‹ La Grèce de la Décadence: Aux Points de Vue Économique et SocialChapitre 30 sur 44 · LA DÉPOPULATION · texte numérisé non relu

LA DÉPOPULATION

La population de la Grèce a crû constamment jusqu’à Alexandre. Avec la Macédoine et les îles elle comptait sans doute environ 3 millions d'habitants au début de la guerre du Péloponèse et 4 sous Alexandre, 100 ans après. Naturellement elle avait augmenté irrégulièrement et plus ou moins selon les régions. L’Attique qui avait 150.000 habi- tants pendant les guerres médiques et 230.000-au début de la guerre du Péloponèse, n’en comptait plus que 00.000 à la mort d'Alexandre, et sa population avait baissé à 130.000 au début du 1v° siècle. Mais pour l’ensemble l’accroissement est hors de doute. Démosthène proclame comme un fait indiscutable, que la Grèce est de son temps incomparablement plus peuplée qu’au temps des guerres médiques, ce qui fut confirmé par la facilité avec laquelle des multitudes de mercenaires furent rassemblées en Grèce depuis le début du rv° siècle, Isocrate exposa à Philippe en 346 la nécessité d'ouvrir un débouché à l'excédent de la population grecque par la conquête et la colonisation de l'Asie. La formidable activité colonisatrice des cinquante années qui suivent la mort d'Alexandre, ne peut s’expliquer que par l'existence de forces inemployées en Grèce et si l'expansion de la race grecque s’est ralentie entre les guerres médiques et l'expédition d'Alexandre, c’est dû à la défaveur des conditions politiques plutôt qu'à un arrêt de l'accroissement de la population. Pendant le mr siècle elle décroît légèrement et en 200 commence une diminution sensible de la population de la Grèce entière malgré l'absence de guerres et d’épidémies, qui continue d’ailleurs sous la République romaine.

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Mais si le total de la population n’a baissé que peu ou point jusqu’au 1° siècle, il en fut sans doute. Queen de la population libre.

Athènes avait 30.000 citoyens sous les guerres ue qués, elle en eut 42.000 au temps de sa plus g orande prospérité. Elle n’en avait plus que 21.000 au recensement de Démétrius de Phalère en 310. Dans le courant des v° et 1v° siècles, le nombre des citoyens âgés de plus de 18 ans paraît avoir baissé d’un tiers. :

Le nombre de Spartiates en état de porter les armes tomba de 8.000 à 2.000 entre 48o et 371. Sans doute un certain nombre avaient, faute de revenus suffisants, cessé d’apaprtenir aux Egaux et étaient tombés dans la classe des Inférieurs, mais la guerre était la principale cause de cette diminution. Quarante ans après, il n’en reste que 700.

La dépopulation existe surtout dans les campagnes. Jusqu'à la guerre du Péloponèse, les propriétaires de l’Attique, riches ou pauvres, avaient conservé l'habitude de vivre aux champs. Ensuite les cultivateurs aisés poussés par le besoin de confort ou le goût de la politique, s'én allèrent à Athènes. Les petits paysans furent évincés par Îles créanciers impitoyables où écoutaïent les offres des marchands de biens dans une année de mévente. Ils allaient faire du commerce en ville ou émigraient où se faisaient mercenaires. Quand les villes grecques cessaient les disfributions d'argent et de vivres, les citoyens pauvres n'avaient plus qu'à chercher fortune ailleurs. Quand élles manquèrent à Athènes, après la réforme d’Antipater en 821, une foule de citoyens émigrèrent en Thrace. Même les villes perdent leur population au 1° siècle. « Thèbes n'est plus qu'un bourg et les autres cités de Béotie ont éprouvé la même déchéance, De Mégalopolis on dit « grande ville, grand désert ».

