‹ La Grèce de la Décadence: Aux Points de Vue Économique et SocialChapitre 25 sur 44 · PT RES · texte numérisé non relu

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Tout alla bien tant qu'Athènes eut les-tributs de ses alliés, les clérouquies, tant que les mines du Laurium four- nirent de l'argent en abondance, tant que la flotte marchande fut innombrable et incontestablement la première et tant que les besoins furent restreints. Mais à la fin du iv° siècle, la guerre avait diminué la richesse publique, réduit la flotte, anéanti les tributs des alliés. Les mines du Laurium s’épuisaient et les besoins avaient grandi. Le

système croula,

IT. — L'improductivité de la richesse

Le régime servile aboutit à la concentration de la richesse immobilière et mobilière existante, donc au paupérisme, à moins que la richesse publique totale n'augmente. Comme l’économie esclavagiste empêchait tout progrès important en agriculture et que la plupart des cités grecques manquaient absolument d'industrie et de commerce, la somme de la richesse publique ne pouvait croître, ce qui eut permis d'en donner quelque part aux pauvres. sans dépouiller personne. Un certain nombre de villes étaient industrielles, mais les patrons employaient des esclaves. D’autres plus nombreuses étaient commerçantes, mais là encore tous les bénéfices se concentraient entre quelques mains par suite du prix excessif de l'argent. L’intérêt de l’argent variait en moyenne de 12 à 16 % et dans les prêts maritimes atteignait et dépassait 30 %. Le rapport entre la valeur vénale de la terre et le prix du fermage était de 8 % (d’après Guiraud. Etudes économiques sur

l'Antiquité). Le. paupérisme et la formation de capitaux

indépendants du sol encourageaient les emprunts et par là les capitaux se concentraient encore, et ces capitaux ne pouvaient servir qu'à la thésaurisation ou à de nouveaux prêts à taux usuraire. Le prêt était l'emploi de l'argent que préféraient les Athéniens. Certaines fortunes ne se composaient que de créances. Les Grecs manquaient complètement de vues politiques et sociales pour adoucir l'inégalité des fortunes.

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que le capital donnait au travail « entre vre et la richesse se dressait Pl L'esclave ne faisant pas partie de la société ant chusse né remplissit pas uñe fonctio on social e

__ jourd’hui. La richesse et la pauv

lune de Fautre. « Pour s'enrichir esclaves, mais pour en posséder il fa

riche n’avait pas besoin du travail du p chir, ni le pauvre besoin de l'argent du ri h Quand il en eut besoin, il préféra, là

parer de ses biens | par la vo en l'exil AU parce hors +:

CapirRe ÎE L'IMPÉRIALISME ET LA GUERRE

L'économie servile entraînait d’une part une produwction faible et coûteuse, d'autre part le chômage, la pau- vreté et l'amour de Foisiveté. L'Etat, pour satisfaire ses citoyens, devait leur assurer le bien-être. I} ne le pouvait qu'en acquérant jui-même des richesses par le moyen ar: tificiel de la domination et de Ia violence. Comme il y a simultanément concentration de la richesse foncière et diminution des revenus du sol, il faut aux citoyens pour vivre de nouvelles terres. Comme la science de l’exploiïtation de Ja nature est encore dans l'enfance, il faut faire sortir l’aisance de Fexploitation de l’homme par l'homme. L'impérialisme à l'extérieur est donc le prolongement naturel de l'esclavage à Fintérieur et son instrument, la guerre, un moyen légitime et rapide d'acquérir la richesse. __« Les difficultés et Les lenteurs de la production, devaient reporter leurs ambitions vers les acquisitions artificielles de la richesse. C’est aïnsi que l'Antiquité tout entière a pu considérer la guerre comme le meilleur des titres de … propriété » (x).

Aristote définit la guerre comme l’un des moyens normaux d'acquérir la richesse. L'exemple d'Athènes est frappant. « Le peuple athénien a retiré de la constitution de son empire de grandes facilités d'existence, grâce au produit des impôts, des taxes, des contributions sur les alliés, plus de 20.000 personnes vivaient aux dépens de l'Etat. D y avait 6.000 jurés, 1.600 archers, 2.000 cavaliers, 5.000 bouleutes, 5oo gardes de chantiers... les magistratures de

(1) Souchon. Théories économiques dans l’Antiquité.

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la ville occupaient environ 700 personnes, autant les magistratures extérieures... il y ava it le prytanée, les orphelins et les gardiens de prison : tous vivaient des deniers publics ». Aristote. République d'Athènes.

