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langues préleiideiit (|U(.> ces mariages de vaiiilé ne sont pas l^ieii solides. Les jolis oiseaux liell(Mii(|ues, une l'ois hors de (•lie/, eux, veulent s\'clia|)|)er de la cag(; de leur vie bourgeoise, qui répugne à leurs fantaisies. »
^'oilà ce (|ue disent, selon le voyageur Iraiieais, les mauvaises langues. Et moi, je les juge bonnes, justes, dithyrambiques et doctes, ces langues !...Car, en vérité, quel plus grand éloge pourrait-on faire d'une femme ?
.Vyaut le luxe, la considération, TadmiiNition, la (irecque ne songe c[u'à recouvrer sa liberté pour vivre au grè de son âme chimérique. Filles d'Hélène, combien précieusement vous conservez le trésor de vos caprices !
Les ambassadeurs qui, comme Ménélas, peuvent dire : « parmi les hommes quelques-uns nous égalent en richesse, mais aucun ne nous dépasse en prestige », ])ossèdent tout, en efîet, jusqu'aux secrets des dieux, jusqu'à la paix des hommes. La seule chose (|u'ils ne possèdent pas, c'est le cœur de leurs compagnes, de leurs Athéniennes aux yeux noirs, qui rêvent follement.
Que, j)ar contre, uu bel axenturier s'approche d'elles, fùt-il, connue l'iysse, vêtu de branches vertes, elles douces lilles d'Alcinoë sentiront, en le voyant, leur àme s'incendier d'un indomptable amour.
Les plus douces dévotes ne prétendent-elles j)as (jue pourcos beaux oITiciers (|ui IraNcrsent
LES TEMrtlES D ATHENES
la Place de la Conslilulioii, les épouses des baii- (|uiei-s cosmopolites oublienl souvent leurs tlevoirs ?
Sur ce point, PAllienienne aux yeux noirs, au sourire de caijuiu, peut dire (pTelle u a |)as d'arlilices, ou (|ue si elle en a, elle ne sait pas les dissimuler longtemps. Ceux (|ui rap|)elleut la Parisienne d'Orient, ne se trompent point. De la Parisienne elle possède, en ellet, rélëgance, la légèreté, la grâce, la spiritualité, l'amour de r indépendance. Jusqu'en les moindres détails, (|uelque chose la lait paraître toujours origilude. Et si elle n'a ni l'ai-dente beauté des Albanaises, ni la langueur \oluj)tueuse des Smyrniotes, elle est, par contre, plus (|ue toutes les autres femmes du Levanl, insinuante et captivante.
Dans ranli(|uil(\ selon i'Iiisluire, ses aï(>ules iK' l'un'nl{)as, non plus, d" une al)solue perlée tion. (humd on parlait cruiie beaulc' impeccable au temps d'Alcibiade, loul le monde sa\ait (pi'il s agissail dune étrangère. Aspasie, elle-nuMuc, iKupiit loin de l'Atlicpie. Mais rAlliénienne d'alors était la plus agri'able, laplusline, la plus s('diiisante l'eninie du monde helléni(|ue.
Aujourd'hui, sembla])le fait se reproduil. Habillée à Pai-is, comme Antigone, ou rue d Hermès, comme la plupart des amies de cetir dernière, elle a lonjotirs (( un pelil air » (|ii'on ne
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trouve pas ailleurs en Orient, et (|iii en Occident est fort rare. Quedis-je ! En France même, qui est pourtant le pays classique de la toilette féminine, je ne trouve guère que la femme de Paris à comparer à la femme d'Athènes.
Dans les villes de province — Marseille, Nancy, Bordeaux, Lyon — quelque chose choque, dans rhabilla<>e élégant des dames. Cela s'appelle « provincialisme » et cela pourrait tout aussi bien s'appeler « étrangérisme », depuis que les dames et les demoiselles du monde entier ont adopté les modèles de la rue de la Paix. Mais ce provincialisme, ici, s'évanouit. Chaque fois que nous croisons un groupe de jeunes filles dans la rue, je demande à Maurice :
— Ne dirait-on pas des Parisiennes?
— Et ce sont, sans doute, des Parisiennes en voyage, répond mon ami.
Et nous nous approchons pour écouter si elles parlent français, et nous entendons de leurs lèvres adorables la grave langue d'Antigone.
