COUVENT DE VULCANO
sur le Magne, qoi sera publié en entier dans la seconde par* tie de mes Recherches , donne sur ce pays des détails fort circonstanciés. Toutes les iiilles, châteaux et villages y sont énumérés, et on y trouye une esquisse historique fort exacte des événements politiques qui ont précédé la révolution grecque.
La chaleur était si ardente pendant le jour, que je remis mon départ de Galamata pour le mont Vulcano jusqu'à la nuit« Le receveur général , M. Nicolaidi, et quelques-uns de DOS amis communs, le président Barboglou et des con* seiUers de la cour de Galamata voulurent bien m'aoconh* pagner jusqu'aux ruines de Tantique Messène* Nous partîmes è six heures du soir par la route de Fourtzala. À onze heures do soir nous é,tions arrivés à Gaidouro-Gephyri, oîK nous prîmes congé du gouverneur Latris et nous arrêiâmoi jusqu'à deux heures du matin. Malgré la profondeur de l'obscurité, nous continuâmes notre route à travers les prai* ries arrosées par le Pamisus. Nos guides connaissaient tous les mille détours de ces petits sentiers, et, grâce à leur ex-* périence, nous rencontrâmes toujours le seul sentier ferme à côté de petits cours d'eau et de marais qui l'étaient moins, À quatre heures et demie , avec les premiers rayons du soleil, nous entrions dans le couvent de Vulcano, placé dans une fort belle situation, près du mont Ithome. Il est souvent fait mention de la seigneurie de Vulcano dans le^ diplômes des princes français d'Acbaye , à la fin du quatorzième siècle. Le chambellan de Gatherine de Valois» Nicolas Acciaiuoli , grand-sénéchal de Naples et seigneur de Goripthe, possédait beaucoup de propriétés de ce côté. Peut-être aussi le monastère actuel était^iî une succursale des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalcm i car la porte est surmontée d'un écusson portant la croix de Saint-Jean-de-Jérusalem. On y voit même une iiiscrip^ tion ; mais la faiblesse de ma vue ne m'a pas permis de la déchiffrer. L'église et la porte sont les seules parties du monastère qui aient conservé quelques traces d'antiquité;
4AS GBEGB GONT1NBNTAI.B ET MOBEE.
le reste ne date pas de plus de cent ans. Quant aux archiTos, il me fut impossible d*en retrouver trace. Toute l'a bbaye est ombragée de fort beaux cyprès, et partout alentour la verdure et la forme des cyprès forment une agréable variété au milieu des arbres qui garnissent les deux rives du Pamisus. En quittant le monastère et en continuant toujours à s'élever sur i'Ithome , on aperçoit un monceau de fragments de colonnes de marbre et de larges assises accumulées sur les côtés de la route. C'était là qu'était une des portes de la grande ville de Messène. Cette sorte de col une fois traversé, ouest dans Messène même. Le village de Mavromati avec la fontaine Arsinoë, qui donne une abondante et excellente eau , est placé au delà , presque au centre de la ville antique, qui comprenait toute la vallée et s'étendait sur toutes les collines qui Tenceignent : c'était une bien vaste enceinte, dans laquelle devait être comprise, non-seulement la ville mais les faubourgs et les jardins. Je voulus d'abord aller jusqu'à l'autre extrémité de la ville , à plus d'une demi-lieue de la première entrée. Là se trouve une fort belle double porte de ville très-bien conservée ; et on y arrive par le chemin antique qui, tout près de là, subsiste en entier avec ses vastes dalles. La pierre qui servait de Ikiteau à la porte d'entrée gît à ses pieds abattue obliquement. Au dedans, entre cette double porte, est une enceinte ronde, d'une soixantaine de pledsdediamètre, bâtie en vastes pierres quadrilatères, avec une niche de chaque côté, destinée probablement , d'après ses dimensions , à recevoir les statues des dieux protecteurs. Sur les deux côtés de cette porte s'appuie le mur d'enceinte de la ville , qui suit toutes les courbures des collines et redescend ou monte avec elles. Sur toute son étendue il est flanqué de tours antiques, dont quelques-unes sont fort bien conservées et dont l'ensemble est d'un effet surprenant. De même que l'enceinte des fortifications de Paris comprendra daus son circuit non-seulement la ville , qui est au centre , mais quelques-unes des communes attenantes, et des champs,
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et des jardins, et des maisons de campagne ; de même i*euceinte fortifiée de Messène devait embrasser non-seulement la ville centrale , près du village actuel de Mavromati , mais encore des hameaux et des champs et des jardins; car Tétendoe en est considérable^, aussi considédérable , je pense , que le mur actuel d'octroi de Paris. On s'en ferait une assez eiacte idée en se représentant la Tallée de Paris close sans interruption par les collines de Montmartre, de Belleville, de Sainte-Geneviève, de iVleudon et du Calvaire rapprochées et contiguês; Messène est, comme Paris , au fond d'une sorte d'entonnoir.