La dépopulation avait des causes économiques et des causes politiques -— sans parler des causes morales, comme la décadence dé la famille et l'amour du bien-être, résultant de l’évolution des mœurs. Les causes économiques tiennent à la production : le sol de la Grèce est médiocre comme étendue et comme fertilité : les procédés de culture sont primitifs. On estime généralement que si les ci-

__ Hoyens devieñnent tr6p hombrèux ils mourront dé faini.

Le déficit aliméntaire est Constant en Attique; par exem-

ple — Athènes est toujours à la merci de l'étranger = et

elle a üñe marine puissante qui lui permet de se ravilailler

à l'extérieur, mais les Etats qui n'en ont pas doivent vivre sur leur propre fonds : à Quand on a établi une sorte d'équilibre entre la production et la consommation, on ne tient pas à ce qu'il soit rompu par un accroissement de bouches à nourtir (1). Les Grecs craignirent donc toujours lé Surpeuplement. Les causes politiques de la dépopulation

Sont liées d’abord at régime municipal : là Cité est uhe

Sorté de groupement d'intérêts ou chacun à sa part. Le citoyen est un parasite à la chargé de l'Etat. Le fonds comifun était limité, le nombre des ayants-droits doit l’être ee Lä dépopulation tient aussi àu régimé successoral. ;

Avec lé partage égal les fils étaient généralemeht plus pauvres que les pères et la décadence économique ermipéchait là reconstitution des fortunes. « Dans la Grèce au sol peu fértile et naturellément morcelé, la règle du partage succéssoral ne fut pas plus tôt établie qu'ellé inspira dux pères de familles des doutes sur l'avenir de leurs enfants et les inclina au malthusianisme » (2).

À Sparte, chaque citoyen ne devait tirér ses révenus que d’un petit dofiainé cultivé par les Hilotes qui fournis- Säiéñt tiné redéväncé de 6o hectolitres de grain dont ro passaient âux repas publics. Le résultat fut qu'au 1° sièele

Of prätiquait la polÿändrie.

Polybé décrit des conmunautés de ffères réunis sur le domaine familial avec une fenimie Unique qui leuf donhait à tous des enfants, pour diminuër lé hombte des ménages.

La permañénce des guerres était une aütre raisoh de là débopulalion. La Grèce fut, depuis Alexandre, le théâtre

dés ouértes dés Diadoques, de la rivalité des AntiSonides,

des Seleucides et des Lagides. Elle fit elle-mêine la güerfe

(1) Guifaud. Elüdes écongifiques sur l'Antiquité: (5) Glotz. Ea Cité grecque. is

à la Macédoine, surtout elle se déchira, par des guerres civiles incessantes. L’émigration lui ces de tout temps ses enfants les plus hardis.

Ce courant naissant de la Grèce vers le Pont-Euxin, jes côtes de la Méditerranée, l’intérieur de l'Asie, correspondait à un besoin pressant du pays.

Le faible rendement du travail et du capital. ne per- . mettait pas aux cités de produire ce qui était nécessaire à leur existence. L’émigration convenait admirablement aux Grecs : — ils n'étaient dépaysés nulle part, réussissaient dans toutes les professions, mercenaires, fonctionnaires, artisans, trafiquants, usuriers, percepteurs, médecins. La formation de l’empire d'Alexandre fut une occasion magnifique : un nouveau monde s’ouvrit brusquement aux Grecs, ils s’y précipitèrent comme conseillers, administrateurs, soldats, littérateurs, négociants, savants. S

Mais c'est la dénatalité, plus que l’émigration, qui vida la Grèce.

| À une époque où la population était l'élément essentiel de la Grèce, puisque les machines n’existaient pas, que les capitaux étaient rares et la productivité du pays faible, les mœurs et la législation imposèrent aux Grecs le malthusianisme.

