‹ La Grèce de la Décadence: Aux Points de Vue Économique et SocialChapitre 34 sur 44 · CHAPITRE PREMIER REMEDE ‘NATIONAL DATE EFFORT VERS L’ UNITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER REMEDE ‘NATIONAL DATE EFFORT VERS L’ UNITÉ

Sitôt arrivés en Grèce, les envahisseurs, de quelque race qu'ils fussent, loniens ou Doriens, furent gagnés par le particularisme auquel incitait le pays et que la concurrence commerciale ne pouvait qu'aviver. Plusieurs fois au cours de leur histoire, les Grecs sentirent le besoin de l’unité nationale pour résister à l'ennemi du dehors, ou mettre fin aux dissensions intérieures. Mais l'amour de l’autonomie empêcha une union durable et rendit finalement impossible la constitution d’une nation Grecque capable de résister aux attaques de l’étranger et d’étouffer ses rivalités intestines ne füt-ce que pour combattre l'ennemi.

Au v° siècle, l'assaut d’un adversaire commun obligea les Grecs à mettre fin à leurs haines de races aiguisées déjà par la rivalité économique. Ils unirent leurs efforts pour écarter la menace perse. L'union ne fût même pas totale les Thessaliens et les Béotiens combattirent dans les rangs perses. x

A la fin des guerres médiques, les Grecs semblèrent près de réaliser l’unité nationale. De concert ils punirent les partisans des Perses et remercièrent les dieux.

Les poètes exaltent la fraternité d'armes qui avait sauvé la Grèce. « Les Perses » représentés en 472 aux frais de Périclès sont un appel en faveur de la naissante confédération de Délos qui assurera aux Grecs la maîtrise de la

mer et les protègera contre le retour de l’invasion. Pindare

célèbre le rôle des Eginètes à Salamine et celui d'Athènes « couronnée de violettes, rempart de la Grèce ». Hérodote insiste sur les traits communs qui Dhs les Grecs et leur font un devoir de rester alliés : la communauté de race et de langue, de religion et de civilisation. Mais les cités, aussitôt le danger passé, reprirent leur politique égoïste et jalouse. La guerre devait continuer pour l’affranchissement des Grecs d'Asie. Le rôle essentiel appartenait à la marine, donc à Athènes. De nombreuses villes, surtout ioniennes et insulaires s’associèrent volontairement à Athènes pour la défense de leurs intérêts maritimes communs et formèrent la ligue de Délos. Sparte s’effaça avec jalousie, et à à propos d'un incident (renvoi d'un contingent athénien envoyé à Sparte pour aider à réprimer une révolte des Hilotes), la guerre éclata entre Athènes et Sparte avant la ‘fin des guerres médiques.

Pendant un court moment, vers 448, Athènes se trouva en paix avec tous les peuples Grecs. Périclès patriote grec, en même temps que patriote athénien, lança un appel à toutes les cités et les invita à envoyer des délégués à Athènes. Ce congrès de tous les Grecs d'Europe et d’Asie, première institution panhellénique, voterait les mesures nécessaires à la restauration des sanctuaires détruits par les Perses et à l'exécution des promesses faites aux dieux pendant la guerre. De plus il examinerait les moyens d'assurer la sécurité de la navigation. Périclès voulaït fonder l'union de tous sur les souvenirs de l'invasion et sur les efforts communs pour maintenir les résultats acquis c’est-à-dire écarter des mers grecques les Perses ow quiconque voudrait les troubler. La police de P Archipel était la raison d’être de la ligue de Délos et servait à Athènes de prétexte au maintien de sa domination sur les villes maritimes. Il s'agirait d'associer toutes les cités à l'œuvre qu'assumait jusque là Athènes seule. Conformément aux idées de l'Antiquité, Périclès voulait cimenter l'union en groupant tous des Grecs autour d'un sanctuaire de l’Aitique.

Le culte de Déméter qui faisait partie de la religion athénienne, seraït le culte panhellénique. Les Atnéniens reçurent d’Apollon par l’intérmédiaire de la Pythie de Del-

Phes l'ordre de sacrifièr à Déméter au nom de tous les Grecs. L'expansion hellénique interrompue par la yuerre, reprendrait grâce à cette union, c'est ce que visait la création de Thourioi. : mue |

Les Sybarites avaient démandé aux Grecs de les aider à

relever lèur cité détruite. Périclès envoya des colons athé-

niens et invita tous les Grecs à collaborer à l’entreprise, Thourioi s'éleva et reçut une population mélangée : un Milésien dressa le plan de la ville ; un Athénien présida les cérémonies religieuses de la fondation.

Mais les Péloponésiens, poussés par Sparte, rejetèrent le culte de Déméter : seules les cités soumises par Athènes l’admirent. Athènes devait être le siège du Congrès. $es

rivales savaient qu'elle serait la capitale dè l’union panhel-

léniqué et ne voulurent pas reconnaître sa prédominance, Le Congrès échoua, «et la discorde qui s'éleva à Thourioi entre les différentes fractions de la population est l'indice que la rivalité des cités n’est pas près de s’éteindre.