De l'enceinte, que je tournai dans une bonne partie de son étendue , je descendis dans la ville. Ici se voient les mines d'un stade, là de plusieurs temples, ailleurs du théâtre , partout d'immenses colonnes , jetées par terre au milieu des champs , ou s'élevant mutilées sur leur ancien fût au milieu des épis de maïs jusqu'au quart de leur hau* teur. Près du stade surtout les colonnes debout et les colonnes renversées abondent. Une église byzantine , bâtie sur les débris d'un temple antique, a partagé son sort et est en ruines aussi. Les grands monuments sont ainsi fort rapprochés sur plus d'une lieue de terrain. Près de Mavromati sont les restes d'un palais bâti, non en assises carrées, mais en longues et épaisses dalles arrondies sur toutes les faces. C'est surtout en. se rapprochant de Mavromati , et surtout de la fontaine Arsinoê, qui semblent avoir été le centre, du mouvement de cette ville importante, que ses grandes ruines se multiplient. Un grand nombre de femmes de Mavromati affluaient autour de la fontaine Ârsinoe, où elles venaient puiser leur eau. C'était là un souvenir vivant de la belle antiquité , car les vases qu'elles portent sur leurs têtes ont encore les mêmes formes. Leur taille haute et dégagée, leur front uni , leur profil droit , leur grand œil noir ne démentent pas les éloges des poètes. Leur costume est encore une parfaite réminiscence de l'antique, et c'est le plus simple comme le plus joli costume que j'aie vu
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60 Grèce. Un japon fort court lamuit v^r une janibt Une et Boe , un véritable pepâun a?ec son ancienne forme non altérée Tenant le poser comme une iïaaqaiue tar ce court jnpon , et un ix>nnet bien bianc formant comme un trbn* gle ouvert aplati^ par le haut et bien olivèrt sur le» deuic cAléi« aises semblable à la coiffure des femmes d*Mbaoo« me rappelèrent tout à fait les bas^reliefe antiques. Toutes semblent d*hnmeur vive et bienveillanie« et presque toutes avec leurs vêtements blancs sont d*une propreté eioep» tionnelle ici. Les paysans me vendirent quelques mé* daillcs d*argent asiea bien conservées. Ils en trouvent bté-> qoemment en labourant leurs cbdmps , et rencontrent aussi parfoia quelques fragments de sculpture. Mais dans quelles ruines ne trouverait-on pas en Grèce de débris qui at* testent l'incontestable supériorité de ce peuple dans les arts I
Les moines hospitaliers du mont Yulcano nous avaient préparé pour notre retour une amicale réception qui nous fut très-^réable après les fatigues d'une longue journée»
La chaleur était tempérée par une brise assez douce lorsque je quittai le monastère de Vulcano pour continuer ma route vers Coron par Nisi. Arrivés au village d'Anasyri» quelques-uns de mes compagnons furent rencontrés par un des propriétaires de leur connaissance, qui exigea que BOUS nous arrêtassions un instant chez lui pour nous ra« fraîchir par un peu de repos et par une légère collation^ Ses fruits étaient fort beaux. U, pour la première fois, je fis connaissance avec la grappe fraîche du raisin de Cot rinthe ou passoline appelé ici siaphida. Le goût^en est délicat et agréable ; sa grappe a beaucoup d'analogie pour le goût et la forme avec ce petit raisin qu'on appelle dans le Berry du sauvignon ; mais les grains n'en sont pas sorrés comme ceux du sauvignon et ils n'ont pas de pépins. On ne le cultive en Messénie que dans les jardins , mais sur les odtas occidentale et méridionale on en a de nombreuses vignes qui font la richesse du pays,
Kn continuant notre course le long du Pamisuj; » piu^mi
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des tenres mal plantées et assez mai cultivées, nous arri~ vâmes à Nisi. Mes compagnons de voyage prirent cpngé de moi pour retourner à Calamata, qui n*est qn*à deus beures de route de là » et moi je restai à passer le reste de la journée i Msi. Je visitai sou église, qui est de con^ struction byaaotine ; elle est du douzième siècle, mais n'offre rien de curieux. Près de Nisi est la ville d'Androusa » où siégeait , au temps des Francs , un des principaux délégués judiciaires du prince. Il s*y trouvera dans quelques années la bibliothèque dont a fait don à sa ville natale M. NiccolO'Poulos, sous*bibliotbécairu de l'Institut de France , qui est originaire de cette ville.
