LE PAUPÉRISME
Le: paupérisme est comme sa contre- partie la concen-
tration de la propriété, une conséquence du régime esclavagiste: Les: esclaves enlevèrent le: travail aux citoyens pau- wres et quand le temps des vaches grasses fut passé, l'état cessa d'assurer leur subsistance. Tandis qu'une plèbe de plus en plus nombreuse sombrait dans la misère, bon nombre de riches étaient dépouillés de leurs biens pour subvenir aux dépenses de guerre des cités et quelques-uns étalaient une fortune insolente.
E’ambition des Athéniens était faible er matière de ri- chesse individuelle. Etait très riche: pour eux, l’homme qui possédait 100.000 francs de capital. La classe moyenne fut crucllement frappée par la guerre el ses conséquences. L'eisphora en 356; et en 367 fut de ro %. de la fortune rer censée. Le: revenw annuel des citoyens athéniens fut donc deux fois en 10 ans. complètement absorbé. L'impôt dévora l& classe moyenne. D'autre part, la confiscation des biens étant devenue une des ressources ordinaires du hbudeet athénien. depuis le début du v siècle, le nombre des riches se: réduisit progressivement.
Tout le long’ de l'histoire grecque les pauvres demandèrent du travail, autrement dit, dans l'Antiquité, des: ter: res. Le paupérisme agricole: fut une plaie constante: de la Grèce. IF fut amené: dans les: cités démocratiques: par l’émiettement oraduel dw sol. Chaque: propriétaire n'avait plus qu'une parcelle du:sol insuffisante aux besoins de sa: famille et comme il lui était difficile de se procurer des ressources supplémentaires par quelque travail industriel, il était fatalement condamné à emprunter. Dans les Etats aristocrati-
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ques, les inférieurs se partagent une portion très restreinte du territoire. [ls sont donc à la merci du moindre accident : grêle, mauvaise récolte, incursion ennemie. Ils doivent alors emprunter. à
Les prix ne cessant de monter tandis que le goût du bien-être se répandait, la plaie des dettes s’étendit “le plus en plus. Les créanciers avaient recours aux créances immobilières et à la contrainte personnelle Ià où elle était autorisée. À chaque instant par l’expropriation, des hommes, de propriétaires devenaient des prolétaires et leurs biens accroissaient la grande propriété. Même sans la guerre perpétuelle, la Grèce n'aurait pu éviter le paupérisme agricole.
La guerre ruina l’économie entière de la nation et en. premier “lieu l'agriculture et l'élevage. Les impérialistes athéniens avaient besoin d'hommes et sans doute virentils sans déplaisir et peut-être encouragèrent-ils l’exode vers la ville produit par le changement des mœurs, le goût de la politique et de l'aventure. De toute façon, la guerre eut provoqué cette concentration de la population entre les murs des villes. Les incursions de l’ennemi supprimaient toute possibilité de vie à la campagne. La culture de l'olivier, de la vigne et des arbres fruitiers, qui avait enrichi la campagne athénienne, fut définitivement abandonnée. « Avec les rejetons des oliviers coupés, la reproduction la plus hâtive ne pouvait donner de fruits clairsemés avant dix ans, ni de sujets en plein rapport avant un demi-siècle. Beaucoup renoncèrent à la lutte ».(1). Les troupeaux de moutons, chèvres, ânes, mulets, bœufs et chevaux. importante ressource des paysans de l’Attique, furent pris et abattus. Les vins étrangers, par suite de la destruction des
vignobles athéniens, s 'installèrent sur le marché et mirent fin à la supériorité vinicole de l’Attique. Le groupement dans les cités provoquait la vie chère et gênait par l'éloignement des centres naturels de travail. On préfère naturellement aux cultures supérieures, les cultures inférieures, moins longues, moins coûteuses, moins difficiles —
(1) Glotz. Le Travail dans la Grèce ancienne.
