I: == L'ofgänisation de la propriété
, En Orient, les Grecs n’apprirent pas seulement à pratiquer de nouvelles cultures, ils connurent aussi de nouvelles formes d'organisation de la propriété foncière. … En Egypte le D harobh était propriétaire du sol, La terre d'Égypte s'appelait « le champ du Pharaon ». Elle était divisée par les soins du premier ministre et de ses agents En poruons älloïées à dés familles dé paÿsañis él partagées entre leurs mèmbres: Là cültüre se faisait sous la direction
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La à terre royalé » est le domaine spécialement réservé à là couronne; Il ést exploité par les « cultivateurs du roi » ; te sont des fermiers. Ils concluent avec le roi un bail qui
sé ressent de l'inégalité des cohtractants: C’est en fait une
entente léünine et unilatérale, le fermier étant seul engagé. Sans être exactemerit des serfs, les paysans ne peuvent refusr de travailler au service du roi: Ils n’ont pas le libre thoix des eultuürés : les 2/3 du terrain doivent être semés en céréales, blé, or£e où dourah, ils doivent obsérver les règles de rotation et le contrôle des intendants s'exerce à toutes les étapes de leur travail: Grâce à la richesse du pays, le fermier fut satisfait d'abord, puis le fise actrut ses exigences et sa liberté disparut: Pour avoir uñe avance de semäilles, il fallut que lés paysäñs s'engagent à travailler la terre jusqu'à ce qu’ils diént payé leur rente — donc au fâvins urie campagne. À la fin du u° siècle, les fermiers s’enfuient à la première occasion. Faute de preneur au prix fixé par l'Administration, on afferma sur estimation avec rabais sur la mise à prix officielle, Si le paysan ne soumis-
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sionnait pas, l'Administration désignait le fermier et fixait la redevance. Le fermier n’avait pas le droit d'abandonner son village et pouvait être évincé en cours de bail.
La « terre en concession » comprend les biens du clergé et d'importantes portions du domaine passées à des particuliers pour le défrichement par exemple. Les concédants subissent un contrôle administratif et paient un loyer annuel.
La « terre sacrée » est abandonnée en jouissance à la divinité et affermée en fait comme le domaine.
La « terre en donation » est composée de grandes propriétés octroyées — rarement — par le roi à ses diynitaires. Elle jouit de l’immunité, compte tenu de la souveraineté royale bien entendu.
La « terre clérouchique » est économiquement la plus intéressante. Elle est attribuée à la colonisation intérieure. « Il s'agissait pour la dynastie nouvelle de fixer en Egypte le plus grand nombre possible de soldats et de fonctionnaires dévoués, tout en donnant une vigoureuse impulsion à la politique agraire » (8). Grâce à la distribution de «lèroi, le Fayoum fut conquis à l’agriculture. La concession était essentiellement révocable et strictement contrôlée. Au 1 siècle, la transmission héréditaire devint la coutume. Au 1” siècle seulement le concédant reçut le droit de tester en faveur d’un consanguin quelconque : la terre clérouchique devenait vraiment propriété privée.
Il y eut toujours en marge de la règle des terres de possession privée peu considérables. Ce sont de petites exploitations comptées théoriquement dans les terres en concession dont le tenancier pouvait disposer après entente avec l’autorité publique.
Le régime absolutiste fut bienfaisant d’abord. Le désert recula. Les cultures s’améliorèrent. L’Administration fixa des règles précises de rotation. L'Etat se chargea de la con- -servation et de la vente des denrées. Puis la réglementa-
(8) Glotz. Le travail dans la Grèce ancienne, p. 4r0o.
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no 100 —
tion devint excessive, la fiscalité écrasa l’activité économique. Dès le n° siècle, la décadence commence.
Les Séleucides eux aussi sont maîtres de la personne et des biens de leurs sujets. Mais ils n’ont pas comme les Lagides une seule nation, et docile, à gouverner. Ils se contentèrent donc en fait d’une suzeraineté plus ou moins läche. L'empire est uniformément divisé en satrapies, mais chacune renferme plusieurs régimes de propriété.