De Nisi à Petalidi , où débarqua la flotte français^ porr tant le corps d'occupation du maréchal Maison , la roule suit constamment le sable de la mer< et comme la grève est douce et peu profonde les chevaux peuvent avoir cour stamment les pieds dans la mer, À Petalidi je rencontrai Jd. Pierakos en visite chez son frère le dimarque « et fus charmé de pouvoir puiser à la véritable source tout ce que je pouvais avoir h demander de renseignements sur cette colonie fondée par lui sur l'emplacement de la ville antique de Coroni. Les maisons des nouveaux cotons sont propres et l'éiablissement paraît être en prospérité. L9 vent y souffle plus frais qu'à Calamata et le port peut à peu de frais être rendu excellent. Les reste du môle antique destiné à abriter les vaisseaux contre le vent d'Afrique s'y projettent vigoureusement dans la m^r. Cinquante mille francs suffiraient peut-^tre pour le réparer de manière à faire un utile service. La ville antique de Coroni s'étendait de la plage jusqu'au haut de la colline. Des fouilles récentes faites dans le bas de la ville « à peu dç distance de la dimarchie , ont fait retrouver deux tombeaux fort bien conservés. L'un d'eux offre une série de combats contre lesCentaures, C'est un fort beau bas-relief de la plus belle époque , mais malheureusepient nq seul côté es( bien coriserve ; et encore des enfatits ont-ils récemment, et) jouant»
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brisé quelques têtes. L'un des petits côtés offre aussi de beaux détails , mais il est fort mutilé. Ce sartophage mériterait d*étre placé dans un musée et il serait un des plus beaux ornements du musée d'Athènes. Le dimarque m*a ^ promis de le taire au moins déposer dans sa cour, pour le protéger contre les enfants. Deux autres tombeaux récemment excavés sont encore en place, mais les bas-reliefs sont loin d*étre aussi beaux.
Au-dessus de la Tille s'élevait Tacropolis. Les murs d'enceinte subsistent presque partout, mais sortent à peine hors de terre. Plusieurs assises plus considérables apparaissent le long des rochers, et on voit parfaitement, du côté d'un ravin qui va se réunir à un ravin plus profond dans lequel coule un torrent, l'endroit où étaient placées deux des portes. A l'intérieur je retrouvai des traces d'tin aqueduc et les ruines de plusieurs temples. Près des fondements de l'un des temples est encore gisante une statue fort mutilée , en pierre rouge , qui semble avoir été jadis la statue du héros , précipitée de son piédestal probablement par les chrétiens au moment où ils abattirent le temple consacré à sa divinité. Non loin de là sont les ruines d'un troisième temple, et au milieu des champs gîr une large pierre sur laquelle est gravée une inscription en une dizaine de lignes dont je ne pus lire bien distinctement que la première et la quatrième :
nOAIS EniXAPE02
ETEPPETHS
Dans la cour du dimarque se trouve une autre pierre portant aussi une inscription antique. Partout, en effet, les restes de l'antique abondent en bas comme en haut de la colline , et il serait d'autant plus intéressant d'y faire des fouilles que presque tout ce qu'on y retrouve est d'une belle époque.