Presque tous les Etats grecs ont pratiqué officiellement la restriction des naissances, en encourageant ou en tolérant la réclusion des femmes, eg imposant des mariages tardifs, en permettant les relations entre hommes, fla loi ancienne grecque ne les punit que quand il y a scandale public ou vénalité prouvée). Les vieilles législations poussaient souvent les classes supérieures à limiter le nombre. des enfants, celles de Lycurge à Sparte et de Philolaos Thèbes en constituant un nombre fixe de majorats inaliénables et indivisibles : « À Sparte, en faisant du cléros patrimonial, un majorat indivisible et en interdisant au citoyen d’exercer un métier, la loi pousse la famille à restreindre la natalité ». |

Au 1v° siècle, c’est un précepte de sagesse courante qu'il ne faut pas avoir d'enfants — l'avortement est permis si le chef de famille l’ordonne. — Tuer ou exposer un enfant n’est pas tenu pour criminel. L'exposition des en-

fants est un fait admis et constant. A Thèbes, le père qui veut se débarrasser de son enfant, l’apporte aux magistrats qui le vendent aux enchères.

Il passe en maxime que : « même un homme riche expose toujours une fille ». Polybe déplore que « des gens qui n'ont pas la pauvreté pour excuse se refusent à nourrir leurs enfants et tuent quelques-uns d’entre eux pour grossir la part de leur frère... nous manquons d'hommes

parce que nous manquons d'enfants ».

Pour éviter les dépenses d'éducation et d’entretien des esclaves, on s'efforce de restreindre leur natalité. On sépare les deux sexes surtout la nuit : « Nous ne devons pas permettre que nos esclaves aient des enfants sans notre agrément. » Les esclaves achetés reviennent moins cher.

Les philosophes, partant de l’idée qu’une cité doit garder une juste proportion car « les faits sont là pour prouver qu'il est bien difficile et peut-être impossible d’organiser une cité trop peuplée el aucune de celles dont on vante les lois n’a renfermé une population excessive » sont les premiers à conseiller la restriction des naissances. Pour préserver la cité d’une prolification néfaste ils préconisent tous les moyens de restreindre la natalité. Aristote, afin de prévenir la formation d’une classe indigente, fait édicter les avortements et les expositions par les autorités publiques. Les philosophes vont jusqu'à invoquer la peste et la guerre comme de bienfaisantes puissances capables de limiter le développement de la population.

Les Grecs entendirent trop bien les conseils de leurs hommes d'Etat et de leurs philosophes. La guerre et l’émioration aidant, le pays se dépeupla de plus en plus vite. Les élites disparaissent. Pour avoir des citoyens on doit multiplier les affranchissements, créer des fournées de citoyens choisis dans les classes inférieures et parmi les étrangers.

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Cuaprrre VI

L'ESPRIT PUBLIC I. = Décadence dé la famille

Toujours l'intimité du foyer domestique tint dans la vie grecque une place restreinte.

L’Athénien travaillait peu ou point. Mais il préférait discuter affaire ou politique, écouter les orateurs ou les so-

| phistes, siéger au tribunal ou s'exercer au gymnase, plu-

tôt que de rester chez lui, Le Spartiate était par définition un soldat toujours prêt, qui n'avait pas droit à un foyer. La vie familiale était donc fort réduite. La famille resta

pourtant une institution solide jusqu’au 1v° siècle; puis,

cornme les autres, fut ébranlée pour diverses raisons

La misère des temps d’abord. Les ravages de la guerre, la crise économique et le paupérisme qui en résulta, ne pouvaient qu’exercer une influence fâcheuse sur le dé. Véloppement de l'institution.

Elle fut ébranlée par l’organisation sociale aussi. Nous

retrouvons ici l’influeñce néfaste“de l'esclavage. L'enfant

était élevé par les ésclaves « il ne faisait pas autre chose que de sé gorgerf dé leurs méchants instincts... Le jeune homme trouvait en eux lés compagnons et les instruments de ses débauches..