Le domaine royal ou la « basiliké kôra », est immense. Une fois prélevées dans l'empire achéménide, les parcelles réservées à la fondation de cités, de villages ou de colonies, soit de vétérans, soit de soldats encore mobilisables, le reste, réparti en lots soigneusement recensés et inscrits au cadastre, fut laissé aux anciens propriétaires. Le domaine est cultivé par des serfs, les « laoi basilikoïi », attachés au sol, vendus avec lui, ils n’ont pas le droit de quitter leur village. Certains lots fort étendus donneront naissance à de petits états féodaux.
Bon nombre de nobles locaux règnent en maîtres, du
-haut de leurs burgs d'Arménie ou de Phrygie, sur un mon-
de d'esclaves et de serfs. Ceux-là reconnaissent la suzeraineté du roi, mais n’obéissent que nominalement. aux satrapes.
Ailleurs, des peuplades entières sont organisées suivant leurs coutumes et les satrapes ne peuvent avoir prise sur eux — en Asie Centrale, en Lycaonie, en Lycie.
Les temples possèdent d'immenses domaines, gouvernés par des prêtres-seigneurs qui jouissent souverainement de leurs revenus et n ’obéissent qu’au roi. Ce sont parfois de véritables principautés religieuses « avec tout un peuple d’hiérodules, de dévots, de possédés, de courtisanes sacrées » (Jouguet. L'impérialisme macédonien).
Le temple de Comana en Cataonie possédait 6.000 hiérodules « celui de Zeus à Venasa 3.000, celui de Comana dans le Pont 6.000, celui de Mên Arkaios près d’Antioche, de Pisidie une multitude... » (9)
Tout cela fait théoriquement partie du domaine royal.
(9) Toutain. L'économie antique, p. 148.
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À la « basiliké kôra » s'oppose la « summachia », terre libre
régie par l’économié de cité ou l'économie privée, occupée par les Macédoniens où les Grecs, non pas sujets mais alliés du souverain. Pratiquement du reste le traitement des cités grecques est différent : privilégiées si leur situation stratégique, économiqué ou culturelle dispose en leur faveur
lé roi, ellés sont en règle générale soumises à son arbitraire.
Dans un empire sans finances et sans justice unitaires, les villes multipliées autant que possible doivent permettre l'unification grâce à u rayonneérnent de l’hellénisme sur les contrées environnantes. Elles 6nt donc un traitement de faveur mais paient un tribut, doivent le service militaire, entretiennent leurs temples, acquittent de lourdes prestations : éllés sont censées détachées du domaine royal et ces charges rappellent le droit théorique du roi sur elles. Seule Alexandrie d'Esypte jouit dé l'immunité totale.
Malgré les appellations communes de domaine royal — terre sacrée — terre clérouchique, le régime de la propriété foncière fut donc différent en Egypte et en Syrie. L’émprise de l'Etat fut absolue en Egypte et l'étatisme ne fut interrompu que par l'anarchie. Les conditions maturélles (immensité et diversité) renversérent très rapidement l'édifice des Seleucides : le réseau des satrapies qui ensetraît théoriquement tout l'empire fut bientôt déchiré par les grandes seisneuries laïques ou religieuses qui s’élévèrent un peu partout autour des résidences fortifiées et on eut, d’üné part, les cités grecques, libres, brillantes, commercantes, d'autre part les fiefs autonomes dépendant nomina- . lement d'un suzerain éloigné, les unes avec des esclaves, les autres avec des serfs. Le fonctionnaire règne chez les Lagides : chez les Séleucidés, le seigneur féodal et le marchand grec.
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L'INDUSTRIE SecTion IL: — L'industrie en Grèce Î. -— {mportance de l'industrie dans la vie grecque
L'industrie répondit primitivement à des besoins do- mestiques ou locaux. Chacun savait fabriquer ce dont il avait besoin et tout ce qui était nécessaire à là vie quotidienne se faisait à la maison. Les premiers artisans sonñt ceux qui travaillent le métal ou la terre glaise. Les Grecs placent un forgeron dans l’Olympe, Héphais- tos. La métallurgie acquiert aussitôt une importance capi- tale, attestée par les nombreuses descriptions d’armés et de coupes des poèmes homériques. Puis le commerce se dûveloppe, la population s’accrut, les Greës importèrent des den-
rées alimentaires et eurent besoin d’une contre-partie que
l’industrie seule pouvait fournir. L'élimination des Phéni- ciens de la mer Egée donna des débouchés et des clientèles à l’industrie grecque: De nombreuses villes furent bientôt célèbres pour leurs armes, leurs vases ou leurs vêtements.
