‹ La Grèce de la Décadence: Aux Points de Vue Économique et SocialChapitre 31 sur 44 · AD TL · texte numérisé non relu

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demain. Les généraux athéniens gaspillent dans des orgies les fonds destinés à la défense nationale. En Béotie, on ne

gouverne plus, mais on banquette, on s'amuse follement,

on attend le déluge, la ruine dernière qui doit tout englou- dir et on a hâte de « vider tout le calice de la vie qui fuit », Les Spartiates eux-mêmes trop durement tenus autrefois prennent maintenant leur revanche. « Dès qu'ils peuvent échapper à la loi et se dérober à la surveillance, ils se livrent à toutes les jouissances et à tous les plaisirs du corps » (8). FANS PERS La culture hellénique est tombée en même temps que l'honnêteté dans les rapports sociaux et la faculté de diriger l'administration publique, « À mesure qu’elle se vidait d'hommes, de forces, de vertus civiques, la Grèce se vidait de poètes, d'artistes, d’orateurs. » (9) | = Le goût des lettres subsiste mais la sympathie de l’auteur et de la masse a disparu, Les écrivains s'adressent à un public restreint et raffiné. Les masses populaires restent grossières et ignorantes. | * Des partis s'étaient formés à Athènes à la fin du v° siècle. Le 1v° siècle vit le déchaïînement de ce mal grec. Athènes fut épargnée un moment grâce à des restes de prospérité matérielle. Le contraste entre l'égalité promise par la constitution et l'inégalité des conditions économiques et sociales parut intolérable. La cité n'intéressait plus raais on combattit pour sa faction. On était oligarque ou démnocrate et non plus Corinthien ou argien. On préfère à sa ville natale celle où les institutions que l’on aimait étaient en vigueur.

Avec le patriotisme disparurent les vertus privées dont il est la source. « L’ habitude de la soumission à la loi donne aux âmes la droiture ; l’orgueil national fortifie et élève les caractères. Quand on redoute de faire le mal dans la cité, on répugne aussi à le faire dans la maison. » (410)

(8) Fustel de Coulanges. Nouvelles Recherches sur quelques problèmes d'histoire.

(g) Barbagallo, op. cité.

(ro) Fustel de Coulanges. Polybe ou la Grèce conquise par les Romains.

IT. — L'esprit particulariste

Le particularisme fut le mal héréditaire de la Grèce : chaque ville si petite fût-elle prétendait régler ses affaires de façon complètement autonome et d’après son propre jugement. Toute restriction à cette souveraineté était ressentie comme une contrainte insupportable.

Qu'il pût y avoir un état libre composé de cités multiples était inconcevable pour un Grec du v° ou du 1v° siècle. Ville et Etat sont des concepts identiques pour Aristote.

Les Grecs n’ont conçu que l’état urbain, non l’état territorial : c’est explicable géographiquement par la compartimentation naturelle du pays. L'état urbain connaît le Gouvernement direct qui n’est possible qu'avec un nombre limité de citoyens. Des villes comme Athènes et Syracuse paraissent anormales à Aristote. Pour les théoriciens antiques la limitation de la cité est la condition essentielle d’un bon Gouvernement. L'idée de représentation est inconnue : on n’en trouve trace que dans l'élection à deux degrés des magistrats de Mantinée. Les Grecs n’ont rien eu qui ressemblât à un Parlement : la gérousia et la boulé sont seulement des commissions exécutives émanées du peuple.

Les assemblées fédérales ressemblent à des congrès diplomatiques, mais ne peuvent engager leurs gouvernements : la décision de paix ou de guerre et la ratification des traités appartiennent au peuple seul ; le stade du gouvernement direct ne fut jamais dépassé sans doute à cause de la valeur accordée à l'individu. Le Grec n’est pas une partie interchangeable d’un tout, c’est un « individu ». L'unité doit être faite de variétés et non duniformité, disait Aristote. L'initiative, l'intelligence, la souplesse, la ruse différenciaient les Grecs les uns des autres. L’individu a donc aux yeux des Grecs une valeur absolue. « Il semble impossible aux Grecs qu'un citoyen se résigne à diriger les affaires par personne interposée. Tous les citoyens sont jugés susceptibles de remplir toutes les fonctions civiques » (11). Pour les Grecs, le premier venu, libre, mâle

(11) Jardé. La formation du peuple grec.

et adulte doit participer aussi pleinement et aussi directement que possible à la vie de l'Etat.

- Cet esprit particulariste fut fortifié par la guerre, par la haine de cité à cité. Dominant dès le début de l’histoire grecque, il fut exaspéré par les guerres médiques : Athè-. nes et Sparte se disputèrent farouchement l'honneur d’avoir joué le plus grand rôle dans les opérations militaires. La haine du voisin cimente au moins pour quelque temps. l'unité à l’intérieur de la cité. Jusqu'au moment où elle fut déchirée par les factions, la cité pratiquait une certaine solidarité entre ses membres. Elle entretenait les orphelins dont le père était mort pour la patrie, les mutilés de la guerre et du travail. Il y avait au moins la solidarité des profits et de l’égoïsme par les distributions publiques de blé, de vin, de viande, par la diminution aussi grande que possible du nombre des citoyens, pour que chacun ait une plüs grosse part. L'état grec de la bonne époque, était cohérent, homogène et absolu. Cet absolutisme entraîna l’incapacité de la cité à se laisser englober dans une unité plus vaste. Cet amour de l’autonomie persista longtemps après que fut devenue évidente l'incapacité de la cité souveraine de remplir le but essentiel de l'Etat : la défense contre les attaques du dehors. Ce fut au 1v° siècle seulement que l'étendue des désastres incita les villes à s'appuyer pour la défense commune.

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