L’esclavagé corrompt la moralité des rapports sexuels et par suite la vie familiale. Cette horrible démoralisation qui apparaît dans les écrivains de la décadence n'aurait pas été possible sans l'esclavage... L'eésclavage arrêta d'un côté l’évolution de la condition de la femme libre à qui l’es-

clave fut préférée et rendit de l’autre l’homme incapable

d'estimer sa propre compagne. » (1)

(1) Barbagallo, op. cité.

L'évolution des mœurs et des idées fut également fatale à la famille. Les courtisanes exercèrent toujours un grand empire sur les Grecs. Leur règne et une crise du mariage se développèrent parallèlement. Périclès n'avait pas réussi à imposer Aspasie à la société grecque de son temps. Maintenant un plaideur dit en plein tribunal : « Nous avons des épouses pour perpétuer notre nom, des concubines pour nous soigner et des courtisanes pour nous divertir», (2).

La peur des responsabilités provoque la baisse du nombre des mariages et la tolérance pour le concubinage. Le Grec aimait par-dessus tout cultiver sa personnalité, il s'éloigne de tout ce qui lui paraît un lien. Il apparaît égoiïste et aventurier. « Pour pouvoir librement se mêler aux agitations quotidiennes de l’Agora, défendre son idéal les armes à la main, courir les continents et les imers, il n’a que faire d’une femme et d'enfants » (3).

Mais sans doute la fin du-respect du foyer et de l'amour de la famille n'est-elle qu'une conséquence dun autre fait : la perte du patriotisme.

IT. — Affaiblissement du civisme

La cité était tout pour le Grec. Elle formait une entité aussi vivante, aussi particulière, aussi passionnée que l'individu lui-même. Le citoyen n’obéissait qu’à ses lois, ne priait que ses dieux, ne servait que dans son armée, ne travaillait que pour elle. De son côté elle le débarrassait des travaux bas et pénibles qu'elle confiait à des esclaves, elle lui assurait un minimum de bien-être, elle lui donnait mille sujets d'orgueil. Les raisons d’aimer Athènes que donne Périclès dans une oraison funèbre valent pour la plupart des villes pendant la courte période de floraison de la cité grecque. « Athènes veut que tous soient égaux devant la loi. Elle donne aux hommes la liberté et ouvre

(2) Cité par Glotz. La cité grecque.

(3) Cohen. Nouvelle histoire grecque.

à tous la voie des honneurs. Elle maintient l’ordre public, assure aux magistrats l'autorité, protège les faibles, donne à tous des spectacles et des fêtes qui sont l'éducation de l'âme ». On aime donc sa ville pour ses lois et ses institutions, pour les droits et la sécurité qu’elle donne à ses membres. Mais à partir de la guerre du Péloponèse, les droits ne sont plus garantis, la sécurité disparaît, les ‘institutions changent.

« L'amour de la patrie c'est aimer ses lois, ses chefs, ses coutumes. Le patriotisme est un mélange de reconnaissance, de respect, de confiance et de fierté » (4).

Mais la guerre civile qui accompagnait généralement à l'intérieur des cités 1 a guerre des cités, portait l’un après l’autre différents partis au pouvoir. Les lois étaient celles du parti vainqueur, toujours nouvelles et toujours prêtes à périr, toujours le fruit de la violence et toujours oppressives pour un parti. Les chefs étaient souvent incapables et changeaient constamment. Avec les guerres continuelles, proscriptions, les exils, les défaites, les fautes financiè-

, les iniquités fiscales, que pouvait-il rester de reconnaissance, de respect, de confiance et de fierté ? Avec la guerre civile incessante disparaissent le repos, l’aisance, la sécurité, l'espoir — et aussi l’idée de devoirs réciproques entre citoyens et les sentiments d'humanité. Avoir confiance est une faute. Polybe reproche à Archidamos de s'être fié à Cléomène.

Les dangers et les malheurs fortifient l'égoïsme, font haïr la Cité. L'individu recherche des avantages personnels sans s'inquiéter des soucis publics. Les chefs se gardent bien d'appliquer la loi qu'ils imposent à leurs concitoyens. À Sparte « les éphores, qui n'ont personne audessus d’eux et sont exempts de toute surveillance, ne s’astreionent nullement à observer les règles de la Cité et ils roënent un genre de vie très relâché ». “(Aristote, Politique).

