I. — Les voies commerciales
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La Grèce, par sa petitesse et sa situation géographique, l'empire des Achéménides par son isolement et sa léthargie économique n'avaient pas de grand commerce
terrestre. Les voies de terre jouent au contraire un rôle im-
portant à l’époque hellénistique.
Après la conquête de l'Orient les Grecs réveillent l’activité économique de l’ancien empire perse. Le trafic des routes est considérable. Une route au nord unissait le Cyrus au Phase, la mer Caspienne au Pont-Euxin. Une orande route, épine dorsale du réseau routier d'Asie Mineure et véritable axe du royaume des Seleucides part d’Ephèse
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sur la mer Egée, traverse la Phrygie, la Lycaonie, la Cappadoce, descend l’Euphrate vers Babylone et Séleucie du
Tigre, passe la Médie, longe au nord le plateau de l'Iran,
touche Alexandrie d'Asie (Hérat) et bifurque d’une part vers Bactres, la Sogdiane, l'Asie Centrale, de l’autre vers la Drangiane et l’Indus inférieur. Une voie partant de la Mésopotamie franchit l'Arménie, l’isthme Caucasique, le Caucase lui-même et rejoint le bassin de la Volga. Seleucie et Babylone sont des nœuds routiers où convergent les routes de la Susiane, de l'Arabie et de la Syrie. À Petra arrivaient des caravanes du fond de l'Arabie et de Gerrha, sur le golfe Persique. La navigation fluviale inconnue aux Grecs, fut pratiquée à l’époque hellénistique sur le Phase et le Cyrus, le Tigre et l’'Euphrate. Les navires venant des Indes où les radeaux qui transportaient depuis Gerrha des denrées de l'Arabie remontaient l’'Euphrate jusqu'à Babylone, le Tigre jusqu'à Opis à 120 km. en amont de Seleucie. Les canaux de la Babylonie destinés surtout à l’irri- -gation, servaient aussi à la navigation, en particulier celui qui joignait l'Euphrate au Tigre à hauteur de la $eleucie. Une ligne de navigation part des embouchures du Tigre et de l’Euphrate, parcourt le golfe Persique et longe la côte de la Gédrosie jusqu'aux bouches de l’Indus. Sur la Méditerranée, Seleucie de Piérie éclipsa les villes phéniciennes. |
La passivité des Egyptiens en faisait de médiocres commerçants et de mauvais navigateurs. Pendant les derniers règnes nationaux déjà, l’hellénisme influe sur le réveil du trafic et de la marine. En même temps le centre du commerce et de la puissance se déplaçait progressivement de Thèbes dans la Haute-Egypte à Memphis, puis à Héliopolis, puis à Saïs, toujours en se rapprochant de la Méditerranée.
Sous les Ptolémées, l'Egypte, avec Alexandrie reliée directement à la mer Rouge grâce aux travaux du Philadelphe, « s’asseoit sur les bords de la grande mer européenne ». La domination ptolémaïque lui permit de participer à la vie spirituelle et matérielle des peuples de la Méditerranée et d'acquérir un développement économique qui n’était ni possible, ni souhaité du temps des Pharaons
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ou de sa liaison avec l'Empire perse, L'Egypte est d’ailleurs privilégiée au point de vue commereial comme au point de vue agricole, car elle est à la fois pays de orande production et pays de transit des produits de la riche Arabie méridionale, des Etats du Nil supérieur et des importations de l'Inde. À
Dans le monde non-méditerranéen, les Egyptiens commercèrent surtout avec l'Arabie et l'Inde. Les importations de denrées indiennes en Europe se faisaient jusquelà par caravanes à travers la Perse ou à travers l'Arabie. Les Arabes étaient et restèrent maîtres de l'Océan Indien car « la navigation directe du golfe Arabique aux ports de l’Inde fut un progrès qui n'appartient sans doute pas au temps des Ptolémées » (3).
