‹ La Grèce continentale et la MoréeChapitre 61 sur 68 · SAINT-OMER ET BEAUVOIR · texte numérisé non relu

SAINT-OMER ET BEAUVOIR

suhan Bedir^e d'Acbaye en £iide} il prend Gaia?ry ta, puis marche sur Greveno, qui lui résiste par la force de sa si^ tualion , et il se dirige sur Santamerl , dont les habitants loi ouvrent la citadelle, Calavryta ^ Greveno et Santameri conservent aujourd'hui les mêmes ftoms» bien que la der** nicre ne soit plus qu*u& amas de ruines , et Greveno se trouve en effet entre Santameri et Galavryta. L'historien grec Phrantzi en parle plusieurs fois. Ge fut là que mourut en 1430 rimpératrice Théodora femme de Constantin non encore empereur» nièce de Charles Tocco eomte palatin de Géphalonie* Son tombeau , transporté , comme le dit Phrantzi , à Aiistra dans le monastère de Zoodotou-^Pigi (Mère du Sauveur), s'y trouve encore« Le même Phrantzi mentionne également l'occupation de Santameri, l'une des places les plus fortes du Péloponnèse, par Mahomet II, qui arrivait du côté d'Arcadia pendant qne son lieutenant marchait sur le centre do Péloponnèse en venant par l'Achaye. Les béglier-beys* qui, suivant lui, occupaient les places fortes dé Khlomoutziet de Santameri, et qui, à l'approche de Mahomet II, se réfugièrent à Corfou, occupé par les Vénitiens depuis 1386, ne me semblent pouvoir être que les restes des feudalaires francs. Santameri ne s'est jamais re-» levée depuis sa prise par les Turcs, et on retrouve aujourd'hui des ruines considérables d'églises et de maisons sur les revers de la montagne, ainsi que sur la cime où était la citadelle.

La ville d'£lis , qui e3t dans la plaine qu'imtourent ces deux montagnes, et qui a reçu le nom de Beauvoir parce qu'au milieu de cette large plaine de Pyrgos elle est la seule partie qui offre une vue assez agréable, n'est non plus qu'un amas de ruines. On ne rencontre pas là , comme dans les autres parties de la Grèce, de grosses pierres quadrangulaires, mais des constructions tout à fait semblables aux constructions romaines, mélange de pierres et de bt*i-

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qiios ; ce sont des édiRces entiers avec des portes en arcade, ooais dont la destination ne se fait pas bien sentir. Ces ruines assez vastes sont distribuées sur plus d'one dcini-iieue de terrain. Je me reposai deux heures an vil* lage, après avoir couru au milieu des champs de ma!s, en plein soleil , pour voir les ruines d*£lis et de Beauvoir. A deux heures et demie je remontai à cheval, et avant quatre heures j'étais arrivé à Ândravida.

Andravida est aujourd'hui un grand village qui n*est pas même le chef-lieu de son déme; c'est Lekhœna qui a cet honneur; mais on reconnaît que là fut autrefois une ville considérable. La Chronique de Morée la représente comme une grande vide ouverte et en plaine.

*H y/^P^ ^ Xa(X7rpoTepv) elç tov xafAirov rou Mopécoç. 'ûç X^^^P* Y*P ^'toXutJj xoiTSTai elç tov xafATTOV OwTi icupYO^j oixî Ttv/ik eTvai 7ro<r(i!>^ cî; auT»)v.

J'allai voir trois ruines qui m'intéressaient : l'église Sainte-Sophie, où se rassembla la haute cour féodale convoquée en 1270 parle prince Guillaume de Yllle-Hardoin poiH* prononcer sur les réclamations de la dame d'Akhova et du sire de Saint-Omer * ; l'église Saiut-Étienne , qui appartenait à l'ordre Teutonique ; l'église Saint-Jacques, que Guillaume de Ville-Hardoin fit bâtir et donna au Temple ^, et où lui et ses deux fils, GeofTroi II et Guil-

* *Optîei euôb; ô TcpiYXwra;, ^Xôav oî çpXafxiroupiapot, Ka\ ^01 ot xaêaXapol ôirou 7)(7av tou Mopsco^, "OXoi Ixaôiaav ôfxou sic tJjv ^Ayiav Socpiav. ''Oirou ejxevev 6 irptYxiTcai; Ixel elç r^jv 'Av$pa6($av,

* '2 TOV "Aytov 'ïaxo)6ov Ixeï eiç t?)v 'Àv5paêt5av.

'H T^v IxxXyjffiav t^ eTryjXc, xai fôwxe '<; to TéfxirXoç.

