LA LEGENDE D HOMERE
se faisait dire un chant des divins poèmes. Les personnages de VOdyssée et de V Iliade lui semblaient les héros réels d'une aventure lointaine. En lisant pour la première fois la description de Troie, un soir de son enfance, en compagnie de sa fiancée, il avait pressenti qu'un jour ou l'autre le sort le conduirait à découvrir la ville de Priam, « Grâce à Dieu — écrit-il — ma ferme croyance en l'existence de Troie ne m'a jamais abandonné à travers les innombrables aventures de ma carrière. Cependant, je ne devais réaliser mon rêve que cinquante ans plus tard, et cela, hélas ! sans ma chère Minna. » Ce fut en 1868, en effet, que Schlieman liquida ses affaires pour consacrer sa fortune à servir le culte de son poète. Abandonnant son palais de Saint-Pétersbourg, il s'embarqua sur un bateau grec. Il visita Ithaque, Mycènes, Troie. A Troie commencèrent les fouilles qui devaient le rendre célèbre dans le monde entier. Sous les décombres superposés de cinq villes successives, il trouva, enfin, la cité de Priam. Puis il courut à Mycènes rechercher les traces d'Agamemnon, et il les trouva dans un champ de magnifiques ruines dont la seule découverte eût suffi à prouver que l'époque homérique n'est point primitive, si V Iliade ne le disait pas clairement.
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quand Madame Dacier, en Lraduisant ïlliade, voyait en les guerriers grecs des ducs et des princes, elle se trompait moins que Victor Hugo lorsque, dans le livre des Génies, il s'écrie en parlant d'Homère : « C'est l'énorme poète enfant. Le monde naît, Homère chante. » — Bien des siècles, devait compter le monde au moment où cette humanité magnifujuc luttait, aimait, souffrait et se parait... La profusion des bijoux, le luxe des étoffes, le goût des coiffures, tout parle d'exquise culture dans les deux épopées.
Car il suftit de lire les poèmes homériques pour se convaincre que cette époque, appelée primitive par les })hilologues, est, au contraire, une époque de haute civilisation, et que le chantre, considéré par les érudits comme le père des poètes, est un poète successeur d'autres poètes. Homère lui-même parle de poèmes écrits par des ancêtres à lui, en l'honneur de (|uelques héros. Et ces poèmes doivent être po- |)ulaires, car le peuple est cultivé et adore les ])elles histoires d'aventures de dieux et de guerriers (i).
Un savant français qui est un grand artiste,
(1) De M. Michel Rrénl : « Tout porte à penser que VIliade a été précédée dune longue série de poèmes semblables. Certains de ces poèmes concernaient précisément les mêmes personnages. Une lecture attentive suffit pour le prouver. Le poète suppose connues les positions prises par les dieu.v dans cette querelle qui divise le ciel comme la terre : la haine de Junon pour Troie, la faveur d'Aphrodite pour Paris, Thétis mariée, quoi<iue déesse, avec un