« Oh ! jolies filles de la voluptueuse Hélène — murmure parfois mon ami — tout de vous est délicieux, jusqu'à vos défauts! On vous dit capricieuses, et j'adore vos caprices, car ils ne peuvent qu'être amoureusement pervers. On vous dit ardentes, et encore que cet adjectif indique toujours des violences de caractère contraires à l'harmonie, je devine, à la langueur
LES FEMMES O ATHENES
de vos regards, que le feu qui consume vos âmes, n'est pas une flamme d'incendie, mais une l)raise parfumée de cassolette ancienne. On vous dit coquettes comme des Parisiennes, et je raflble de tout ce qui est parisien et coquet. Mais, hélas ! quand vos maris vous présentent, (|uand vos frères vous nomment, quand vos mères vous ap[)ellent, quekfue chose de péniblement ridicule souille vos grâces. \'ous vous apj)elez toutes Aspasie, Chryséis, Pénélope, Artèmise. Oh ! Aspasie en costume tailleur ! oh ! Pénélope en chapeau de Miss Uelyett I oh ! Cybèle en charrette anglaise !... Combien mieux siéraient des noms moins antiques et moins pédants ! Quand je vous entends nommer, je ne puis ne point songer à ces bons nègres de la Marlini((ue (|ui, lors(ju'ils baptisent un enfant, le mettent sous le vocable de Chailemagne ou de Thémistocle.
Mon ami, comme tous les j)oètes, exagère. La ({ueslion de noms est purement locale. Les Français se moquent des Espagnols parce qu'ils appellent leurs femmes : Douleuis, Mercis, ou r]oncej)tions... La traduction pi-oduit des efl'ets plutôt comiques.
Ainsi donc, on ne doit exiger d'un nom de femme que d'être agréable et de se prêter aux amoureuses litanies. Pour ma part, je prendrais facilement l'habitude d'accoler à ceux de mes
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IjcIIcs amies (rAlhènes les j)lns doux adjeclifs (le Méléagrc et les plus uohles épilhètes crilomère. ("ar crois-lu, oh, .Maurice! qu'il vaudrait mieux <|iio noire di\ine auiie s'appelât (]liai-lotte, comme une Allemande, ou Catherine, comme une Anglaise ? Je ])refère, quant à moi, qu'elle s'appelle Antigone : cela me |)ermet de la com|)ai-er, malgré son costume tailleur et son chapeau de feutre, à ses sœurs nues des musées, et de lui adresser mentalement les plus attiques galanteries...
Pour être franc avec moi-même, il me faut m'avouer qu'il ne serait j)oint besoin d'ajouter aucune galanterie au nom de mon amie si elle se prêtait à écouter mes lyricpies transports. « Antigone ! — pourrai-je lui dire — Antigone ! Antigone ! » Et ce seul nom, (|ue d'autres trouvent ridicule en elle, sufliiait à la dépouiller de sa toilette ((uehjue j)eu frivole, pour l'habiller de la soml)re tunique qui, à de certains moments, convient à sa beauté expressive, à ses yeux de feu, à ses lèvres frémissantes. Antigone ! Antigone ! Comme ce nom complète bien ton caractère, ta beauté, ton ex[)ression ! Je me figure même parfois f|u'il faitj)artie de ton être comme ta chevelure d'ombre et tes cils de soie. Grâce à ces quatre syllabes, nous savons f|ue sous les Heurs de ton corsage quelque chose palpite (|ui peut, un jour, te faire pousser des cris de pan-
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thère blossée ! Sans vouloir te comparer à la s(Piir, la tragique gardienne de cadavres, je vois parfois en loi une héroïne qui attend sans trembler le jour d'entrer en scène. En quelle femme n'y a-t-il pas une tragédienne (|ui sommeille? Mon désir est qu'en toi la tragédienne ne s'éveille jamais, et (|ue jamais les larmes n'eflacent le fard délicieux de tes joues. Oh! (|uand je vois tes mains si délicates, si douces, si caressantes, et quand je me figure qu'elles peuvent, une unit terrible, se torJre en de délirants spasmes de douleur, (pielque chose s'angoisse dans mon àme ! Je fais des vœux, Auligone, pour ([[[(' tu ne soufTres jamais. Mais si \o moment sinistre tloit arriver, je suis sur cpie le s|)eclacl(3 de ta doideur, pour être moderne, ne perdra rien de son intensité magnifique. Comme ta sœur d'il y a cent siècles, tu saurais gémir férocement et divinement. Des yeux comme les tiens ne trom- |)ent |)as. Et puis, il y a ton nom, Antigone !