La faim de terres poussa les Grecs d’avord à l’exploitation des terrains encore inoccupés, puis à la dispersion sur les côtes de la Méditerranée, puis à la colonisation forcée et à la guerre.

Athènes en particulier devint une puissance conquérante parce que les terrains de culture en Attique n'étaient ni assez étendus, ni assez productifs pour nourrir une po- pulation rapidement croissante. Au début des guerres médiques, en 490, l’Attique avait environ 150.000 habitants, elle en eut 250.000 60 ans après en 432 — soit 95 habitants au km2 (seule l'Egypte eut dans le monde antique une population plus dense qu'elle). Les colonies athéniennes furent donc autant des établissements agricoles que des comptoirs commerciaux ou des points militaires. Au v° siècle, Miltiade conduisit des émigrants dans la Chersonèse. Cimon chassa les Dolopes de Scyros pour leur substituer des Athéniens. La terre devint et resta l'enjeu habituel des guerres. Dans toutes les cités vaincues, Athènes exigeait des cessions de terres et installait des Clérouquies. L’émicgration avait été provoquée au début de l’histoire grecque par l'existence du régime patriarcal : ceux qui ne voulaient pas se plier à la rude discipline de la communauté devaient aller chercher fortune ailleurs. Les éléments rebelles ou hétérogènes s’éliminaient d'eux-mêmes. Ainsi « Tarente doit sa formation à l'existence d'enfants indésirables. Durant la guerre de Messénie l'absence prolongée des chefs de famille, les vrais Spartiates, a permis aux veuves et aux jeunes filles de prendre des maris dans les classes inférieures. Les enfants nés de ces mésalliances se trouvaient exclus de la Cité. Ils avaient songé d’abord à s’y faire donner bon gré, mal gré, une place en soulevant les hilotes, mais sur le conseil de l’oracle de Delphes, ils renoncèrent à troubler leur patrie et s’en furent s'établir dans l'Italie Méridionale » (2).

(2) Jardé. La formation du peuple grec.

Puis furent également facteurs d’émigration, les discordes politiques, la misère, l’intérêt commercial (on plaçait des colons pour servir d’intermédiaires entre les vendeurs indigènes et les importateurs athéniens). Mais au moins depuis l’hégémonie d'Athènes et peut-être déjà depuis les invasions doriennes, des motifs politiques et stratégiques intervinrent : intimider, empêcher les défections, imposer une haute conception de son pouvoir, en même temps que des motifs purement économiques : pourvoir aux besoins d’une population surabondante (F « étroitesse du sol » fut cause de colonisation) assurer le ravitaillement d'Athènes. L’expropriation du sol des cités vaincues se fit sur une vaste échelle : Potidée fut vaincue en 429. Athènes décréta : « les assiégés et les enfants sortiront de la ville avec un seul vêtement, les femmes avec deux, et ils n’emporteront pour leur voyage qu’une somme d'argent déterminée ». « Dans la suite, la ville fut repeuplée par des colons athéniens » (Thucydide). « Les Athéniens envoyèrent à Potidée une colonie de 1.000 citoyens qui se partagèrent la ville et le territoire » (Diodore, XII-46), on cherchaïit des terres pour les pauvres. On réserva expressément tous les lots de la clérouquie de Bréa aux citoyens des deux dernières classes.

Au moment de l’expédition de Sicile « un grand nom- bre de particuliers, soit citoyens, soit étrangers au partage se présentèrent spontanément pour se faire inscrire sur le rôle des soldats, tant les esprits étaient exaltés par l’espérance d'assister au partage de la Sicile ». Au renouvellement de la Confédération athénienne, en 377, les cités alliés cherchèrent à se garantir contre l’expropriation en engageant Athènes à ne pas fonder de clérouquies en dehors de l’Attique et les citoyens athéniens à ne pas s’y constituer de propriétés foncières. Mais malgré ces promesses bientôt après, à Samos, 2.000 colons athéniens reçurent les terres des Samiens. Les clérouques athéniens occupaient Scyros, Lemnos, Imbros, l'Eubée, Egine, Potidée, Délos, Lesbos, Mélos, la Chersonèse de Thrace, Naxos, Andros, la Thrace, la Mer Noire, toute la Mer Egée. Athènes ne fut pas seule à coloniser. Denys l'Ancien fit d'importantes fondations sur les côtes de l’Adriatique. Philippe de Macé-

doine fonda Philippes aw pied du mont Pangée, ville mimière autonome, Philippolis sur l’'Hèbre, Cabyle sur la Foundja. Alexandre fonda plus de 70 villes en Asie Mineuw re, Syrie, Egypte, Mésopotamie, Médie, Arie, Carimanie, le long de Findus, au pays des Orites (Karatchi) dans le bassin de l’Oxus... Seleucos créant Antioche y amena 5.000 Athéniens, des Crétois, des Cypriotes, des Argiens qui se mêlèrent aux Syriens.