moins rémunératrices, sans doute, mais on ne peut compter sur la récolte. On laisse la terre aride produire le peu - dont on avait besoin. Bientôt d’ailleurs l'incertitude constante sur le sort de la récolte détermina purement et simplement l'abandon de l’agriculture. « On ne sème que dans l'espoir de la récolte, on ne défriche, on ne plante, on ne construit qu'à condition de n'avoir pas chaque jour à craindre la perte de ses capitaux. L'agriculture la plus prospère ne tarderait pas à dépérir si le sol venait à manquer sous les pas de ceux qui le possèdent... La sécurité de la possession ne suffit pas toujours à imprimer aux travaux agricoles une impulsion particulière, mais il est sans exemple que ceux-ci aient profité si cette sécurité disparaît » (2). FA
Les ariculteurs cherchent donc à Athènes, à travailler au jour le jour, ou comptent sur l'Etat pour les nourrir. Ils grossissent le nombre des chômeurs et leurs descendants élevés dans les villes ne sont plus capables d’être de bons paysans. La décadence de l’agriculture entraînait fatalement dans l'Antiquité la ruine de l'édifice économique entier- « Lorsque le sol doit rester inculte, on peut dire que s'arrête toute autre activité pratiquée sur terre et sur mer. (Xénophon, Economiques). Le nombre de ceux qui ne possédaient rien ne cessa de grandir à Athènes. En 43r, 19 à 20.000 citoyens sont indigents sur 42.000 (45 %).
En 355, ils furent la majorité.
En 310, ils sont 12.000 sur 21.000 citoyens (57 %).
Le paupérisme agricole fut pire encore à Sparte qu’à Athènes. Sans parler des Hilotes qui avaient trop peu de terre à cultiver pour n'être pas misérables, le plus grand nombre des Egaux s’appauvrirent jusqu'à perdre à la fois lap ropriété et la qualité de citoyen. En effet, les victoires firent affluer l'or à Sparte pendant la guerre du Péloponèse et l'amour de l'argent s’y répandit plus qu'ailleurs. La fortune mobilière et les besoins se développèrent. Le Spartiate ne pouvait pas gagner d'argent en dehors du revenu de son cléros. Il emprunta. Il ne put pas rembourser.
(2) Barbagallo, op. cité.
IL çéda par testament ou par donation son eléros et perdit son rang. Rave
Aussi Isocrate déclare : « La très grande majorité de nos concitoyens est si écrasée de misère qu’il n’y a non seulement personne pour vivre tranquille et à l'abri des soucis, mais que dans toute la cité s'élèvent des cris de douleur et de souffrance ». (De la paix).
La situation économique s’améliora au milieu du 1v° siècle. L'agriculture est-elle sauvée ? Non car la çoncurrence. des pays neufs lui porte un nouveau coup. Le paupérisme agricole s’amplifie. Le paysan se plaint. « Dans Aristophane, Chremyle et ses amis peinent dur et se nourrissent d'oignons » (Glotz). C'est pire après lui. « Dans la nouvelle comédie le cultivateur parle de son sort avec amertume... Chez Ménandre, il dit : La terre a vraiment le sens de la justice, elle rend juste autant d'orge qu'on lui en a donné » (Glotz). La culture ne paie plus. Les petits propriétaires n'ont souvent plus de quoï ensemencer leurs champs. Ils cherchent du travail ailleurs, émigrent, s’engagent comme mercenaires ou ils contractent “des dettes, quelques-un s préfèrent renoncer à leur droit de propriété et rester sur leurs terres comme fermiers.
Mais la terre ne paie pas. Un grand nombre de fermiers sont évincés comme insolvables. Ceux qui n’ont pas de bien au soleil vivent au jour le jour, misérablement. Des milliers sont obligés de s'engager chez leurs créanciers avec leurs femmes et leurs enfants. À Athènes ils peuvent vivre avec les jetons de présence et les distributions d'orge devant les Temples. « Le tirage au sort des jurés à la porte des tribunaux règle la question de savoir s'ils ee à dîner » (Glotz. Fa. Cité grecque). La baisse des produits du sok est foudroyante au im° siècle. « La plus belle ferme de Délos comprenant plusieurs corps de logis, un grenier à deux étages, une. étable à bœufs, une étable à moutons, deux fours, un moulin, 72 figuiers et 560 pieds de vigne, ke. tout en bon état et clôturé, est louée 3.111 drachines en 297, ne rapoprté plus que 599 drachmes en 179... Dans l’ensemble du domaine sacré, le total des loyers dans le même intervalle tombe de 16.356 drachmes à 6.980 (Glotz. Le Travail dans la Grèce ancienne). Et pourtant le loyer
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engloutit le montant de la vente des produits. Alors on renonce à la culture. Ce qui était oliveraies ou prairies retouna à la broussaille. |
En 214, Larisse de Thessalie a son territoire en friche. En Eubée, les deux tiers du sol sont incultes. La Grèce n'était pas un de ces pays comme l'Egypte où un minimum de travail humain faisait lever d’abondantes récoltes. Quand la main de l’homme lui manqua, elle devint un désert.