Les navires égyptiens suivaient les côtes du golfe Arabique, relâchaient vers Aden et là arrivaient les navires arabes, indiens et malais chargés des produits destinés à l'Occident. Les Ecyptiens firent trafic aussi avec la Troglodytique (ils trouvaient des topazes près du port de Bereniké) et l'Ethiopie où ils prenaient des éléphants. Le commerce éthiopien se faisait surtout par mer mais aussi par le Nil. Les Ptolémées fondirent plusieurs cités sur le littoral de la mer Rouge, Myos Hosmos, Lenkos Limen, Bereniké : cette dernière atteignit 10.000 habitants, Ils les relièrent au Nil, à Koptos par des routes à travers le désert avec des relais et des points d’eau ménagés sur le parcours. Ils achevèrent l’œuvre commencée par le pharaon Nechao et reprise par Darius de Perse : la construction du canal reliant au Nil l'extrémité septentrionale du golfe Heroopolitique qui sépare la presqu'île du Sinaï de l'Esypte. Entre Alexandrie et les ports Phéniciens, Rhodes, Délos, Corinthe, Byzance, Tarente, Syracuse, Cartage, l'Italie Centrale et la Gaule du Nord, s’établirent de véritables lignes de navigation,
(3) Lumbroso, Recherches sur l'économie politique chez les Lagides.
IT. — Les grandes places de commerce La reine de l'Egée, pendant la période hellénistique, fut jusqu'en 166 Rhodes qui reçoit et réexpédie vers la Grèce et l'Occident les produits de l'Egypte, Neutre pendant les guerres des diadoques, elle intervient énergiquement pour la défense de ses intérêts commerciaux, Délos lui succéda dans la suprématie sur l'Ecée quand les Romains y eurent établi un port franc. Byzance a une situation privilégiée sur le Bosphore. Sur la côte d'Asie Mineure, Ephèse est « l’entrepôt général des marchandises d’Italie et de Grèce ». Smyrne, Milet et Cnide sont très animées, À l'intérieur de l'Asie Mineure, Pessinonte est un lieu de pèlerinage et un marché florissant. Kibotos, à la limite de la plaine du Méandre et du plateau d’Anatolie, devint la seconde place commerciale de la province romaine d'Asie, À l'embouchure du Don, Tanaïs est le point de rencontre des nomades de Scythie qui viennent y vendre des esclaves et des peaux, et des Grecs qui y apportent des tissus et ‘du vin. Dioscurias distribue au monde grec les produits sarmates. ;
Séleucie de Piérie est la capitale économique du royau- .me de Syrie et le principal débouché sur la Méditerranée de la Syrie et des pays du Tigre et de l'Euphrate. Séleucie du Tigre sera la métropole commerciale de tout l'Orient asiatique recevant les marchandises de l'Iran, de l'Inde, de l'Arabie. Alexandrie, le seul port de commerce égyptien sur la Méditerranée, commence à exercer 8a souveraineté économique dans le monde méditerranéen : elle a un port maritime et un port fluvial sur le lac Maréotis plus riche que le premier, car les exportations d’Alexandrie sont plus considérables que ses importations ; il arrive plus de marchandises par les canaux qui la relient au Nil et à la mer Rouge qu'il n’en vient par mer. Koptos, là où le Nil est le plus rapproché de la mer Rouge, reçoit les produits exotiques de l'Afrique Orientale, de l'Inde et de l'Arabie. L’oasis d'AÂmmon, où Alexandre avait reçu le titre de « fils d'Ammon » porté par les Pharaons, est également une place commerciale importante.
RD TITI. Lu politique commerciale à l’époque hellénistique.
Les Etats hellénistiques manifestèrernt un esprit de suite et une énergie remarquables dans la poursuite de leurs intérêts matériels, les comrnerciaux en particulier. Rhodes, par exemple, eut comme autrefois Corinthe, une politique commerciale ferme et bien appuyée, une forte constitution qui assurait le règne d’une oligarchie de commerçants dans des formes démocratiques, des lois excellentes, de bons marins et de bons hommes d’affaires. Lorsque les Byzantins voulurent, en 220, prélever un droit de péage sur tous les navires qui passaient le Bosphore, les Rhodiens les sommèrent d'y renoncer et, sur leur refus, leur déclarèrent la guerre. Aïdés par la Bythinie, ils les forcérent à céder. Ils combattaient impitoyablement les pirates et assurèrent la sécurité de l’Egée jusqu’à leur ruine par les Romains.