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laame P' , forent enterrés par Tordre de Guillaume II *. Une quatrième église, toute nouvelle, l'église Saint- Constantin, contient deux des cinq colonnes de granit égyp-n tien que les Français rapportèrent alors de Jérusalem. Quatre de ces colonnes ont été récemment brisées et employées à divers usages; une seule colonne de granit reste couchée près de l'église, à quelques pas d'une autre colonne en marbre blanc.

L'église Sainte -Sophie a une partie parfaitement conservée, et est une fort jolie église gothique. En dedans de l'arcade du milieu sont des arceaux gothiques réunis fort bien faits. Toute l'église est en larges pierres et fort bien bâtie : il ne reste plus que quinze pas de profondeur ; mais on suit le mur jusqu'à cinquante pas au delà des limites du mur conservé, et il est facile de voir, par quelques fragments d'arceaux, que tout le reste a existé et a été démoli. On trouve diflScilement des pierres de ce côté, et les habitants ont profité des ruines pour bâtir à mesure de leurs besoins. Â côté de la grande nef se trouve, sur la gauche , une petite nef du même temps que l'église et avec des arceaux gothiques du même genre; tandis que la nef à droite a une porte un peu plus petite, et qu'elle n'a point d'arceaux gothiques à l'intérieur. Elle aura sans doute été bâtie un peu plus tard. Sur le^côté de l'église sont des fenêtres gothiques longues et étroites; et, sur le derrière, des piliers carrés gothiques comme on en voit dans toutes nos églises soutenaient les arceaux extérieurs.

De l'église Saint- Etienne , qui est plus rapprochée de la ville , il ne reste qu'un pan de muraille et la base des murs d'enceinte, qui ont quatre-vingt-deux pas de longueur. Il me semble que ce devait être là une des limites de la ville de

* Tb JîTlêoupi Ô7C0U iTHQXeV ^TTOU ^TOV Ô WaTÎjp TOU

Elç t))v Se^iav tou t^ (Jt-epiiv fvei ô d^gXcpoç xou. Kal aÙTOV va O^acoori (Ep6à xa\ 6 Tuaxi^p tou lata,

610 GRECE CONTIKBNTALB ET HOREE.

ce côté. Tout auprès e»i uu puits de fort bonne eaa, la seale f raiiueut bouue d' Audravida. Les Ordres militaires s*éuUis- ^ saient assez souvent dans les faubourgs et hors de la ville, et fortifiaient leurs églises. Les églises du Temple étaient sur* tout fortifiées ; nous en avons encore un exemple à. Luce^ près de Barèges, dans les Pyrénées. Quant à Téglise Saint- Jacques* il n'eu reste rien que quelques pierres des murailles et les bases de Tenceinie extérieure du coté de Tautel» mais à ras de terre. Mon projet était de faire des fouilles en cet endroit pour retrouver les tombeaux des princes GcoiTroi II et Guillaume et celui de leur père, Geoffi^oi P^; mais tout le monde travaillait alors aux champs , et je n*ai pu trouver personne dans le village. Si on ne veut pas res^ ter quinze jours à Andravida, il faut employer à la fois une viagtaine d'ouvriers à cette œuvre. Au reste» le lieu est bien celui que je vieus de désigner : le souvenir du nom de cette église est consacré dans la mémoire de tous les gens du pays auxquels j'en ai parlé, et on sait comment les Grecs sont attachés aux vieux souvenirs de leurs anciennes égli^ ses. £u fouillant du côlé où était l'autel , qui est le plus éloigué de la roule» on doit retrouver le tombeau des trois princes français d'Acbaye de la famille Yille-Hardoin.

Je retournai le lendemain matin de bonne heure faire une nouvelle visite à l'église Sainte-Sophie pour rectifier le croquis que j'avais fait la veille des deux façades» afin de pouvoir en retrouver un souvenir plus certain. J'allai aussi jeter un dernier coup d'œil sur le terrain de l'église Saint-Jacques , qui était plus éloignée de la ville que ne Tétait Saint-Étienne , et je pris ma route vers Kblemoutzi pour aller de là à Clarentza. Après avoir quitté le chemin de Clarentza , on entre dans une chaîne de petits monticules secs et sans culture ni sur les pentes ni dans les ravins. La forteresse de K hlemoutzi vous apparaît dès les premiers pas ; mais il faut trois heures environ pour y arriver d'Andravida. La Chronique de Morée raconte qu'après leur conquête, eu 1^05 , les Français se distribuèrent le pays en fiefs, et en