L'individualisme le plus myope et le plus forcené se déchaîne. Trop d'expériences, de désillusions et de souf-

(4) Fustel de Coulanges. Polybe ou la Grèce conquise par les Romains.

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frances enlèvent la foi, les sentiments héroïques et les grandes passions, ne laissant que le scepticisme, le désir

de jouissance et l'amour de l'argent.

« Il s’agit de détourner à son profit personnel toutes

les choses divines et humaines, spirituelles et temporelles,

animées et inanimées » (5). Tout s’achète, La richesse est la mesure des valeurs sociales. L'évolution économique im pose à toutes les professions un certain capitalisme. Ees inégalités de fortune s’aggravent. Les fortunes se font et se défont avec une égale rapidité. Les nouveaux riches sont

arrogants et semblent s’appliquer à se rendre odieux. Les

pauvres réclament la dictature et la suppression des créances, tandis que les riches qui supportent presque toutes les eharges publiques, réclament de gouverner. Assez logiquement ils veulent contrôler l'usage de leurs biens, mettre de l’ordre dans les finances des démocraties dépensières. Atteints par les eisphorai, par les confiscations de biens, par les prescriptions, ils réagissent avec violence. Hs forment à Athènes, vers la fin de la guerre du Péloponèse, une faction résolue à conclure la paix et pour cela à détruire le régime démocratique, afin de sauvegarder leurs intérêts matériels menacés par les fautes du parti au pouvoir. L’oppression fiscale à tué leur loyalisme. Ils réussissent en Arr et la lutte des partis commence à Athènes. L’anarchie morale eroît ; les haines s’enveniment. Is traïtèrent avec l'ennemi, Sparte, et en recurent la mission de

gouverner Athènes ; ils y installèrent ume garnison spar-

fiate pour les défendre.

Éa guerre coûte trop cher. Les indigents seuls n’ont

pas intérêt au maintien de la paix. On arriva au repliement .

sur soi-même, à l’abstention systématique, à l'évasion fiscale, au remplacement de FParmée nationale par une armée professionnelle. Démosthène déjà essaya en vain de tirer fes Athéniens de leur apathie : « Contre Lacédémone vous étiez empressés à acquitter leisphora et à vous emrôler, tandis qu'aujourd'hui, quand vos propres intérêts sont en jeu, vous reculez devant tout sacrifice pécumiaire et vous

(5) Cité par Barbagallo, op. cité.

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| hier à à vous mettre en campagne. » Leur indifférence pe fit que role après Alexandre. Ils changeaient de maïns si souvent |

L'indifférence politique ne règne pas seulement à Athènes. Corinthe n’est plus autonome depuis Philippe : une garnison occupe les murs, une autre la citadelle. Le stratège achéen Aratos prend ou vend l’Acrocorinthe sans que les citoyens interviennent au marché. D'ailleurs si les arscnaux sont vides, les statues, les vases, les palais res plendissent. Les Corinthiens sont satisfaits d'entendre Yans ter leur ville comme la plus voluptueuse de la Grèce et leur temple de Vénus, assez riche pour avoir 1.600 courtisames à son service. Argos avait des tyrans installés par Philippe. Trois fois Les, Achéens pénétrèrent dans la ville et combat. tirent contre les mercenaires. Les citoyens spectateurs indifférents d'une lutte où se jouaient leurs destinées, applau-

dissaient ou sifflaient Les combattants du haut de leurs mai-

sons comme s'ils assistaient aux jeux de Némée en qualité d'arbitres et de distributeurs de récompenses.

