MISTRA
goqla, qui quelquefois Revient un torrent fougueux, mais qui, au moment de ma visite , était si humble que je lais*sai là le pont et la passai à gué. Cette petite église, connue S0U3 le nom de xo([Jt,r,(7i(; tyjç OeoToxou (Assoii)ption de la Vierge), av^i^ un pavé en mosaïque, et le partex extérieur était ouvert et orné de colonnes.
Depuis le départ des Turcs un faubourg assez considérable ou plutôt une nouvelle ville de Mistra s'est formée au pied de Tancienne ville, dont elle est séparée par la rivière. Avec la sécurité est revenu le goût d'habiter dans les plaines. Le nouveau bourg, appelé Parori ou £xo-Chori, forme aujourd'hui une sorte de concurrence avec la nouvelle Sparte.
Je traversai la rivière et arrivai dans la Mistra de Guillaume de Yille-Hardoin. Le monticule sur lequel elle est bâtie est en effet placé au pied de la chaîne du Taygète. Une gorge fort étroite , en pente fort rapide dans le fond, et tout à fait abrupte du côté du mamelon de Mistra , la sépare d'un autre mamelon. La ville se continue depuis la rivière jusqu'en haut, divisée en trois parties : Kato-Chori, le bourg d'en bas ; Mcso-Chori , le bourg du milieu , et le Castro, toutà fait au-dessus de la montagne : mais la partie inférieure de la ville est la seule habitée, le reste ayant été abandonné après la révolte des iVlaînotes et les ravages des Albanais. Ce ne sont partout que maisons et églises en ruines.
A une assez grande hauteur est situé le monastère de ZojoSoxou TT^YT] (Mère du Sauveur), que j'avais si vainement recherché à Sparte même; trompé par G. Phrantzi, qui nomme ainsi Mistra par affection pour l'antiquité classique. Je tenais à visiter le tombeau de 'fhéodora Tocco, nièce du comte Charles Tocco de Céphalonic et fcimue de Constantin Paléologue depuis empereur et le dernier de9 empereurs, et celiii de Çléophas Malatesta, femme du despote Théodore son frère , qqi toutes deux y avaient été enterrées. G. Phrantzi raconte que, la belle Théodore Tocco étant morte à Saint-Omer (Santameri) en Morée,
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près de Patras, en noTembre i/»30, au grand regret de son mari et de toute sa maison , qui admirait sa parfaite beauté, son corps fut d'abord transporté dans une des églises de Clarentza, puis de là dans le monastère de Zoodocou à Sparte*; et que Cléopiias Malatesta y fut inhumée aussi ' en lZi33.
Le monastère mentionné ici a été en partie ruiné ; mais les tombeaux subsistent encore au milieu des ruines du cloître, et sont connus comme tels dans les traditions du pays. I/église, appelée Paiitauasio, dooi rarchitecture est toule latine, est conservée en eniicr. Au dessus du portique s'élève une colonnade ou ver le comme les Loggic de Florence , et à l'extrémité de la colonnade une tour de forme byzantine. Le tout me paraît de trop bon goôl pour avoir pu être construit h ré()oque franquc ; cela paraît plutôt de l'époque vénitienne , c'est-à-dire de la fin du dix- septième siècle. Un peu au-dessous est la métropole, à laquelle est adossée le palais archiépiscopal , qui sert aujourd'huf d'habitation au curé, frère de l'archevêque actuel; ce dernier était en visite chez son frère , et ils me firent, avec la plus parfaite politesse , les honne'urs de la métropole. Sur la porte d'entrée on lit que cette église a été bâtie par l'archevêque Nicéphore , le premier des archevêques du rit grec, qui prit possession de Misira après l'abandon qui en fut fait, en 1263, par Guillaume de Ville- Hardoin à Nicolas Paléologue pour prix de sa rançon. Suivant les Annales des frères-mineurs de Wadding, le dernier des évêques latins de Wistra s'appelait Haymon et fut transporté à l'évêché de Corou^ La série des arche-
* Kaî pteri raÛTa àv6xô^io>av auriv sic t?}v sv tt) Inioxr, tou
ZWO^OTOU fAOVYlV. (P. 154.)