Athènes domina depuis le v° siècle : l'abondance de sa tnaind'œuvre et la richesse de son sous-sol assuraient la production : soñ préstive et s4 Mariné garantissaient là vénté, elle
| trouvait dans son étnpire les produits qui lui miahqtaient. La Grèce marique en effét lotalemeént où en partié de cértai-.
hés matières prémièrés indispensables à l’industrie. Elle produit en abondance lés matériaux de construction (argilé, porphyre vert de Laconie, marbres dit Péntelique, de Paros, de lFHymette, du cap Ténare, de Naxos, de Ia Propüntidé, d'Ephèse), dés bois, de la laine (surtout en Attique et én
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Arcadie, mais elle doit en importer d'Asie Mineure) cer-
tains métaux comme l'argent (venant principalement des mines du Laurium en Atique), le plomb (en Chalcidique,
à Rhodes, en Chypre), le cuivre (en Eubée). Elle n’a pas assez d’or ni de fer pour son industrie. Elle n’a pas du tout de plantes textiles, sauf un peu de lin en Elide. Le chanvre vient de Scythie, le lin d'Asie Mineure ou d'Egypte. L'usage des. vêtements de-toile reste limité aux classes riches. L’étain est embarqué à Marseille sur des navires grecs, l’am-
bre aux embouchures du PÔ, l’ivoire vient d’Ethiopie ou de Mauritanie.
Au v° siècle, Athènes était la ville la plus industrielle du monde grec, célèbre surtout par sa métallurgie, sa céramique, ses constructions navales. Ses poteries surtout firent sa réputation du vi au n° siècle, les ateliers sont peu nombreux, mais le lythe blanc, un des produits les plus originaux, se retrouve à Rhodes, en Sicile, en Campanie, en Asie Mineure. Il n’y eut aucune industrie notable en
Thessalie, en Epire, en Etolie, en Locride, en Phocide, ni
en Trace. À côté d'Athènes on peut citer comme centres industriels, Egine, Corinthe et Megare. Corinthe était re-
nommée pour sa métallurgie — le bronze de Corinthe
jouit d’une grande réputation jusqu’à l'époque romaine — ses poteries artistiques, la confection de vêtements et de tapis. Egine pour les denrées de luxe et les onguents, Chalcis, Sicyone, Argos, Samos pour leurs armes et leurs bijoux. Chaque ville avait sa spécialité pour le travail du métal : Athènes faisait des cuirasses, Argos des boucliers ;
‘les casques venaient de Béotie, les arcs de Crète, les jave-
lots d’Etolie, les haches de Thrace, Rhodes faisait des coupes d'argent, la Laconie des serrures et des ouvrages d’acier.
L'industrie poursuivit son essor au 1v° siècle jusqu’à
la conquête macédonienne. La perte de la puissance politique de la Grèce fut bientôt suivie par celle de la puis-
sance industrielle. Les constructions navales furent abandonnées, même au Pirée. En 307, Athènes dut envoyer une délégation à Antigone pour lui demander des matériaux
destinés à construire des vaisseaux. La céramique seule
continue à prospérer : à l'époque hellénistique apparaissent
e FES
Er les figurines de Tanagra en Béotie, de Myrina en ‘Eolide, de Tarse en Cilicie. |
Mais la prospérité industrielle est finie. La décadence a d'ailleurs été provoquée originellement par la désaffection des masses à l’écard du travail industriel. « À l’époque où chaque famille formait un organisme complet, le travail était pratiqué par tous pour eux-mêmes ou pour le public. » (Guiraud. La main-d'œuvre industrielle dans l’ancienne Grèce). Puis la famille se dissocia, l'aristocratie négligea les métiers manuels et il se forma des artisans de - profession. Les patrons travaillèrent au début avec les ouvriers, ensuite ils se désintéressèrent de la surveillance de leur personnel, se firent suppléer par des hommes de confiance et s’engagèrent dans la politique. Ils ne firent plus rien, les femmes seules continuèrent les traditions et s’occupèrent du travail domestique. Dans les démocraties les plus humbles des citoyens furent détournés de la même façon du travail manuel, ils sacrifièrent leur métier pour jouir pleinement de leurs droits civiques. Il y eut « déplacement » de la main-d'œuvre : le métèque, l’esclave, l’affranchi remplacèrent l’homme libre et le travail industriel fut l’objet du mépris général. \
La situation de l’industrie en Grèce devint désastreuse. À partir du mm° siècle elle souffrit à la fois du manque de matières premières (épuisement des mines) d’une crise de la main-d'œuvre, provoquée par la misère résultant du décalage des prix et des salaires, par l’émigration, par le dégoût du travail manuel, et de conflits du travail multiples et graves. Des grèves éclataient. L'Etat impose alors l'intervention spontanée de ses représentants entre employeurs et employés. « D’après des contrats de Lébadée et de Tégée, des commissaires de surveillance avaient qualité pour frapper d'amende ou pour expulser des chantiers, les ouvriers maladroits ou désobéissants. Un décret de Paros honore un agronome qui avait su empêcher les salariés et les entrepreneurs de se faire tort réciproquement en obligeant, conformément aux lois et aux conventions, les uns à ne pas faire grève et à exécuter leurs tâches, les autres à payer aux ouvriers leurs salaires sans procès ». (Glotz. Le travail dans la Grèce ancienne).
