LES DÉPORTATIONS ET LES MASSACRES DE
Le retour perpétuel, qui fait revivre le passé dans le présent sur les rives de Tllermos et du Méandre, y ramène, après la prospérité, la désolation. Tout s'écoule, tout change et rien ne change; les eaux du lleuve ne sont jamais les mêmes et cependant c'esl toujours le même fleuve, disait lléraclile d'Éphèse. Le lleuve, qui emporte hommes et choses sur la terre dionie, roule tantôt des eaux paisibles et riantes et tantôt un torrent dévastateur.
11 n'existe pas de pays où le malheur se soit acljarné plus implacablement : Cimmérièns, Perses, Galates, Seldjoucides, Mongols, Osmanlis; à peine les hommes, appliqués à leur idéal de paix et de progrès, ont-ils le temps de relever les ruines, qu'un ilot aveugle les submerge de nouveau. Le lent et patient eflbrt, qui fit refleurir la vie après la catastrophe déchaînée par les Turcs ottomans, fut abattu par le désastre de 1821. Le soulagement, que ressentit le monde civilisé d'Orient à la chute d'Abdul-Hamid le Sanglant, ne fut qu'une brève illusion. Les Jeunes Turcs, au nom du droit et de la liberté, rougirent bientôt leurs mains d'autant de sang qu'en avaient répandu on plusieurs siècles
leurs aïeux, cependant fort instruits dans lart du massacre.
Ils avaient deux programmes : lun, à l'usage de l'Europe, de réformes et de libertés, soi-disant inspiré par les idées généreuses de la Révolution française, dont ils étalaient une érudition courte et superficielle; l'autre, pour eux-mêmes et pour leurs amis de Berlin, de domination violente et de destruction Tous ceux (pii connaissaient un peu l'Orient ne s'y trompèrent pas; des signes certains ouvrirent d'ailleurs les yeux des moins clairvoyants sur le cynisme et les véritables passions de la Jeune Turquie prussianisée. MM. Alaux et Puaux racontent comment, dès 1908, les Jeunes Turcs ne cachaient pas à Symrne même leurs véritables intentions : « Un notable grec ayant fait observer au docleur Nazim que, l'élément grec étant préf)ondérant à Smyrne, il convenait d'en tenir compte larj^ement.. . Xazim, dans un moment de dépit, se trahit jusqu'à dire : « Peut-être? Mais si j'introduis cent mille Turcs à Smyrne, le rapport peut être clian^éî » Étendu paresseusement sur des coussins, aux pieds d'Enver et de Nazim, un jeune officier kurde favori, fils d'un agha de Mésopotamie, les yeux luisants et bridés, le teint jaune, la lèvre retroussée sur ses dents aiguës, suivait les débats avec une attention passionnée et fixait des regards perçants de chat sauvage sur les vénérables prélats arméniens et grecs qui discutaient gravement. En enlendant la répartie de Nazim qui jeta un froi<l
et en contemplant ce tableau, j'eus l'intuition subite de ce qui devait un jour fatalement arriver » (1),
La politique jeune turque commença à se révéler par l'impladtation forcée en Macédoine des paysans turcs de Serbie et de Bosnie, qui étaient destinés à y faire une majorité musulmane, mais qui, dépaysés et ruinés, demandaient à être renvoyés dans leurs foyers. Puis vinrent les boycottages, exercés d'abord avec discrétion à l'égard de l'Autriche, qu'il importait de ménager. A partir de 191i2, sous le fallacieux prétexte que les déchargements de bateaux devenaient impossibles, le pavillon grec fut exclu des ports ottomans. Défense fut faite aux indigènes musulmans de s'approvisionner dans les magasins grecs; des bandes sans aveu paralysèrent le comcnerce le plus llorissant. Cette tactique ne réussit pas partout, notamment à Phocée, où je me trouvais en 1913, et dans les villages de la région de Cyme que j'ai visités à cette époque, où l'indigène turc vit de la production et de l'aide des (Jrecs; les musulmans de la grande ville de Nasli, dans la vallée du Méandre, vinrent à Smyrne trafiquer avec les Hellènes, au mépris de la malédiction dont les accabla le journal turc le Keulu. Les molestai ions et les vexations succédèrent à ces tentatives, puis toute une littérature de [laine, des appels au fanatisme religieux et à la guerre
(1) L.-I*. Alaux et R. PuAix, Le (h'-vlin de VHeUèimme, Paris, Payot 1016, p. 38.
sainte furent répandus à profusion dans les villes et les campagnes; enfin les armes furent retirées à toute la population hellène. Quiconque était trouvé porteurd'un fusil de chasse ou de l'un de ces coute.iux les plus inoffensifs, indispensables aux travaux de la catn pagne, était arrêté, déféré au Conseil de guerre et emprisonné après une cruelle bastonnade. Les musulmans, d'autre part, étaient armés de fusils et officieusement enrégimentés.
