‹ La Grèce éternelle. Traduit de l'espagnolChapitre 41 sur 48 · LE ROMANCERO · texte numérisé non relu

LE ROMANCERO

aujouixl'liul, la niuso j>opulaire n'a pas ou un moment de mutisme.

Lors{|u"aux jours sombres de la guerre libératrice, le monde commença à lire les chansons réunies par Fauriel, ou attribua cette niagnill(|ue floraison à la fièvre d'une périotle d'enihousiasme populaire. Mais plus tard, d'autrc^s (M'udits |)rouvèrent, j)ar la [)iil)lication de nouvell(>s anthologies, f|u'à toutes les époques de leur histoire, les Giecs avaient chanté leuis prouesses, leurs peines et leurs amours, en strophes anonymes. Le manuscrit de la Bibliothèque de ^'ienne, traduit et publié j)ar Legrand, ne contient, en ellet, que des chansons antéiieures au seizième siècle. D'ailleurs, point ji'est même besoin d'avoir recours à d anciennes transcrij)tions j)our se rendi-e compte de la pei'pétuelle vivacité poétique du [)euple ludlénique. Parmi les chansons chevalerescpies, i-ecueillies par Moiéas des lèvres mêmes de ses com])alriotes, il s'en trouve une <|ui remoule à I (''j)f)(|ue des Tj-oisades. I^llc s'iiil il iiji' : Id (iageure du roi. Les axcugies dAlhèues la chaulent encore, au son de la iyie tiicorde, dans les fêtes populaires. Un chevalier parle de la \('itu de sa dame. Le roi, (|ui boit, écoute et i<'p(»n(l : « (chevalier, je gage (|ue je Iriomphelai de la vertu de votre amie. » « Sei<;ueur! — s'écrie Mavrian — si vous gagne/, \olre pari.

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vous poiin-ez jikî faire Iraiichci' lo cou ; si vous jxM'de/, NOUS me douuiMcz ce (|u"il vous plaira. » Le roi se lève. Il ordouiu' (|u'on cliari>e de pieir(M-ies viu<>l uiules. Cin(| parteuL dans la nialinëe, ciu(j à midi, cinq le soir. La belle Aurea dit eu recevauL les présents : « Que Dieu garde celui qui iiu' les envoie, et que mon bien-aimé vive cent ans pour lui en tëjuoiguer plus longue reconnaissance. » Le lendemain, le roi envoie les cin(| autres mules chargées de trésors, et encore ciii([ autres portant des brocarts et des dentelles, des baumes et des essences. Il envoie aussi un page avec ordre de dire à la belle de se préparer à la royale visite. « — Le roi, notre seigneur, vous aime et viendra cette nuit vous le prouver » — dit le page insolent. La belle fait venir sa plus jeune soubrette, (|ui lui ressemble tant, et lui dit : « Preutls mon costume, et doiiue-moi le tien. » Puis elle la coifle et la j)are. i^e roi ai rive à la chute du soir. Le lejid(Muaiu il dit à sa compagne de lit : « Belle, dounez-m(»i nue boucle de vos cheveux comme gage d'auKJur. » « Seigneur, lui réj)<)ii(l-elle, coupez-la de vos royales mains. » « Bell(\ donnez-moi votre anneau comuK; tendre souveuir. » « Seigneur, j)reuez-le vousMuème. » Le roi monte à cheval fort content. Et il arrive, et il ap|)elle ses courtisans témoins de la gageure, et Mavrian qui a perdu, et le bourreau qui doit lui trancher le cou. « Voici les preuves de ma victoire » — s'éci-ie-l-il en montrant l'anneau et la

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boucle — • H Seigiieui' — iiiuriiiui'c ^Nlavrian — ces cheveux ne sont pas de ma tlaïue, et cet anneau n est point le sien. Tout cela est de sa soubrette. » Le roi se met à rire. Il rit, et marie !Mavrian et sa dauu^ sans rancune, sans blessure damour-pr(»|)i('.coiunit' ICùl l'ail eu un jour de bonne liunieur (]hail(Mnai;ne, euipereur, à Tàme, comme la barbe, lleurie.

Le rire et Ihëroïsme, la galanlcric cl l'oigueil, sont des élémenls qui persistent chez celte race par-dessus toutes les peines. « ]\ous ne restons jamais inaclifs, ni du sabr(^ ni de la \oi\ », (lil une chanson publiée j)ar Henri lloussaye.

(juerroyer et chauler, voyager et parler : voilà l'histoire du peuple helh'nique tluiant les siècles de sa capliviU' aussi bien (|u'au\ lciii|)s (le sa grandi'iir. .\rclnl(i(| ne nv l'ul-il |)()inl, selon Niel/.sche, le premier chansonnier grec.'... l]h bien ! sur la lyre de ses (Ils sans nom, le uK-me es|)ril fongueux, la mc^'iue force ex- |)ressi\<\ la inc'Uie claire siMi|)licile, conliiiiie d(! resonnei- à uu'sui<> (|u<' I aii- en caress<' les cordes, monolonemeiil (hdicieuses. En traduisant ([uel(|Ues |t()èmes classi(|ues, I auteur de Vllisloire dWlcibiade a monlre combien I inspiralion populaire d il y a denx milh- ans ressemble a celle (le nos jcuns. " La j)t)csie populaire nn H 1er ne — dit-il — est nue ton li n nation de

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rancieiine j)0(''si(> |)()|)iilaii(' liclléniquc Mais les temps changent, et nous changeons avec eux ». En dehors de cette métamorphose inhérente à révolution, tout, dans les âmes, est identique. Les générations se passent de main on main le flam))eau éternel de la race. Ce (|u"on chanlail au Icnips (r.\loxandi<\ des ])rouesses de (Irecs contre Pei-ses, se r<q)èt(> ])lus tard en strophes contre les Arabes, contre les Goths, conire les Francs, contre les Turcs. A Byzance, ou, mieux dans les provinces asiatiques de Tempire byzantin, tout un romancero se forme autour de la i-enommée de Digenis Akritas. La poésie Huit alors par se liljéicr du joug des formes jjédantesques de l'hymne etdes pi'oses ecclésiastiques. Le peuple reparle d'aé des populaires qui récitent par les chemins leurs propres œuvres. La latinité est vaincue par l'hellénisme. La muse légère commence à inspirer les chantres d'épisodes. Et peu à peu fleiiiil Tépopée (]\\ chevalier magnificjue, sage comme le héros de ï Odyssée et hardi comme un guerii(M- de \ Iliade. Le nom d'Achille de la décadence est celui ([ui hii sicnl le mieux, u II portait une tunique rouge — dit un chant — avec parements d'or et de perles. A son cou brillait un collier d'ambre. Ses boutons étaient d'or pur; ses brodequins, de soie, et ses éperons, de pierres fines. 11 montait un cheval blanc comme une colombe, dont la crinière était ornée de turquoises et de grelots dorés.

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