L'industrie finit par retomber à la phase domestique du début ; sans débouchés et sans avenir, elle se contenta
de suffire aux besoins locaux, tt
Il. — Organisation du travail
La Grèce ne connut ni l'usine, ni le régime capritaliste, ni la production de masse, ni la classe ouvrière, Elle gonnut l'atelier, le petit patron, l’art industriel, l'artisan esclaye ou libre : simple conséquence du fait que c’est l'outil et non la machine qui régnait dans l’Antiquité,
Le travail domestique garda toujours une certaine importance, On continua dans beaucoup de maisons de faire euire le pain, de filer la laine, de tisser les étoffes. De même les cités grecques suffisaient en général pour les produits” communs ; les seuls produits exportables étaient ceux qui possédaient une certaine valeur, vu les frais de transport. Ce fut donc l'industrie de luxe qui se développa. Au temps de la prospérité industrielle, les ateliers avaient en moyenpe 10 ouvriers, « Le plus important des ateliers connus à Athènes, celui du père de l’orateur Lysias, ne réunissait que 120 ouvriers, » (1), Les deux fabriques du père de Démosthène furent oonsidérées comme des exceptions : elles groupaient l’une 20, l'autre 33 ouvriers et employaient d'assez gros capitaux. L’artisan resta toujours lagent essentiel de la vie industrielle. Le morcellement des lots dans les adjudications de travaux publics par exemple; atteste la prédominance de la petite industrie. Les Sogiétés industrielles furent extrêmement rares en Grèce. Le pays ne se prêtait pas d'ailleurs au développement de la grande industrie, car les fortunes individuelles étaient médiocres et instables. pee
L'indutsrie grecque atteignit mais ne dépassa pas la spécialisation des métiers, Elle appliqua une certaine division du travail du moins dans les cités industriellement les plus évoluées. Xénophon nous dit : « dans les petites
(x) Toutain, L'économie antique, p. 74:
villes, le même ouvrier fabrique un lit, une porte, une charrue, une table, bâtit une maison, Dans les grandes villes, où une foule de gens ont le même besoin, un seul mélier nourrit son homme, quelquefois même il n'exerce pos iouf son métier, l’un fait des chaussures d'hommes l'autre de femmes, l'un taille les tuniques, l'autre ne fait qu assembler les parties » (2). Les philosophes recommandaient la spécialisation. D’après Platon, « on fait plus de choses, on les fait mieux et plus aisément lorsqu'on s’enferme dans sa tâche particulière » (3). Dans l'industrie du tissage, par exemple, la laine passe successivement entre les mains des nettoyeurs de laine, des cardeurs, des fileuses, des tisserands — une fois étoffe, du foulon et du teinturier, Parmi les potiers, suivant la nature des vases qu'ils font, on distingue le cadopoios, le côtônopoios, le Ch : treus, le lênutopoios, l'ecpômatopoios. Pour construire le temple d'Epidaure. concoururent des tailleurs de pierre, des maçons, des ravaleurs, des tuiliers, des couyreurs, des charpentiers, des menuisiers, des ornemanisies, des doreurs, des orfèvres, des sculpteurs » (4). On sajt donc que la division du travail était grande, mais on ignore jusqu’à quel point elle était poussée. ae :
La spécialisation des métiers entraîna la spécialisation des produits dans l’industrie céramique, pàr exemple, plusieurs villes avaient des formes caractéristiques qui leur sont toujours restées propres. Les Grecs ne connaissaient pas le brevet d'invention pour la protection de l'inventeur, mais « Phylarque raconte qu'à Sybaris, lorsqu'un cuisinier avait imaginé un mets délicat, il avait seul le privilège de le confectionner pendant un an » (5), La liberté du travail était absolue — pour les ouvriers libres. L'hérédité des métiers était très répandue mais gé-
(2) Francotte, L'industrie dans la Grèce ancienne, p. 298. (3) Guiraud, La main-d'œuvre industrielle dans l’ancienne Grèce,