Au début de 19li, la préparation était achevée. Le représentant militaire de l'Allemagne, qui avait pris en main l'armée turque, en 1013, Liman von Sanders, vint personnellement passer en revue les troup.;s qui manœuvraient entre Pergame et Kiniki, et inspecter la zone qui devait, être évacuée et ravagée. C'était en mai 1914; rien ne faisait encore présager la guerre européenne.
Quelles étaient les visées des Jeunes Turcs? Celles (fu'avait caressées un moment Mahom 4 lî, lors de sa conquête auxv'^ siècle, et auxquelles songea Mahmoud II après l'insurrection de 1821 : en finir avec ces chrétiens lionnis, dont des siècles de lutte et de domination n'étaient pas venus à bout, par une déportalion et une extermination générale. Mais les conseillers de Mahomet et de Mahmoud leur avaient fait comprendre qu'ils entraîneraient dans le désastre leur peuple lui-môme, dont l existence dépend du travail et de la production des « rayas », des « ghiaours » méprisés, mais indispensables.
Les Jeunes Turcs ne durent pas penser autrement.
Aussi leur attitude ne me paraît-elle pouvoir s'expli- (juer que par les assurances de l'Allemagne.
Depuis treille ans, l'Allemagne s'est donné carrière en Turquie d Asie (1). 11 ne s'agissait d'abord que de débouchés pour son industrie, d'un terrain d'action pour ses finances et son commerce. Mais, dès 1913, les publicistes allemands, au courant de la politique, parlaient déjà de la colonisation germanique en Asie Mineure : <^ La confédération des Etats du centre de l'Europe, écrivait Riller dans son ouvrage Berlin- Bagdad^ comme puissances protectrices de l'Asie Mineure, avec le 'privilège de louvertuie à la colonisalion du pags, voilà la seule solution de la question d'Orient favorable à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie. » Videz l'Asie Mineure des éléments indigènes qui vous font obstacle, disait pendant ce temps le Gouvernement prussien aux Talaat et Enver, vous êtes les maîtres dans l'art de l'évacuation, et nous remplacerons ces chiens de Grecs, turbulents et avides, par de bons et honnêtes Allemands laborieux, soumis et obéissants, qui vous rendront au ceniuple ce dont la disparition des Grecs vous aura privés, et les bénéfices de l'entreprise seront plus considéiables pour vous que les biens les |)lus opulents des trésors du Kalife
(1) Voir F. Sahtiaux, L\irchéolof/ie franrai»" en Asie. Mineure et l'erpniis ion allemande, Paris, IIachbtte, 1918, p. 37 et.sui\.
(2) Voir plus bas, p. 102, los afïirmations de 1';iml)assatk'Hf d'AiTn-i-iquc à Constantinople.
Les aroTiments militaires qui ont été invoqués, la nécessité de loger les émigrés de Macédoine, ne sont que des prétextes. Ils ont pu tromper ceux qui se trouvaient loin; mais ceux qui connaissent la région savent que le paysan grec d'Anatolie n'est pas belliqueux, qu'il était dépouillé de ses armes et de tout moyen d'attaque et (jue les émigrations ont été accomplies par ordre. Uuant aux exactions qu'auraient commises des Grecs et à l'agitation qu'ils auraient entretenue, comme l'ont prétendu Talaat et la presse turque en juin 19I1-, j'y oppose le déni le plus IbrmeU'ai vécu assez longtemps dans le pays, je l'ai parcouru sutïisamment dans toute son étendue pendant les deux ans qui ont précédé les événements, pour atlirmer d'une façon absolue que la vie la plus paisible y régnait, que l'enlente était complète entre les (irecs et les Turcs indigènes.
