‹ La Grèce de la Décadence: Aux Points de Vue Économique et SocialChapitre 15 sur 44 · IV. — La politique commerciale · texte numérisé non relu

IV. — La politique commerciale

Les sociétés primitives sont repliées sur elles-mêmes, autarchiques par conséquent. Elles se suffisent : ce fut certainement le cas des cités grecques à leur début. Puis l’extension du commerce et les profits qui en résultent tournèrent toute l’activité économique vers la production d’articles de commerce facilement exportables. Les cités durent donc négliger des productions nécessaires à leur ravitaillement pour pratiquer des activités « superflues » qui rapportaient plus que ne coûtait l'achat du nécessaire. Mais l'avantage du gain se trouve contrebalancé par la dépendance économique à l'égard de l’étranger où tombe la cité. Les hommes d’Etat grecs s’en préoccupèrent, ceux d’Athè-

nes surtout, car le développement de la population et du négoce rendait le problème ardu. L'Attique avait abandonné la culture des céréales, difficile sur ce sol pauvre et de maigre rapport, pour la culture fructueuse de l'olivier qui fournit un excellent produit d'exportation. Il fallait alors assurer le ravitaillement de la population en céréales.

Solon interdit l'exportation de tous les produits du sol sauf de l'huile, preuve qu’alors déjà au maximum dans les années extraordinairement bonnes, les céréales du pays suffisaient aux besoins. Les céréales venaient d'outre-mer : Italie méridionale, Sicile, Crimée. Lorsque Xerxès franchit l'Hellespont, il rencontra des navires de céréales qui conduisaient le grain du Pont vers Egine et le Péloponèse. Les législateurs prirent ensuite une série de mesures : défense aux Athéniens de transporter du blé ailleurs qu’en Pirée « défense de réexporter plus d’un tiers de tout chargement entré dans le port aux grains, défense d acheter | plus de 50 charges de blé à la fois » (2).

L' entrée des céréales au Pirée est au temps de Démosthène de 400,000 hectolitres par an. De plus, les inspecteurs des grains sont responsables des prix qui doivent être bas, le blé étant une denrée de première nécessité, ils sont en conflit permanent avec les marchands en gros qui achètent aux importateurs et utilisent Re les « tuyaux » pour hausser les prix.

Certains tyrans du vi es essayèrent de LL. ces deux buts : d’une part encourager le commerce et promouvoir l'influence à l'étranger, d’autre part maintenir l’indépendance économique du pays. Ainsi à Corinthe, Kypselos et Periandre fondèrent un grand empire colonial mais cherchèrent en même temps à fortifier la paysannerie. Les domaines confisqués de la noblesse en exil leur donnèrent des moyens d'expérience. Ils résistèrent à l'attraction des villes sur la population de la campagne, interdirent l’acquisition d'esclaves et exigèrent que chaque citoyen travaillât lui-même et ne dépensât pas plus qu'il ne gagnait.

Mais à la longue, des mésures de cette sorte ne pouvaient se maintenir, du moins sur un territoire aussi rés-

. (2) Glotz. Le travail dans la Grèce ancienne. p. 355.

treint et aussi infertile que celui de Corinthe, Après la

chute de la tyrannie, Corinthe devint complètement in- dustrielle et commerçante.

Les Pisistratides à Athènes suivirent la même politique, L’étendue du pays et le développement de la culture ; de l'olivier par lequel on gagna un produit économique précieux et exporté en grandes quantités, empêchèrent une décadence complète de l’agriculture, mais ici aussi les intérêts commerciaux l’emportèrent, Depuis que Thémistocle eut créé la puissance maritime d'Athènes et que la lutte contre les Perses lui eut donné la domination des côtes et des îles de la mer Egée, la politique d'Athènes fut complètement commandée par les intérêts commerciaux qui cherchaient à enfermer tout le monde grec dans l’économie athénienne, à opprimer les rivales, à soumettre des territoires toujours plus vastes, jusqu’à l'Italie et la Sicile, mèéme jusqu'à Carthage. Pour affermir et étendre la supré- matie rnaritime, les commerçants ne craignent pas une guerre violente qui livre le territoire national sans défense aux incursions de l'ennemi, Tous les efforts de la population de la campagne pour faire valoir ses intérêts djamétralement opposés aux leurs n’aboutirent jamais qu'à des succès éphémères. |

SecTion II. — Le commerce dans les royaumes hellénistiques

Politiquement éphémère, l'œuvre d'Alexandre fut durable au point de vue économique et spécialement au point de vue commercial. Le commerce grec s’annexe des masses continentales. L'économie méditerranéenne mise en rapport avec les économies africaine et asiatique ne s'en sépara plus, même après l’écroulement de l'empire des Seleucides. La Bactriane, la Sogdiane, la vallée de l’Indus, la Parthie plus tard, détachées politiquement du monde hellénistique, ÿ restèrent économiquement liées, Les Grecs

et les Orientaux hellénisés continuèrent à y exporter leurs produits manufacturés et à en tirer leurs matières premières. Le développement de l’agriculture et de l’industrie

amène une extension correspondante du commerce.

Les progrès techniques assurent l'étendue, la rapidité et la sécurité des communications. L’outillage des ports est perfectionné ; on améliora la navigation fluviale : on put remonter le Nil jusqu'aux cataractes. Le phare d'Alexandrie porte à 60 km. en mer, L’audace des constructeurs de navires est sans bornes : Ptolémée IV fit construire un bateau de luxe colossal de 420 pieds de long, 57 pieds de large, 72 pieds de l'endroit le plus élevé du “pont arrière à la ligne de flottaison, avec- 4.000 rameurs, un équipage de 3.000 matelots, des jardins, des colonnades. Des navires de l'Egypte ptolémaïque sillonnent le Golfe Arabique (la Mer Rouge actuelle) franchissent le détroit de Bab-el-Mandeb et d’un côté suivent les côtes de l'Arabie méridionale, de l’autre doublent le Cap Guardafui et longent la côte africaine jusqu’à Zanzibar. Ainsi se développe pour la première fois un commerce vraiment international et de très grande envergure, dont l'importance est attestée par exemple, par le chiffre des douanes de Rhodes. Vers 170, la douane produisit 166 talents, cinq fois plus que le Pirée au début du 1v° siècle.

Page 1