P. 97. © (4) Guiraud. La main-d'œuvre industrielle dans l'ancienne Grèce, P. 57. 4 . , , ?
(6) Guiraud, La main-d'œuvre industrielle dans l’ancienne Grèce, p, 68,
Se
néralement facultative. Diverses associations rapprochaient les ouvriers entre eux, mais elles n'avaient aucun caractère professionnel et ne mettaient pas en danger la libertè des travailleurs ; ces groupements, appelés thiases, éranes où orgeons, ont soi-disant pour objet le culte d’une divinité et servent en réalité de prétexte à des réunions de plaisir. ‘
. L'intervention de l'Etat dans l'industrie grecque fut toujours restreinte. L'Etat ne surveillait ni le recrutement du personnel, ni les procédés de fabrication. Sauf exception, les’accaparements de denrées étaient licites. Athènes se. préoccupait d'assurer du travail à ses ouvriers en entreprenant des travaux d'utilité publique. C’est presque du socialisme d'état que fit Périclès. « J’ai réalisé dans l’intérêt du peuple ces projets de construction destinés à occuper longtemps les industries les plus variées. Partout où se rencontraient les matières premières, pierre, cuivre ou ivoire,. ébène, cyprès, nous les avons fait mettre en œuvre par de nombreux artisans, charpentiers, mouleurs, forgerons, tailleurs de pierres, tourneurs en ivoire, peintres, mosaïstes, ciseleurs. Pour le transport de ces objets, il a fallu des armateurs, des matelots, des pilotes, des charrons, des maquignons, des charretiers, des cordiers, des corroyeurs, des paveurs, des mineurs. Par là le service général se répand et distribue en quelque sorte l’aisance parimi tous les âges et toutes les conditions. » (Guiraud, op. cité). E D'autre part, il existe toujours un certain lien entre la production et la politique extérieure. Les Athéniens se faisaient accorder des franchises d'exportation et des monopoles de vente par leurs colonies. Les cités de Kios leur accordèrent l’autorisation d'exporter de l’île en franchise, le vermillon indispensable à leurs meubles et à leur céramique. L'Etat décrétait de temps en temps des prohibitions complètes comme mesure de guerre économique. En 432, par exemple, tous les marchés de l'empire athénien furent fermés aux produits de Mégare.
. L'Etat employait pour l'exécution de ses travaux publics, soit le système de la régie, soit le système de l’adjudication. « À .Ephèse lorsqu'un architecte se chargeait de
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diriger un ouvrage publie, il s’engageait à ne pas dépenser une certaine somme. Le devis était remis aux magistrats et les biens de l’architecte étaient hypothéqués. Quand les travaux étaient achevés, si la dépense répondait exactement aux prévisions, il était comble de décrets honorifiques. Si les prévisions étaient dépassées d’un quart, l'excédent était fourni par le trésor et aucune peine n’atteignait l'architecte. Mais si l’excédent était supérieur au quart, tout le surplus était imputé sur ses biens ». :
Le système de-l’adjudication était extrêmement répandu et pour les objets les plus variés : construction d’édifices, exécution de peintures, perception des impôts, police des villes. Plusieurs cités ont des règlements administratifs sur les adjudications d'état. On désignait pour surveiller les travaux des commissaires spéciaux qui pouvaient intervenir à tout moment pour vérifier l'exécution du contrat : ils appréciaient et condamnaient les fraudes et les fautes, résiliaient les marchés, etc.