Les événements se sont déroulés en deux phases ; j'ai été témoin de la première, la seconde est attestée par les documents otficiels et les relations de témoins (I).
La première commencer à la fin de mai 1914, deux mois avant la guerre européenne, couvre le mois de juin et une partie de juillet. A la (in de juillet, le but était atteint ol la guerre permettait de dresser de nouveaux plans plus complets et plus vastes. Les ravages et les ruines lurent les plus intenses et les plus continus pendant la première quinzaine de juin. Une accal-
(1) \o'iv Anneoce, plus bas, p. 1P9 et sniviiritt^s.
mie se produisit ;ï la fin du mois, pendant le séjour à Smyrne des représenlants des grandes Puissances, chargés par ieur (louvernement de faire une enquête sur les faits. Ils recommencèrent pendant (juelque temps, en juillet, après le départ des délégués et après une visite (pie fit Talaat Bey dans certaines localités, sous prétexte de rétablir l'ordre, mais en réalité pour faire achever la besogne commencée.
Le territoire dévasté s'étend de la Troade. le long des côtes, jusqu'au sud de Smyrne et à quelques localités, de la Lycie et de Tintérieur. Ne furent épargnés que Smyrne et les gros centres de résistance d'Aïvali et de Vourla, qui furent réduits pendant la seconde période par des moyens plus puissants.
Des bandes de paysans et de nomades ordinairement fort paisibles, mais fanatisés par l'appfd à la guerre sainte et l'appât du profit, avaient été armés et enrôlés. Ils étaient encadrés par des représentants locaux du Comité Union et Progrés, par des ofliciers de gendarmerie et furent appuyés à l'occasion par la troupe régulièi-e. Les autorités locales avaient reçu des ins- Iruclions sous plis cachetés. Les mesures avaient été arrêtées, sous la direclion de Talaat et de ses acolytes de Conslantinople, par le vali de Smyrne Ilahmi Bey et concertées avec les autorités locales dans des tournées que S. E. avait effectuées dans la région. Son garde de corps était généralement signalé dans la contrée la veille de l'exécution.
Le hul poursuivi n'étail pas le massacre et la destriicliou. mais l'expulsion des populations; les massacres et la destruction n'étaient employés que pour répandre la terreur et provoquer Texode.
J'étais à ce moment à Phocée, j'ai vu ce qui s'y est passé. Les procédés, dérivés d'un pian systématique bien étudié, ont été partout les mêmes, comme je m'en suis assuré par une enquête le long de la côte.
Les bandes faisaient généralement leur apparition le soir, armées jusqu'aux dents de coutel is et de fusils. Elles se ruaient dans les rues, défonçaient les portes et les fenêtres à coup de crosse et de hache, égorgaient, clouaient sur leur lit et fusillaient femmes, enfants et vieillards.
Des membres coupés furent suspendus à des étals do boucherie avec l'mscription : « chair chrétienne ». Des jeunes filles furent violées, d'autres enlevées, des femmes et des vieillards torturés, des vengeances particulières s'exercèrent avec une férocité dont ne sont guère capables que des tribus sauvages.
Les clameurs d'etî'roi, les cris et les gémissements des victimes s'élèvent dans la nuit, mêlés aux clameurs de meurtre, aux appels gutturaux des assaillants, au piétinement des chevaux, aux hurlements des chiens et aux eoups secs des armes à feu. Des incendies sont allumés en quelques points, au moyen de pétrole versé dans les pompes à incendie municipales; des maisons verrouillées, où le feu fut mis, étaient pleines de monde,
La population aflblée, les vêtements déchirés et le visage en sang, se précipite sur le rivage. Nous ramassons dans la rue un enfant né de quelques jours à peine, dont nous ne pouvons retrouver la mère et que nous contions à une femme qui allaite son petit. Les malheureux s'entaSvSent dans les barques, les voiliers, sans que nous ayons pu le plus souvent leur donner des soins; car la ville est grande, les pharmacies sont pillées, le médecin municipal est occupé à prendre part au pillage. L'alTolement est tel que plusieurs se noient. A l'ancienne Phocée, les grands bateaux, qui stationnaient pour le trafic du sel, recueillent des fugitifs; mais ils sont insuffisants : la population de la ville est d'environ huit mille Grecs. Les autorités ne me refusent pas l'usage du télégraphe, qui me permet de faire venir en hâte des vapeurs de Smyrne, grâce à l'aide des résidents français et anglais (1). Elles sont pressées d'en finir; car aux violences, qui assouvissent les passions sanguinaires, doit succéder le partage fructueux.
