‹ La Grèce éternelle. Traduit de l'espagnolChapitre 15 sur 48 · I.rS II!. s n ILVSSE · texte numérisé non relu

I.rS II!. s n ILVSSE

tout r<'vo (lovioiit i*('>nlité. ( )ii<'l(|ii(\s navires iiiarcliands arliclcs à Marseille pour le coniph^ du ne société, lui semblent de suffisants éléments pour transfoi'mer le monde. « Nous allons assister à une renaissance des contrées qui, dans l'antiquité, furent les plus riches du monde, » dit-il. Et si par son éloquence il tromj^e les autres, par son patriotisme il se trompe lui-même. Dans son oi'gucnl de (Irec habitué à entendre des récits extraordinaires, il a une foi Inébranlable en l'avenir de sa race. N'ivant à I^aris parmi des bancjuiers cosnioj)olites, il se sent supérieur à tous ceux qui l'entourent. Les scrupules des hommes du iVord lui semblent des signes d'infériorité, des marques de faiblesse. « Aidez-moi — s'écrie-t-il, en s'adressant à ses amis — aidez-moi, et nous ti-ansformerons l'univers ! » Pour obtenir ce qtiil désire, aucun sci*uj)ul(' moral ne lui est un ol)stacle. L'argent des autres lui parait fait pour qu'il le dépense à son gré. Et (juand un jour, soudain, il se trouve ruiné, il n'a pas d'autre idée que d'exprimer, en des discours ex(|uis, son mépris poui' les exigences de la vie. « Moi — dit-il — je n'ai jamais j)(;ns('' à l'argfMil (|U(' |)()Ui- le jcicr par la fcntMr*' ; mais, à présent, 1 argent ar. venge... Si je j)ossedais tout ce (|ue j'ai dilapidé', je serais cent fois millionnaire, et le m<»n(li' iidniiiciail mou cncrgii'. A vingt ans, j"<''lais pauNic Je suis le lils de mes (l'uxres... l ne s<'id(' iwMist'c inallnslf:

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mes enfants... C'est vous autres.... Pour ma part, je ne pourrai jamais changer. Si je Irioniphe, je m'occupeiai de vous assurer une l()ilini(>. » ]\[ème dans le malheur, cet homme conserve un esj)oir. Sa volonté est magnifique. Cependant que les personnes qui l'entourent pleurent, affligées, lui, toujours serein, sourit, parle, combine, intrigue. Ses inventions sont inépuisables. S'il faut nientii', il ment ; s'il faut revenir en arrière, il recule ;s'il faut s'incliner, il s'incline, et il fait toutes les concessions nécessaires. Mais gardez-vous de confondre la souplesse de cet orgueilleux aventurier avec l'humilité des Juifs ou avec la bassesse des Arméniens. Dans son caractère vibre toujours une arrogance discrète. Quand il lutte, il n'hésite pas à exposer sa \\e. La hardiesse et la {)i'udence, en lui, vont de pair. Car s'il existe un être fait de contrastes, c'est bien le fds d'Ulysse, le Grec de pure race qui sait mêler dans son àme tous les nobles sentiments et toutes les tares. Georges Avrinos, maître de Paris, Georges Avrinos, millionnaire, Georges Avrinos, grand orateur, ne regrette, dans sa ruine, ni le pouvoir évanoui, ni le prestige matériel compromis. Le jour terrible où le monde apprend qu'il a perdu sa fortune, il assiste à un banquet ; il plaisante, il rit, il parle... Et, pourtant, sa fille vient de se suicider... Et, pourtant, son fils vient de découvrir que sa femme le trompe... Et, pourtant, sa maîtresse vient de lui dire un adieu

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définitif et dédaigneux... La ruine est complète. Qu'importe ! Ses lèvres ne cessent de sourire. Avec une admiraljle patience, il échafaude déjà de nouveaux plans, il prépare dos entreprises nouvelles. (( J'ai encore vingt années à vivi-e — pense-t-il — et il faut que ce soient vingt années de vie intense. » Puis, jetant un regard en arrière, il sonde l'immensité de ses fautes et se propose de n'y plus retomber à l'avenir. « Avant tout — murmure-t-il — pas de violences. » Les violences, en efïet, les préci[)ilations, les hâtes inutiles, les vaines impatiences, voilà d'après lui les grands écueils. Et, lors(|u'il raisonne ainsi, Georges Avrinos fait })enser à son divin ancêtre ({ui savait reconiiaitre ses erreurs et cjui recommandait de placer sa confiance en la parole, c'est-à-dire en l'habilelé, plutôt qu'en l'action.

LES FEMMES D ATHENES

Ah ! les femmes d'Athènes, et leurs grâces, et leurs sourires, et leurs ondulations, et leurs coquetteries !

J'ai eu à })eine le temps de les xoir passer, gazouillantes et rythmiques ; j'ai à peine j)u respirer le suave parfum de violettes que leurs chevelures hrunes exhalent, et poursuivre les étincelles qui s'allument, s'éteignent, fuient et se rallument dans leurs noires pupilles; j'ai à peine, eflleuré de mes lèvres respectueuses leurs mains nues. Qu'importe ! Ces ([uehiues jours suffisent à me donner l'illusion de les connaître intimement.