Parmi les ouvriers, les uns travaillaient pour leur propre compte, les autres dans des ateliers. Ils étaient libres, affranchis, esclaves ou métèques. Les ateliers d’esclaves prédominaient : les entrepreneurs louaient des esclaves par ateliers complets. L’ouvrier libre se louait pour un temps plus ou moins long, même pour une période indéfinie, même pour toute sa vie (sauf quand la législation corisidère que c’est renoncer à sa qualité d'homme libre, comme à Athènes). Une fois embauché, l’ouvrier n’a plus le droit de refuser son travail. La prépondérance des esclaves influe fâcheusement sur la condition des ouvriers : pas de coalitions ni de grèves possibles, l'entrepreneur trouvant toujours des esclaves à embaucher ; faiblesse des salaires, 1 drachme au v° siècle, 2 au 1v° — bonne époque, mais la valeur de l’argent commence à diminuer ; au 1° siècle elle est tombée des trois quarts et le prix des denrées de première nécessité a quintuplé. L'Etat n’intervint jamais dans la fixation des salaires, il n’intervint pas non plus pour la durée du travail ou l'introduction de règles d'hygiène. Les entrepreneurs préféraient sans doute employer des esclaves - que des hommes libres qui négligeaient volontiers leur iravail pour la participation au gouvernement de la cité.
Les jours fériés étaient nombreux — une soixantaine à
Athènes, c'est pourquoi le salaire journalier d’un drachme ou de 2 drachmes suffisant en principe aux besoins de l’ouvrier travaillant d’un bout de l’année à l’autre, devait pratiquement être complété par les distributions d'argent et de vivres de l'Etat, Du moins l'horizon de l’ouvrier n’étaitil pas borné aux murs de son atelier. La tâche professionnelle de l’ouvrier grec pesait moins lourdement sur lui que dans les sociétés modernes. <
Seerion Il, — L'industrie dans les nouveaux royaumes I. — Matières premières et centres de fabrication
Nous avons énuméré déjà les richesses agricoles de l'Orient, Les matières premières minérales n'étaient pas moins abondantes. Le sel est fourni par des salines naturelles, telles que le lac Tatta dans l’Anatolie, le lac Mantiané aux confins de l'Arménie, ou par des mines de sel gemme dans le Pont, la Carmanie, l'Egypte, sur les bords du Golfe Persique.
Le nitre se trouve en Lydie, en Arménie et en Esypte, l'asphalte en Judée (la Mer Morte est appelée aussi lac Asphaltite), le naphte en Assyrie, en Babylonie et en Susiane, le fer dans le Pont, le cuivre en Chypre, le minium en Cappadoce et en Carmanie, l'or en colchide et en Arménie, l'argent en Carmanie, l'étain en Drangiane. L'Egypte fournit de l'albâtre, du porphyre, du basalte et du granit. Paros, Thasos, Lesbos et l'Egypte fournissent du marbre. Rapbois les ateliers de constructions navales ; Cyrène donne le thuia, espèce de cèdre, le plus cher et le plus recherché des bois de l'antiquité, l'Ethiopie l'ébène et Chypre les pins. Des plantes aromatiques telles que le balsamier de Judée, le safran de Cilicie, le styrax et le lys de Syrie, permettent l'industrie des parfums. :
Ces ressources indéfinies furent exploitées avec le maximum de rendement, surtout en Egypte, grâce aux - progrès techniques réalisés pendant la période hellénistique. On perfectionna les machines à traîner les fardeaux, on inventa diverses espèces d’horloges hydrauliques, un tourniquet mû par l'échappement de la vapeur, une fontaine infermittente, une fontaine de compression avec sa pompe foulante X air, des ventouses mécaniques sans feu, diverses lampes, divers siphons, la pompe à incendie, l'orgue hydraulique, le métier horizontal pour le tissage muni des pièces essentielles qui constituent notre métier à main (d’après Lumbroso, Recherches sur l’économie politique en Egypte sous les Lagides, p. 102). Le moulin à eau remplace le moulin à bras d'autrefois. La réunion des matières premières, de la main d'œuvre et de la technique permit un large épanouissement des industries déjà pratiquées par les indigènes ou les Grecs en Orient, et le développement d'industries nouvelles. ;
