‹ La Grèce continentale et la MoréeChapitre 55 sur 68 · CORON · texte numérisé non relu

CORON

De Petalidi , l'ancienne Goroni , à !a ville actuelle de Coron , Fancienne Colonis , la route suit continuellement la mer en descendant et remontant les coteaux ; mais , jusqu'à Castellia , ces coteaux ne sont pas bien boisés, et la route est peu agréable. A Castellia elle devient plus belle , et la campagne se couvre de magniGques oliviers. Castellia prend son nom de deux châteaux du moyen âge , Fun assez vaste, Tautre plus petit, qui couronnent les deux petites montagnes situées entre le village et la mer. Après Castellia , la route redevient moins variée encore. Les ruines d'un autre château franc , portant le nom de Kastro-Frankiko , se font voir dans les montagnes , tout à côté du chemin.

Goron est sKuée sur une hauteur dominée par un châteaii-fort d'origine vénitienne. Dès la conquête de 1205, les Français s'en étaient emparés. Ils avaient trouvé , dit la Chronique de Morée ^ , cette forteresse dans le plus mauvais état , aussi bien sous le rapport de ses murailles que de ses tours; c'était comme une espèce de caverne profondément enfoncée dans l'intérieur d'un rocher. Les vaisseaux cernèrent la place par mer , tandis que les cavaliers *et les fantassms commençaient la bataille par terre. Les trébuchots furent dressés et approchés , et ne permirent pas à un seul habitant de se montrer à la défense des murs. Les habitants de Coron qui s'étaient réfugiés dans la forteresse , voyant le nombre des attaquants et la fermeté de Tattaque , demandèrent à capituler , et rendiren la place. » Un évêché latin fut établi dès la première année de la conquête à Coron , et il continua, comme l'avait été dans tous les temps l'évêque grec, à être un des suffragants de l'archevêché de Patras. Coron fut cédée avec Modon , en l'an 1248, par le prince de Morée, Guillaume de Yille-Hardoin , aux Vénitiens pour prix de l'assistance qu'ils lui avaient donnée avec leur flotte. Les Vénitiens la

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454 GRÈGE CONTINBlffTAIiB ET MOREB.

conservèrent jusqu'en 1 538, où ils cédèrent aux Turcs booseofement Monembasie et Nauplie, mais Coron et Modon, En 1686, Coron leur fut reprise par François Morosinis mais ils la reconquirent de nouveau en 1785 , et les Yéni^ tiens la leur abandonnèrent, ainsi que toute la Morée et les ties , par le traiié de Passarovitz , le 21 juin 1718» et ne conservèrent, avec les tles Ioniennes, que Prevesa, Yonitsa, Bntrinte et Parga sur le continent.

U n*y a à Coron qu'an petit nombre de maisons en de* hors de la place ; le reste des maisons et quelques églises sont renfermées dans riotérieur de la citadelle* Les ruines de l'une des tours semblent d*origine franqu^, mais tout le reste est vénitien. Le château est de la première époque de leur occupation , et le lion de Sainte-Marc en surmonta toutes les portes. On lit cette inscription de la première époque vénitienne sur une des tours :

HOC OPDS riERI FECERtNt

MAGNIFia

ET CLARHSim DOmSI

BBUfiOlDDS BONATO

CAST^LACIUS

ET

LUltOVlGUS CONTABENO

CAPITANEUS

ET »AOyiflORE8 COROm.

H. COCOi LUXlIb

A peine quelques barques viennent-elles aujourd'hui chercher un abri dans son port. Les habitants paraissent sans agriculture et sans industrie.

De Coron à Modon on a à suivre un chemin de monta» gnes très-âpre et très-difficile ; on a toujours à marcher sur des pointes de rochers ou dans des sentiers profondément encaissés comme s'ils étaient fabriqués de fonte, Après avoir franchi toutes ces montagnes noires et déaer^ tes , j'arrivai dans une plaine découverte et assez bien cultivée, près de la mer; mais de nouvelles montagnes,

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d'mie p^nte pins ^ouce yers la terre , feraient bmaquement le rivage et forcent à rester dans une route de ra-^ i^iBS. Là, près du rivage, apparaît à gauche une tour fraa* que qui domine la vallée , et à droite s'aperçoivent quelt» qnes ruines byiantines. Quand on a remonté ces nouvel-^ les montagnes , la vue redevient belle dans le lointain i e'est une autre mer qui vous apparaît, avec les deui ties de Sapienia et de Cabrera, appelée ici Esqpiiza.