Le drame dura vingt-quatre heures, pendant lesquelles se déroulèrent ses deux grands actes : le navrant exode et le pillage éhonté. Les fugitifs sont partis dans le plus complet dénùment, n'emportant que ce qu'ils avaient sur eux; quelques-uns se sont vu enlever jus-
ilj J.cs (ii'ccs (le Sin^rno se chai'gôr'Mil de la plus lii-anih^ partie dn l'aviliiilleniPiit.
qu'à leurs chaussures. Sur le rivage où ils s'embarquent, ils subissent les derniers assauts des pillards, (}ui arrachentaux femmes des paquets de bardes, fouillent hommes, femmes et enfants, pour leur prendre leur bourse et les petits objets qu'ils ont pu dissimuler.
Dans les maisons le pillage fait son oaivre. 11 s'agit de s'emparer d'abord <ie l'argent et des bijoux. Les meubles et les immeubles restent là, il sera temps d'en prendre possession quand la ville aura été désertée; les camarades indigènes sont d'ailleurs là pour le faire, r/est une vaste entreprise où on partage les bénéfices. A l'intérieur des maisons le désordre est indescriptible; les tiroirs, les malles gisent à terre, défoncés; on a fouillé partout, on a enlève'' en hâte ce qu'on a trouvé de plus précieux ou de plus facile à transporter. Les boutiques, épiceries, magasins d'étoflés. cordonneries, dépots d'huiles et de vins, pharmacies, calés, etc., sont entièrement vidés. Du riz, du savon, du sucre, le contenu bariolé delïacons pharmaceutiques se sont répandus dans les rues, échappés aux mains liàtives des pillards. Mais les casiers, les comptoirs, les meubles importants ont été respectés, car les maisons et les boutiques, comme leur contenu, doivent être régulièrement partagés entre les émigrés turcs, qui viendront bientôt d'Europe, les exécuteurs et les organisateurs.
Tandis que les malheureux s'éloignent vers Mytilène. vers Salonique et Athènes, d'autres caravanes se met-
tent en marche sur les roules qui vont, vers l'inU^ rieur. Ce sont Jes troupeaux volés, les chevaux, les €harettes, les chameaux chargés du butin, du produit du pillage, qui regaiinent les villages quittés la veille. Ces villages sont trop petits pour tout contenir; une part ira à ceux qui Font si bien gagnée, le reste sera expédié sur les centres de distribution.
Voilà, en quelques traits, le tableau de ce que j'ai vu, d'après les notes rédigées le lendemain sur le petit vapeur qui m'a mené à Smyrne, d'où je les ai expédiées Paris et d'où j'ai commencé mon enquête sur la côte et jusqu'à Mjtilène. L'ancienne Pliocée a bénéficié de notre présence, des bateaux de sel et des vapeurs venus de Smyrne. Ailleurs, le carnage a été souvent plus grand ; il s'est [poursuivi loin de tout regard accusateur et la population, lorsqu'elle était privée de transports maritimes, a dû s'éparpiller dans les campagnes et sur les collines, où elle a encore été plus éprouvée.
Englezonissi, la longue ile du golfe de Smyrne, a été le théâtre d'un odieux guet-apens. L'opération y a été menée par des soldats en tenue et en service commandé. Formés en groupes, ils débarquent dans l'île et donnent l'ordre aux pécheurs, qui prennent leur repas, de les suivre. En chemin, ils emmènent des familles, qui travaillent dans les champs et un pâtre avec son jeune enfant. Ils leur expliquent que le mudir désire certaines informations. La petite troupe suit sans inquiétude : elle est conduite par des soldats, dont la fonction est
— Iî)l —
(le protéger la vie et l'honneur du peuple. Mais, au milieu du chemin, les femmes sont éloignées de leurs compagnons, les hommes sont rangés en file et, subitement, le peloton fait feu. Tous tombent, criblés de balles. Un soldat coupe roreille d'un jeune enfant, pour s'assurer qu'il n'est plus en vie. L'enfant résiste à la douleur, simule la mort et parvient à se sauver. Il est le Sf'ul témoin de cette lâche tuerie.
