I. — Historique du commerce grec
La société primitive est une société autonome, fermée, sans commerce. Mais bientôt se fit sentir le besoin des marchandises et des objets précieux de l'étranger. On les obtient de même que les esclaves par le vol d’abord, puis des trafiquants étrangers viennent proposer leurs marchandises : en Grèce ce sont les Phéniciens. La mer qui pénètre partout dans le pays attire les Grecs de bonne heure, ils commencent à tirer au large et à trafiquer des marchandises étrangères. Dès le temps d'Homère des voyages commerciaux vers l'Egypte et la Phénicie ne sont rien d’extraordinaire. Au temps d'Hésiode, le commerce maritime a trouvé accès déjà en Béotie, bien qu'elle soit par nature un état purement agricole. Au vur siècle les Grecs d'Asie et d'Europe acquièrent l'autonomie commerciale et le trafic maritime prend un grand essor. C’est l’époque de la colonisation qui conquit pour les Grecs toutes les côtes de la Méditerranée — du Caucase et de la Crimée jusqu'à la Sicile et la Campanie. Avec les tribus indigènes, les Scythes de la Russie Méridionale, les Thraces, les Asiates, les Libyens, les peuplades de l'Italie notamment les Latins et les Etrusques, se développe un commerce actif dont témoionent non seulement la littérature, mais la découverte de nombreuses marchandises exportées et en même temps la civilisation grecque pénètre les populations indigènes. Le ‘commerce est particulièrement actif avec le Pont Euxin.
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« Au vu siècle déjà les navires de Milet allaient chercher dans la Mer Noire des laines, des peaux, des salaisons, du bois, du fer, de l'or, du vermillon, des esclaves et y apporter, à la fois des denrées agricoles teltes que le vin et l'huile et des produits ouvrés » ().
Le commerce se développe äussi avec l'Egypte. Au var° siècle elle est ouverte en même temps aux mercenaires et aux marchands grecs. |
Sous Ariasis, vers 569 av. J.C., toutes les villes de commerce grecques participent à la fondation du grand emporium de Naueratis dans la partie occidentale du delta du Nil : des comptoirs et des temples s’y élèvent. Le marchand grec pénètre même dans les villes saintes du commerce oriehtal ét fait aux Syriens et aux Phéniciens une concurrence victorieuse dans leur propre pays aussi bien que dans la Méditerranée occidentale où à la fin du vir sièele les Phocéeris étendaient leurs relations commerciales jusqu’au sud dé l'Espagne (à Tartessos) et ouvrirent les deltas du Pô et du Rhône.
Le commeïce prend alors une importance vitale pour les Grecs. L'ouverture et la mañftrise commerciale (peut être aussi politique) de cette immense zone de trafié supposènt la fabrication d'articles de commerce. Etant données la petitesse et la pauvreté du pays grec, ce pouvait être seulement en partie des produits du sol. Il se forme donc dans les cités grecques une industrie travaillant pour l’exportation où les produits artistiques jouent un très grand rôlé. Quelques villes s'élèvent au-dessus des autres. Égine, une betite île rocheuse et infertile se fait au vi siècle un port artificiel ét devient le plus grand emporiurn du monde gréc. Ses navires sillonnent les fers, ses commerçants s’enrichissent fabuleusernent. Ellé a une flotte de guerre une industrie active qui emploie des multitudes d’ esclaves : èlle domine commercialement le Péloponèse. Les poids et mésures éginètes, l’étälon éginète ont cours partout dans les tles; dans la Grèce Centrale. Athènes même en dépendit,
(1) Guiraud. La main-d'œuvre thdtsétielle dans l'ancienne Grèce, p. 36.