J'arrivid à Modon à travers champs, et me logeai dans la aouvelle ville. Au qioment de l'arrivée des Français ea 16S/i , Mpdon était un misérable bourg. Notre corps d'arr mée y a jeté de Fargent ; 1^ soldats n*étiuent pas moins phiDiellèaes que les chefs, et tous cherchaient à l'envi à prêter Qçcours i une nation qui demandait h renaître. Les ruines furent déblayées, un plan régulier fût tracé, et une ^tite ville fut commencée. Dans toute la Messénie , les hommes de tous les rangs ne parlent aujourd'hui qu'avec reconnaissance du corps d'armée commandé par le maréchal Maison. Tandis que la France garantissait h la Grèce b jpttiflsanee de la nationalité sans la lui faire payer, ses eoldats étaient comme des instructeurs qui lui enseignaient ies premiers éléments de tout métier utile. C'est un service que la Messénie en particulier n'a pas oublié. De pauvre e% ruinée qu'elle était au moment de notre arrivée , nous l'avons laissée , au moment de notre départ , floris*santé et laborieuse. Depuis, le mauvais système, ou plutôt le début de tout système de l'adHiinistration grecque, ont entravé au lieu d'aider Faecroîssement de cette prospé^ rite. La loi des dîmes en nature est appliquée d'une ma^ nière onéreuse et arbitraire et produit le plus prcrfond mécontentement dans les esprits en même temps qu'elle met entre les mains des fermiers du fisc tes moyens oenttants de dominer le gouvernement lui-^môme. D'un autre mM , le gouvemen^nt , au lieu d^aflermer les terres na^r tJQuales à long bail » ou de les vendre au prix de deux on trm «imési d» rwenu • t regardé faaiatment comme qq

rigoe de proq)érlté d'obtenir le prix le plus élevé possible pour ses terres. Le paysan les achetait cependant, tantôt pour les enlever à un voisin dont on était jaloux , tantdt parce qu'il espérait en payer le prix à Taide d*anciennes réclamations qu'il avait lui-même à faire sur le trésor, et tantôt parce qu'il espérait qu'une bonne année de récolte lui fournirait les moyens d'acquitter ce haut prix dans les trente-six années fixées ; mais la récoite était toujours inférieure aux espérances; le moment du payement arrivait; les anciennes réclamations n'étaient pas reconnues ; il fallait payer, et on se trouvait après l'achat plus pauvre qu'on était auparavant J'ai vu dans presque toute la Messénie plus de la moitié du corps des gendarmes cantonnés dans la province , employés comme garnisaires dans les villages pour forcer les habitants à acquitter le prix d'achat des terres nationales. Leur séjour chez les habitants ne faisait que rendre plus impossible encore l'acquittement de l'arrivé. Modon est le point où débarqua, en 1205, Geoffroy de Ville - Hardoin , neveu du maréchal de Champagne et de Aomanie. Sa forteresse était alors en ruine; elle avait été démantelée dans le siècle précédent par le doge Domenico Michieii et les Vénitiens , pour se venger du tort que les bâtiments grecs faisaient à leur marine. Les Français fortifièrent alors cette ville , à laquelle les chroniqueurs donnent le nom de Michon , dont ils font le nom de tout le Péloponnèse. C'est de Modon que partit Geoffroy de Ville-Hardoin pour conquérir, avec son ami Guillaume de Champ-Litte, toute la principauté d'Achaye, tpii devint pour lui une souveraineté de famille. Son neveu , Guillaume de Ville-Hardoin , prince d'Âchaye, céda ensuite, en 1248 , la ville de Modon aux Vénitiens avec celle de Coron ; et ces deux villes continuèrent à éprouver le même sort politique. La nouvelle ville de Modon s'étend jusqu'à la forteresse qui s'avance sur la mer, ayant l'île de Sapienza en face. A l'exception d'une moitié de tour engagée dans le rempart , cette forteresse me semble toute