* Kat hir^vi èv Tfi Zwo^OTOi» fxovY). (p. 158.)
' Wadding rapporte (t. 7 de ses Annales) une le! Ire de Nicolas llî, en date da 18 août 129'?, qui recommande à Tévêque d'olène, aa prieur des frères-piécheurs et au gardien des fi ères-mineurs de Claronfza, ut ITaymoncm, episcopum Lacedœmoniœ in Pcloponneso,
MISXRA. 433
Téqaes du rit grec, depuis cette époque, est donnée, avec quelques extraits de la vie de chacun , dans un volume manuscrit que possède Tarchevêque de Lacédémone Mêlétius. Il voulut bien me le confier , ainsi qu'un autre manuscrit sur parchemin in-folio qui contenait un évangéliaire du quinzième siècle, et il m'invita à prendre copie de son Kôv^iS Upoç , contenant les vies de quelques-uns des métropolitains , ses prédécesseurs : ce que je fis. Ce sont d'abord Micéphore, le premier après l'abandon de Mistra par les Français en 1263, puis iVlatthieu et Luc, puis, après une longue lacune, Nilus, Tbéodoret, Gennadius, Kyprianos, Joseph, Gabriel et Auanias. Cet ouvrage trouvera sa place dans la seconde partie de mes Nouvelles recherches.
L'église métropolitaine est assez vaste. Sur le mur extérieur, adroite de l'église, sous une sorte de petit porche ruiné , est une autre inscription gravée sur le marbre vers la même époque que celle dont je viens de parler. A l'intérieur , sur cinq des colonnes de marbre , des deux côtés de l'église , je remarquai également des inscriptions gravées en caractères ecclésiastiques du haut en bas de l'église. Sur Tune d'elles je lus la date de 6847 du monde ou 13^1 de J. -G. , et toutes me semblèrent contenir le dénombrement des biens de toute nature possédés par l'archevêché de Mistra ou Lacédémonia en différents lieux. L'évêque, k ma demande , voulut bien donner des ordres pour que l'on décalquât ces diverses inscriptions sur gros papier , d'après les moyens usités aujourd'hui et que je lui enseignai , et promit de me les faire passer à Athènes; ce sera un monument authentique curieux de plus pour l'histoire de celte époque à ajouter à ceux que fournit son manuscrit.
Je laissai mes chevaux parmi les ruines du couvent et marchai vers le Castro. On arrive à une grande place qui a dû être assez belle, et qui est connue dans le pays sous le
a Grœcis occupato, ad ecclesiam CoronenscnOy etiam in Pelopooneso
et Mesaeoift sitam, à capUularibiis postulattim , in e&dem auctoritate
apofttolicà admitti et à prioris ecclesiœ vinciilo absoWi carent,
434 GÙC8 CONTINKNTALB ET MOEEE.
nom de pilais de la Basilîssaponla (de la Princesse) . Pea t-étre étaitH:e Ui en effet le palais des despotes de Alistra , qui étaient toojoors de la famille impériale. Il but encore one demi-beare pour arriver de là à la dme de la montagne sor laquelle est oonstrait le castre, à 534 mètres an^essos dn niveau de la mer. Les fortifications se composaient de [4nsieurs lignes de mnrailks flanquées de tours. Une des tours carrées se voit encore dans la partie la plus basse , sur le versant à droite, et on retrouve d'intervalle à autre en montant de grands restes de murailles de la construction franque |MÎmitive , qui a dû être modifiée ensuite par les despotes grecs de llislra , par le» Turcs et par les Vôni« tiens. La partie supérieure, telle qu'elle existe aujour*» d'bui, ne conserve plus que quelques restes du mur ancien et des chemins de ronde ; le reste est de construction assez récente. En faisant des travaux de ce c6(é, en l'an 1827 , on trouva tout en haut , auprès de la porte, une cuirasse et des Jambards de fer, et, dans le même endroit, un tom« beau dans lequel étaient un casque à visière et une cotte de mailles. La cotte de mailles était tout à fait brisée, et on en donna quelques morceaux an roi Othon à son passage à Sparte. Quant à la cuirasse, au casque à visière, aux Jambards et au reste de l'armure, Je n'ai pu apprendre ce qu'on en avait fait
En revenant de Mistra à Sparte , je m'arrêtai quelques instants à examiner un rocher perpendiculaire mtué à un quart d'heure de Mistra, et qu'on donne comme étant le célèbre rocher des Apothètes , d'où on précipitait , suivant Plutarque S les enfants Spartiates contrefaits.