puis Solon l'émancipa en introduisant la monnaie et les poids et mesures de Chalcis. Sa prépondérance naît, Elle Commence à intervenir de plus en plus puissamment dans la concurrence inter-urbaine et à enlever à ses rivales leurs débouchés les uns après les autres, grâce à la supériorité de ses marchandises et aux œuvrés magnifiques de ses céramistes. Elle conquiert l'Italie presque complètement et un large territoire sur la côte nord du Pont Euxin, Elle atteint son apogée sous Périclès : le grand empire commercial d'Athènes comprend alors un territoire habité par 15 millions d'individus. La guerre de Péloponèse la ruine économiquement, Elle se relève un peu au cours du 1v° siècle, mais est frappée cette fois définitivement par l’ouverture de l'Orient au commerce méditerranéeñ, Après un sursaut éphémère de prospérité pendant l'enfance des nouvelles cités, elle décline sans arrêt. Le commerce grec s’effondre : les nouvelles routes commerciales s’écartent de la mer Egée, Les grands courants économiques vont d'Egypte ou de Syrie vers la Méditerranée occidentale, La Grèce est en dehors. Corinthe grâce à sa situation entre deux mers garda son importance d'emporium de la Grèce, mais l'invasion romaine la ruina à son tour,
II, = Les voies commerciales de terre et de mer
Les commerçants utilisèrent sur le sol grec les chemins des pèlerins : une route sacrée allait d'Athènes à Eleusis et près de Corinthe à l'emplacement des jeux isthmiques, et se poursuivait probablement à travers l’Arcadie jusqu’à l’Elide et Olympie ; une autre partait également d'Athènes, traversait la Béotie, aboutissait à Delphes, se poursuiveit peut-être jusqu'en Thessalie. Mais la mer fut toujours la grande voie du commerce hellénique : c'était le seul moyen de répandre les idées et les progrès techniques, ét de maintenir les sympathies sociales, politiques, relivieuses et littéraires qui unissaient les nombreuses parties du monde grec. C’est par elle seule que la Grèce communique avec ses colonies et avec ses comptoirs.
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Le Pirée était au v° siècle le centre d’où rayonnaient des lignes de navigation régulières vers la Chalcidique, les détroits et le Pont-Euxin, les îles et les principaux ports de l’Asie Mineure : Lesbos, Chios, Samos, Phocée, Smyrne, Ephèse et Milet, Chypre, les ports phéniciens, naucratis, l’'Adriatique et les bouches du Pô, la Sicile et la Grande Grèce, Marseille et Nice. C’est le plus grand port mais ses rivaux sont aussi des foyers d'activité économique intense : Egine, Megare, Corinthe, Chalcis en Grèce centrale, Abydos, Cyzique, Byzance sur la route du Pont-Euxin, Sinope, Trapézonte, débouchés de l'Arménie, Dioscurias, Olbia, aboutissement des routes dde Scythie et d'Asie qui échangent les poteries et les armes grecques contre l'or, l’ambre, les céréales, au sud Cyrène qui expédie en Grèce des produits apportés sur son marché par des caravanes venues du centre de l’Afrique, les ports de Chypre, Naucratis, à l'ouest Tarente, Syracuse, Cumes, Marseille.
Les ports ne sont pas les seuls centres commerciaux notables. Certaines fêtes religieuses, les jeux nationaux d'Olympie, de Delphes, de Némée, de l’Isthme, les Panathénées d'Athènes, les Délia de Délos en l'honneur d'Apollon, sont accompagnés de grandes foires où s’échangent les produits des divers pays grecs. Le rayon d'action des marchandises grecques s’étendit au delà des colonies et des comptoirs. On a retrouvé un fragment de vase attique dans une localité du Lot-et-Garonne. Les marchands grecs allaient recevoir l’ambre dans l’île de Wight.
IT. — Importations et Exportations
Au début, la Grèce importait à la fois des matières premières et des produits ouvrés : des esclaves du Pont et de Thrace, du cuivre brut d'Italie, des produits industriels d'Orient — de Phénicie par exemple, et d'Etrurie (les produits de la métallurgie étrusque, coupes, armes, objets domestiques, de bronze, étaient très prisés des Grecs, méme au temps de la prospérité d'Athènes) mais surtout des céréales. Par la suite, elle continua à importer des maque-
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reaux et du poisson salé de l’Hellespont, des porcs et des fromages de Syracuse, des voiles et du papier d'Egypte, du raisin et des figues de Rhodes, de l’encens de Syrie, de l’ivoire de Lybie, des esclaves de Phrygie, des noix et des amandes de Paphlagonie. Athènes spécialement importait des poissons de Sicyone, des tissus d’Amorgos, des tapis de Chypre, de la soie de Cos, de la laine de Milet, diverses espèces de céramique : des amphores de Rhodes, des jarres de Thasos, des coupes de Mégare; des cruches de Corinthe, des chars de Thèbes, des sièges de Chio, de Milet ou de Thessalie. Que donnait la Grèce en échange ? Athènes payait une partie de ses importations avec des produits bruts, comme l'argent de ses mines du Laurium et son huile, le reste avec les produits de ses céramistes. ses forgerons et ses orfèvres. Chio, Naxos, Lesbos, Thasos exportaient du vin, Mégare et la Béotie divers produits agricoles. Cythère et de nombreuses plages grecques exportent la pourpre. L’Eubée et Chypre exportent du cuivre, Thasos et les monts Pangéens de l'or, la Laconie du fer. Byzance exporte du thon, Milet des vêtements de pompe, des tapis vendus jusqu’en Etrurie — et surtout la plupart des cités grecques vendent des objets d’art : vases peints, armes ciselées, etc...