L 1MA(;1NATI0N POPULAIRE
— lui disent-elles — qui est fille d'une déesse ! » Puis elles lui mettent le voile et se retirent. Quand Nicteris revient, à l'aube, après sa course dans les cieux,ellese désespère de trouver morte sa Rodia. « Enlevez-lui ce voile — ordonne-t-elle à ses nymphes — afin que nous puissions contempler son beau visage. » Le voile enlevé, la morte ressuscite et conte ce qui lui est advenu. « Dorénavant, — lui recommande sa mère — ne reçois plus celles qui furent^tes sœurs. » Et une autre année s'écoule dans une sainte paix. Au bout de cette année, les deux envieuses, s'adressant au soleil, s'écrient : « Oh ! Phébus, existet-il quelque créature plus belle que nous ? » « 11 existe Rodia ! » répond le Soleil. Sans perdie uue minute, les méchantes princesses courent au |)alais de Nicteris et frappent à la porte. « Je ne puis vous laisser entrer, — leur crie Rodia — d'une fenêtre. » « Nous venions seulement pour t'oH'rir une pastille parfumée. » « Donnez-la moi parla grille. » Et elles lui donnent une pastille magique pour l'empoisonner, de sorte qu'à sa rentrée, la déesse de la nuit trouve sa fille morte. Pour l'cnsevelii", elle fait construire uue arche d'or et met l'ai-clie sur le dos d'un cheval (|u'elle ordonne de lâcher à travers la campagne. L'n roi qui retourne delà chasse, trouve le brillant cercueil et ordonne à ses pages de l'ouvrir. En l'ouvrant, ils font tomber la pastille de la bouche de Rodia. La jolie princesse se lève, et le roi 1 épouse sans lui dcMiander sciiloment son M(^)m.
Les rois des contes grecs ont la simplicité chai-mante des monarques homériques. Les campagnards leur parlent sans la moindre cérémonie. Les jolies filles qui passent, les affolent. Les présages les plus insignifiants les décident à prendre les plus importantes déterminations. L'un d'eux, le héros du conte de L Homme sans barbe se déguise en laboureur, afin de séduire une paysanne, et quand il l'abandonne, il lui laisse un talisman, qui permettra au fils qui va naître de reconnaître son père. Un autre roi, celui du Langage figuré, se perd dans un chemin et pénètre dans une chaumière, où il s'amourache de la fille d'une pauvre femme, rien que pour l'avoir entendue s'exprimer en termes choisis et fleuris. Le souverain des Portes des Grands, plein de reconnaissance parce qu'un pâtre lui offre une fleur, l'invite à le visiter dans son palais et le comble de richesses. Mais aucun roi n'est aussi extraordinaire que le bon héros delà Tzitzinanée qui, en entendant, un jour, une enfant du peuple s'écrier : « Si j'étais reine ! » l'appelle et l'épouse. Il est vrai que mieux eût valu à cette enfant n'avoir jamais des désirs immodérés. Aussitôt après le mariage, sa perverse bellemère se jure de la perdi'e et prépare une diabolique machination, a La reine va me donner
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un fils; va la soigner. » — dit le monarque à sa mère. La méchante femme obéit, cache le nouveau-né et présente au roi un petit chien, en s'écriant: « Voilà ton héritier. » Un an aj)rés, elle fait de même. « C'est étrange — murmure le roi, — mais attendons le troisième. » Le troisième prince est aussi un chien. La pauvre reine est alors condamnée à passer dans un cachot le restant de ses jours. Heureusement la belle-mère n'a pas tué les nouveau-nés : elle les a seulement fait mettre dans des caisses de bois qu'une fidèle duègne alla jeter à la mer et qu un bon ermite a recueillies... Et il arrive, un jour, que les trois enfants, désireux de coiiiiailre la ville, abandonnent le saint homme qui les a élevés. « Que Dieu vous accompagne — leur dil-il — et emportez quelques poils de ma biirbe: c'est tout ce que je puis vous donner. » L'aîné des enfants ré|)ond : « Merci ! » Le second répète: « Merci! » Et le troisième, qui est une fillette, s'incline en souriant. Dans la cité, la reine douairière finit par les reconnaître et ne songe qu'à les faire disparaître; mais comme elle ne veut pas les tuer, elle emploie un autre moyen. Un jour que les garçonnets sortent en promenade, la fillette se met à la fenêtre et voit une femme qui s'approche et lui dit : « En vérité, ma fille, tu es fort jolie ; mais ta joliesse n'est rien, et mieux te vaudrait posséder la pomme d'or (|ue gai'cbmt quarante dragons, dans un jardin. » Le grand frère, <|iii vient d'acheter
un clieval ailé, sVcrie : « De meilleure moulure pour aller cueillir une telle j)omme, on n'en saurait rêver, par ma foi ! » Le cheval l'emporte jusqu'au jardin enchanté. Les dragons sont endormis. Il s'empare de la pomme et s'en retourne l'offrir à sa sœur. Au jour suivant, la même femme s'approche de la fenêtre et dit à la princesse : « Tu as bien la pomme dor ; mais il te manque la branche où viennent se poser pour chanter tous les oiseaux du monde », « C'est vrai ! » soupire la pauvre enfant. Et quand son frère revientde ses occupations, elle lui explique son nouveau désir. « Je vais te chercher la branche ». — lui dit avec simplicité le bon prince. Et il monte sui- son cheval ailé et se préci|)ite dans l'espace bleu. Quand il retourne vainqueur avec la branche la femme reparaît : « Ah! — dit-elle — ton bonheur est grand, l^our qu'il soit complet, il ne te manque plus que la Tzitzinanée, pour savoir ce que disent les oiseaux (puind ils chantent sur la branche d'or. » Le prince s'écrie, en montant sur son cheval: « Allons la chercher ! » Mais le cheval lui explique pourquoi l'aventure est impossible : la Tzitzinanée, pétrifie quiconque pénètre dans ses domaines. « Il n importe ! » — réplique le prince. En s'a()j)rochant du jardin des pierres, monture et cavalier se sentent pétrifiés de la ceinture aux pieds, u Je te l'avais prédit, » — gémit le coursier. Le jeune homme prend une paille et brûle un poil de ceux que lui avait donnés l'ermite au moment de la