— Si demain, où que ce soit, une Athénienne [)asse à mon côté et me sourit, je la reconnaîtrai entre mille femmes — dis-je à Maurice.

— Surtout si c'est Anligone ! — me répontl mon compagnon.

Anligone est une Ac nos amies, farouche et

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iuloiahle, avec un cor[)s de (igurine de Taiiagra et un visage d'idéale espièglerie. Son pi'olil n'a rien de elassi(|ue. Enlie le ii-onl et la naissance du ne/., un espace \ ide sétcnd. l^n sa bouche, pelite et chaniue, aucune gravité. Et elle est si brune, si brune ! Un maître d'esthéti(|ue, attaché aux canons anciens, ne trouverait de grec en elle (jue le nom. Mais, moi, j'ai découvert dans le M usée National, entre deux salles aux \ énus impassibles, un {)elit salon où aj)paraissent, immobiles en leuis attitudes éternelles, <|uel(iues figures qui ressemblent à notre amie, j)ar leurs spiritualités expressives, par leurs regards énigmatiques, par leurs sveltesses flexibles et surtout [)ar leurs sourires.

Le type giec (jue nous connaissons tous, le type des visages de Praxitèle, le type du cin- (|ui('me siècle et des métlailles d'Alexandre, ne fut, en réalité, ({ue la mode d\iii moment, ce que lut, plus tartl, en Italie, le tyj)e des madones de llaj)liarl. Mais aupaiavant, un art moins impeccable <-t |)lus \arié, re[)resente la grâce à tous ses instants, ingénus ou pervers. Les peintres |)iimilils (|u'oji ignorait il y a cent ans, ont élargi l<; chamj) des l'ounaissances esthétiques loscancs. ]]n (iréce, (|uaiul les archaïques sculptures de Délos et des autres îles seront arrivées à la popularité, on Ncrra pcut-élre (jue la bt'aiilc aiili(|ii(; ne l'ut pa> toujours d'une aca(b'luicpu' purelc.

Lors(|ue je me |)roiuèii(' a Iraxcrs les M usées

et que je m'arrête devantles stèles funéraires antérieures à Phidias, plus d'une figure me fait penser à la belle Antigone. Et où, en vérité non seulement je pense à elle, mais je la salue à chaque pas, en reconnaissant ses grâces, ses sveltesses, ses élégances, c'est aux vitrines, dans lesquelles s'entassent les statuettes de terre cuite. — Toute la morbidesse moderne, en efl'et, se retrouve chez ces poupées délicieuses qui, si fragiles, ont pourtant plus duré que les Vénus de bronze et les lourdes Dianes de marbre, — toute la morbidesse moderne et jusqu'aux modes de nos jours.

— J'ai acheté ce costume à Paris me disait, hier, Antigone en tapotant les trois volants de sa jupe.

Et je pensais que ces mêmes volants, ce même corsage étroit, aux plis verticaux, ces mêmes manches courtes et ouvertes, je les avais vus, la veille, sur une dame de terre cuite, ayant Tâge respectable de deux mille trois cents ans.

Et ce n'est point seulement le costume parisien de ma belle amie que j'ai retrouvé dans la poupée de terre qui accompagnait le rêve éternel de quelque noble dame d'I]phèse ou de Locride. LacoilTure, aussi, me semble pareille, avec son ruban de soie qui passe entre les boucles et se termine en un nœud discret. C'est

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une coifi'ure de théâtre, probablement. Quant au teint du visage, je n'ose pas dire qu'il soit, aussi, pareil. Antigone, qui ressemble en cela à ses contemporaines, ne veut pas avouer que ne sont point naturelles toutes les roses de ses joues, toutes les neiges de son front.

— Ici, murmure-t-elle, en caressant ses beaux bras, nous ignorons les artifices dont on use tant à Paris.

Ah ! mensonge universel : sous quels ciels ne t'ai-je pas entendu ?... En Orient même, où la femme ressemble à une icône émaillée, aucune dame ne veut avouer sa coquetterie. Mais que dis-je en Orient ! En Extrême-Orient dans le Japon délicieux et païen, où les geishasse dorent les lèvres, s'ornent les ongles et s'émaillent les seins ; dans le Japon du Yoshiwara et du Simawara, les jeunes fdles se déclarent fraîches et sans artifices, comme des (leurs sylvestres. Toutes sont les mêmes. Oui, toutes... Toutes, partout, jurent que tout est naturel. Seulement, aucune ne sait mentir, et la belle Athénienne moins que toule autr(\

Dans son docte livre sur la (irèce, Gaston Deschamps raconte que tout diplomate étranger arrivant célibataire à la Cour du lîoi Oeorges, s'éprend de quelcpie belle fille du pays, et finit par l'épouser. « Mais, ajoute-t-il, les mauvaises

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