En une quinzaine de jours, le plus gros du travail est achevé. Dans un grand nombre de localités et de villages, comme aux deux Phocée, il ne reste plus un seul Grec. Ainsi que le disait aux ambassadeurs des grandes puissances, à Gonstantinople, son Altesse Saïd Halim Pa(;ha, Grand Vizir et mmistre des Atï'aires Etrangères, avec ce cynisme et cette fourberie qui ont été les grands caractères de ces événements : « L'ordre règne d'une façon absolue » (1). Il règne bien, en ellet, et de lui-même, car il n'y a plus personne et les biens sont entre les mains des pillards...
L'enquête des grandes puissances fut accompagnée de véritables comédies, qui m'auraient fait sourire si les temps n'avaient été si tragiques. Les ordres avaient été donnés pour que les villes fussent maquillées, que toute trace de carnage lïit efl'acée. Aux deux Phocée, où j'ai accompagné la Gommission d'enquête, les peintures avaient été refaites sur les murs pour enlever les
\) r,r Temps. 2'i Jviiii 191'i.
traces de balles, les portes avaient été réparées pour faire disparaître les brèches praticjuées par les haches et les crosses, le sang avait élé lavé [)artout. Le délégué du Gouvernement ottoman, (jui nous accompagnait, Chukri Bey, Inspecteur politique, cherchait à faire ilhision aux délégués. Cette puérile mise en scène ne trompa personne. Mais aucune mesure ne fut prise.
Il aurait suffi de faire stationner quelques canonnières le long de la côte, pour arrêter le cours du désastre. Les (jouvernements avaient été prévenus bien avant l'arrivée des délégués et les événements se poursuivirent bien après leur départ. La presse, dans son ensemble, resta silencieuse. Quelques journaux de Marseille et d'Angleterre s'émurent. A Paris, le 'Jemps tint à honneur de publier un article de (îaston Deschamps et V Homme Libre un article de son rédacteur en chef, Clemenceau (1).
Puis ce fut la guerre: les Turcs purent se donner carrière jNous entrons dans la seconde phase. Ils
(1) André Tai'difu nridlVit, ;i la lin tic juillet, d'accueillir dans If Temps le récit des événements dont j'avais été le témoin. La giiei'r<' emi>éclia de donner suit(i à cette généreuse proposition. Francis Charmes me permit de publier plus longuement ma ndalion dans un arlicl»> qui y>arut dans la licvue deti deux Mondes du 1') décend)re 191-4. Cet article est à compléter par la i-elation du maître d'école de l'ancienne Phocée. 1M(MTC .Michaélidis, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler; elle a paru à Athènes, en l!)l.'>, sous le litre Mavron himéroniklion, i phriiccdia Tragddia Us palaias l*hôkias.
(2) Voir en Annexe, p. 199 et suivantes, le récit dramatique du correspondant du Morning Pi)s(.
iDassacrèrent plus d'un million d'Arméniens. Les Grecs lurent relativement moins maltraités. Ils ne fui'ent pas directement mass^icrés, mais déporlés et condamnés à ime mort lente. Ils avaient derrière eux la (àrèce et sa Hotte, le roi traître, beau-frère de Guillaume, alors que les Arméniens n"ont jamais eu aucun prolecteur. C'est, du moins, l'explication que donne de celte attitude dilï'érente ramba>sadeur d'Amérique à Conslantinople, Henri Mor<:enthau, qui vécut en contact constant avec Talaat, En ver et Djemal, de lOK) à 1916, dans l'ouvrage qui vient de paraître tout rc'cemment à Londres : Secrets of thc Bosphoriis (1).
Cette nouvelle période se dislingue de la précédente par l'extension beaucoup plus considérable que prirent les mesures et par d'autres procédés.
La population atteinte avait été, en mai-juillet 1914, de m à 200.000, dont 1 à !2 0 0 de morls ; elle s'est élevée, pendant la deuxième période de 700.000 à 800.000, dont 50 0/0 de morts. L(^s centres de résistance de Vourla et d'Aïvali furent réduits; la population qui restait sur les cotes, sauf celle de Smyrne, fut complètement nettoyée.
Les populations évacuées ne purent se réfugier dans les îles et en Grèce et périrent, pour la plupart, dans leur lamentable exode vers Tintérieur. Le mouvement