Le soleil se couche une heure plus t6t à Sparte à cause de la hauteur presque perpendiculaire du Taygète ; mais , malgré l'absence du soleil, il faisait une chaleur insuppoTitable. Les rochers voisins , échauffés par le soleil du jour, rejettent pendant la nuit la chaleur qu'ils recelleot, et les
A Vie da Lycarga«i
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noits sont ainsi chaudes que les jours. Â mon retour chei mon hôte, le gouverneur Latrts, j*y rencontrai un colonel tare, Âchmet-Bey» qui arrivait de Calainatapar la route do Taygète. Achmet-fiey jouissait de la faveur du sultan Mahmoud. Il m'a raconté (|u*il avait môme été employé trois fois dans des missions de confiance , Texécntion d*un pacha redoutable, et il s'en était tiré tout à fait k la satisfaction de son maître. L*ua de ces pachas était ami d*Âcbmet-Bey , ce qui lui donna pour le frapper Une facilité dont il s'ap«> plaodissait en me le racontant. J'ai souvent entendu les ennemis des Grecs parler de la franchise des Turcs ; mais qu'ils étudient les ruses auxquelles on est obligé d'avoir recours pour obtenir justice contre le fort , et ils appré^ cleront plus exactement l'absence de franchise que le despotisme traîne à sa suite. Un seul des faits qu'Achmet-Bcy me raconta révélera toute l'étendue du mal II était le chef de la police de Smyrne. Quelques affaires Tayant appelé à Constantinople, il apprend i à son retour à Smyrne, que sa garde même s'était portée aux plus criminels excès contre les chrétiens et qu'on en avait assassiné un grand nombre. Achmet-Bey croit toujours que les intrigues du sérail sont au fond de tous ces meurtres commis contre les chrétiens; il ne voulut donc pas faire appel à la justice du divan , mais il chercha à se venger lui-même. Il assemble donc sa garde ; il leur parle des meurtres commis contre les chrétiens; il les en félicite en bon musulman: leur donne des récompenses à tons pour y avoir pris part, et annonce une plus haute récompense aux mieux méritants quand il les connaîtra. Ceux-là, par forfanterie > se désignent. 11 les récompense largement, les invite à un grand dîner, et quand ils sortent de sa table il les fait égorger tous un à un. Achmet était charmé de la manière dont il avait en justice des siens , et il n'entrevoyait pas qu'il y eût rien à dire contre cela, et c'est un bon et excellent Turc à sa manière. Nommé colonel des troupes envoyées en Crète, il s'était opposé aux mesures atroces qu'on avait voulu
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prendre contre les populations chrétiennes; car Âchroet ?eiit qu*on traite les rayas a?ec justice , et se déclare partisan du grand justicier Mahmoud , dont il vénère la mémoire. Ses collègues s*étant prononcés pour une extermination , et , ayant été forcés de céder à ses remontrances , il pensa qu'ils ne tarderaient pas à se venger sur lui. Aossî, dès qu*il vit la guerre prendre fin , au lieu de retourner à Consiantinople il s'embarqua secrètement , après avoir fait dire à sa famille de quitter la Turquie |)our venir le rejoindre , et il s'était décidé à se faire citoyen grec. Il m'assura que beaucoup de Turcs de ses amis étaient si convaincus de l'impossibilité actuelle de reconstituer un peu d'ordre dans la partie européenne de la monarchie turque en particulier, qu'ils n'hésiteraient pas à reconnaître le gouvernement grec si ce gouvernement paraissait prendre un peu de fermeté, de puissance et de durée ; ce qui aura certainement lieu si jamais une bonne organisation politique répond aux vœux de ses intelligents habitants.
TRYPI. — CHAÎNE DU TAYGÈTE. — GÀLAMATA.