L’expropriatiom et la sujétion des vaincus, suites de limpérialisme, étaient absolument coutumières em Grèce et nullement désapprouvées par les philosophes. Aristote pense que parmi les hommes certains sont faits pour comrmander, d’autres pour obéir et que, par suite, l'esclavage humain repose sur une base naturelle. En vertu de la na-, ture, les Barbares sont inférieurs aux Grecs et leurs esclaves par vocation, de même que le conps est subordonné à l’âme, la femme à som mari... « Le droit naturel exige que chacun commande à ceux qu'il à pu subjuguer et que le faible tombe sous le pouvoir du plus fort. Qui ne domine pas sera dominé et pour n'être point dominée chaque: nation doit par tous les moyens arriver à tenir les: autres sous sa propre domination » (3). Périclès, en pleine guerre du Péloponèse, réconforte ses concitoyens en leur disant :

« Sachez que: notre pays à acquis une grande glaire “€ de. tous les mortels et qu'il à conquis jusqu'à présent « une puissance dont le souvenir demeurera éternel dans « l’avenir, parce que Grecs, nous gardons le pouvoir sur «& de: très nombreux Grecs, que nous avons soutenu de: très « pénibles oœuerres contre chacum et contre tous et que « nous habitons une cité puissante et remplie de tous les « Biens. Il m'Y æ qué le lâche qui pourra nous le repro- « cher, mais l’homme d'action voudra nous égaler ou, s’il te re: possède pas ces biens à légal de: nous, d! devra nous «e ir Qu'importe que nous soyons: haïs: ou mal vus:? « Cette. destinée. s’est: présentée en tous temps pour tous « ceux qui ont eu. x volonté de: dominer autrui.. Quicon-

(3) Barbagallo: op. cité.

EE juë arrivé à dé grarides chétés ést séul dans le vrai, Ea & häiné ñe dure point : ‘il n'y à que là splendeur d’Ajéur:

«€ d'hui ét Ja gloire qui en résulté qui soient immortel

les. » (Fhücydide.) Kocraté éélèbré les bienfaits de la 60: lônisation ét la s sagesse d'Athènes : « Tandis qué les Grécs « resserrés dans d’étroites lrnités, éheféhaient mutiellés « rént À sé dressé des embüches; fauté de térres à cl & tivér, sé faisaient là guerre éntre éux et périssaient.. il | & né füt päs possible à notre villé dé réstér indiféérénte «à une felle situation. Elle envoyä vérs les villes de É& Grèce dés généräux qui, prénant 4vec éux lés hommes «æ les plus pressés par le bésoin, $e mirént à leur tête ét, & vainqueurs des Barbäres, féndirént ün gränd nombre: dé « villes sur les deüx* continents... S’adréssant aux hotrimeés « privés dé moyens dé vivre dans leur patrie ou indôviles « par caractèré aw joug dés lois, les énvoyés de nos âmicé: «tres les engägèrent à se réunir éntré éux pour éntréprene « dre quélqué expédition! ét X se procurer ainsi üne vié « plus abondante. » DORE Pänégyrique) .

L'impérialisme paraît à tel point inéluctable que les victimes n’accusent nullement leurs iyrans.

Ea cité grecque qui avait besoin de l’ésclavage: parce qu'elle était une réunion de tribus et que la tribu primi: tive n'avait pas assez dé bras: à: elle seule pour produire: et se défendre, -— à cause de cette même petitésse fut entraînéé' à faire ‘continuellement la guerre. C'est une loï de H nätur, dit Platon,, qu'ntre toutés! les cités la guerre soit continue et éternelle. Ib n’est pas une lieue carrée: de Grèce qui n'ait eu tous lé® 26; añs une révolution: où une guerre atroce. Ellé n’# pas les moyens d'assurer sà proëpérité, ele est forcément en déficit dé port; ou de: vignobles; où dé Blé où d& bois... Pour vivre elle: doit atquévir, s'dttribuér, arracher les biéns d'autrui dont: élle’ a! Besoin. l'agitation intérieure des: villes grecques dépuis le v° siècle l6s pousse évalement à l’action à l'extérieur. Le désir de revanché des vaincus ét l'ambition des vainqueurs répètent Li guerres indéfiniment.

La Grèce’ fit la guerre sans ‘arrêt ef dveë une térriblé violence. Tous les moyens sônt bons. Aussitôt la guéfré

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