Le développement du mercenariat est à la fois le trait caractéristique de l'histoire militaire du rv° siècle et le si one du déclin des sentiments civiques, de l’indifférence politique et des progrès du cosmopolitisme. Isocrate s’indigne qu’on ait remplacé l'armée nationale per une multitude de déracinés, de transfuges et de eriminels. Les soldes sont prodiguées à des étrangers par un trésor incapable de soulager la misère du peuple.

L'aceroissement rapide du mercenariat au cours du w° siècle est lié d'ailleurs à l'accroissement du nombre des exkés. L'isolé vit plus sûrement comme mercenaire que conime étranger sans défense dans une ville où, à la moin- . dre occasion, on le réduira en esclavage. . 350, les mercenaires sont plus nombreux que les citoyens dans les armées des villes grecques. Les quelques bons S'ÉTLÉT AUX de la Grèce de la décadence, préfèrent d’aïlleurs employer des mercenaires, d'abord, parce que les cités leur fournissent des milices indisciplinées et poltronnes, ensuite parce que. leur entretien retombe. sur le stratège. ou sur les riches. Mais les mercenaires sont dangereux pour lordre social, comme tous Les soldats licenciés et sans emploi, qu'ils en-

trent dans les grandesgompagnies ou s'inscrivent comme chômeurs. Aussi, Isocrate conseillait-il à Philippe de Macédoine de les amener en Asie pour y établir ces misérables poussés à une vie errante par l’extrème pauvreté : « Il appartient à un prince ami de la Grèce d'employer, sans les épargner. de tels auxiliaires contre les Barbares, de se rendre maître d’une contrée étendue, de délivrer des maux qu'ils souffrent ces infortunés mercenaires, de faire cesser en même temps ceux qu'ils font souffrir aux autres ».

Les mercenaires jouèrent un rôle énorme dans les nouveaux royaumes. Les successeurs d'Alexandre n’ont confiance qu’en eux : la Grèce a si facilement vaincu l'Orient qu ils lui prêtent une force énorme, ils confient leurs armées et leur vie à des mercénaires qui, trouvant chez tous les rois ÉlenistiquRe le même langage, les mêmes coutumes, les mêmes façons de faire la guerre et les mêmes avantages, sont toujours prêts à les tromper pour un plus offrant. Darius avait eu 5o.000 mercenaires grecs. Au 11° siècle, Xanthippe emmena au secours de Carthage les Lacédomoniens les plus braves. Scopas vint enrôler au nom de Ptolémée 6.000 Etoliens et sans l’opposition du stratège Damocrite, toute la jeunesse l'aurait suivi.

Les Grecs s’expatrient volontiers mais refusent de faire campagne au service de leur cité natale. L’indiscipline des milices nationales est totale, surtout dans la marine, car, grâce à l'institution de la triérarchie, le stratège n'avait aucune action sur les commandants de vaisseaux. Le triérarque responsable pécuniairement de son bâtiment, n’avait qu'un souci : le tirer sain et sauf de l'expédition. Il y eut un exemple de refus d’obéissance d’un Triérarque à un ordre jugé dangereux. Les matelots sont une tourbe ramassée au hasard. Le résultat est probant : « À partir de 370, jamais une flotte athénienne n’arriva à temps sur un des nombreux théâtres où la première puissance maritime de ia Méditerranée était engagée ». Et les défaites coûtent aux vaincus au minimum la perte des biens, parfois de la vie, les sanctions sont généralement imméritées — toujours distribuées au hasard et accompagnées de calomnies et d’injures diffamatoires « un des monuments les plus écœurants de la littérature universelle » (Meyer).