Les Lagides continuèrent « la vieille rivalité des Pharaons avec da Mésopotamie, rivalité qui n’était que l’expression de la concurrence commerciale entre le Nil et l'Euphrate » (4).
Ils comprenaient l’importance de la mer her « là où se trouvent les cavités les plus profondes creusées par la mer dans la masse continentale la plus grande du globe » (5). Ils occupèrent des « marches » et des points stratégiques pour garder l'Egypte. Cyrénaïque, Coelé-Syrie, Chypre, Crête, certaines cités d'Asie Mineure, de Thrace, certaines îles de l'Egée. Ils surent exploiter l’importance commerciale de la mer Rouge. Ils surent détourner vers leurs ports les produits de l'Arabie et de l'Inde. Sous les Achéménides et les Seleucides, les denrées indiennes ar-, rivaient à Gerrha sur la côte arabe du golfe Persique. De là les Gerrhéens les transportaient sur des radeaux vers Babylone par la voie de l'Euphrate et les déchargeaient en Babylonie d’où ils étaient distribués ou dirigés sur la Syrie pour être embarqués à destination de l'Occident. Ou bien des caravanes les dirigeaient sur Petra d’où partait une
(4) Barbagallo. Le déclin d’une civilisation, p. 236. (5) Droysen. Histoire de l’hellénisme, Tome II, p. 773.
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: route vers l’intérieur des terres, Palmyre, et une route vers
la Méditerranée bifurquant en deux branches : l’une sur Gaza et la Palestine, d’autres sur Raphia et l'Egypte.
« Toute la politique des-Lagides consista donc à se faire les premiers clients des Arabes en leur offrant une route moins dispendieuse et moins longue que celle de la Syrie et de la Phénicie, et la possibilité de se débarrasser plus rapidement et à meilleure condition de leurs marchandises » (6). Ils s’efforcèrent de garder la Palestine, la Phénicie et les territoires voisins, les habitants de l’Yemen durent ainsi reconnaître la supériorité de la Cour d’Alexandrie. Cela dura jusqu'à Antiochos III. Ils s’efforcèrent de faciliter aux Arabes le transport des marchandises en fondant des établissements sur le littoral égyptien dé la mer Rouge, Philadelphe fit explorer les côtes de l'Arabie jusqu'à l'Océan, achever le canal du Nil à la inner, dit « fleuve Ptolémée ». Les Arabes obtinrent le monopole du commerce dans la mer Rouge eñtre l'Arabie et l’Europe.
De leur côté, les Seleucides ne restèrent pas inactifs. Leur projet de créer, en unissant la mer Caspienne à la mer Noire par un canal, une seconde voie de commerce internationale d’une importance égale à celle de la mmer Rouge, n’aboutit pas, mais Antiochos III réussit en guerroyant contre l'Egypte, à détourner vers ses côtes de Syrie l'itinéraire des marchandises de l'Arabie, surtout de l’encens et des épices qui, jusque-là, allaient par Petra à Alexandrie, et à enlever définitivement la Coelé-Syrie aux Lagides. Le même Antiochos poussa une brillante expédition jusqu'en Carmanie et en Arachosie pour attirer le commerce de l'Inde vers le golfe Persique.
À l’époque hellénistique, le grand commerce commence. En plus de l'extension des marchés et des débouchés, le crédit s'organise, la banque joue un grand rôle, des sociétés commerciales se fondent, qui, par le groupement de gros capitaux, permettent de vastes entreprises. Cependant la Grèce est plus déchirée, plus farouchement individualiste que jamais et le pays se vide d'hommes et de
ressources.
(6) Lumbroso. Op. cil., p. 139.