L AME NATIONALE
vivant avec les loups et comme les loups, il reste un peuple libre qui chante ses espoirs en strophes rudes et magnifiques. Mais ce peuple est à peine une poignée. Les hommes sérieux qui le comptent s'elï'rayent cà l'idée qu'il puisse un jour entreprendre la guerre.
— Ne faites pas le sacrifice stérile de vos vies ! — lui crient-ils.
Mais quand le premier coup de fusil éclate, quand la première goutte de sang rougit le sol sacré, un miracle s'opère : le miracle annoncé par Floros. Du fond de la terre, surgissent des légions et des légions... Ceux-là môme qui hésitaient autrefois et qualifiaient de folie toute tentative d'afï'ranchissement, ceux-là même qui combattaient les projets hardis, empoignent le vieux fusil (ju'ils gardaient caché, et courent vers la montagne en criant : « Liberté ! Liberté ! »
Dans la Veille, cjuand les premiers li])érateui-s se réunissent pour concerter l'attaque initiale, ils voient arriver Tarchimandrite qui, un jouiauparavant, leur avait conseilh' de rciioiuer à la falahi a\eMliire.
— Comment ! — lui (ht Lam])ros — loi aussi, père, toi aussi, tu es venu jus<|u'ici ! Hier, cependant, tu étais ennemi de nos projets.
— Hier c'était des projets. Aujourd'hui, c'est l'action, et je doism'unir à vous. Quand il s'agit d'accompagner mes frères, aucune considération ne nie j)eut arrêter. Le berger fidèle meurt au
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milieu de son troupeau. Je suis, comme vous autres, prêt ])Our le sacrifice.
Derrière le prêtre qui n'a pas d'autre fanatisme que celui de la Patrie, derrière le bon pappas à la longue barbe et aux yeux doux, qui confond encore dans ses oraisons Pallas et Marie, accourent, de tous les poiuts de la (jrèce, les fils des anciens héros. Léonidas n'est pas mort. I]t si, (|uand toutàTlieure les voyageurs l'appelaient, il ne répondait pas à leurs cris, c'était pour ne point exciter la colère turque. Mais au moment suprême, il est là, toujours pareil, toujours beau d'une beauté forte et simple. Son nom seul a changé. Il s'ap|)elle Néoclès, Croviatis, Caravos. llippotis. Mais sous ces noms nouveaux, il j)orte l'ame antique. Sa bravoure anime le peuple, llenouvelant en j)lein Parnasse la Ligue vVmphictyonique, les patriotes font revivre en un instant la (Irèce éternelle. Un des héros dit au nom de tous : « Nous sommes venus pour proclamer notre liberté devant le ciel, devant les étoiles, devant uotre Dieu qui tient entre ses mains les divins rayons. » Et ce Dieu, ce Jupiter nouveau, protège ceux qui, dominés par la sainte folie du patriotisme, offrent leur vie pour d(Uivrei' la patrie du joug barbare.
Une fois maîtres du sol sacré, les Grecs coutinuèrent de lutter, l'ne chanson d'IIybrias de Crète dit : « J'ai pour trésor une longue lance,