‹ La Grèce éternelle. Traduit de l'espagnolChapitre 31 sur 48 · I.A LÉGENDE d'hOMÈRE · texte numérisé non relu

I.A LÉGENDE d'hOMÈRE

rauleur de Pour mieux connaître Homère, dit en j^arlant des Assemblées où étaient entendus les rapsodes : « C'est un auditoire desprit libre qui se délecte aux récits de l'Olympe sans y croire beaucoup, et qui permet au poète d'y mettre du sien et même de se divertir avec une discrète irrévérence aux dépens des dieux, comme lorscju'il raconte les querelles de Zeus et de Héro, ou (juand il révèle l'invention qui fit surpendre ensemble la (ii\ iiio Aphrodite et son amant Ares au milieu des rires olympiens. » Le même savant l'ait remarquer que si le ton homéri(iue est toujours libre, il ne tombe cependant jamais dans la vulgarité. Une grande élégance domine toute l'action. Les cours de Ménélas, de Télémacjue et d'Alcinous sont des réunions choisies, dans lesquelles le luxe des discours va de pair avec celui des ornements. Le bon Ilermosilla, c|ui vêlait les poètes grecs avec des costumes dix-huitième siècle, en arriva à sentir si subjectivement la culture de l'époque d'Agamemnon, qu'il parait Homère d'une perruque doctorale. « L'auteur de VIliade — ditil — eut pour maître un célèbre écrivain et j)oète appelé Phémius dont l'élève reconnaissant immortalisa le nom dans VOdi/ssck' ; ce Phémius était professiMii" dans une très ancienne et célèbre école de littérature, à Smyrne ; et,

niorltil, tout cela n'a plus besoin (J'tHre dil. Ai^aniemnon, Achille, Ulysse, Priam se prc^scnlenl comme de vieilles connaissances. 11 sullil au poète de les nommer. »

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à sa mort, sa chaire fut occupée par Homère. Et ce seul fait, non contesté, confiiiné ])lutôt par de nombreux témoignages, prouve qu'il y avait déjà en ces temps-là des écoles publiques de littérature ; qu'Homère les fréquenta; ([ue s'il arriva à être le premier des poètes et le plus correct des écrivains, il le dut, non pas à l'aveugle instinct, au pur hasard et à une es[)èce d'impossible inspiration, mais à l'étude, au travail, à l'observation des règles, quel que soit le génie dont la Nature l'avait doué. Mais si l'on s'entêtait encore à nier une vérité si évidente, V Iliade et VOdijssée sont là pour confondre les contradicteurs. » Cette page du terrible rliétoricien vous fait hausser les épaules ? Moi, également, j'en ris... Et pourtant, de cet Homère qui se plie aux règles, qui est professeur, qui travaille les vers avec patience, qui étudie la grammaire, qui est, en somme, un Moratin ou un Hoileau, et de l'autre, l'Homère primitif des Allemands, l'Homère, incarnation mythique d'un peuple sans arts, sans culture, sans luxe, presque sans civilisation, ma foi, je ne sais point lequel choisir.

En lisant les deux poèmes illustres, je suis tenté de croire que c'est Hermosilla qui a raison, surtout depuis que les historiens grecs — et avec eux Bréal — ont découvert que l'Iliade aussi bien que V Odyssée ne sont pas de

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beaucoup antérieures à 1 épocjue de Thaïes et de Mininerme, c'est-à-dire au septième siècle d'avant Jésus-Christ, qui fut le siècle qui mar- (|ua l'aurore de la brillante civilisation hellénique de TAsie-Mineure. La langue même le prouve. « Cette langue — dit un helléniste — est celle c[ue nous trouvons beaucoup plus tard dans Apollonius de Pihodes et dans Quinte de Smyrne, et si nous l'appelons langue d'Homère, c'est (ju'Homère est le premier poète chez qui nous la trouvons. » Des institutions que l'épopée nous révèle, on en peut quasi dire autant. Les héros achéens parlent du Sénat, de leurs villacres et des Assemblées où se discutent les intérêts des Cités, de même (jue dos j)arlis politiques (|ui divisent l'opinion à Troie et desquels le brave Hector se plaint avec amertume. Le mot Etat se trouve dans le texte. Le vocabulaire est riche en toute sorte de termes (1). Enée dit à un adversaire : « Avec les injures que je sais, on pourrait emplir une galère à cent rames, car longue est la langue et le champ des discours est infini. » En plus d'un passage, on

(1) Kn parlant de ceci, M. Michel Bréal dit: «L'Iliade et YOdijasée nous présentent le plus riche trésor verbal qui ait jamais été au service île la poésie. Non seulement le vocabulaire est d'une incomparai)le abondance, fournissant pour une m<^me idée une «[uanlifé de synonymes, mais la grammaire elle-même est d'une variété extraordinaire, sinf,'ulièiemonl favorable à l'art de l'improvisateur.

« I^our un môme substantif le choix s'offre de deux ou trois déclinaisons dilTérentes, pour un seul verbe de trois ou quatre conjugaisons. »

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roriiarqiie certain scepticisme religieux qui fait déjà penser aux Atliéniens contemporains cl'Alcibiade. « Que m'importent les augures ! — s'écrie Hector — le meilleur présage est de lutter pour la patrie ! » La courtoisie, enfin, la chevaleresque courtoisie des guerriers d'élite, fleurit à chaque page. Après une journée entière de combat singulier, quand les hérauts leur disent : « Voici la nuit )), Achille et Hector s'éloignent, en se faisant mutuellement des cadeaux, et s'écrient : « On saura quelque jour, chez les Achéenset les Troïens, qu'à la fin du combat de la dévorante discorde, nous nous séparons amis. » Plus tard, quand Hélène voit le héros d'ilion mort, la première chose dont elle fasse l'éloge, c'est sa courtoisie et sa douceur. Sur les lèvres sèches du vieil Hermosilla, ces paroles de la belle épouse de Ménélas prennent une saveur si moderne qu'on les croirait prononcées par une dame de nos jours :

« Hector !, de todos mis cunados eras — ti'i el que yo mâs amaba. Son corridos — Veinte anos ya desde que à Troya vine — ojalé que antes perecido hubiera !, — mi patria abandonando, y con ducida — por el hermoso Paris; pero nunca — de tu boca cscuché malas razones — que ofenderme pudieram ; y si alguno — de mis otros cunados 6 cunadas — 6 mi suegra talvez (porque mi suegro — siempre cual padre me tratô benigno), — con injuriosas voces me insultaba, — tu, con dulces palabras el

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