Les industries alimentaires existaient partout sans avoir d'importance particulière en certaines villes. Sinope fabriquait de l'huile d'olive, Babylone de l'huile de sésame, Les Egyptiens traitaient les diverses graines oléagineuses, sésame, ricin, carthame, lin et fabriquaient ayec de l'orge une sorte de bière, leur boisson nationale. |
Les industries textiles atteignirent à cette époque une grande prospérité, surtout en Egypte. Alexandre révéla aux recs et aux Egyptiens l'usage de la soie. La demande de coton s’étendit. Les Grecs introduisirent en Egypte la fabricatio n d'étoffes de lin : Cyrène fournissait la matière première, Chypre donnait du chanvre. Les Egyptiens travaillaient donc tous les textiles. Ils fabriquaient « de l’étoupe, des toiles, des serviettes, des coussins, des oreillers, des matelas rembourrés de coton, des maillots de lin pour momies, des vêtements et des couvertures de laine foulée pour les soldats et leurs chevaux, des tuniques de couleurs variées, des étoffes pour les objets sacrés, les images des divinités, des bandelettes.. des étoffes de soie et lin ou soie et coton mélangés, des tapis de laine, des voiles de lin, des tentures pour galeries, pavillons, théâtres, des articles de
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luxe : tapis peints en pourpre, tentes dorées, tapisseries brodées... » (6).
En dehors de l'Egypte, le lin se tissait en Colchide, en Cilicie, en Syrie, en Phénicie, en Judée, en Babylonie. La laine était travaillée par Milet, Sardes, Damas qui faisait des tapis et des tapisseries. La Phénicie fabriquait des soiries, la matière première venait d'Extrême-Orient.
Les constructions navales se font dans le Pont, en Cilicie, en Chypre, en Phéniciie. Le boïs est travaillé par les Egyptiens qui font des tables massives de thuia sur appuis d'ivoire, des chars de guerre.
La métallurgie est florissante à Cyzique, Rhodes, Délos, dans le Pont à proximité des mines de fer, en Phénicie, à Chypre surtout. Ses manufactures d'armes sont renomnées « Sous Ptolémée Soter l’armurier Zoïlos pouvait four- -nir des cuirasses capables de résister à une flèche lancée à 20 pas par catapulte. » L’orfèvrerie phénicienne garde son antique réputation, contrebalancée par celle de l’orfèvrerie égyptienne. L'industrie des parfums est une spécialité de l'Egypte « perpétuellement riche en fleurs, elle excelle dans la préparation des parfums, des huiles cosmétiques que l’on fait avec le myrrhe, le miel, la rose, le muse, le styrax, le kypros, le sésame, la thérébinte, l’ornianthe, le lis, la marjolaine, le scammarium, le sampsachum, les célèbres roses de Cyrène, le safran... » (3).
D’autres centres de cette industrie se trouvent en Syrie, en Palestine, en Babylonie. La céramique est moins artistique et plus commerciale en Orient qu’en Grèce : l’extension de la vigne entraîne la fabrication de milliers d’amphores destinées au transport du vin.
La verrerie est fabriquée en Phénicie et en Egypte.
L'industrie du papyrus est capitale en Egypte, avec la tige ligneuse du papyrus on fait des barques, avec l’écorce on tisse des voiles, des nattes, des vêtements, des sandales,
(6) Lumbroso. Recherches sur l’économie politique chez les Lagides, p. 105.
(7) Lumbroso. Recherches sur l’économie politique chez les Lagides, p. 135.
des couvertures ou des cordages — surtout on fabrique le papier.
L'extension des marchés et des débouchés caractérise l'industrie hellénistique. Les matières premières viennent de l'Inde, d’'Extrême-Orient, du fond de l'Arabie ou de
l'Ethiopie et les produits fabriqués s'y écoulent. * &
IL — L'organisation du travail dans l'Orient hellénistique
Une puissante intervention de l'Etat en vue d’une production intense » caractérise l’organisation du travail à l'époque hellénistique.