Maïs les impérialisies athéniens tentèrent tout au moins de transformer la confédération d'états qu'était la ligue de Pélos à sa naïssance, en un état fédéral dont Athènes serait la capitale. Délos était le centre religieux et à l'origine politique. Théoriquement toutes les cités étaient indépendantes et égales. Petites ou grandes clles avaient dans l’assemblée fédérale le même nombre de suffrages. Elles contribuaïent en proportion de leurs ressourcès, aux dépenses fédérales, aux levées de troupes, à l'armement des flottes.

Athènes avait la présidence, le commandement des forces navales et terrestres et la surveillance de la gestion financière. La situation se modifia bientôt. Les alliés d’Athènes « jugeant la guerre inutile depuis que les barbares s'étaient retirés et ne venaient plus les troubler, n'avaient d'autre désir que de cultiver leurs terres et de vivre en repos... » (1). Hs demandèrent le rachat de leurs chligations militaires par une contribution. Athènes fut désormais la seule puissance militaire de la ligue. Elle se fit

(x) Plutarque. Cimon.

transférer le Trésor public jusque- -Jà à Délos et contenant plus de 10.000 talents.

Elle négligea de convoquer l’assemblée fédérale. « Les villes alliées durent prêter serment de ‘fidélité à Athènes et modifier leur constitution dans un sens démocratique. Par décret, Erythrée reçut une constitution calquée sur celle d'Athènes. Des garnisons athéniennes et des missi dominici surveillèrent sur place les Alliés. Le tribut payé par les Alliés fut fixé par la boulê et non plus par des accords internationaux. Se retirer de la ligue devint une trahison. Athènes imposa ses divinités, ses tribunaux, sa législation, ses poids et mesures, sa langue... La fédération devint un empire athénien. » (2).

Sans scrupule, Athènes s'enrichit aux dépends du trésor d’empire. Le tribut fédéral servit à l’embellir, à asservir la Grèce centrale, à payer la guerre du Pen à préparer l'expédition ‘de Sicile. Fixé d’ abord à 4oo talents, il monta à 600, 1.000, 1.200 et 1.300 et Athènes déclara ne devoir aucun compte du sang et des richesses de ses sujets pourvu qu'elle fit la police de l'Egée: Faute de pouvoir supporter les nouvelles charges imposées, beaucoup de citovens des petits états alliés durent émigrer. En 413, Athènes remplaça le tribut des Alliés par une taxe générale de 5 % sur toutes les marchandises entrant dans leurs ports ou en sortant. En 409, elle appliqua un impôt de guerre de 10 % sur toutes les marchandises passant par le Bosphore. Le résultat de tous ces excès fut prompt :-réveil de l'esprit particulariste, résignation ou haine au lieu de l'acceptation spontanée du début et soulèvement général à la première occasion, qui fut le désastre de Sicile. L'empire d'Athènes s’effondra.

D'autres villes grecques rêvèrent de l’hégémonie sur la Grèce, Sparte et Thèbes suivirent l’exemple dAthènes.

Sparte fut longtemps la championne d’un libre fédéralisme qui s'étendait sur une bonne partie du Péloponèse,

mais la guerre et sa victoire changèrent cette modération en une tyrannie sanguinaire. Une fois Athènes abattue, ses

(2) Jardé. La formation du peuple grec.

généraux parcoururent les anciennes possessions de sa rivale, bouleversant les constitutions, introduisant des gar- nisons spartiates, imposant des oligarchies féroces et doublant le tribut antérieur. - «Les Spartiates n'ont laissé à quiconque voudrait à l'avenir faire le mal, aucun moyen de les dépasser. Jadis ils protestèrent hautement contre le légitime empire que nous exercions sur telle ou telle cité : ils ne se soucient plus aujourd’hui de la tourbe d'esclaves qu’ils ont créés. Aujourd’hui, il ne suffit pas de payer tribut et de voir des forteresses aux mains de l’ennemi, aujourd’hui les nouveaux sujets souffrent dans leur corps de traitements plus durs que nos esclaves mercenaires. Et pour comble de misère, ceux-ci se voient forcés de combattre avec les Spartiates pour défendre leur propre servitude, forcés de combattre contre quiconque veut être libre, de sorte que vaincus ils devront périr, vainqueurs ils tomberont dans un esclavage pire que le précédent » (Isocrate. Panégyrique).

Les décisions de la ligue du Péloponèse que présidait -Sparte étaient prises par le Conseil des Alliés et l’Assemblée spartiate. Sparte empêchait toute autre formation de confédération et soutenait les partis oligarchiques. Le traité d'Antalcidas en 386 avec la Perse fut un coup de maître : il lui permit de dissoudre tous les synoecismes. Les 11 districts fédéraux de la. Béotie furent supprimés. La Chalcidiques était une sympolitie qui allait devenir un état unitaire fortement organisé. L'armée spartiate la brisa après 3 ans de guerre. Mais l'empire maritime de Sparte succomba en 3g4, et l'impérialisme spartiate fut abattu par les coups des Thébains.

