‹ La Grèce éternelle. Traduit de l'espagnolChapitre 17 sur 48 · I.t: PA^AMSMK KTERNKF · texte numérisé non relu

I.t: PA^AMSMK KTERNKF

Maurice, qui s'est approche de la porte, me (lit :

— C'est une cliapelie orthodoxe, comme nous en avons vu par les rues de Saint-Pétersbourg.

Eh, oui ! c'est une chapelle, une chapelle miraculeuse, mais non point pareille à celles de là-bas. Combien difl'ërentc même ! Dans ce j)ays, par lequel tous les dieux sont passés, l'orthodoxie n'a point l'époux anlable férocité de la foi russe. Les saints d'ici n'eilVaient, n'humilient, ne menacent... Devant leurs autels, les fidèles ne frappent pas les dalles avec leur front et les enfants ne tremblent pas. Avec les mêmes noms et les jnêmes visages que leurs frères sknes, les habitants du ciel grec ont d'autres ànies. S'ils n'arrivent à consoler, du moins ne menacent-ils pas. Le j)euj)le leur j)arleensa langue avec une familiale siin[)licité, comme les soldats d'Aristophane s'adressaient aux dieux de l'Ulympe antique, lin grand paganisme règne encore dans la religiosité athénienne. Les divinités peuvent avoir changé de costume et d'origine. l^Ues peuvent s'appeler d'un autre nom. l]lles peuvent, en |)rincipe, ap|);nlcnir à une l'cligion nionolhc'isle. Mais, au fond, elles sont, comme autiel'ois, un groupe (\c dieux (jui s(! ré()ai-lissent le pouvoir surnaliirel. Dieu le Père, à la baibe lluviale, le Dieu cpii devait (Hi'c uuifpie, n'est, réellemenl, (|ii(' le

plus grand des dioiix, le Zeus nouveau. Sa iiTandeur même le rend distant. Comment lui demander, à lui qui a tant de préoccupations divines, une misérable aide humaine ? Ici, pas plus qu'en aucun pays chrétien, les prières ne s'adressent au Tout-Puissant. Aujourd'hui, comme hier, chaque mélierasadivinité distincte. Le beau saint Sébastien tout nu, adoré des artistes, qu'est-il sinon un Hermès ? Priape revit en saint Guy. La Junon guérisseuse des maux d'enfantement, c'est sainte Marguerite. Les muses ont passé leur lyre à sainte Cécile. Saint Kloi est forgeron comme Vulcain, et protège les forges. Si les anciens temples, ici, étaient encore debout, les nouveaux prêtres n'auraient besoin que d'en changer les noms pour les faire servirau même culte auquel ils étaient destinés. A Pvome, le temple de Minerve devint Sainte- Marie de l'Aventin; celui d'Apollon Capitolin, Sainte-Marie du Capitole ; celui de Yesta, Notre-Dame-du-Soleil , celui de Romulus et Rémus, Saint-Côme et Saint-Damien. INIais à Athènes, où il en reste peu, ce ne sont pas les édifices qu'on a débaptisés: ce sont les dieux, les demi-dieux, les héros.

Au nom de la mystérieuse unité des mythes éternels, un grand poète grec, l'illustre Jean Moréas dit : « J'ai allumé dans la chapelle de Saint-Georges un fin cierge ouvragé. Après

tout, ce saint chevalier, c'est tout simplement mon Castor qui domptait des chevaux. » Et puis il nous avoue que lorsque les femmes de Corinthe parent de (leurs sainte Hélène, mère du grand Constantin, elles ne peuvent point ne pas penser à Hélène, fille de Léda. Mais il n'est pas même besoin d'être Grec pour s'en apercevoir. Ecoutez un voyageur français : « Plus d'un mythe païen — dit-il — est devenu légende chrétienne. Les campagnards racontent que, pendant la nuit, les néréides dansent au bord desfontaines, désireuses d'entraînerles hommes dans leur fatal tourbillon. Certaines cavernes sont réputées servir d'antres aux dragons monstrueux. Les marins appellent le vent maître Borée ^ et prient Jupiter-Dieu. L'analogie du nom a sacré saint Denis patron des vignes, autrefois protégées par Dionysos. Les enfants peureux ne redoutent pas l'ogre, mais les Lamies, les Lamies déuoralrices d'enfanls, suivant la phrase de Théocrite qui les décrit dans les Syraciisaines. Caron, l'iladès et les Panpies font partie des croyances populaires actuelles. Les bergers de l'Arcadie ne passent jauiais près de l'Estige sans se signer. Le hibou, ciiliii, le hibou (|iii partout ailleurs est un oiseau de mauvais augure, pai-ait ici un oiseau sacré j)ar cela seul qu'il est l'oiseau de l'allas. » En elîet, le paganisme ne disparaiira jamais de cette race, de même que le polythéisme ne ilisparaitra jamais du monde.

Les louanges qui montent vers les Saints actuels, semblent copiées des hymnes antiques. Dans V Anthologie, on trouve une série d'épigrammes dédiées aux divinités orthodoxes et qui pourraient tout aussi bien servir pour les dieux païens. Au Christ lui-même, qui est comme un Apollon fils de .lupiter, les poètes, avec la plus gentille inspiration, s'adressent en ces termes: «Oh! toi qui parcours dans un char les sept zones des Gieux ! »... « Oh ! toi, souverain des Cieux, qui existes de toute éternité ! »... « Oh ! enfant-vieillard, qui as le même âge que ton père ! »... « Oh ! roi des airs, de la terre et des eaux ! » Et pour obtenir la protection de ce nouveau Dieu, ils lui font les mêmes oflVandes qu'aux dieux antérieurs. '< Entre tes mains — dit uneépigramme — entre tes mains, moi, Sophie, ta servante, je dépose ces dons, oh, Christ ! Accepte ce que je t'oiTre, et, en retour, accorde à mon empereur, à Justin, victoire sur victoire contre les maladies et contre les barbares. » D'autres épigrammes indiquent aux Saints les limites de leurs pouvoirs. IJasile a reçu comme vertus « la virginité et la sagesse ». Saint Denis est celui qui, ayantdécouvert<(le sens mystérieux des types symboliques, allume le phare divin des oracles. » Polycarpe et Nicolas sont les patrons de la charité, « aussi ont-ils les mains ou-

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