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réservèrent une partie qu'ils donnèrent au elergé sous obligation de service militaire pei*9pnn£lt Le clergé ayant plus tard refusé ce service» tout en retenant ses (iefs de cava« Hors et d'écuyers, Geoffroi de Yille-Hardoin prit le parti de séquestrer leurs revenus s et il en employa le produit à faire bâtir une forteresse où les hommes de la conquête pussent se retirer t et sur laquelle ils pussent s*appuyer pour résister k la fois aux (ittaques des ennemis du dehors et de ceux du dedans. Il fut trois aos à faire bâtir cette forteresse, qui est cellede Kbiemoutzi*; et ce château, bâti à Taide de trois années des revenus du clergé, était , dit le chroniqueur, d'une telle force que» ai les Frapçfûs étaient k plusieurs reprises chassés de la Morée , la possession de ce seul point devait suffire pour leur (aire regagner le reste du pays, Le& Francs, en souvenir de b destination de cette fori^esse qui devait eontenir les Grecs , li|i donnèrent le nom de Alala^Grifon (Matte-Grecs), puis celui de Cierinontt (Clarus-Mons), et ce château devint un fief de famille donné fOQB le preuftier nom à la cadette des filles du prince QuïU Uume de Yille^Hardoin^ qu'on trouve désignée dans plil^* sieurs actes et chroniques sous le nom de dame de Mata-Grifon, tandis que l'aînée avait pour apanage la seigneurie de Clarentza, transformée en duché ^, Les Grecs, de leur cdté, en souvenir de la séquestration des revenus du cleq^é, ^ l'aide de laquelle put s'achever cette construction , donnèrent ji ce fort le nom de Château*- Tournois, Castro-Tornese, nom conservé plus lard par les Vénitiens sous celui de Castel- Tornese^ On ne le connaît aujourd'hui que sous son nom grec de Khlemoutsit

Tov irpi^»cd(tov al X^tXa» SXmy t(ov ixxXv)9^iAv

(Pag. eôO

* La quarta par^e à GUareiica da ltoli«0i detta dtiui|o tJi Chw ren7Ji (rArcipeli^o di Maroo Bosclùui. f . 7. Veoeûa^ 10â6.)

511 GRÈCE CONTINEBITALB ET MOBEB.

La forteresse est située an-dessas da Yillage de Khlemootzi , tout an sommet d*un moniicule qui 8*élève audessus de tous les monticules dn pays , et qui étend ses branches jusqu'au cap Tornèse, l'ancien promontoire Chelonites. Lorsque le canon n'était pas inventé, cet emplacement était parfaitement choisi ; car on^ y arrive facilement de Naples, et de Zante et Géphalonie. Ces deux dernières ties paraissent de là comme sous la main. Les Grecs, s'ils s'étaient révoltés, n'auraient pu s'emparer de Rhlemoutzi du côté de la terre, parce qu'on peat défendre aisément toutes les gorges des montagnes qui conduisent jusqu'au pied de ce monticule à pente rapide.

Elle est construite de la manière la plus solide, avec de hautes et vastes galeries couvertes bâties sur le roc vif et qui pouvaient contenir une nombreuse garnison. En dedans était une église , et les galeries du fort comme les voûtes de l'église sont toutes en ogives allongées. Au-dessus des galeries étaient de vastes plates-formes d'où l'on pouvait combattre l'ennemi. Mais tous ces moyens de défense si bien et si splendidement construits pour l'époque ont été inutiles devant le canon. Ibrahim a attaqué Khlemoutzi, a troué avec le canon ses vieilles murailles en divers endroits, et s'en est emparé. Ce fort était si bien construit , qu'il reste debout et qu'il faudrait peu de frais pour le transfor* mer en belle caserne ou en château fort de discipline.

De Khlemoutzi à Clarentza il n'y a qu'une heure ; de telle sorte que souvent on donne à Khlemoutzi le nom de Château de Clarentza. Nous traversâmes de nouveaux ravins pour nous rendre d'abord dans l'abbaye de Blachernes, à une demi-lieue de Clrrentza. Elle est située tout à fait à l'extrémité de ravins inféconds, et, lorsque l'on sort de là comme d'un antre pour entrer dans la vallée, elle apparaît à mi-côte au milieu d'oliviers et autres arbres à fruits. C'est un petit couvent fort bien bâti , sans doute en souvenir du palais de Blachernes à Constantinople. Sur tous les murs je retrouvai des fragments de marbre sculptés re-

COUVENT DE BLAGIIERNES. 513

présentant la croix ancrée des Yiile-Hardoîn. Près de la porte de l'église , en dedans , sur le pavé est une pierre sépulcrale sur laquelle je lus ces mots :

AMNO imi. H. CGC. LYIII. DIE XX

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