La confédération béotienne se forma au v° siècle en résistance à l'impérialisme athénien. C'était une réunion de bourgades rurales gouvernées par des oligarchies de propriétaires. Aucune hégémonie de droit. La confédération fixait les droits et obligations de chacune, en proportion de la population et des ressources. Les cités étaient réparties en 11 districts, 4 à Thèbes, 2 à Thespies, 2 à Orchomène, 1 à Tanagra, 1 à Platées, 1 à Coronée-Lébadée- Haliarte.

Er 162 —

Elle était dirigée par un conseil fédéral de cs membres, divisé en 4 sections, chacune gouvernant à tour de rôle. Les 15 districts ont représentation égale et dans chacun les cités sont représentées au prorata de leur importance.

Dans chaques cité les 4 catégories de citoyens ont représentation égale. 11 béotarques ont le pouvoir exécutif. Détruite par Sparte, la confédération se reforma en 379 avec 7 béotarques dont 4 Thébains, donc plus unitairement. Le peuple siégeait en assemblée à à jours fixés, à Thèbes. En 371, à un congrès pour une paix cénérale basée sur la paix du roi de Perse, les Thébains signent l'accord en spécifiant que leur signature est valable pour tous les Béotiens. Les Spartiates refusèrent de l’admettre et la guerre éclata. Thèbes créa alors une vaste confédération dé la Grèce centrale avec les Phocidiens, les Locriens, les Héracléotes, les Anianes, les Acarnaniens, les Eubéens et les Byzantins, dirigée par un synedrion siégeant à Thèbes. Mais en 356 les Phocidiens refont une confédération à part. Thèbes ne pouvait invoquer ni le péril perse comme Aihènes, ni une réputation séculaire comme Sparte pour justifier son impérialisme. Elle ne put même pas persuader ses voisines, Platées, Orchomène ou Thespies du bien fondé de sa domination. :

Athènes reconstitue une confédération après la guerre du Péloponèse. Elle s’allia à Thèbes, à Chios, à Mytlène, à Methymna, à Rhodes et à Byzance par des engaccements bilatéraux, puis convertit le tout en un pacte mutuel à 7, auquel adhérèrent plus tard d’autres cités. Athènes rendit le décret d’Aristotèles pour rassurer ses Alliés : pas de garnisons athéniennes, pas d'intervention dans le gouveinement local, pas de elérouquies, les Athéniens renoncent à toute propriété acquise ou à acquérir, clauses obligatoires à perpétuité. La Confédération s'intitule « Les Athéniens et leurs Alliés ». L'action fédérale est assurée par le concert des organes délibératifs d'Athènes et du synedrion des Alliés. Pas de tribut. Le trésor commun appartient aux Alliés uniquement. En 371, Athènes exclut les Thébains de sa ligue et le Congrès de la paix décide la formation d’une « “ligue hellénique », qui devait comprendre Sparte

ne 163 —

avec sa ligue et Athènes avec sa LÉ ontédérennt succès di-

plomatique réduit à néant par les victoires Thébaines. Athènes viole ses promesses envers les Alliés, envoie des garnisons, installe des clérouques et intervient dans le gouvernement intérieur. Quelques soulèvements partiels éclatent et sont durement réprimés.

Les cités formèrent alors pour résister des unions lo» -cales et la guerre sociale brisa la seconde confédération athénienne. “Après Mantinée, où tombèrent Epaminondas et l'espoir de l’hégémonie thébaine, les cités grecques rétablirént la paix. Toutes sont ruinées. Aucune n'a pu mäintenir son hégémonie, ni réaliser à son profit l’unité de la Grèce. Aucune n'ose plus rêver d’empire. Il semble que l'unification imposée par une villé puissante à des villes plus faibles ne peut être que passägère. « Il ne peut y avoir de solides alliances qu'entre peuples en forts et ré-

doutables » (Thucydide).

L'idée d'unité nationale fit pourtant de grands progrès à cette époque. La formation de l’hellénisme s'achève au tv° siècle. L'indice le plus net est la formation d’une langue commune. L’unification était faite depuis long: temps dans le domaine spirituel et devenait chaque jour plus complète depuis que Ia Grèce avait trouvé em Athènes sa capitale intellectuelle. Le dialecte attique devint par suite la langue littéraire commune et le langage de tous les lettrés. Dans les Sciences spéciales seulement on maintint un certain temps encore l'usage des autres dialectes. Les médécinis de l’école d’Hippocrate continuèrent à écrire eñ ionien comme avait écrit leur maître. Les Pythagoricièns, surtout les mathématiciens de l'Occident Grec sen tinrent à la manière dorienne. Dans la langue courante, les diaelctes restèrent vivants longtemps encore et la Macédoine seule décida d'introduire le dialecte attique comme langue officielle. : :

La Grèce arriva également au 1v° siècle à une écriture unique. L'Alphabet ionien, le plus complet des alphabets grecs, commença à se répandre en Altique pendant la œuer-

re du Péloponèse et s'introduisit peu à peu dans les documents officiels, jusqu'au rétablissement de la démocratte en 403 où à fut reconnu officiellement par la chancellerie

Page 1