D'abord l'Etat au lieu de laisser les matériaux Fond au maître de la surface comme en Grèce, revendique tout le sous-sol et tire les conséquences « À Rhodes, à Cnide, à Smyrne, à Paros, à Thasos, à Olbia un poinçon officiel est apposé sur les vases parce que l'argile en a été prise dans des glaisières dant les unes sont exploitées en régie et les autres affermées. Dans le premier cas l’estampille nomme le directeur de la fabrication, dans le second elle désigne l’'adjudication et justifie du paiement d’une taxe » (8). Le roi qui est dans les royaumes hellénistiques le premier propriétaire est aussi le premier industriel. Les ateliers royaux eurent une importance considérable, particulièrement en Egypte et dans le royaume de Pergame. Les monopoles d’exploitation de certains produits naturels et de fabrication y étaient fort nombreux. Le Lagide exploitait les carrières, les mines, les nitrières, les salines, fabriquait l’huile et les étoffes. « Les rois de Pergame possèdent des tuileries et des denes ; ils font concurrence au papyrus des Ptolémées avec leur parchemin ; ils répandent sur le marché de belles étoffes lamées d'or » (9). Les monopoles répondent à un but uniquement fiscal. Il s’agit de grossir le trésor public et non de diriger la production. Le “clergé
(8) Glotz. Le travail dans la Grèce ancienne. (a) Glotz. Le travail dans la Grèce ancienne, p. 485.
« RL ne, PAS
ei eu
joue en Egypte un rôle industriel à peine moins important
que celui du roi.
« Le temple égyptien est comime lé couvent du moyen Age un centré important d'entreprises économiques. Avec sés terrés ét ses trotpeaux, ses moulins et sa boulangerie,
il vend ses excédents de grains, de farine, de pain, de lé
gumes et de salaisons. Le Klosterbrau fabrique de la bière et paie patente pour des débits où il place des tenanciers. Les prêtres ont aussi leurs ateliers pour industries de luxe : ils produisént l'huile fine et les beaux tissus dé byssos qüe réclament les dieux. Dans le plat pays, ils sont presque seuls à travailler eommé tailleurs de pierre, sculpteurs et peintres » (10). | 2
L'Etat exploite directement les minés auxquelles sont assimilées les carrières de piérres précieuses et de matériaux précieux comme l'albâtre. Les agents de l’adminisration font travailler des forçats ou des hommes de corvée. Les carrières ordinaires sont adjugées comme les terres du domaine, « Les matériaux extraits devant appartenir à l'Etat, l'entrepreneur ne fait que louer du travail. fl s’engage à fournir et à entretenir le nombre d'ouvriers nécessaires à une production déterminée, souvent même on net lés outils à sa disposition. L’Administration exerce sur sa gestion un contrôle permanent. On lui indique les tailles à entreprendre, il est tenu d'adresser régulièrement des rapports à l'architecte ou ingénieur du Gouvernement. Moyennânt quoi il doit recevoir des indemnités à échéances fixes » (ri).
L’essor de Findustrie entraîna un renforcement de la division du travail et de la spécialisation des ouvriers. L'hérédité des métiers était sinon obligatoire, du moins eonstante en fait sous les Pharaons. L’habitude se maintint sous les Lagides. On eut des dynàsties de maçons, de charpentiers, de forgérons. La spécialisation fut poussée très loin. « À Delos, le menuisier qui pose une porte ne dresse pas le pilier qui doit la soutenir. À Milet, les ouvriers qui taillent
(ro) Glotz. Le Travail dans l4 Grèce anciénne, (11) Glotz, Le Travail dans la Grèce anciénne.
finemént les carréaux de marbre formant parements, ne Sont pds Ceux qui dégrossissent les blocs de pierre formant le noyau central. On a pu dresser, d'après les papyrus,
= une liste interminable des métiers pratiqués en Egypte,
Du portefaix se distinguent le porteur de sacs et le porteur de lait... Les huiléries emploient des broyéurs de graines et des ouvriers particuliers pour l'huile de ricin.,. » . (12). Dans les arts industriels, la technique et la division du travail étaient extrêmement avancées, « Cos tisse en fibres de bombyx des mousselines pareilles à celles de Bäbyloné. Alexandrie fait des brocards sur des métiers à plusieurs lies » (13). se
La division du travail exigeait des gens de métier une éducation sérieuse, « La technique ne s’apprend pas seulewent en famille. Dans les papyrus figurent asséz souvent des contrats d'apprentissage, on voit des esclaves placés chez un cardeur, un foulon, un tachygraphe, un joueur de flute » (14).