‹ La Grèce continentale et la MoréeChapitre 64 sur 68 · PATRAS · texte numérisé non relu

PATRAS

mais bien tracées , bien larges et abritées des deux côtés par des portiques d'une hauteur et largeur convenables, fort utiles dans ce pays si chaud. Le cadre de la ville est disposé et arrangé , et chaque jour une pièce vient régulièrement s'ajouter à une autre pièce. Si Athènes eût suivi le même système , et qu'on eût , à travers ces champs inhabités , au milieu de ce dédale de maisons de chaume , tracé une ville avec larges rues, portiques, places,. fontaines, promenades, ce serait aujourd'hui une belle ville, tandis qu'elle ne peut jamais être qu'un grand bourg fort sale et fort incommode à habiter, car il n'y a pas de por^ tjques clans les rues, et les maisons ressemblent plutôt à de petites maisonnettes de Garlsruhe qu'aux belles maisons de Malte ou même de Zante, si bien appropriées au climati Non contents d'avoir déjà gâté Athènes, les ingénieurs et architectes du gouvernement gâtent aussi Fatras. Dans le premier plan , on avait vendu à bon prix des terrains destinés à recevoir un seul rang de maisons qui ne devaient avoir devant elles que de beaux quais et la mer, C^était la condition de leur achat, et cette condition était tout entière dans l'intérêt de l'embellissement de la ville« Qu'a fait le gouvernement ? Au mépris des droits des propriétaires , au mépris de ses engagements , il a vendu à de nouveaux acheteurs le terrain consacré aux quais , et aujourd'hui un nouveau rang de maisons s'y construit, détruisant ta vue des anciennes, auxquelles elles opposent façade à façade, et, au lieu d^un beau quai, on n'aperçoit plus de la mer que les cours malpropres de ces nouvelles maisons. Beaucoup de ces nouveaux acheteurs ne pouvant payer ce qu'ils ont acheté fort cher , on veut maintenant les forcer à construire à leurs dépens un petit môle au lieu de l'excellent qu'on avait et qui avait de plus l'avantage de rendre la garde du port très-facile contre les contrebandiers. Ce qui prouve encore plus le peu d'intelligence des besoins du climat, Ton a donné l'autorisation de continuer sans portiques des rues commencées avec por-

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tiques ; irrégularité qui gâte complètement le plan primitif tracé par un ingénieur habile, M. Boulgari, Grec d'origine, élève de TEcoIe polytechnique de France.

Depuis le lever du soleil , nous avions eu le vent con« traire; mais cela ne nous avait pas empêchés de sillonner rapidement les eaux. Nous débarquâmes devant Patras. La douane et la police sont ici beaucoup moins vétilleuses et tourmentantes que dans les îles Ioniennes. Cinq minutes après être arrivé en vue de Patras , je m'étais fait transporter en bateau sur la plage , j'avais comparu devant la santé, la police et la douane , moi et mes effets , et j'étais installé dans une auberge, car il y a une auberge à Fatras, l'Hôtel Britannique , sur le bord de la mer, en face des monts Yarasova et Khlokova.

Je commençai mes excursions par la citadelle. La Chronique de Morée rapporte * que, trois jours après leur arrivée à Kato-Achala, les Français s'avancèrent sur Patras, cernèrent la ville et le fort , établirent leurs machines de guerre , pénétrèrent dans l'intérieur de la ville et obtinrent des habitants la reddition de la forteresse. On voit par ce récit que la ville était alors sur le penchant même du monticule, où se trouve la citadelle. Patras était alors une des douze places fortes de Morée. Lors du partage des fiefs entre les premiers conquérants français, Patras fut donnée à Guillaume Àlamani. Cette famille languedocienne se retrouve au treizième siècle en Catalogne , en Provence , à Naples et en Chypre. Après Guillaume Âlamani et son fils, la baronnie de Patras rentra par déchéance, à défaut peutêtre d'héritier mâle , dans le domaine princier, et fut donnée par le prince Guillaume de Ville-Hardoin à sa fille cadette, Marguerite.

Marie de Bourbon , veuve de l'empereur titulaire Robert , et princesse d'Achaîe par la donation de son mari, résida long-temps à Patras avant de se réfugier à Naples.