Mon ami Maurice souril. Il est une de s(^s lectures (|ui l'empêche de s'enthousiasmer franchement cpiand il parle des Alhcniennes. C'est celle du livre d'ildmont Aboul. « Les Athéni(Hines — dit 1 injuste voyageur — n ont pas la |)hysion()mi(^ spiriincllc drs l'raru.aises, ni la b(*anl('' ()|)ul(>nte des lîomaines, ni la paie ddicatcsse d(>s rui'(|ur's. Dans la ville, on ne Noil • (lie laideurs camuses, aux pieds ('iiornu^s et aux
tailles difformes. « — Cette phrase date du mois de février ib'rl. VA s'il y eut en elle quelque justice, il faut avouer que dans le demi-siècle écoulé depuis (luWboiit l'écrivit, les déesses protectrices de rAtti(|ue ont opéré un admirable miracle... Car les déformateurs professionnels eux-mêmes ne pourraient pas aujoud'iiui, en porlraicturant la femme d'Athènes, nous présenter des images sans élégance et sans gentillesse. Il suffit de voir passer ces groupes gazouillants de jeunes filles (jui montent sans hâte vers la Place de la Constitution pour les admirer. Pour ma part, je les admire sans réserve. Leurs yeux me font penser à Séville, et leurs corps, à Paris. Elles sont sveltes et co(|uettes. Elles savent marcher rythmiquement et sourire d'une façon discrète. Elles savent s'habiller. Et, bien que cela ne se lise point sur leurs visages, quoique ne le proclament pas leurs lèvres, il est certain qu'elles savent aussi aimer...
Dans la rue d'Éole, à mi-chemin entre la moderne place Louis et l'ancien Temple des Vents : on trouve une très petite boutique, flanquée de deux grands magasins. A la voir de loin — tellement l'intérieur en est lumineux — on dirait que tous ses objets brûlent. Mais comme il n'y a ni fumée, ni badauds, ni pompiers, on est forcé de conclure qu'il n'y a pas d'incendie non plus.
— C'est l'établissement d'un marchand de cierges — me dit Mauiice quand nous arrivons en face de la flamboyante vitrine.
Kl, en efl'et, on dirait une boutique de marchand de cierges pareille à toutes les bouti(|ues de marchands de cierges (|ui l'entourent dans ce (|uarlier d'images saintes eldex-Notos (b'cire. Mais de celle- là, le patron est (b'venu fou subitement, car tous les cierges brûlent ! Dans les vitrines du fond, sur le comptoir, par terre, à la
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porte ni(Mii(;,l(;s (grappes de luniière clignotent. Liiiuiôres de toutes les nuances et de toutes les intensités: lumières riches qui resplendissent, hautaines, couronnant de vérital)les colonnes blanches, et minuscules lumières (|ui sont chi simples points de feu agonisant au sommet do longues allumettes. Lumières bleuâtres qui se tordent, et livides lumières qui s'étirent comme les larmes d'argent des draperies de deuil. Lumières (jui rient, groupées en des bouquets fraternels, et se confient les secrets de leurs âmes ironiques. Lumières pleines d'indilïérence, lumières indignes de la cire vierge, blanches lumières qui pourraient tout aussi bien brûler au faîte d'une bougie bourgeoise et laïque. Et, aussi, des lumières graves, ferventes, palpitantes: lumières d'amour qui portent une auréole d'or autour de leur cœur de saphir. Et, encoi'e, des lumières coquettes faites exprès, semble-t-il, pour les autels des jolies saintes italiennes, des sainte Cécile langoureusement belles et qui se meurent d'amour dans leur cadre d'argent. Puis des lumières infernales qui pétillent, des lumières rebelles qui souillent, des lumières aux tons crus, des lumières ([ui doivent exhaler une forte odeur de soufre. Et, endn, des lumières humbles, des lumièi'es (|uasi éteintes, des lumières qui veulent j)rier sans être vues, })auvres et attendrissantes lumières (jui demandent du pain, do la santé, de la chaleur.