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vénitienne. Sur la place en entrant est une sorte de colonne rostrale de granit rouge , surmontée d*une sorte d'architrave. Au^essus était placé quelque objet sculpté qui a disparu ; peut-être un buste de François Morosini ? Autour de cet architrave, au bas de la plinthe du haut, on lit une inscription latine gravée sur. les quatre faces , mais si mutilée qu'à cette hauteur il m'a été très-difficile de la déchiffrer. Toutefois, voici ce que j'ai cru y lire; d'autres pourront peut-être me rectifier.

Sur la première face :

BECTolïï': PfiClSCl MOROS (Ml) aSSPlGUT ALTA MAEIS

Sur l*autre face :

CEPETES: ... EPO

Sur la troisième face la moisissure de la pierre m'a empêché de distinguer aucun caractère.

Sur la quatrième face :

COL.... MCGCCLXXXltl VICBR. LEO SUPER....

Cette colonne , qui avait probablement été élevée à la première époque de l'occupation de Modon par les Vénitiens , comme le témoigne la date 1483 , aura sans doute été rdevée par François Morosini, après 1686, ainsi que le témoigne son nom qu'on lit sur la première face.

Notre corps d'armée sous le maréchal Maison avait fait aussi de grands travaux à la forteresse de Modon. Plusieurs des bâtiments furent réparés et un ouvrage avancé fut ajouté aux fortifications pour protéger la place contre une montagne qui la domine. Ces ouvrages subsistent encore , mais dans un état d'abandon tel que , dans la semaine oà j'ai passé à Modon , le gouvernement venait d'enlever deux des canons de bronze pour en faire des gros sous.

458 GRÈCE CONTINEliITAI.S ET MORES.

La campagne de Modon à Navarin était autrefois couverte d*oUviera ; mais Ibrahim a brûlé presque tous les arbres , et nonnseulement on ne ]es remplace pas par de nouvelles plantations , mais on arracbe même les arbres eiistants, par crainte de se voir surtaxé par les appréciateurs de la dlme « qui ne ménagent un peu que les dimarques. Le défaut de publicité et de contrôle se fait sentir h chaque instant en Grèce. Le mouvement , intelligent et rapide aux extrémités, est comme arrêté au centre. Chacun se plaint de ces lenteurs ; mais le peuple est patient et attend : il attendra tant qu*ii espérera; quand il cessera d'espérer qu'on lui donne volontairement , il prendra d'autorité, et peut-être plus qu'il n'eût désiré d'abord.

Pendant notre dernière occupation , notre arnoée avait fait une route carrossable de Modon à Navarin. La plus grande négligence a été mise par le gouvernement grec à son enuretien , et on a laissé les rntaaeaux et lort^ts s'y frayer une nouvelle voie. Pendant les deux tiers de cet^ route, qui sont en plaine , elle est eneore assea bleu conservée ; mais , quand on arrive à la montagne rocheuse , comme on n'a pris auctm soin d^ renouveler la couche de petites pierres qui la couvrait , les pointes de rochers qui en formaient le fond sont tellement déchaussées , qu*il est totalement impossible de la suivre à cheval , et il faut prendre des sentiers i travers champs,

En m'approchant de Navarin , j'aperçus )i ma gauche plusieurs pierres tumuhôres près d'une fontaine i je m*approcbai ; c'était un simple monument funéraire élevé en l'honneur de M. Gamn et de plusieurs autres de mes compatriote^ On a emidoyé pour la construction de ce monament des pierres poriques, et, comme on n*a pas eu le loin de graver l'inscription sur le côté opposé au vent de mer, les lettres eu sont déjii presque entièrement effacées. Du point où est situé ce tombeau , on comn^nde une vue magnifique de la rade de Navarin, oùt se livra la grande

bataille navale qui sauva la Grèce^

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