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Il y avait à cette époque un archevêque latin institué dès le commencement de la conquête avec cinq suiïragants^ qui étaient les évêques d*Amyciée, de Mt)don, de Coron , d*Andravida etd'Olène prèsdePyrgos. Ce fut dans la ville de Patras , et probablement dans l'église Saint-André, qui était la métropole, que se célébra en 1258 le mariage entre Guillaume de Ville-Hardoin et Anne Gomnène , fille de Michel , despote d'Arta , et sœur d'Hélène qui avait épousé le roi Mainfroi de Napies. Anne reçut du despote une dot de soixante mille hyperpères , sans y comprendre les dons de mariage '.

L'église Saint-André est située en dehors de la ville, sur le bord de la mer , près de l'endroit où on veut actuellement construire un port. Saint André l'apôtre avait été crucifié à Patras, et son corps y avait été long-temps conservé. Grégoire de Tours dit (livre i) qu'il faisait beaucoup de miracles en Achaye. En l'an 353, le 26 mai, sous les règnes de Constant et Constance, fils de Constantin, le corps de saint André ainsi que ceux de saint Luc et de saint Timothée furent transportés de Patras à Constantinople : ils y furent déposés dans l'église des Apôtres ; mais, lors de la conquête de 120^ , Pierre de Capuano , cardinal du titre de Saint-Marcel et patriarche d'Amalfi , trouva le moyen d'en enrichir l'église d'Amalfi. Il s'était rendu de Syrie à Constantinople en qualité de légat d'Innocent ni; là, pendant que les croisés s'emparaient des étoffes précieuses de Byzance, il déroba secrètement le corps de saint André, ainsi que d'autres reliques ', les emporta très-mystérieusement avec lui à Gaèie, et de là les expédia non moins secrètement à Amalfi, à son oncle Mathieu Capuano, alors archevêque de cette ville, sans lui rien révéler au sujet de son envoi. Ce ne fut qu'à son arrivée à Amalfi qu'il lui découvrit tout le mystère, et, le 8 mai

' Chron» de Morée, p. 76.

> Yoy. Caméra, Histoire d'Amalfi, p. 15.

5n GRÈCE CONTINSNTAU BT MQREE.

1 308, le corps de saiot Âodié, enveloppé daas une caisM d'aifent, fut déposé dans l'église cathédrale d'ÀroalQ a?ec la plus grande pompe^

L*église Saint-André de Patras a , dit-on i été bâtie sur Templaoement d'un temple de Gérés. Je ne sais si c'est à ce temple, ou bien plutôt à l'église du moyen âge composée d'un grand nombre de ruines diverses et aujourd'hui entièrement disparue pour faire place i une église toute aeuYe, qu'appartient une fort belle colonne qui gît inutile le long du mur de l'église reconstruite. J'ai recherché avec soin toutes les traces du temple antique et de Téglise du moyen âge ; mais, dans les reconstructions faites l'année dernière , on a employé probablemeat ce qui i*estait. Les mors nouveaux sont élevés sur les anciens murs , et la forme indique que c'était plutôt là primiiivement un temple ou une église latine qu'une église grecque. Au milieu de l'église , sur le parvis , a été conservé l'aigle à deux têtes couronnées; tout autour je' lus une inscrip-» tion en caractères ecclésiastiques en quatre lignes ^ en l'honneur de saint André, venant sans doute de l'ancienne église. Près de iâ est uq puits ointique.

Le port que l'on se propofie de construire de ce coté sera fort utile et syoutera un nouveau développement au commerce des raisins de Corinihe. Depuis peu d'années , les vignes de raisins de Corinthe ont été replaïUées : et déjà les espérances sont devenues des réalités.

De l'église je remontai à la citadelle , mais je n'y trouvai rien qui me rappelât les constructions du moyen âge ; si ce n'est une grande fenêtre en ogive qui subsiste encore à l'intérieur , près du cheuiin de ronde. Tout le reste est de l'époque vénitienne et de l'époque turque» . Le coucher du soleil est fort beau à Patras. Le soleil se pose dans la mer, qu'il fait reluire de mille feux^ Les terres occidentales les plus rapprochées étant les îles lohiennes , n*empêchent pas de voir le couchant se déployer sur un vaste horizon; tandis quei ai) lever du soleil « i Wtras

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