant plusieurs en cuivre des temps helléniques et de Sparte même et plusieurs autres des princes français de la famille Ville-Hardoin , qu'on ne dédaignera plus désormais, je l'espère , comme on les avait dédaignées jusqu'ici faute de les connaître.

La Lacédémonia byzantine occupait les quatre collines que j'ai mentionnées plus haut , à une lieue de la Sparte actuelle et près de TEurotas. « Lacédémonia , dit la Chronique de !VloréeS était une grande ville bien garnie de tours et de murailles ^ fabriquées de chaux. Les habitants s'étaient vigoureusement fortifiés, avec la ferme résolution de ne pas se rendre. Pendant cinq jours les Français tournèrent jour et nuit en combattant sans interruption autour de la place , et ils dressèrent les trébuchets qu'ils avaient amenés de Nicli. Enfin, après un grand carnage et la destruction des tours , la ville , cédant à la force , capitula et obtint, par une convention gaiantie sous serment, que les habitants conserveraient leurs propriétés et leurs privi* léges. »

L'emplacement de Lacédémonia est fort reconnaissable. Les murs de cette ville forte, construits de ciment, se continuent sans interruption autour des quatre collines ; quel* ques tours en ruines s'y remarquent d'espace à autre. Dans l'intérieur , des débris de plusieurs églises annoncent son ancienne splendeur; et l'espace marqué par les murs d'enceinte indique qu'une population de vingt à vingt-cinq

^ p. 51 de mon éiiit. à deux, colonnes.

2 C'était une des doaze places fortes de la Morée.

mille habitants pouvait y trotivcr place. Elle ne paraît pas 8*ê!re jamais bien relevée depuis la conquête franque.

C'est de cette dernière époque que date la construction d'une troisième ville qui est ilientionnée, par G. Phratitzi, sous le nom de Sparte \ et dont le véritable nom est Riezitbra ' suivant les Grecs , et Mistra suivant les Francs ; et, sur ce point , je suis assez de l'avis des Francs, qui en étaient les fondateurs. Le chroniqueur grec de la principauté française de Morée raconte ' que , pendant le séjour du prince Guillaume de Ville-Hardoin dans ces parages, il trouva, à une lieue de Lacédémonia, un petit monticule situé d'une manière pittoresque au-dessous d'une plus haute montagne. Cette situation , ajoute-t-il, lui parut convenable pour y placer un fort. Il en fit en effet constMiirë un sur cette montagne, et lui donna le tiom de Mezithrâ, qa^il porte encore aujourd'hui, tl en fit une belle place et un fort des plus imprenables.

Le sentier qui conduit de Imparte à IViistra conduit à travers des vergers de mûriers et d'oliviers , et traverse plusieurs cours d'eau. Au village de Magouta , placé sur la route, je visitai en passant, près d'un moulin , utie vieille église dont une partie a été entraînée par là rivière de Ma-

*■ Lorsque G. PhiUûtzi metttloti6e la cession que fit OUillaume de Ville-Hardoin, en 1963^ à Michel Paléologue des trois places de Monembasie, de Maina et de Mistra pour sa rançon, il donne à cette dernière le nom de Sparte, xat rr^v Aaxft>vtx:^v Iràp'nîv (p. t7). Lorsqu'il mentionne la vente faite à Rhodes parle despote Tliéodose, en 1408, de son despotat de Mistra à Tordre de Saint-Jean-de* Jérusalem , il Pappelle ta seigneurie de Sparte, ttspàcraç év t^ vofttù pisià Tptrpsw; t;^v t^; iTràp'mç àpyriv insirbikr,x6i tt) à^«^^o*T>jTi Toû TrpoçnToi» xal pa7rT!0"ToO Jwavvoi». (Pag. ôi.)

* Mezithrâ est une espèce de (Vomage caillé en tnrqaie. Mistra,

eti patois de France , signifie la maîtresse Tille. Éic f o fropoirtse

tOTtov OTTOu fftval Yi x^P°^ Trpoovopiafr^eto'a McÇtij^pâ; , ô »6»

«a^ouf*«va; MtffrpcZç. (Manuscrit de rarchevêqne de Laoédémone.) ' Page 73.

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