La décadence physique aggravait la décadence militaire. L'éducation donnée aux jeunes gens ne procurait plus aux cités les forces militaires dont elles avaient besoin. Déjà au v° siècle, les Athéniens se comparant aux Spartiates se vantaient de compter moins à l’heure du danger sur un long entraînement à la guerre que sur leur courage naturel : confiance dangereuse. Platon et Aristote insistèrent sur l'importance de la culture physique et demandèrent qu'elle soit conçue en vue d’une forte préparation au service, militaire car « l'éducation apporte la victoire ». Le déclin de l'esprit militaire alla de pair avec celui de l’éducation physique. « Depuis longtemps les loniens gâtés par la fortune se résignent à la servitude par impatience de la fatigue et du plein soleil : on ne pouvait compter sur leurs troupes » (6). Seuls les pays pauvres ou isolés pratiquaient encore la gymnastique. Les Arcadiens et les Thessaliens gagnaient à Olympie. C’est à Athènes que le mal était Le plus grave. La masse de citoyens se moquait de ceux qui se singularisaient en cherchant à se donner une complexion vigoureuse, et se dérobait au service militaire.

Le Grec n'engage pas sa peau et il injurie les vaincus. Il n'engage pas non plus sa responsabilité. Aussi laisse-t-il volontiers aux riches les charges municipales élevées qui entraînent plus de responsabilités qu’elles ne rapportent d'avantages, mais il se méfie de tous ceux qui représentent une supériorité, soit par l’autorité, osit par la richesse, soit par l'intelligence, de sorte que « la première qualité requise d’un Athénien qui prétend se mêler aux affaires publiques, n’est pas la connaissance technique de sa partie, mais le talent de se défendre contre les accusations &ue lui intentera un harangueur entreprenant » (7). Ceux qui ont l'autorité sont la proie des sycophantes. La richesse est toujours menacée. Les condamnations aux amendes, aux dommages-intérêts sont entièrement arbitraires. La confiscation est courante. Ce n’est pas un métier d’être riche à Athènes. L'intelliscence ne convient pas plus à la masse. La démocratie athénienne a fait mourir Socrate.

(6) Glotz. La cité grecque.

(7) Cavaignac. Histoire de l'Antiquité.

Le désir de s'abstenir de toute action politique r ne cessa de croître dans la Grèce de la décadence.

La perte de la fierté du nom accompagne l'indifférence politique : Geci nous est révélé par un fait qui témoigne également de l’altération du régime politique : le développeinent de la collation du droit de cité. Pour des motifs surtout économiques — que le moins de monde possible participe à la curée, aux distributions d'argent et de vivres publiques — les cités grecques accordèrent longtemps avec de grandes difficultés le droit de cité. Les nécessités militaires et les troubles politiques obligèrent Athènes à la fin de la guerre Péloponèse à tourner la loi de Périclès qui protégeait le corps des citoyens contre l’intrusion des métèques.

Les violations de la loi se multiplièrent à partir du iv‘ siècle. Les fraudes persistent malgré les éclats de l’indignation populaire. Le nombre des décrets honorifiques crût toujours malgré les protestations d’Aristophane, des orateurs, de Démosthène en particulier.

Les nécessités militaires interviennent encore : Après Chéronée, Hypéride promet la qualité d’Athénien aux métèques qui s’armeront pour la défense de la patrie. Bientôt Athènes accorda le titre de citoyen pour des services de tous geures, à des banquiers, des chefs de mercenaires, des hommes politiques. Elle créa des citoyens « honoris causa » « véritable décoration à titre étranger » accordée à Denys l'Ancien, au roi de Thrace Cotys…. et à ses meurtriers par inadvertance. Athènes se mit aussi à glorifier les tyrans, les imbéciles ou les indignes. Elle éleva 360 statues en pied, à cheval ou sur un char — de Démétrius de Phalère...

La décadence morale est totale, Partout les orandes dignités s’achètent à peu de frais. Partout on trompe, on vole, on ment. « Confiez un talent à ceux qui ont le maniernent des deniers publics, prenez 10 cautions, autant de promesses et deux fois plus de témoins... jamais vous ne reverrez votre argent » (Polybe). Le type grec est maintenant le graeculus faux, astucieux, humble et lâche L'’insécurité politique et économique avive le désir de jouissance et précipite la ruine en supprimant le souci du len-

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